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Les Héritiers du bien

De
302 pages

Farouk Shams est un homme vertueux qui pense que la loyauté est l’opium du brave, le glaive du pauvre et le bourreau des riches. Sur la terre noire où il est installé depuis de très nombreuses années, il voue allégeance à son roi et ami Fasil El Barid.
Non loin du royaume vivent des créatures ignobles qui méprisent l’espèce humaine. Pour libérer leurs maîtres d’une malédiction ancestrale, elles déclarent la guerre à l'espèce humaine.
Leur cruauté va pousser Farouk et le roi à intervenir.
Dans ce déferlement de colère et de haine, les hommes, plus forts et plus impétueux, l’emporteront-ils ? Les stratégies vont être bousculées, des portes mystérieuses ouvertes et des pouvoirs maléfiques libérés.
Farouk va découvrir que la nature humaine est comme une pierre précieuse, elle est fascinante mais quand elle se brise, elle ne vaut guère mieux qu’un caillou.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-73018-3

 

© Edilivre, 2015

Chapitre I
La colère du roi

Il est difficile de situer l’époque et l’endroit, cela se passe dans les années pieuses où l’homme se contentait de très peu de choses pour vivre. Nul besoin de montrer ses trésors ou de parader comme pour mieux rabaisser autrui.

Dans un royaume très riche et où les êtres en général avaient leurs importances, non comme une marchandise, mais en tant qu’humain, l’esprit d’humanité prenait enfin le dessus sur l’intérêt financier.

L’homme dans cette contrée ne se prenait guère pour un dieu, il se pliait aux lois, et ne cherchait ni à les transgresser ni à les contourner. Le mot d’ordre était l’entraide et le partage, le pauvre ne se sentait jamais rejeté, il mangeait à sa faim et possédait sa propre terre, l’idée même de s’enrichir aux dépens d’innocents semblait être inconscient et peut-être même immoral.

Les classes sociales certes existaient, mais se respectaient mutuellement, les pauvres n’existaient pas réellement, on les appelait ainsi pour les distinguées des plus riches, que l’on nommait les héritiers du bien. Par conséquent, leur rôle était de ne pas laisser entrer la misère dans le royaume.

Comment une telle harmonie sociale pouvait-elle un jour finir en poussière ? Jamais l’on ne pensait que les hommes pouvaient s’entretuer. Ce royaume caractérisait le paradis sur terre, le mal n’existait pas encore, l’étranger était toujours le bienvenu, on ne le regardait jamais d’un mauvais œil.

L’hospitalité était un devoir qui n’était certes pas désagréable. Ce royaume était connu par le monde non par ses richesses matérielles, mais par sa richesse morale et humaine.

L’homme y était considéré comme un être capable d’aimer son prochain non par obligation, mais par nécessité. Bien, des gens ont entendu parler de ce paradis sur terre, les rumeurs étaient telles que son roi était considéré comme immortel, que nul être ne l’avait vu, que seuls sa femme et ses enfants lui adressaient la parole.

Mais ce ne sont que des rumeurs. Elles firent le tour du monde et de bouche-à-oreille, elles parvinrent jusqu’en terre noire, là où le sang coule comme coule l’eau dans les rivières, là où les êtres sont capables de faire bouger les étoiles et de faire crier la terre.

En terre noire vivent toutes sortes de personnes, des riches qui ne montrent jamais leur argent, des pauvres qui sont obligés de mendier pour survivre et ces fameuses créatures ayant l’apparence de l’être humain et un cœur qui n’avait rien lieu d’être, elles vivent en dehors de la ville, mais restent très proches, même trop proches.

Ce sont elles qui aiment faire crier la terre, bouger les étoiles et voir couler le sang à flot.

Elles ne sont que le fardeau de la terre, messager d’une misère qui avance telle une créature affamée, tel un ouragan balayant tout sur son passage.

La pauvreté était si grande que les personnes en venaient à se sacrifier. Leur vie ne valait que quelques pièces, leur devise était « mieux vaut mourir pour faire vivre ». Naturellement, ils pensaient à leur entourage et plus précisément à leurs familles, qui mouraient de faim, de froid, et parfois même d’épidémie de peste et de typhus. Ce marché humain devenait plus qu’insupportable.

