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Les Fossoyeurs de Rêves

De
312 pages

Les Fossoyeurs de Rêves,

sept écrivains à l’esprit déjanté, la nouvelle vague du fantastique francophone.

Des textes sombres, malsains et souvent torturés.

Ils revisitent avec brio les grands mythes de la littérature fantastique, du tueur psychopathe au zombie en passant par le vampire, tout en s’écartant des sentiers battus maintes et maintes fois pour nous livrer une version moderne, actuelle, de ce qu’est l’horreur.

Alors, n’hésitez pas !

Vous avez rendez-vous avec la douceur de la folie.

Plongez dans cette lecture et frémissez de plaisir... ou d’effroi !

Anthologie avec Romain Billot – Pierre Brulhet – Gaëlle Dupille – Sylvain Johnson – Guillaume

Lemaitre – John Steelwood


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LES FOSSOYEURS DE RÊVES
Anthologie choisie et présentée
par
Marc Bailly et Frédéric Livyns
Romain Billot – Pierre Brulhet – Sabine Chantraine Cachart – Gaëlle Dupille – Sylvain Johnson – Guillaume Lemaitre – John Steelwood
Collection Lunologie
Table des matières LES FOSSOYEURS DE RÊVES Préface Romain BILLOT L’esprit de camaraderie L’expropriation Pierre BRULHET Un coin de paradis Message in a Bottle Gaëlle DUPILLE Aeternitas Le retour de Marie Sylvain JOHNSON Substance fraternelle L’innocence lacérée Guillaume LEMAITRE Ce que l’on sème L’art du bon voisinage bas normand John STEELWOOD Mauvaise pioche Le représentant Sabine CHANTRAINE CACHART
Mentions légales
© 2015. Romain Billot – Pierre Brulhet – Sabine Chantraine Cachart – Gaëlle Dupille – Sylvain Johnson – Guillaume Guike Lemaitre – John Steelwood Illustration © 2015 Nathy. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 031 00 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-125-9. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à un e utilisation collective. Toute représentation intégrale ou partielle faite par que lques procédés que ce soit, sans le consentement des auteurs ou de leurs ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.
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Frédéric Livyns
Préface
« Les fossoyeurs de rêves ». Quel nom aussi étrange que morbide ! Peut-être même un chouïa désespéré. Qu’abrite cette appellation ? Une secte mystérieuse dont les adeptes se regroupent les nuits de pleine lune pour déterrer des cadavres ? À moins que leurs réunions ne se déroulent durant les éclipses totales pour ensevelir dans la terre meuble les pauvres hères qui ont l’infortune de cro iser leur chemin ? Imaginez ce que vous voulez, vous y trouverez bien un fond de vérité. Mais, bien au-delà de la légende, se trouve un fait indéniable : les sept mercenaires de cette ténébreuse association sont également des écrivains talentueux. Comment cette anthologie a-t-elle donc pu voir le jour ? De manière fort simple, ma foi. Et, comme dans toute découverte extraordinaire, tout découle d’une rencontre tout à fait anodine. Cette dernière se passa lors de salon Val Joly Imaginaire. Je repérai du coin de l’œil les couvertures des romans d’un auteur que je ne connaissais alors que de nom : Pierre Brulhet. Cédant à la curiosité, je lui achetai les deux ouvrages et ce fut le choc ! Je tombai instantanément sous le charme ! Des romans, entendo ns-nous bien... Bref, en à peine quelques jours, je dévorai « L’enfant du cimetière » et « Le manoir aux esprits », tous deux aux éditions Juste Pour Lire. J’en fis une chr onique pour Phenixweb, le site de Phenix-Mag, tenu d’une main de maître par Marc Bail ly, le présent directeur de cette anthologie. De Pierre, j’eus encore l’occasion de lire « Magma », toujours chez le même éditeur. Et je peux vous assurer que quel que soit le genre qu’il aborde, Maître Brulhet le fait avec le même brio. Et ce n’est pas « Darkrün » , son dernier bébé sorti à la Clef d’Argent, qui me fera changer d’avis. D’ailleurs, l es nouvelles présentes dans cette anthologie ne dérogent pas à la règle. Pierre s’amuse à s’écarter des sentiers battus pour nous livrer « Message