Les Grelots de Momus, chansonnier, par L.-T. Gilbert

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Lugau (Paris). 1826. In-12, 214 p., pl. et titre gravés.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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LES GRELOTS
DE MOMUS.
DE L'IMPRIMERIE DE PLÀSSAN,
rue de Vaugii.ird, n° i5.
Mon -uni tiz It'iiune •&>/'/ ë£rê
-1826
LES GRELOTS
DE MOMUS.
LA FORCE DE L'HABITUDE.
CHANSON-PRÉFACE.
Ain : Fournissez un canal au ruisseau.
De ne plus jamais faire de vers,
Je fis le serment pour la vie;
Mais aujourd'hui je reprends les fers
De ma muse, qui m'y convie.
De moi, c'était espérer trop ;
C'est en vain qu'un poète jure
Alors qu'on chasse la nature,
Elle revient au galop.
Lorsque j'ai mon Piron dans les mains,
Sa joyeuseté m'électrise;
Quand elle m'inspire des refrains,
Ne plus chanter serait sottise.
Rimons donc puisque c'est mon lot,
Dût crier cent fois la censure ,
Alors qu'on chasse la nature,
Elle revient au galop.
Oui, moquons-nous du qu'en dira-t-on,
' Sans crainte remontons ma lyre ;
Toi, Minerve, donne-moi le ton;
Muses, secondez mon délire ;
Momus, agite ton grelot ;
Gaîté, viens marquer la mesure...
Alors qu'on chasse la nature,
Elle revient au galop.
LE GOUTTEUX.
Am : Contentons-nous d'une simple bouteille.
Je suis goutteux, je ne puis m'en dédire,
Me voilà donc pour un mois enchaîné ;
Plus de Bordeaux, encor moins de Thémire,
11 faut pester, jurer comme un damné.
Mon médecin prétend que ma souffrance
Est le brevet d'une lointaine fin ;
Eh ! que m'importe une longue existence,
S'il me faut fuir et l'amour et le vin !
« J'ai trop joui, me dit ma ménagère,
» Dans l'âge mûr pourquoi faire l'enfant ?
» Il faut montrer une humeur moins légère,
»Et réformer ce que le ciel défend. »
Tant qu'elle veut, la vieille m'en débile,
Mais , vais-je rire à son triste sermon,
4
Pour m'en punir, une douleur subite
M'apprend que Marthe a quelquefois raison.
Quand je marchais, que j'avais bon visage,
Tous mes amis entouraient mon fauteuil ;
Mais à présent privé de leur hommage,
Aucun, d'ici, n'ose franchir le seuil.
La goutte au moins me sert à vous connaître,
Amis ingrats, je saurai me venger!
Un jour viendra, je guérirai peut-être,
Je boirai seul, pour vous faire enrager.
J'ai cinquante ans, ma maîtresse est jolie,
Et la volage aime le fruit nouveau;
Pendant qu'ici me prend la jalousie,
Picard peut-être attaque mon caveau.
Quant à mon or, en rien je ne redoute,
Mais mon repos serait bien plus complet,
Si comme moi, Thémire avait la goutte,
Si je savais plus sobre mon valet.
S'il faut plus tard que pareil mal m'obsède,
Je ne veux plus voir aucun médecin ;
Je ne prendrai désormais pour remède,
Que du Champagne ou du vieux Chambertin.
Du froid docteur qui tâtonne, qui doute,
Pauvre goutteux, repoussez l'élixir;
Et si l'amour vous a donné la goutte,
C'est à Bacchus, morbleu! de la guérir.
ALLONS A COCAGNE.
Ain : Si vous voulez bien le permettre.
Mes amis ! (éis.)
En campagne,
Pour Cocagne,
Mes amis ! (bis.)
Vive ce bon pays !
Depuis la Seine jusqu'au Tibre ,
De l'Angleterre au Sénégal,
S'il fut jamais un état libre,
C'est lui, car il n'a point d'égal.
Dans ce climat à la gaîté propice,
Tous sont égaux, rois, ministres, sujets;
Le plaisir règle le budjet,
La sagesse y fait la police.
Mes amis! (iis.) etc.
Là, pas d'impôts ni de censure,
Pas de procès, pas de prisons ;
7
On rit, on boit outre mesure ,
Sans trembler on dit sa chanson.
Les noirs complots, de basses tyrannies,
N'y troublent point les éternels banquets.