Le roi de la terre noire voulait croire aux rumeurs d’une terre libre de toute oppression, de ces contes maintes et maintes fois chantés dans les rues de sa ville. Un paradis sur terre loin de toute frontière, dont ne semblaient pas jouir ses citoyens.

Il fallait que ces sacrifices cessent, il fallait éradiquer ces bêtes, ces créatures sauvages, qui de jour en jour dépeuplaient sa citadelle, les limites du supportable avaient été dépassées.

Le roi ne pouvait plus ignorer cette misère qu’il avait laissée s’installer.

Pendant plus dix ans de règne, rien ne lui importait sinon son bien-être et celui de sa famille. Son peuple n’était là que pour le servir. Rien ne venait enrayer la belle machine de bien-être royal, si ce n’est l’arrivée de ces créatures, installées à la sortie de la ville non loin du passage aux quatre arbres. Leur bivouac perdura plus de quatre ans. Ils ne vivent que de la tristesse et du malheur d’autrui, les sacrifices humains sont un passage obligé pour satisfaire leurs maîtres.

D’apparence ce sont des êtres humains, certes de grande taille, dépassant les êtres normaux d’au moins deux têtes, de corpulence généreuse, ils pouvaient mettre à mal un lion à main nue, leur voix portait d’un lieu à un autre d’une distance équivalente à mille darnes.1 Sans entrer dans le détail de leur cruauté, ces êtres étaient bel et bien l’incarnation du mal sur terre.

Leur présence chagrinait le roi qui devait non pas tenir compte de la misère de son peuple, mais plutôt de sa réputation qui semblait prendre un tournant, de roi égoïste et sans scrupules, il allait devenir un roi cruel qui laisse sa ville se dépeupler, un génocide dans le ventre même de sa cité. Il se devait d’intervenir, et ce avant que la mortalité de sa cité ne soit critique. Deux années de sacrifice même dans l’une des plus grandes cités ne pouvaient rester impunies.

Le roi fit appel au général des armées et lui ordonna de déployer ses hommes dans la ville, pour faire le recensement de sa population.

« Dorénavant, nulle personne ne quittera la ville sans une autorisation royale », ce fut l’ordre du roi lui-même, il voulait être le premier informé de tout changement dans sa cité, il voulait diriger cette mission du début à la fin, rien ne devait lui échapper.

Pendant plus d’un mois, un véritable blocus militaire régnait en terre noire. Les hommes ne sortaient et n’entraient que sur autorisation. Les étrangers de passage dans la ville devaient être simplement des commerçants ou des émissaires, nulle autre personne n’était autorisée à entrer.

Comme pour montrer sa compassion et pour ne pas réveiller une révolte, le roi sacrifia une partie de sa fortune personnelle aux pauvres gens, un impôt, une somme pour combler les dinars dilapidés par ces créatures en échange de sacrifice.

Il ordonna également aux nobles de verser une somme au royaume pour pouvoir redistribuer les biens aux citoyens les plus démunis. La taxe de l’impôt du riche allait naître dans une contrée où les riches eux-mêmes ignoraient l’existence du pauvre et de la misère, une ignorance voulue et même cultivée.

Ce fonctionnement étatique mettait à mal les projets de ces créatures viles et sans nom. Sans noms, car personne n’a osé ou même essayé de communiquer avec elles, une interrogation qui allait bientôt avoir sa réponse. C’est dans les bonnes actions que l’on reconnait le noble, le sage et le gentil.

Ce roi qui pendant des années a vécu comme la plupart des rois, a une fois dans sa vie tournée une page et écrit l’histoire du début de la fin.

Un début de vie nouvelle où ses scrupules même fictifs l’ont poussé à mettre fin aux violences, à tirer son épée pour combattre l’injustice, à partager ses biens pour éradiquer une misère bien trop grande pour disparaitre comme disparaissent les nuages gris. Une fin qui allait marquer une nouvelle ère, celle de la peur, de l’injustice sans limites et de la terreur.

Trois mois s’écoulèrent, sans aucun sacrifice. Ce fut un bonheur pour le roi, qui malgré tout avait mis son armée ou plutôt un bataillon d’élite non loin de la ville, près du bivouac des créatures. Il voulait pouvoir pallier à une attaque-surprise, et ne voulait pas que sa ville tombe entre leurs mains.