in a bottle », texte zombiesq ue qui me rappelle par moments l’ambiance du célèbre « The Fog » de Carpenter et le fabuleux « Un coin de paradis », sorte de survival-horror à la croisée de « Détour mortel » et de « La colline a des yeux ». Ma seconde rencontre avec les Fossoyeurs fut également due au hasard et me plaça face à Gaëlle Dupille, la créatrice du webzine fran co-québécois « L’imaginarius, le petit journal du fantastique ». J’avais répondu à l’un des appels à textes et elle m’apprit que ce texte était sélectionné. Depuis, j’ai appris à mieu x la connaître et je peux vous affirmer que derrière cette fille passionnée, luttant sans r elâche pour la reconnaissance de la SFFFH francophone, se cache une auteure redoutable. Tout comme son compère cité plus haut, elle aime varier les genres : la science-fiction avec « La première colonie » ou le fantastique classique d’excellente facture avec « La main du Diable et autres contes macabres », tous deux aux éditions L’ivre-Book. Vou s pouvez également la retrouver dans deux anthologies disponibles chez Lune-Écarlate avec des textes qui, à l’instar de son sublime « Cysgodion », vous feront frissonner d e plaisir et de terreur. Dans ces pages, Gaëlle partage avec vous sa vision toute per sonnelle de la vaccination avec « Aeternitas » avant de vous émouvoir avec « Le retour de Marie ». Passons maintenant à notre troisième larron, j’ai n ommé John Steelwood. J’ai eu la chance d’être dirigé par son œil expert dans « L’anthologie 2014 » aux défuntes éditions Long Shu Publishing. Toujours ce foutu hasard ! À l ui également, on donnerait le Bon Dieu sans confession. Mais ne vous y fiez pas ! Son sourire candide dissimule un esprit
torturé qui ne pense qu’à une chose: vous faire sou ffrir ! J’en veux pour preuve son effroyable « Représentant » qui ne vous laissera pas de marbre ! Mais on ne pourra pas dire que vous avez fait une « Mauvaise pioche » ! Et il y a Romain Billot ! Prix Merlin 2012 avec « L e visage de la bête », il est sans conteste l’une des valeurs sûres du fantastique francophone de demain. Alliant cruauté et sensibilité à la perfection, ses textes restent gravés en vous de manière indélébile. J’y ai découvert un auteur passionné, un être entier, gorgé d’humanité et de talent. Je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur « Les contes du Grand Veneur » parus aux éditions L’ivre-book. Il nous livre dans cette anthologie « L’expropriation », un texte extrêmement poignant, et « L’esprit de camaraderie », sorte de road-movie macabre au final d’anthologie. Vous serez amené à rencontrer la plume de Sylvain J ohnson. Auteur de plusieurs romans, dont l’excellent « Le tueur des rails », novelliste paru dans des revues telles que « Horrifique » ou encore « Solaris » (excusez du pe u), il vous attend pour mieux vous piéger au centre de ses histoires. Vous ne ressorti rez pas indemne de « Substance fraternelle » tout comme « L’innocence lacérée » ne manquera pas de vous surprendre. Une maîtrise hors du commun de l’intrigue au servic e d’histoires délicieusement morbides. Nous terminerons le menu de cette anthologie par ce lui que je n’ai pas osé invoquer avant : Guillaume G. Lemaître. Je préfère vous prév enir à l’avance : âmes sensibles s’abstenir. Voilà un orfèvre de l’horreur, un chantre de l’insoutenable. Il nous a apporté deux sanguinolentes offrandes. Oubliez tout ce que vous savez de la terreur et du dégoût, car Guillaume va vous faire découvrir de nouveaux h orizons... ensanglantés ? Deux textes liés l’un à l’autre, comme la vie à la mort, comme le plaisir à la souffrance. Si vous avez bien suivi, il nous manque un mercenaire. Une, pour être exact : Sabine Chantraine Cachart. Sabine s’adonne à développer av ec brio un univers jeunesse extrêmement vaste « Les aventures de Corentin ». Vo us pouvez d’ailleurs lire à Is Éditions « Corentin et le royaume des ombres » et « Corentin et le grimoire de Natulla ». Auteure talentueuse, elle a préféré cependant décliner notre invitation en raison de notre souhait de textes sombres et violents trop éloignés de son univers de prédilection. De plus en plus médiatisée, vous ne devriez pas tarder à croiser le chemin de son héros fétiche. Voilà, vous savez tout ou presque en ce qui concerne la genèse de cette anthologie. Je suis extrêmement honoré que Marc Bailly m’ait demandé de la codiriger avec lui et je remercie profondément les Fossoyeurs de leur confia nce en m’ayant confié le soin de rédiger la préface. Je vous laisse en compagnie de ceux qui font partie du talentueux vivier composant le renouveau de la SFFFH francophone. Bonne lecture et... bons cauchemars !