Là, les crimes sont des caquets,
Et les lois d'aimables folies.
Mes amis! (iis.) etc.
Peu sévères, les jeunes filles ,
Pour goûter un bonheur certain,
De Vénus prêtresses gentilles ,
Ont toutes le coeur sur la main.
Mais, si l'on peut aisément plaire aux belles,
L'hymen, hélas ! n'est pas comme à Paris ;
Pour faire enrager leurs maris,
Toutes les femmes sont iidèles.
Mes amis ! {bis.) etc.
Autant que dure la journée,
Dans ce pays, des habitans ,
La tâche douce et fortunée,
A table est de passer le temps ;
Et quand du soir, l'obscurité légère
Commande enfin un bienfaisant repos,
Gais, pleins, ronds comme des tonneaux,
Chacun va presser la fougère.
Mes amis! etc. [bis.) etc.
Pour le sol de la gourmandise ,
Des amours, des jeux, des bidons,
L'émigration est permise,
Tous, sans tarder, amis, partons.
Sous l'étendart de la gastronomie,
Pressons nos pas... pour un épicurien,
Le bonheur, c'est de vivre bien.
L'estomac n'a point de patrie.
Mes amis! (bis.)
En campagne,
Pour Cocagne,
Mes amis! (bis.)
Vive ce bon pays!
LE GARÇON DE BUREAU.
AIE : De la treille de sincérité.
Tout embarrasse,
Un homme en place;
On ne sait par ou commencer,
Et jamais sur quel pied danser.
Le matin, c'est une galère
Quand on veut faire son métier ;
Des bureaux gobant la poussière,
Il faut frotter et balayer,
Arroser, surtout essuyer.
D'un ton de chef, l'un, vous demande,
Carton, journal ou bordereau;
En même temps, l'autre commande,
Sa flûte et la carafe d'eau.
Tout embarrasse, etc.
A l'antichambre, sur sa chaise,
On croit dormir quand on est las ;
10
Mais un commis, tout à son aise,
Vous fait trotter du haut en bas,
Et n'épargne jamais vos pas ;
El si vous faites la grimace,
D'une bonne suppression,
Sans plus de forme, on vous menace,
Quand vous rêviez la pension....
Tout embarrasse, etc.
Pendant que dure la séance,
On lance adroitement son mot,
Pour se donner quelque importance,
Lorsque l'on sait ce que l'on vaut ;
Car, enfin , l'on n'est pas un sot;
Et si par malheur on protège
Pour son compte quelques amis,
Vite, l'on crie au sacrilège !
Tous les bureaux sont compromis...
Tout embarrasse, elc.
Si du chef, par une bourasque,
La faveur éprouve un déchet,
Vous êtes traité comme un Basque ;
Et pour couronner le bouquet,
1 1
Jusqu'à vous vient le ricochet;
Mais si quelque faveur nouvelle
L'accable, alors, c'est affligeant!
Plus on montre de soins, de zèle,
Et plus il se montre exigeant....
Tout embarrasse, etc.
Il faut voir comme on vous épluche
Quand vous lisez certain journal,
Qui, dit-on, est la coqueluche
Du monarchique libéral.
Ah! d'honneur, c'est à faire mal.
Pour esquiver cette censure,
Et penser suivant la saison,
Dans un cabinet de lecture,
Moi, je fais mon opinion...
Tout embarrasse, etc.
Ah ! qu'il faut de philosophie ,
Pour vivre par le temps qui court!
J'en ai, je vous le certifie ,
Sur ce point, point ne reste court,
Non, jamais, je ne suis à court;
Mais s'il fallait qu'à la retraite,
12
Avant la trentaine on me mît,
Je crois que j'en perdrais la tête ,
Si je n'en perdais pas l'esprit...
Tout embarrasse
Un homme en place,
On ne sait par où commencer,
Et jamais sur quel pied danser.
10
LA JAMBE.
AIE : Tout le long de la rivière.
De femme on vante les beaux yeux,
Du bras les contours gracieux;
L'un, rafolle de son corsage,
L'autre, de son joli visage;
Celui-là , n'aime que sa voix ,
Celui-ci, le bout de ses doigts.
Mais quant à moi, cela peu m'inquiète,
Je ne lui veux voir qu'une jambe bien faite ;
Car c'est tout qu'une jambe parfaite.
Sur la jambe pose le corps,
Elle conduit à cent trésors;
Que son langage est admirable ,
Quand elle presse sous la table ,
D'un molet ferme et rebondi,
Dans un tête-à-tête à midi.