À la colère du roi allait répondre une colère plus rude et impartiale, celle de ces créatures sans nom. Malgré le bataillon d’élite posté non loin de leur bivouac, l’armée de ces créatures surentrainées et enivrées de haine allait passer à l’action. Leur nombre semblait ne pas alarmer le roi ni son armée.

Elles étaient au nombre de cinq cents créatures sans armures et sans montures.

Leurs armes étaient une sorte de branc recourbé en deux endroits tranchants du dehors et du dedans, elles étaient de cuir vêtu, d’un noir triste et macabre, pas de casque, mais juste une longue chevelure qui recouvrait leurs oreilles et leur retombait sur les yeux.

La nuit de la fin du troisième mois était une nuit de pleine lune, un jour qui allait changer le cours de l’histoire de la terre noire, un vent soufflait sur les feuilles comme pour avertir de ce qui attendait le roi et ses sujets, une mélodie funeste allait frapper aux portes de la ville. Les cinq cents créatures présentes se déplacèrent comme une seule et même personne, au gré du vent, elles survolèrent le camp du bataillon d’élite leur tranchèrent la gorge, pas un cri ne résonna ni même un soupir.

Les corps des hommes gisaient sur le sol rouge sang, l’odeur de la mort imprégnait chaque endroit, chaque parcelle de cette forêt.

En si peu de temps tant de brave rayé de la surface de la Terre par une poigné de barbare, plus de cinq mille hommes, pas un n’en réchappa.

Le bruit effrayant du vent déchirant le silence, d’un cri assourdissant vous glaçait le sang, cinq cents créatures qui marchent et volent, volent et marchent que dire pour décrire ces gestes venus d’ailleurs.

Il ne fallut que très peu de temps pour les voir franchir les portes de la ville. Une magie noire leur permettait d’effleurer le sol, elles pouvaient faire des bons de plusieurs mètres, se déplaçaient à une vitesse vertigineuse. Avec une telle magie, la plus grande des armées ne pouvait que se rendre à l’évidence que le combat était perdu d’avance.

Arrivé aux portes de la ville, elles se dirigèrent vers le palais du roi, très peu de résistance, pour ne pas dire aucune, les hommes du roi étaient comme figés par la peur, l’armée rendit les armes pour ne pas périr sous ses énormes brancs. Leur victoire fut très rapide et combien humiliante pour le roi et ses hommes.

Une des créatures se dirigea vers le roi et d’une voie rauque et forte lui dit.

« Vous êtes le roi d’un royaume vide et combien triste, votre pseudo courage, vous à mené à la perte. Vous avez cru que le silence de notre communauté était un signe de faiblesse, mais détrompez-vous, vous n’êtes qu’un pantin. L’ordre et le désordre c’est notre maître qui en décide. Vous ne dirigez ni ne prenez de décision ».

Le roi voulu s’interposer et prendre la parole, un coup poing ferme et dure au niveau de la tête lui rappela que la parole ne lui avait pas été donnée.

La créature reprit dans ces termes.

« Vous n’êtes rien pour nous si ce n’est des moutons que l’on emmène à l’abattoir. Vous vous demandez qui nous sommes, je ne pourrai vous l’expliquer. Mais je vais vous dire comment on nous appelle par-delà les mondes.

Mouhrans le peuple du sang et de l’offrande. Rien ni personne ne peut se mettre en travers de notre route, nous avançons telle une épidémie et après notre passage il ne reste que désolation et tristesse ».

Un rire éclatant et résonnant dans toutes les pièces du palais ponctuait le monologue du géant, qui ordonna à ses hommes d’encercler la ville et de mettre au cachot tous les hommes du roi.

« Venez petit homme de peu de scrupule, nous allons bavarder ensemble du sort qui vous attend », dit-il au roi paralysé de peur, « enchainez cet animal et emmenez le dans sa chambre, nous allons le dresser et en faire un chiot qui n’aboiera que sur les ordres de notre maître ».

Sur ce, on emmena le roi dans sa chambre, et on l’enchaina au pied de son lit. Toute la nuit, il dut dormir à même le sol, et au matin un réveil brutal allait lui rappeler sa captivité. Le géant fit de nouveau son apparition, aussi arrogant que la veille.