Romain BILLOT
Ce bibliophage précoce fut très tôt attiré par l’étrange et le surnaturel. L’année de ses 9 ans, il découvrit dans son grenier, en jouant, un carton dissimulé par son père, une malle aux trésors regorgeant de numéros de Pilote, Mad Movies, Impact, Fantastik, Creepy, Vampirella, ainsi qu’un tas de recueils et de romans des maîtres du fantastique. Sa vie en fut changée à jamais. Plus tard, Quartier interdit l’émission de Jean-Pie rre Dionnet sur Canal+ termina sa formation… En 2007, après ses études de littérature comparée et le Master, il abandonna l’idée de professorat et sauta le pas, décidant de consacrer sa vie aux mauvais genres et à la SFFF à travers ses nouvelles.
Bibliographie
Recueils Les Contes du Grand Veneur, L’ivre-Book éditions numériques, avril 2013
Nouvelles Absit Omen, Anthologie « Chasse Volante » chez L’ivre-Book éditions numériques (À paraitre 2015) Six Guns O’Clock, Anthologie « Western » chez Rivière Blanche (À paraitre 2015) In Tenebris, Anthologie « Calling Cthulhu », chez L’Ivre-Book éditions numériques, mai 2014, dans Fanzine Horrifique n° 86, décembre 2012 (Québec) L’esprit de camaraderie, dans Fanzine Horrifique n° 101, mai 2014 (Québec) , Anthologie « Les Fossoyeurs de Rêves » chez Lune-Écarlate, mai 2015 L’expropriation,2014 chez Long Shu Publishing, avril 20  Anthologie 14, Anthologie « Les Fossoyeurs de Rêves » chez Lune-Écarlate, mai 2015 Le phare au cœur des brumes, Revue Etherval n° 3, automne 2013 Impasses des Chrysanthèmes, Anthologie Ténèbres 2013, chez Dreampress, mars 2013 Délivre-nous du mâle, Webzine Nouveau Monde n° 2, avril 2013, Fanzine H orrifique n° 102, octobre, 2014 (Québec) Fait comme un rat, Revue Brins d’Éternité n° 34, février 2013 (Québec) Le sang des Aïeux,l’Imaginarius, le petit journal du fantastique, Hors-série Webzine n° 4, février 2013 Entre chien et loup, Anthologie Fan 2 Fantasy : Sang, tripes et boyaux, chez la Porte Littéraire, janvier 2013, Webzine Ecce n° 4, février 2015 (Québec) Samah, Webzine l’Imaginarius : le petit journal du fantas tique, Hors-série n° 1, décembre 2012, Fanzine Horrifique n° 103, octobre 2014 (Québec) Bloody sabbathstique n° 3, octobre, Webzine l’Imaginarius : le petit journal du fanta 2012 Nous sommes le crépuscule, Webzine l’Imaginarius : le petit journal du fantastique n° 2, août 2012, Fanzine Horrifique (À venir 2015)
Question de confianceanzine, Webzine Flash-infos de l’Imaginaire, juin 2012, F Horrifique n° 98, décembre 2013 (Québec) Sur le seuil,Revue La Salamandre n° 16, 2012, Webzine l’YmaginèreS, octobre 2012, Fanzine Horrifique n° 99, décembre 2013 (Québec) Le visage de la bêteMerlin 2012), Freaks Corp. n° 0, 2009, Antho  (Prix logie Codex Atlanticus n° 20 à la Clef d’Argent, 2011, Fanzine Horrifique n° 80, 2012 (Québec) La Communauté, E-Book La Bataille des 10 mots, 2011 Métropolis, Fanzine Freaks Corp. n° 4, 2010 Jeux d’enfantsèreS, octobre, Fanzine Freaks Corp. n° 1, 2009, Webzine l’Ymagin 2012, Les Contes du Grand Veneur chez L’ivre-Book, avril 2013 La cité sans nom, Fanzine Freaks Corp. n° 0, 2009 Le funambule-araignée, Revue Némésis n° 12, 2007 D’autres mondes : le rêve et ses implications mythi quesPoe, Kafka et Trakl. chez Thèse/Mémoire, 2007
Moyens-métrages Saevitia, réalisation, scénario, montage, 2008 (Projection publique lors du festival de l’imaginaire l’Écrit de la fée à Dijon) Summer Scream, réalisation, scénario, montage, 1999
Novembre 1977
L’esprit de camaraderie