Qui peut valoir l'éloquence muette,
a
i4
Le magique effet d'une jambe parfaite ?
Oui, c'est tout qu'une jambe parfaite.
Pour éviter quelque larcin,
Femme avec soin couvre son sein;
Des yeux baissés, mais en coulisse,
Dérobent leur feu, leur malice.
Or, admirer sans ne rien voir,
C'est le comble du désespoir.
Au moindre vent que soufle une tempête,
Jcvois tous les jours jambe fine et bien faite ;
Oui, c'est tout qu'une jambe parfaite.
A sa jambe plus d'un galant
Doit son succès, son train brillant.
Plus d'une vieille connaisseuse
Recherche une jambe nerveuse ;
En elle, on voit je ne sais quoi
Qui vous donne désir de roi.
Aussi chacun en soigne la toilette,
Bas fin sied toujours à jambe la mieuxfaîle;
Oui, c'est tout qu'une jambe parfaite.
Cependant, je ne prétends pas
Van 1er ces jambes sans appas,
i6
L'HOMME COMPLAISANT.
Ain : La marmotte a'mal au pied.
Vous me demandez des couplets
Joyeux fils d'Épicure ,
En poche, mettez vos sifflets,
Ecartez la censure.
Pour quelques vers
Faits de travers,
Ayez de l'indulgence.
Amis, chantez,
Et répétez
Le tout par complaisance.
Je sais, en homme complaisant,
Vivre avec tout le monde :
Faut-il être triste ou plaisant,
Je ris, je pleure, on fronde.
Suivant le rang,
Petit ou grand,
Veut-il que je l'encense ?
Je fais mouvoir
Mon encensoir,
Le tout par complaisance.
Chez un moderne Amphitryon ,
S'il faut que l'on m'invite,
Je cours lui porter ma chanson ,
Écot du parasite.
En revenant,
Qu'un gai vivant
Me parle de bombance,
Je mange et bois,
Pour cette fois,
Le tout par complaisance.
Quand vient m'accoster un auteur
A la muse engourdie,
Je veux fuir, mais pour mon malheur
J'entends sa tragédie;
Et, si le soir,
Je vais la voir,
Par pure déférence
Alors je ris
Et j'applaudis,
Le tout par complaisance.
Sur mon palier, à tout moment,
On dispute, on querelle;
Fanchette chasse son amant
Pour une bagatelle.
En remplaçant,
Un peu pressant,
Du banni, qui l'offense,
Je prends le coin
Du lit soudain,
Le tout par complaisance.
Si je reçois femme du ciel,
Ah ! je le certifie,
J'aurai, c'est vraiment essentiel,
De la philosophie ;
Si quelqu'affront
Parait mon front,
Loin d'user de vengeance,
Je m'en rirais
Et me tairais,
Le tout par complaisance.
UNE FÊTE POPULAIRE.
Ain : L'ombre s'évapore.
La nuit s'évapore,
Apparaît l'aurore,
Le jour vient d'éclore;
Le bruit du canon,
Annonce la fête.
Le peuple s'apprête,
Et déjà répète
Tout bas sa chanson.
Quelle allégresse !
Chacun s'empresse,
Amant, maîtresse,
Sont bientôt sur pied ;
La même chose,
La même cause,
Charme, dispose,
Les coeurs à l'amitié.
20
Aux Champs-Elysées,
Les foules pressées,
A demi grisées,
Circulent gaîment;
Sur toute la voie,
Le peuple s'envoie,
Marque de sa joie,
Le refrain charmant.
Viande malsaine,
Que l'on promène ;
Vin de Surène,
Qu'on donne par flot;
Du plus robuste,
Qui vise juste,
Fût-il injuste,
Deviennent le lot.
Dans une madrague ( 1)
Sont les jeux de bague;
(1) C'est ainsi qu'on appelle une enceinte faite
avec des cordes.
21
Plus loin, de la dague
Brillent les combats ;
Un lourd fort de halle,
A la voix brutale,
Pour une timbale,
Va franchir les mâts.
Autre prestige,
Vient la voltige,
C'est un prodige:
Quel est ce jongleur,
Qui dans l'oreille
De cette vieille
Conte merveille,
Promet du bonheur?
Pour la populace,
Sur la grande place,
Un épais paillasse
Fait sauts et lazis ;
El sur son théâtre
De planches, de plâtre,
Pierrot qui folâtre,
Tout seul rit gratis.
