Les Gémissements du Midi. (Par P. Chaillot.)

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chez les marchands de nouveautés (Paris). 1819. In-8° , 56 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1819
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Cet ouvrage se trouve, à Nismes, chez Melcjuiond,
Gaude , Pouchon , Maux-Buchet.
A Alais , chez Martin.
A Montpellier , chez Seguin , Sevalle.
A Avignon , chez Laty.
A Marseille , chez Chaix , Mas vert , Mossy,
Camoëus , frères.
A Aix , chez Leboutteux, Ponthier.
LES
GÉMISSEMENS
D U
A PARIS
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
I 8 I g.
De l'Imprimerie de PIERKE CHAILLOT JEUNE,
à Avignon.
AVANT-PROPOS.
DEPUIS long-temps les ennemis de
la cause royale, se déchaînant contre
les fidèles sujets du Roi, s'écrient que
ceux qui se vantent de royalisme et
de fidélité sont, par leur exagération
les ennemis mêmes de cette cause .
que ce parti, rallié sous les couleurs
de la vertu et qui reproche aux au-
tres tant de crimes , a commis aussi
les siens ; et, d'autant plus acharnés
contre lui qu'il a été plus constam-
ment irréprochable , ils font sonner
haut et veulent tirer avantage d'excès
qu'il est impossible de ne pas détes-
ter et condamner , et que le parti
royaliste voudrait effacer par ses
larmes.
Affligé comme tous les royalistes
le doivent être et le sont , j'ai voulu
il y a plus d'un an ., fixer sur le pa-
A3
6 AVANT-PROPOS.
pier l'expression de ma douleur pro-
fonde ; j'ai voulu montrer combien
est fausse l'interprétation donnée par
nos ennemis aux sentimens qui nous
animent ; j'ai voulu la combattre par
la protestation la plus franche de
notre entier dévouement au Roi ;
j'ai voulu établir que les crimes queno-
tre patrie rejette avec horreur étaient
le résultat , non pas seulement de la
violence , de la férocité naturelle
peut-être à quelques hommes -, mais
aussi delà fermentation extrême qu'a-
Vait causé dans leurs âmes le fiel
dont ils avaient été et anciennement
et tout récemment abreuvés. Sou-
lagé après avoir écrit ces pages et les
avoir lues à quelques amis, comme on
est soulagé quand on a déposé un
chagrin cuisant dans le coeur d'une
personne qui nous est chère et qui
y compatit , peu jaloux de succès
littéraires que je n'ai jamais tentés ,
AVANT-PROPOS. .7
j'ai laissé dans un tiroir mon manus-
crit ; mais l'ouvrage du Révérend
Clément Perrot, me fournissant une
nouvelle preuve de ce que j'avance
dans cet opuscule , a fait naître en
moi le désir de le mettre au jour.
Cependant j'ai éprouvé encore de
l'hésitation-, l'ouvrage de cet anglican,
les autres pamphlets qui circulent ,
avancent une foule de faits tous plus
atroces ; leur nombre fait frémir ,
et l'air d'assurance avec lequelilssont
présentés achève de briser mon ame.
Quelle impression pouvait faire mon
modeste écrit sur ceux qui auraient
lu de pareils ouvrages , quand ils ve-
naient d'être si violemment émus par
ces peintures effrayantes ? La coupe
de Rodogune ou celle d'Atrée pour-
raient-elles faire frissonner celui qui
vient de voir sur les tréteaux du Bou-
levard l'image dégoûtante d'un assas-
sinat révoltant et les punissables ac-
A 4
8 AVANT-PROPOS.
teurs de cette horrible scène recevant
dans un baquet le sang qui ruisselle
sous le couteau des meurtriers ?
Mais fespère que la réfutation don-
née par M. le Marquis d'Arbaud-
Jouques , ancien Préfet du Gard ,
aura fait retomber sur les vils calom-
niateurs de ce département tout l'o-
dieux de leurs perfides assertions, et
que le flambeau de la vérité ayant
dissipés ces horribles images , lelems
en aura effacé les moindres souvenirs.