Derrière sa caisse, Chuck matait une belle blonde en bikini qui s’étendait sur la double page centrale de la revuePlayboyen surveillant du coin de l’œil le sans-abri pour tout s’assurer que l’individu ne dérobait rien dans les rayons. Il détestait ce genre de type. Quand ses amisrednecks et lui en croisaient un à la sortie du bar, ils ai maient bien lui payer une petite danse pour le plaisir. — Tu ne perds rien pour attendre, pouilleux ! grogna-t-il. À part ce clochard et le vieux Big Bud, il n’avait eu aucun autre client ce soir. L’ancien soldat, un habitué de la maison, venait déjà à l’ép oque où le père de Chuck tenait la boutique. D’ailleurs, ceboui-boui, perdu entre Everett et la frontière canadienne, é tait l’une des rares choses que son paternel lui avait l éguées en passant l’arme à gauche, deux ans auparavant. Ça et son penchant pour les mauvaises cuites. Le barbu aux cheveux longs, vêtu d’une veste militaire et coiffé d’un Stetson, attrapa par le goulot une bouteille de whisky bon marché av ant de se diriger d’un pas traînant vers le comptoir où il la déposa en soupirant. Chuck rangea le magazine à contrecœur. — Alors Buddy ? On fête quelque chose de spécial ce soir ? — Juste un long et tranquille célibat ! répondit Big Bud de sa grosse voix rocailleuse. Je vais aussi te prendre un ou deux cigares pour la route. Chuck reporta son attention sur le mendiant.
— Et dis donc toi là-bas ! J’t’ai à l’œil ! Faudrait penser à la payer plutôt que d’essayer de la piquer ! L’homme lui fit un sourire narquois de tous ses chicots jaunis et reposa la flasque de vodka qu’il avait essayé de dissimuler dans la manche de sa parka raide de crasse. — Y’a de sales cons qui ne manquent pas d’air ! souffla Big Bud. Je lui mettrais bien une p’tite avoine à celui-là. — Attends voir mon grand, on va se marrer un peu. Chuck baissa la voix et décrocha le téléphone. — J’appelle le shérif… En général, il aime bien s’occuper de ce genre de pied nickelé ! En plus, il ne doit pas avoir de papiers ou de carte de séjour en règle, ce gus. Une voiture passa devant la vitrine et s’immobilisa entre les pompes à essence.
Anthony Fergusson gara lepick-upvolé devant la petite station-service isolée. Il venait de traverser l’État sur les chapeaux de roue. Le je une homme était épuisé, mais il ne pouvait pas s’arrêter maintenant, il devait à tout prix atteindre la frontière avant l’aube. Le réservoir était presque à sec et il n’avait pas un sou en poche. Anthony n’avait pas vraiment le choix. Le criminel se demandait encore comment le braquage de cette banque à Portland avait pu merder à ce point. Avec son complice Allan, ils avaient mené l’opération comme convenu, sauf qu’un des foutus employés avait décle nché l’alarme. Les flics avaient déboulé en moins de cinq minutes, faisant feu sur e ux, sans sommation. Une fusillade d’enfer. Un vrai massacre. Fergusson s’en était sortiin extremis en se frayant un passage à coups de pétoire, faisant un véritable carton. Il ignorait le nombre de victimes et si Allan était vivant ou mort. Le jeune homme avait réussi à s’échapper, mais il avait dû abandonner le magot. « Je n’ai jamais eu de veine ! » songea-t-il. Anthony prit le9mmdans la boîte à gants, vérifia qu’il était chargé et enfila sa cagoule avant de quitter l’habitacle.
— Le shérif est déjà dans le coin, Buddy. Il est en route. Paraît qu’il y a eu du grabuge à Portland et qu’un fugitif traîne par chez nous ! — Va y avoir de l’animation ! ricana le vieil homme . Allume donc la TV qu’on voit ce qui s’est passé. Chuck attrapa la télécommande et mit la chaîne des informations sans quitter le sans domicile fixe des yeux. Les deux hommes ne virent pas la silhouette qui arrivait au pas de course dans leur direction. La porte de la boutique s’ouvrit à la volée laissant passer l’air froid chargé de neige. Anthony pointa son arme sur Bud et Chuck. — Mains en l’air, bande d’enfoirés ! Le premier qui bouge, je lui fais un deuxième trou du cul au milieu du front ! Il n’eut pas le temps de voir le clochard disparaît re derrière l’une des gondoles du rayon alcool. Fergusson visa Chuck. — Toi, le bouseux, file-moi le contenu de la caisse ! Magne-toi le derche ! Ce dernier tremblait comme une feuille, il ouvrit l e tiroir-caisse et sortit les billets qu’Anthony fourra dans les poches de son anorak. Big Bud se tenait sur la gauche de Fergusson, les m ains levées. Avant de devenir ce vieillard arthritique et alcoolique, il avait été un héros de la guerre du Vietnam. Son habilité et ses réflexes avaient souvent sauvé la mise à son régiment. Une idée traversa son