22
Peu loin du Louvre,
L'orchestre s'ouvre ;
Là, l'oeil découvre
Dix racleurs fameux ;
L'instrument jure,
Et sur la dure
Saute en mesure
Le couple amoureux.
De sa sombre toile
Lorsque la nuit voile
L'éclat de l'étoile,
Pour lui damer le pion;
Par un coup magique,
Au front du portique
Brille magnifique,
Le gras lampion.
A la chandelle,
Fête nouvelle,
L'air étincelle,
Gronde le canon ;
Surprise étrange,
Chacun se range,
«3
Chacun louange
Le dernier ballon.
Le temps est propice,
Le feu d'artifice,
De plus d'un jocrisse
Excite le caquet;
La nuque tendue,
Ainsi que la vue,
Toute la cohue
Sourit au bouquet.
Plus de goguette,
De chansonnette,
Bat la retraite;
On n'entend qu'un mot:
a Ciel ! que la parque
»A not' monarque
» Laisse la barque ,
» Pour payer l'écot. »
La fête est finie :
La face salie,
La poche garnie,
La torche à la main ;
•A
Dans une charrette,
Sur une feuillette,
Un casseur d'assiette
Hurle sou refrain.
0
25
APPEL AU BARDE FRANÇAIS.
CHAHS0N DÉDIÉE A M. DE BERANGER.
AIE de CUevert.
Comme l'oiseau qu'intimide l'orage ,
De Béranger, quoi, lu ne chanles plus?
Fils de Momus, allons, reprends courage,
D'un vrai Romain montre-nous les vertus.
Saisis ce luth qui chanta notre gloire,
C'est un soleil qui brûle en approchant ;
Sur l'ennemi remporte une victoire;
A tes chansons convertis le méchant.
N'oses-tu plus fronder le ridicule ,
Toi, qui fus libre au milieu de tes fers ?
Vite, reprends la sanglante férule
Qui châtiait en riant les travers.
Que peut sur toi l'injuste calomnie ?
Laisse chanter ta muse en liberté ;
L'indépendance est fille du Génie;
Le vrai censeur, c'est la postérité.
5
26
Ah ! fais encor sourire nos fillettes,
Par tes refrains amuse le vieillard ;
Célèbre, ami, célèbre nos conquêtes,
A nos guerriers fais surtout bonne part.
Sur ces hochets dont la grandeur se pare,
Si tu riais, mesure tes discours ;
Et si ta plume en badinant s'égare,
Retaille-la pour chanter les amours.
Viens présider la joyeuse famille,
Laisse jaser les envieux et les sots;
Nous t'attendons, dans nos coupes pétille
Le jus de l'Inde, âme des gais bons mots.
Si tu nous fuis, de ta muse bouffonne,
Rends-nous les chants qui nous mettaient en
train ;
Le vieux flacon et la verte couronne,
Ami, sont là, pour fêter ton refrain.
LA FEMME ET LE PAPILLON.
AIE : On dit que je suis sans malice.
Philosophe à l'esprit sauvage,
Quoi ! tu voudrais que la raison,
D'un souple et délicat corsage
Se fît une triste prison ?
Ta morale est peu de saison.
Car, s'il faut en croire un grand maître,
Mon ami, la femme doit être,
A l'image de Cupidon,
Plus légère qu'un papillon.
Ami, ce qui fait ton supplice ,
Cette aimable légèreté,
Pour les autres est un délice;
Sache que la frivolité
Est l'âme de la volupté;
Rien n'est doux comme une maîtresse
Caressant, folâtrant sans cesse,
28
A l'image de Cupidon ,
Plus légère qu'un papillon.
Dans une figure angélique,
Qu'embellit un vif incarnat,
Veux-tu les traits d'un politique
Ou l'air grave d'un magistrat?
Laissons-lui son divin éclat.
Et que nous importe la tête ?
Une femme est toujours parfaite,
A l'image de Cupidon,
Plus légère qu'un papillon.
Faut-il de Cujas, de Barthole
Que femme discute les droits;
Ou diplomate, à demi folle,
Qu'elle aille régenter les rois ?
Modes, plaisirs, voilà ses lois.
Ah ! pour le repos de la terre,
Laissons-lui leur faire la guerre,
A l'image de Cupidon,
Plus légère qu'un papillon.