Il appartenait , pour ainsi dire , ex-
clusivement à ce magistrat distingué
de répondre à de telles inculpations ;
je n'essayerai pas de rren ajouter à sa
réponse et je donne mon travail tel
qu'il a été fait en Novembre 1817 ,
quand nos ennemis moins audacieux
se contentaient de faire entendre des ,
vociférations , mais ne les avaient pas
encore répandues par la voie de la
presse.
(10)
pour le Roi, et malgré , surtout, l'injuste inimitié
qu'on cherche à souffler contr'eux dans son coeur.
Alors , de nouveau , ils se jetteraient entre lui et ses
assassins , de nouveau ils braveraient les dangers
des combats , les chances d'une ruine totale, d'une
proscription éternelle.
Je me reprends : profondément pénétré d'un
sentiment déchirant je me laissais emporter dès
les premiers mots à cette espèce de fougue qu'on
nous reproche. Ce n'est donc plus le coeur qui
doit aimer le Roi ? Ce n'est donc plus le coeur
qui doit nous livrer au Roi comme aux tems des
Dufiois et des Bayard ? Le coeur en effet raisonne
mal et il faut aujourd'hui des raisonnemens ; il
faut froidement analyser, et , avec une inviolable
impassibilité, juger les événemens comme le Jupiter
d'Homère, assis sur un nuage d'azur, pesait dans ses
balances d'or les destinées des Troyens et des
Grecs ! Absurde philosophie qui ne veut pas re-
connaître les passions humaines et voir les hommes
ce qu'ils sont ! Administrer , qu'est-ce donc autre
chose que tourner au bien général les vices par-
ticuliers et faire servir à l'utilité de tous, l'avarice ,
la violence , et l'orgueil de quelques-uns ; au lieu
que ne trouvant aucun aliment dans une vie libre
ou oisive , ces vices deviendraient nuisibles à la
société ? Chaque homme , chaque peuple a son
caractère particulier que rien ne peut entièrement
changer ; c'est par-là qu'il aime,.qu'il hait, qu'il nuit
et qu'il sert. Pardonnons aux habitans du nord leur
(«)
phlegmatique fidélité , s'ils savent former aux pieds
du trône un mur impénétrable à ses ennemis ou
mourir sans avoir reculé d'un pas ; qu'ils nous par-
donnent notre bouillant dévouement, si au premier
aspect des ennemis du Roi nous volons à eux et
allons chercher la mort en perçant les derniers
rangs de leurs phalanges. Autant que nous ils sont,
recommandables ; mais en quoi le serions-nous
moins qu'eux ?
On nous accuse d'abord d'aimer trop le Roi et
tout de suite après on nous accuse de le Blâmer et
conséquemment de ne pas f aimer et le Roi le croirait !...
On nous accuse enfin de nous être porté à d'hor-
ribles et sanglantes réactions , et au lieu d'obéir
au Roi en oubliant le passé , de renouveller nos
haines de religion , et le Roi le croirait encore !
C'est ainsi que l'on accusait ce Prince, qu'il appelle
son fils , d'allumer la guerre civile ; lorsque, par ses
nobles efforts , il prouvait à l'Europe que les Bour-
bons savent toujours se faire suivre et se faire
admirer.
Je ne sais pas bien de quelle nature est la pre-
mière de ces inculpations et si l'on doit sérieuse-
ment la repousser. J'ai déjà établi que le même
amour devait se manifester de diverses manières
suivant le climat et le caractère qui naît du climat.
Mais quand nous l'aurions ce glorieux défaut de
pousser à l'excès notre amour pour le Roi ! La
(»»)
France ne peut-elle donc plus dire comme un des
poètes de Louis XIV.
On ne peut trop aimer trois sortes de personnes,
Son Dieu sa Maîtresse et son Roi.
L'autre accusation tout-à-fait contradictoire est
aussi d'un caractère bien plus grave . bien plus
affligeant pour nous : on nous dit , on voudrait
persuader à la Franee que nous naimons pas
le Roi.