esprit déjà embrumé par les canettes de bière qu’il s’était enfilées en ville un peu plus tôt pour oublier sa solitude. Ses yeux allèrent de la bouteille de scotch restée sur le comptoir à l’individu et de l’individu à la bouteille. Il pouvait redevenir ce héros qu’il avait été, faire taire ces mauvaises langues qui colportaient tant de rumeurs à son sujet et probablement toucher une prime. Anthony remarqua l’expression concentrée du vieil homme et comprit ce qu’il voulait faire. Big Bud saisit la bouteille pour la casser s ur son crâne, mais il n’avait plus sa vivacité d’antan. Trop tard. Anthony le frappa au visage avant qu’il n’ait pu fi nir son geste, lui brisant quelques dents avec la crosse. La bouteille tomba sur le sol. Un flot ambré inonda les bottes et le bas du pantalon du braqueur. Assommé, Big Bud s’écroula au milieu des bouts de verre dans la flaque d’alcool. Fergusson fit volte-face, attrapa Chuck par les cheveux et enfonça le canon du pistolet dans sa bouche jusqu’à la luette. — Putain, mais c’est quoi votre problème ? Faut tou jours qu’un blaireau essaye de jouer les héros ! T’es un héros toi, enflure ! postillonna-t-il. Pour toute réponse Chuck mouilla son pantalon de to ile. Il se mit à gémir comme un enfant. Soudain, un crissement de pneus se fit entendre au-dehors. Une voiture de patrouille manœuvrait sur le parking pour se garer. Anthony retira l’arme dégoulinante de bave. — Aide-moi à ramasser ce vieux couillon et foutons-le dans l’arrière-salle ! Chuck et Fergusson attrapèrent Big Bud sous les ais selles. Les deux hommes le traînèrent aussi vite que possible dans la petite pièce empestant la bière et la cigarette. Ils refermèrent la porte. Anthony se glissa sous le com ptoir, attira Chuck par le bas de sa chemise de bûcheron et mit l’arme contre son bas-ventre. — Tu te démerdes comme tu veux, mais tu t’arranges pour qu’il dégage fissa et qu’il ne soupçonne pas que je suis là ! Si tu foires, t’es mort, compris ? Chuck, blanc comme un linge, opina du chef. À la télévision, la voix nasillarde du présentateur annonça : — La fusillade dans la banque de l’Union à Portland a fait sept victimes, dont trois officiers de police qui intervenaient sur les lieux. L’un des malfaiteurs a été arrêté, il est actuellement toujours interrogé par les forces de l ’ordre. Son complice, en cavale, essaierait de rejoindre la frontière canadienne. Il s’appelle Anthony Fergusson. Le suspect est armé et dangereux. Il est déjà bien connu des s ervices de police. Une chasse à l’homme d’importance a été lancée… Anthony enragea. Cette petite pute d’Allan s’était déjà mise à table et l’avait balancé ! Le carillon de la station-service retentit au moment où le shérif Lee Roy fit son entrée. La première chose qu’il remarqua fut les morceaux d e verre et le whisky répandu par terre. — Salut Chucky ! Alors paraît qu’il y a un énergumè ne chez toi qui pourrait m’intéresser ? Dis, tu ne nettoies pas ce merdier ? Anthony enfonça l’automatique dans le flanc du caissier. Celui-ci faillit défaillir. — Ouais… C’est ce sale clodo qui se planque au fond derrière les bières ! Chuck pria pour que le sans-logis la ferme. Le crim inel, lui, se mordit la langue : comment avait-il pu ne pas remarquer la présence de ce mec ? L’empressement, la fatigue peut-être... — Sors de là fiston ! ordonna Lee Roy de sa voix de ténor. Je n’aime pas jouer à cache-cache et qu’on foute le bordel chez les honnê tes commerçants de ma
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