Tu vas me la peindre infidèle;
Sévère ami, c'est un enfant
2Q
Qui sur son maître prend modèle,
Il faut le lui passer gâtaient;
Le bonheur est d'être inconstant.
Retiens donc, sage atrabilaire,
Que Dieu ne l'a fait que pour plaire,
A l'image de Cupidon ,
Plus légère qu'un papillon.
Que dirions-nous, quand la satire,
En grec, en latin, en français,
Pour la corriger, pour médire,
Vainement épuisa ses traits?
Aussi, j'admire et je me tais.
Imile-moi, sois raisonnable,
El conviens que femme est aimable,
.V l'image de Cupidon ,
Plus légère qu'un papillon.
3o
LA SONNETTE.
Aï a du Piège.
Il est un instrument fameux
Que l'orgueil a mis à la mode ;
Le puissant, le riche et le gueux,
Pour s'en servir ont leur méthode.
Le son qu'il rend est différent;
Mais pour dire la chose nette,
Selon sa fortune ou son rang
Chacun agite la sonnette.
Chez le nouvel Amphitryon
Elle annonce la table mise,
Où le ventru caméléon
Fait parade de sa sottise.
Dans le salon, maint Turcarct,
Dont la mémoire est indiscrète ,
Humblement, ainsi qu'unsvalet,
Répond au bruit de la sonnette.
3i
Au sein d'un illustre sénat
Parfois la Discorde prend place,
Et troublant un grave débat,
Elle gronde, rit ou menace.
Malgré ses efforts, le bon droit,
Qui pour le bien, toujours la guette,
La terrasse, et chacun la voit
Fuir au seul bruit de ta sonnette.
Lorsqu'à l'insu de ses parens,
Jeune fille au regard modeste,
Déjouant leurs soins vigilans,
Au rendez-vous va d'un pied leste ;
Quand le désir guide son coeur,
La crainte encor relient Annette;
Mais son dernier soupir d'honneur
S'échappe au bruit de la sonnette.
Chez un malade, doucement
Agitez l'instrument docile;
Et ne sonnez qu'en tâtonnant
Pour vous faire ouvrir chez Lucile.
N'oubliez pas qu'un vieil époux
Près d'elle dort sur sa couchette •
32
L'hymen attentif et jaloux
S'éveille au bruit de la sonnette.
Or donc, sonner est entre nous
Chose assez difficile à faire ;
Il faut sonner à petits coups,
Pour arriver au ministère ;
Chez un créancier sans pitié,
A temps que votre main s'arrête ;
De la porte de l'amitié
Sans crainte agitez la sonnette.
33
LES DROITS DU SEIGNEUR,
OU LEÇON A UN BANNERET.
Ain : C'est le joli droit du seigneur.
Digne rejeton de ma race,
A son fils disait un baron :
Vous, qui devez prendre ma place ,
Retenez bien cette leçon :
D'abord, maintenez l'ignorance,
Que le vassal tremble de peur;
Mais avant tout la redevance...
C'est le premier droit du seigneur,
C'est le premier droit, le joli droit du seigneur.
En temps de paix, que la vaillance
Dans vos discours ne soit qu'un jeu ;
Mais en guerre que la prudence
Vous retienne au coin d'un... bon feu.
Tandis que sous votre bannière'
Le serf déploiera sa valeur,
34
Convoitez sa fille ou sa terre,
C'est encor le droit du seigneur,
C'estencorledroit, le joli droit du seigneur.
Si pour élever sa famille,
Dans vos forêts, de l'indigent
Contre un lapin l'amorce brille ,
Pendez!... point d'arrêt indulgent.
Si fillette gentille et sage
D'hymen doit goûter les douceurs,
Galamment usez du cuissage,
C'est le droit divin du seigneur,
C'est le droit divin, le joli droit du seigneur.
Matin et soir vivre à sa guise,
Chasser, ou pêcher du goujon,
Siéger le premier à l'église,
Mourir d'ennui dans un donjon,
Eteindre avec soin la lumière,
Flambeau de l'esprit et du coeur,
Manger, dormir et ne rien faire,
Sont les charmans droits du seigneur,
Sont les charmans droits, les j olis droits du
seigneur.
55
LES JOCKOS DU XIXe SIÈCLE.
AIE : C'est l'amour.
Qui donc sur les pas de Nicole
S'avance d'un air élégant,
En chantant une gaudriole
En faisant sonner son argent ?