Nous n aimons pas le Roi ? Et pour qui , au
nom de qui , avons nous donc pris les armes à
cette déplorable époque de 1815 ? Un fils de
France paraît ;, tout s'émeut. Nos coeurs brisés
par la douleur se remplissent de courage , d'espoir
et de dévouement ; aucune hésitation ne se mani-
feste ; le département du Gard à fourni trois mille
hommes , la ville de Nismes a vu. sortir deux mille
hommes de son sein. L'ardeur de s'enrôler était
extrême , les pères de familles pour n'être pas
refusés niaient qu'ils eussent des enfants, et leurs
femmes les excitaient elles-même à ce mensonge ;
ne craignant pas de se voir délaissées avec leurs
familles au milieu de leurs ennemis intérieurs (i).
(r) Ces pères de famille peu fortunés , sacrifiant
ainsi leurs femmes et leurs enfans à lenr amour
pour le trône , excitèrent l'admiration générale et
tout le monde fut éma du besoin de secourir lenrs
familles pendant leur absence. Une caisse fut ou-
(' i3 )
€ étaient-la de bien mauvais soldats , s écrient nos
détracteurs ; non sans doute ! c'étaient au contraire
de fort bons-soldats , si on les apprécie par le zèle
et le dévouement ; il ne fallait que les bien con-
duire ! Mais la trahison était déjà partout ; sous
prétexte d'organisation , on leur faisait passer les
journées entières sur les places publiques , ou
même voyager d'une ville à l'autre sans paye f
ni vivres. On voulait les abreuver de dégoûts et
refroidir leur ardeur , on n'a pu parvenir qu'à là
rendre inutile en en retardant les efforts. Citaient
de bien mauvais soldats ! Mais si toute la France
eut imité ce généreux exemple , si cette superbe
Lyon dont on se rappelle l'ancienne valeur n'eut
verte à cet effet , les dons y affluèrent. C'est
un devoir de citer le trait d'une vieille femme de
la plus basse classe du peuple. Cette femme cou-
verte de haillons vient dans la salle de l'Hôtel-de-
Ville., et là , pleurant d'émotion et de sensibilité,
dit : « Messieurs , je viens aussi porter mon offran-
»' de; je veux aussi contribuer à secourir ces braves
» gens qui vont suivre notre bon Prince et défen-
» .dre notre bon Roi. J'ai à.force d'économie , amassé
» quelque argent pour mes vieux ans ; il ne peut
» mieux être employé que dans cette circonstance. »
Disant cela., elle tire de dessons son méchant man-
teau un paquet de guenilles où se trouvait plié une
somme de mille francs , fruits de cinquante ans de
labeurs et qu'elle venait de tirer de la paille de soa
grabat.
t *4)
pas été enchaînée par la trahison (i) , les huit cent
soldats de Buonaparte auraient-ils pu résister à
(i) « Comme son passage ( de Buonaparte ) était
» une tâche pour la ville de Lyon aux yeux des
» étrangers qui ne connaissaient pas la position où.
» elle se trouvait , je tâchai dans le tems de te la
» faire connaître en termes obscurs. Il n'y avait
» alors à Lyon que trois pièces anciennes qui avaient
» été amenée de Ville-Franche et qui n'étaient pas
» de calibre , elles étaient au-dessous de quatre et
» fort mal montées. Au contraire , Buonaparte en
» s'emparant de Grenoble y avait trouvé une très-
» belle artillerie. Quand on assembla le conseil.
» municipal de Lyon pour délibérer sur la nouvelle
» survenue de la prise de Grenoble , les membre»
» qui ne savaient pas la pénurie où l'on était, espé-
» rèrent que ce serait pour eux et leurs concitoyen
» une occasion glorieuse. Un deux en sortant avec
» le. Maire , M. le Comte de Fargnes lui en réparla ;
» mais celui-ci parut fort triste , et pressé avec in-
» quiétude : Vous ne savez pas , dit-il , que le mi-
» nistre de la guerre n'a pas laissé un seul canon
» en état dans notre arsenal , et point de munition ?
