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Les Gloires du travail

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72 pages

Vous avez vu souvent une triste maison
Manquant d’espace et d’air, de clarté, d horizon ;
Dont le seuil est sali de poussière ou de boue,
Que nul grès exhaussé n’écarte de la roue,
Que la jaune maigreur habite avec la faim,
Où chaque veille attend un plus noir lendemain ;
Réduit sans feu, l’hiver, le printemps, sans sourire,
Sorte de toit maudit dont chacun se retire,
Et qui semble lui-même éviter le grand jour :
Prison d’un pauvre, hélas !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Antonin Célarier

Les Gloires du travail

I

Vous avez vu souvent une triste maison
Manquant d’espace et d’air, de clarté, d horizon ;
Dont le seuil est sali de poussière ou de boue,
Que nul grès exhaussé n’écarte de la roue,
Que la jaune maigreur habite avec la faim,
Où chaque veille attend un plus noir lendemain ;
Réduit sans feu, l’hiver, le printemps, sans sourire,
Sorte de toit maudit dont chacun se retire,
Et qui semble lui-même éviter le grand jour :
Prison d’un pauvre, hélas ! au fond d’un carrefour.

 

Plus rare vous voyez sur la haute colline
Une blanche maison, dont le jardin s’incline.
Son front rit dans l’azur ; l’étoile et le soleil
Lui versent la clarté, le travail, le sommeil.
Elle est le centre heureux des prochaines campagnes ;
Et là-bas le feston bleuâtre des montagnes,
Aux yeux plus accusé, plus fuyant tour à tour,
Dans ses doux mouvements la berce avec amour ;
Seuil de joie et de paix, beaux enfants de l’aisance,
Foyer hospitalier que bénit l’indigence.
Tout est là : calmes nuits et jours laborieux,
La bienvenue au pauvre amené par les cieux,
Dans une tendre aïeule un beau soir qui s’achève,
Et sur l’enfant qui dort l’espérance qui rêve.

 

Le réalisme ainsi sans air, sans horizon,
D’une étroite pensée est la sombre prison ;
L’idéalisme vrai s’élargit et s’éclaire
De tout reflet du ciel dont s’ennoblit la terre.

II

Mêlant un rire faux au plus âpre dédain :
« Des vers encor, Bon Dieu ! » me riposte un gandin ;
« Ciel, Idéal !.. mots creux, qu’un obstiné poète
Aux refus obstinés de la foule rejette.
Qui lit encor des vers ? Lamartine et Hugo,
Eux-mêmes dans nos rangs trouvent un faible écho.
Autres temps, autres goûts. Je ne sais quelle rage
Vous pousse à des travaux, dédaignés de notre âge ?
Passe encor un refrain du Dieu des Bonnes Gens,
Qu’arrose un gai champagne aux bouchons bondissants.
Hors de là, sot métier. Sur notre grande scène,
Eh ! qui n’a donc pas vu la noble Melpomène,
Vengeant tant de héros immolés de ses mains,
Se tuer d’un excès de vers alexandrins ?
Un métromane seul que personne n’écoute,
Peut encore aujourd’hui contester sa déroute.
Du reste, Despréaux, Corneille, Juvénal,
Frappé que tout cela d’un discrédit égal.
Le vers est mal porté, c’est une vieille mode,
Et je ne sais comment Ponsard s’en accommode,
Lui, qui pourrait écrire en prose, que je crois,
Aussi bien que Ponson, Monselet ou Lacroix.
Notre journal Soleil ne rayonne que prose,
Oui, que prose, Monsieur ; et, remarquable chose,
C’est que par Siraudin1 depuis janvier passé,
De ses exquis bonbons tout vers est expulsé.
On voit dans leur devise éclater des sentences
Valant de Duruy toutes les Conférences.
Pascal, Pigault-Lebrun s’y tiennent par la main,
Et près de Bossuet Paul de Cock fait très-bien.
La dragée est ainsi la Bible sans rivale
Où nos fils apprendront leur petite morale.
Avons-nous tant besoin d’un rythme harmonieux ?
Les Dieux chassés, chassons le langage des Dieux.
Me faut-il donc des vers aux syllabes comptées,
Pour dire des valeurs, ou qu’elles sont montées
Ou qu’elles sont en baisse, ou que de mon gilet
La poche est trop étroite et trop haut le collet ;
Qu’enfin Gladiateur, pour sa course si preste,
Dans ses cent mille francs n’obtient qu’un prix modeste ?
De ce noble animal un illustre empereur
Aurait fait un consul, au moins un sénateur. » — 

 

 — « A ce cheval-éclair il n’est de récompense
Qu’on n’eût donnée à Rome et qu’on ne doive en France.
O noble et beau coursier, soyez-nous indulgent...
Pour nos instituteurs il nous faut tant d’argent !
Les vers vous plaisent moins, et j’admire la thèse
Que vous avez contr’eux déroulée à votre aise.
Les miens, qui les lira ? que m’importe après tout ?
Je rime, vous fumez, et chacun a son goût. » — 
 —  » J’ai fait des vers aussi ; mais un jour, impossible
 : De trouver une rime au mot... inaccessible ;
« Au diable les leçons d’Horace et de Boileau ! » — 

 

 — « C’étaient raisins trop verts pour votre fin museau ? » — 

 

 —  » Fallait-il pour si peu qu’on se mît à la gêne ? » — 

 

 — « Je le voyais venir... renard de La Fontaine. » — 

III

 — « Mais quel est ce gros livre entr’ouvert sous mes yeux ?
Un Plutarque-Amyot ! Vous aimez donc le vieux. ?
Goût étrange vraiment pour le siècle où nous sommes ! »

 

 — « A tout âge, pour moi, jeunes sont les grands hommes. »

 

 — « Dans sa naïveté votre mot est charmant ;
Mais je diffère encore ici de sentiment.
Un héros ! un héros ! phrase pour l’ignorance,
Passe-temps de veillée et hochet de l’enfance,
Un fou ! qui, sur la foi de quelque sombre auteur,
Pour trancher du grand homme et du réformateur,
Risque fort de se voir par les gens de police
Traîner par le collet à ceux de la Justice. »
 — « Le méchant seul a tort. »

 

 — « Plus encor le battu. » — 

 

 — « L’échafaud fut souvent l’autel de la vertu :
Socrate, Jeanne Darc... »

 

 — « Histoire magnifique !