Qui lui dit que sa flamme
Doit brûler pour toujours ;
Qu'il en fera sa femme,
Au moins pour quelques jours ?...
C'est un moderne Jocko,
Le drôle !
Sait bien son rôle ;
C'est un moderne Jocko
Du premier numéro.
Qui dans le coin d'une antichambre
Avec noblesse se morfond ?
Le ventre creux, mais frotté d'ambre,
En grands saluts qui se confond ?
56
Qui, près de son altesse,
Plié comme un cerceau,
Semble de la bassesse
Déposer le fardeau ?
C'est un moderne Jocko, etc.
Quel est donc cet homme bizarre,
Qui veut jouer le généreux,
Qui déclame contre un avare,
Qui plaint le sort du malheureux ?
Il voudrait quand il donne,
En courant les chemins,
Pour un écu d'aumône,
Rencontrer cent témoins?
C'est un moderne Jocko, etc.
Quelle urbanité sans seconde !
Quel ton poli, quel oeil bénin !
Est-ce l'ami de tout le monde
Qui si fort me serre la main ?
Il jure qu'il m'épaule,
De moi, qu'il parle aux grands;
Mais il prend le contrôle
Promis à mes talens !
C'est un moderne Jocko , etc.
37
Cet homme, à l'oeil un peu profane,
M'a bien tout l'air d'un charlatan ;
Son costume sent la soutane.
Serait-ce un agent... de Satan?
Est-ce plutôt un ange,
Ne prêchant que la foi ?
De par le bon archange,
D'embarras tirez-moi.
C'est un moderne Jocko, etc.
Quel est aussi ce pauvre diable,
Se donnant des airs de bon ton ?
11 a des chevaux, une table,
Une maitrese, un phaëton;
Quelle étrange merveille !...
J'en serais stupéfait,
Si le bout de l'oreille
N'apprenait le secret....
C'est un moderne Jocko, etc.
Quel est enfin ce philosophe
Qui rit de tout, qui ne craint rien ?
De son savoir de mince étoffe
Quelques sols disent un grand bien ;
4
'" ^-*^i»»ti>^j_ifjiS
58
Le néant point n'étonne
L'esprit fort du gaillard ;
Cependant il frissonne
Au mot de corbillard.
C'est un moderne Jocko.
Le drôle!
Sait bien son rôle;
C'est un moderne Jocko
Du premier numéro.
J9
LE SOLDAT ERMITE.
AIE : Muse des bois.
Heureux vallon, la guerre et la discorde
Ont donc troublé le repos de tes champs ?
Tes beaux guérets où régnait la concorde
Offrent aux yeux le triste aspect des camps.
Sol affranchi, quand la flamme dévore
Ton fils en pleurs de tournions abreuvé
Commeun rochersurlescendres d'Andorre (i),
Le saint autel s'élève préservé.
Un vieux guerrier, ermite octogénaire,
De la vallée habile le saint lieu.
(i) La vallée et le village d'Andorre (au pays de
Foix), sont indépenduns de la France et de l'Es-
pagne. Les six communautés qui composent ce petit
pays forment une espèce de république dans lis
Pyrénées.
4o
Le jour, au preux il ouvre sa chaumière ;
Pour lui, le soir, il invoque son dieu.
Du fanatisme ignorant l'imposture ,
Ange des cieux, de l'éloquent pasteur
Lorsque la main soulage la blessure,
Sa voix pour but ne cherche que le coeur.
On voit encor sur les vieilles murailles ,
Noble ornement de sa pauvre maison,
Un casque, un glaive, heureux dans cent
batailles,
Rouillé du souffle de la trahison ;
Avec respect, dans la modeste enceinte,
Sont réunis dans un même tableau,
La croix d'honneur auprès de la croix sainte,
Que garantit le reste d'un drapeau.
C e bon pasteur, vers Dieu guidant l'impie,
Possède encor dans son zèle pieux,
Pour les blessés du vin, de la charpie,
Et des conseils pour tous les malheureux.
Loin d'attiser les torches de la guerre,
Prêtre des cieux et de la charité,

Aux deux partis lorsqu'il prêche, en bon frère,
Auguste et fier, il dit la vérité.
Vers lui courez, soldats de la pairie,
Qui combattez pour soutenir ses droits ;
Allez aussi, soldats pour qui je prie ,
Nobles enfans, dignes soutiens des rois.