» Pour surcroît de malheur on avoit fait venir des
» troupes qui refusèrent publiquement de crier
» vive le Roi , leur présence et lenr refus conster-
» nèrent les honnêtes gens et encouragèrent la ca-
» naille. H devint impossible non-seulement de ré-
» sister , mais de faire même aucun, préparatif de
» défense , on était entre deux feux. » ( Extrait d'une
lettre particulière datée du 8 août 1815 , dont on peut
affirmer et garantir L'existence. )
(15)
l'immense quantité de mauvaises troupes qu'ils
auraient eues sur les bras ? — Cétaient de bien
mauvais soldats ?... Il ne reste plus qu'à nous dire
que ce sont-là , les paroles dn Roi !... Nous ne le
croirions pas , nous qui connaissons les menées de
nos ennemis, qui, d'une part , pour nous nuire
auprès du Roi nous peignent à lui sous les cou-
leurs les plus odieuses , et , d'une autre part ,
pour diminuer notre amour pour le Roi nous
le représentent comme un Prince ingrat et in-
sensible. S'il parait l'être à notre égard, s'il l'est,
c'est qu'on le trompe sur notre compte , et si nous
nous permettons quelquefois d'improuver quelques-
uns de ses choix nous n'accusons du moins jamais
son coeur ; notre dévouement ne peut être affaibli.
Non ! dût-il punir notre dévouement lui-même ,
dont on lui aurait présenté les témoignages sous
un aspect condamnable , notre dévouement n'en
sera pas moindre , nous prouverons toujours et
de toutes manières que nous sommes dignes aussi
de prendre pour cri de guerre et de ralliement le
glorieux quand même ? des Vendéens.
Avec ces dispositions sincères , qui pourrrait
nous condamner , sinon , les ennemis du Roi,
quand nous essayons par nos cris de détourner la
confiance qu'il est prêt à leur accorder ? Les
connaît-il aussi-bien que nous les connaissons, ces
ennemis loin desquels -\\ a été forcé de vivre et qui
ont été nos bourreaux ? Est-il étonnant que nous
nous efforcions d'être entendus quand nous disons:
(i6j
« Sire, voila les hommes que vous devez redou-
» ter et tenir éloignés de votre personne et de
» vos conseils; voilà , voilà l'abîme où ils ont cou-
» tume de conduire leurs victimes et ils l'ouvrent
» sous vos pas. » Certes ! plus nous aimons le Roi,
( et il faut l'aimer beaucoup pour l'aimer trop- )
plus nous avons le droit de répéter haut ces utiles'
avis. L'équipage d'un vaisseau s'était révolté et
avait chassé son pilote , les passagers maltraites ou
mis aux fers ont été entraînés dans des mers in-
connues , tous les dangers les ont assaillis , là
mort s'est présentée à eux sous toutes les formes
au milieu de la rage des mutins et des horreurs'
des tempêtes , enfin un vent du nord a fait échouer
sur la côte ce malheureux bâtiment ; l'ordre y
renaît , le vrai piloté en reprend le gouvernail ,
le vaisseau se relève sous sa conduite , et quoique
Bien maltraité , sillonne légèrement le vaste océan.
Sera-t-on étonné que les passagers encore émus dé
si rudes épreuves frissonnent aux moindres avant-
coureurs des orages ? Les châtiera-t-on , si 'y
instruits par une funeste expérience , ils font
appercevoir au pilote, qu'ils chérissent', les nua-
ges qui naguères encore "ont causé les tempê-
tes , s'ils lui montrent les signes d'intelligence
que les mutins vaincus se font entre eux, et par
lesquels ils ont commencé leur révolte , par les-
quels il y à si peu de tèhjps, encore., ils s'excitaient
à frapper?
Eh quoi! s'écrient les" ennemis du Roi ; le Roi à
tout
(17)
tout pardonné ; voulez-vous donc -punir , quand la
clémence royale couvre tout de son manteau pa-
ternel .?... Punir ?..non , peut-être eut-il été mieux
détendre un .peu ; davantage les exemples de sévé-
rité contre des hommes qui avaientviolé tous les
sermens pt rompu les liens sacrés, de la plus.juste
reconnaissance ,,;.mais le Roi a parlé, il suffit. Cepen-
dant ; n'y a-t-il.. pas un, milieu entre parddnuer
et récompenser ,. entre punir ;et rendre puissant ,?|
L'homme pardonné, ( et pardonné sans marque ex-
térieure de repentir) doit.- il rentrer en graçade telle
manière qu'il n'ait rien perdu,,ni .de la confiance
dû-maître , ni de l'estime des. sujets ?N'est-ce
donc pas assez que le pardon lui remette la.-peine
que son crime lui avait fait encourir ?,
.Lorsquen 1014 , Louis est arrive au milieu .de
son peuple, après une absence bien, longue, il a du,
sans doute, tout oublier : Le temps de Coblentz,
la guerre faite alors à sa personne étaient dejà bien
loin; peu.de chefs de cette guerre étai.ent.vivansj
parvenus d'ailleurs au faîte des, grandeurs ,ils, pou-
vaient être satisfaits,; ou, éclairés par la.rév.olutipn
elle-même , ils pouvaient avoir pris. des. idées, plus
justes sur le gouvernement des jétats et donner des
garants d'une fidélité nouvelle que leur, talens et
leur influence pouvaient rendre fort utile au, trône.
Une génération entièrg, était née- depuis le. jd^p
part de Louis et jurement, sur elle
qu'il allait régner elle était innocente et du
meurtre , des royales victimes et de l'atroce; re-
B
(18)
bellîon qui avait couvert la France dincendies ',
de massacres et d'échaffauds ; et puis le despo-
tisme de Buonaparte avait tout écrasé, et, au milieu
des désastres d'une guerre dévastatrice, les bour-
reaux eux-mêmes avaient pardonné à celles de
leurs victimes qui leur avaient échappé. La France
enfin avait besoin de paix et de bonheur , le coeur
du Roi avait besoin d'épancher sa générosité ; il ne
vit que des énfans dans les Français et lés Français
s'embrassèrent en frères. Les emplois brillans, lès
Charges grandes et petites qui donnent le pouvoir,
les fortunes colossales furent conservées aux hommes
que la révolution avait élevés ; la' nation applau-
dissait, et ceux là même dont les biens .étaient
devenus leur appanage applaudissaient aussi, ac-
coutumés, déjà qu'ils étaient, à l'indigence , soute-
nus par le sentiment dé l'a cause honorable de leurs
revers > et par l'espoir dé retrouver dans les distinc-
tions de leur maître le contrepoids bien mérité de
leurs malheurs. Point de dissention parmi les Fran-
çais, tous indistinctement sont aux pieds du Roi, recoi
Vent les faveurs , sont par lui revêtus de ses ordres,
et en retour il reçoit leurs sermens.... Mars 1815
arrive . Cette foi si recemmment jurée ; tous
indistinctementl'ont-ils tenue ? Voilà la ligne tracée,
désormais plus deregards sur ce qui a précédé !
Qui fut fidèle alors, l'a toujours été.
En Mars 1815 le Roi fuit, on voit de ses sujets
le poursuivre, il ordonne à sa garde fidèle de met-
tre bas les armes, elle est baffouée , maltraitée ,
(19)
egorgée Sur un point opposé de Ses états , cette
princesse qu'il a appellée notre Ange est obligée
de s'embarquer à la vue d'une troupe qui refusé
de la défendre, et la France a retenti des injures
atroces que les ; monstres ont vomi contre elle.