Que la raison vous guide , vous éclaire :
Embrassez-vous, Espagnols et Français ;
La coupe en main, à l'humble presbytère
On vous attend pour célébrer la paix.
42
LES MUSES EN JOIE.
CHANSONNETTE DEDIEE A M. DE BERANGER.
AIE de la Calacoua.
Muses , quittez votre humeur noire ,
Et reprenez votre gaieté ;
Mars(i), au chantre de la victoire,
Vient de rendre la liberté.
Enfant du plaisir et du verre,
A sa santé, trinquons, buvons ,
Et répétons
En carillons
Ses gais refrains et ses mâles flonflons...
Nous chanterons encor , j'espère,
Adieu prison,
Plus de bâillon.
(1) Le j/j de mars, M. de Béranger fut mis en
liberté.
<v
Le fouet sanglant de la satire
Va donc résonner dans sa main ,
Et sans crainte nous pourrons rire
En nous arrachant son refrain.
Au bon vieux temps, quand la lumière
Brillait à peine en nos salons,
Mit-on Piron
Dans un doujon
Lorsqu'en riant il lançait des singions?...
Nous chanterons encor, j'espère,
Adieu prison,
Plus de bâillon.
S'il aime à chanter sa patrie,
Jamais , vil flatteur du pouvoir,
La marolte de la Folie
Pour lui ne fut un encensoir.
De sa lyre sonore et fière,
Il tire de plus heureux sons,
C'est pour Lison,
Pour le flacon,
C'est pour nos preux qu'il taille ses crayons.
Nous chanterons encor, j'espère,
Adieu prison ,
Plus de bâillon.
44
Demain , le lever de l'aurore
Le rend aux voeux de ses amis.
Sa liberté va faire encore
Trembler ses plus fiers ennemis;
Mais généreux par caractère,
De l'ode emprunlant le haut ton,
Ce franc luron,
Va sans façon
Leur accorder un sincère pardon
Nous chanterons encor, j'espère,
Adieu prison,
Plus de bâillon.
45
LES PLAISIRS DE LA VIE.
CHANSONNETTE.
AIE : Voilà, voilà le vieux soldat.
Respecter la vieillesse,
Aux lois être soumis,
Au seul mot de détresse
Soulager ses amis ;
Avant tout à sa mère
Que l'on voit s'affaiblir,
Tendre une main sincère ,
L'aimer et la nourrir ;
Puis de sa ménagère
Prévenir le désir.
Voilà (bis) le vrai plaisir.
Le matin ne rien faire,
Le soir se reposer,
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Parler toujours affaire,
N'en jamais commencer.
Rire de la censure,
Laisser le temps courir,
Faire grande figure,
Manger, boire, dormir,
Pour un fils d'Epicure
Qui ne veut point maigrir,
Voilà (bis) le vrai plaisir.
Honorer le courage,
Répandre des bienfaits,
Et rendre sans partage
Justice à ses sujets;
Aux flatteurs ne pas croire,
Loin de soi les bannir ;
Sage après la victoire
Et rarement punir,
Du prince ( après la gloire ),
Qui veut se voir chérir,
Voilà (bis) le vrai plaisir.
Courir à perdre haleine
Les champs , les prés, les bois.
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Lâcher cent chiens en plaine ,
Mettre tout aux abois ;
Braver le vent, l'orage,
Du froid souvent souffrir ;
Sous le poids du bagage
Etre prêt à fléchir,
Du chasseur tout en nage,
Fâché de revenir,
Voilà (bis) le vrai plaisir.
Auprès de sa compagne
Huit jours sans dire mot,
Le dimanche en campagne
Porter un lourd marmot;
De l'espoir qui le flatte
Sans cesse se nourrir ;
Compter sur chaque date
Et sur ses maux gémir,
D'un pauvre bureaucrate
Heureux en souvenir,
Voilà (bis) le vrai plaisir.
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COMME ÇA GLISSE.
CHANSONNETTE.
AIE : Ma tante Uilurettc.
Sans brouillard et sans verglas,
A Paris que de faux pas !
Gens de bien, gens de police,
Comm'ça glisse ! (bis.)
Bon Dieu ! comm'cà slisse !
L'autre jour sur le gazon ,
Thomas disait à Louison ,
Qui se prétendait novice,
Comm'ça glisse ! (bis.)
Bon Dieu ! comm'ça glisse.
Poltrons, marchands sans pudeur,
Jurant toujours sur l'honneur,
Pour eux sermens de coulisse,

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