L'époux dé cette infortunée et auguste orpheline
s'était mis à, la tête de quelques hommes dévoués ^
la trahison l'environne ; il voit; que la résistance
est inutile-, il veut assurer là vie de ceux qui
l'ont suivi, il Capitule ; bientôt il est arrêté mal-
gré la capitulation et gardé à vue par un corps
d'officiers rebelles.; ses soldats sout pillés , battus,
quelques uns,égorgés ; il échappe par un miracle
à là mort qu'on lui préparait Hé bien ! faudrait-il
donc donner encore,de l'argent,. des récompen-
ses, des emplois sur tout ç'est-à-dire du pouvoir
à ceux qui ont poursuivi leur Roi et maltraite ses
serviteurs, abandonné là fille de tant de Rois et
insulté à; ses malheurs, arrêté et réservé pour l'échaf-
faud j'héritier naturel du trône ? Dieu ! serait-ce à
leur garde, qu'il faudrait confier : le Roi , la prin-
cesse et son époux ? Est-ce eux qui doivent dé
Fendre le trône ?..... France ! n'as-tu donc plus de
Français dans ton sein, ?
Envain dira-t-on qu'il faut une armée expérimen-
cée pour reprendre l'attitude qui convient à la France
parmi les nations. Était-elle expérimentéél'armée qui
en 1792, 1793 etc. a vaincu toutes les coalitions, et
manquons nous de soldats et de chefs capables, expé
rimentes et en même temps fidèles? indépendamment
B 1
(20)
de ceux qui, sous les bannières royales, a la Vendée ou
en Allemagne, ont déployé un courage brillant, une
certaine connaissance de la guerre et une constance à
toute épreuve, n'avons nous pas des Maréchaux de
France, des officiers généraux et d'autres officiers
de tous gradés qui , à leur gloire militaire , joignent
celle de la fidélité ? En quoi donc pourrait-il être né-
cessaire de recourir à Ceux qu'il suffit de pardonner?
Mais , nous dit-on , Buonaparte n'est plus à re-
douter leur fidélité à été mise, à une-épreuve qui
seule pouvait la faire chanceler, faire couler le sang
Français répugnait à leurs coeur ,quon les emploie
contre les puissances étrangères et lon verra ce que
peuvent leurs bras. Aucun: de nous ne doute de
leurs talens , de leur bravoure, j'ajouterai même
de leurs sucées; car si le signal du Combat était
donné, cette bravoure, le dirai-je;? se changerait en
rage...... Ils ont Waterloo à venger Oui ! ce' sont de
ces vérités qu'un ultra royaliste peut leur faire en-
tendre. Ces murmures perpétuels contre les trai-
tés de Novembre 1815 , des vociférations contre
les étrangers qui nous ont rendu notre Roi , c'est
au Roi lui même qu'ils les adressent indirecte-
ment et de quel droit se plaignent-ils de l'épuise-
ment où l'invasion étrangère aréduit les finances
du Royaume eux qui sont-exactement payés de
leur demi-soldes ? Cette invasion étrangère , qui
l'a causée sinon leur félonie ? Buonaparte aurait-il
réussi, s'ils ne l'avaient pas soutenu ? Aurions-nous
eu besoin dés étrangers pour l'étouffer, s'ils eus-
(21)
sent été fidèles? Aimaient-ils le Roi quand il si ont
poursuivi à outrance et signé son exil éternel ; quand
ils ont , de toute leur force et au péril de leur
vie , combattu les troupes royales du Midi , de
l'Ouest et du Nord , et les armées alliées qui nous
ramenaient notre Roi ? L'aiment-ils aujourd'hui
lorsqu'ils exècrent nos libérateurs, qu'ils sont fiers
encore de les avoir seulement combattu à ce
Waterloo, où heureusement pour la Fiance ils
ont été écrasés ? Ils ont craint de verser le sang
Français quand il s'agissait de marcher contre leur
cher Empereur qui se présentait avec une poignée
d'hommes dévoués à sa cause ; mais ils ont eu
d'autres sentimens pour des Languedociens et des
Provençaux conduits par le neveu de leur Roi ,
pour ces preux Vendéens l'honneur de la France ,
pour ces braves Flamands qui, à la seconde ren-
trée du Roi, accourraient sous la croix de leurs
paroisses , border à deux genoux les routes que
suivait ce Prince , ne craignant pas , pour satisfaire
leur curiosité filiale, de livrer sans gardiens, leurs
habitations aux troupes étrangères qui leur avaient
rapporté l'oriflamme.
Il s'en faut de beaucoup que ces valeureux servi-
teurs de Buonaparte, si dignes de sa confiance, aient
honte de leur conduite passée; ils s'en applaudis-
sent pour ainsi dire, ils ne s'abaissent pas à la dé-
savouer, à l'excuser; ils ne s'abaissent pas même
à demander de l'emploi; ils attendent sans im-
patience, en jouissant d'une grosse paye, qu'on
B3
(22)
vienne leur donner des grades qu'ils regardent
Comme dus à leur mérites et à leurs services Bien
éloignés d'imiter le grand Condé qui se fit pein-
dre arrachant du livre de sa vie les pages où il était
écrit : combat de. Blenau, combat de St. Antoine
retraite d'Arras ( noble et touchant monument
de sa gloire militaire et de son repentir ! ) , le der-
nier sous-lieutenant de l'armée coupable voudrait
écrire sur sa cocarde Waterloo, Ils ont raison eux,
qui ne mettent pas à haut prix notre estime, si leur
expérience de la guerre doit seule les conduire aux;
grades les plus élevés. Mais devrions-nous donc
les voir placés sans nulle crainte, nous qui, connais-
sons leurs opinions (sans nulle espèce de dépit, )
nous, dont ils osent presque tourner en ridicule les
vains efforts et la fidélité vaincue ? Peuvent-ils
voir leur avancement sans une juste jalousie et un
vrai mécontentement , ces officiers fidèles au Roi
qui; ayant suivi au chemin de l'honneur le panache
du fils de Henri, les ont eus pour ennemis et pour
vainqueurs , ont supporté leurs lâches insultes , et
constamment fidèles, ont refusé de servir dans, leurs,
rangs sous les couleurs de l'usurpateur , se privant
ainsi, volontairement d'un, traitement nécessaire à
plusieurs ?
Ah ! sans doute , il faut que la France reprenne
un. rang, distingué parmi les nations , sans doute ,
il faut qu'elle ait une armée qui la. fasse respecter
au dehors ; mais ce n'est pas assez qu'elle défende-
l'état si elle ne défend pas aussi le trône ; il faut
(23)
qu'elle ne soit pas redoutable à son Roi lui-même,
il faut qu'elle lui soumette ses ennemis intérieurs ;
car, qu'est-ce une armée qui abandonne son chef
suprême , que dis-je ? qui le poursuit et dispose
de sa couronne ?..... C'est pourtant là ce que nous
avons vu.
Dire qu'il faut éviter de le revoir , et ne point
altérer la composition actuelle de l'armée , dont
tant de corps ont donné des marques et des garants
de leur dévouement ; dire qu'il faut apporter le
même soin dans les choix relatifs à l'administration
de l'état et écarter de la concurrence les hommes
dont la conduite passée donne lieu de soupçonner
la conduite à venir ; est-ce donc parler d'une ma-
nière condamnable ; et , si nos désirs à cet égard
se trouvent en opposition avec quelques choix qui
ont pu échapper aux meilleures vues , peut-on dire
que ce soit blâmer le Roi ; peut-on en inférer
que nous n'aimons pas le Roi ; peut-on sur-tout.
nous alléguer que si nous étions- sujets' dévoués nous-
serions sujets soumis , et que cest ne l'être pas que-
juger notre maître ?...
Voilà,pourtant, comment raisonnent contre nous
ceux qui se disent les amis du Roi ; ils ne parlent
que de l'autorité absolue qu'il doit avoir et cepen-
dant ce sont les mêmes hommes qui à St.-Ouen
(en 18I4) ont osé présenter à leur Maître- des:
conditions à signer, les mêmes,qui,en 1815 ont
signé le fameux article additionnel , les mêmes
enfin, qui, fidèles à ce dernier serment lorsque
84

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