« Lève-toi chien ! nous allons discuter de ton avenir dans la cité et je pense que tu pourras apprécier notre pitié, votre lignée est royale, mais votre comportement n’a aucune noblesse, les vôtres ne sont que des profiteurs qui ne se souciaient guère du peuple.

Votre père Sharouk El Barid n’avait rien d’un roi, d’année en année il affamait sa population et taxait les pauvres tant qu’il le pouvait. Toi tu es moins cruel, mais pas moins stupide, votre peuple meurt toujours de faim et aujourd’hui de sacrifice.

Fasil El Barid, tu portes bien ton nom, froid et peureux à la fois, tu vas connaitre les pires atrocités, tu nous supplieras de te tuer, mais notre pitié est telle que la mort ne te sera pas donnée ».

Deux longs mois de siège, de souffrance et de déshonneur voilà ce que connurent les habitants de la terre noire, Fasil El Barid n’était plus que le fantôme d’un roi humilié, à ne savoir que faire, son état était des plus déplorable.

Ces créatures, les Mouhrans en avaient fait leur jouet.

De la sorcellerie dans tout le royaume, le roi avait tellement été exposé à cette magie noire qu’il en avait perdu sa santé, sa chevelure n’était que souvenir, plus que son aspect physique ce fut sa force morale qui l’avait quitté.

C’est dans cet état que les Mouhrans ont laissé le roi et sa cité, pour s’en retourner dans leur camp retranché.

Mais leur esprit maléfique rodait toujours dans les rues de la ville et dans chaque pièce du palais.

Ils avaient bel et bien pris le pouvoir, leur commerce humain pouvait de nouveau recommencer et cette fois-ci sans aucune limite, chaque victime était emmenée aux quatre arbres.

Endroit surréaliste où les arbres étaient disposés de manière à se faire face et aux centres une terre boueuse noire et bouillonnante attendait de recevoir ses victimes, les Mouhrans s’enfonçaient avec sur leurs épaules un innocent. Ils descendaient à plus de mille pieds.

La chute était tellement rapide que nul être humain ne pouvait rester conscient, au réveil chaque victime se retrouvait allonger près d’un autel dominé par une statue représentant le maître des Mouhrans.

Un vautour à corps d’homme amputé du bras droit, le rituel était des plus abominables, douze personnes devaient être éventrées et présentées au maître des lieux, six à sa droite et le même nombre à sa gauche.

Au centre coulait une rivière de sang, et comme pour marquer leur contentement des applaudissements et des cris de joie se faisaient entendre à chaque sacrifice.

Plus d’un million de ces créatures vivaient sous terre, pas de ville, pas de demeures justes entassées comme des bêtes vivant à même le sol, elles attendaient le jour où leurs maîtres reviendraient parmi elles, le jour où les douze cités de l’ombre s’ouvriront.

Après chaque cérémonie, la même promesse leur était faite, leur chef Darar commençait systématiquement son discours dans ces termes.

« Peuple du mal et de la crise nous devons croire que demain nous allons vivres comme des rois, profiter des biens qui nous reviennent, voir les cités de l’ombre nous ouvrir leurs portes, la légende dit que douze personnes doivent être éventrées pour pouvoir entrouvrir les portes des cités.

Douze élus capables de mettre fin à nos malheurs, ces personnes nous sont inconnues, nous devons sacrifier le plus d’êtres humains pour pouvoir accomplir notre mission, quatre des douze portes ont aujourd’hui été ouvertes.

Nous allons être victorieux et permettre aux anciens de pouvoir revenir parmi nous, chaque porte est un espoir et une connaissance de nos maîtres, sur chacune des mers et des terres nous recherchons ses élus et viendra le jour où vous allez pouvoir sortir au grand jour » des cris de victoire résonnaient de part et d’autre.

Darar termina son discours comme suit.

« Nous ne sommes aujourd’hui qu’une poignée de Mouhrans capable de franchir la frontière de la terre ferme, nous avons reçu cette mission de nos maîtres et tenons à vous garantir que bientôt tout le peuple Mouhrans verra la clarté du jour ».

Abattu et combien désemparé par les évènements le roi de la cité allait renoncer à enrayer la machine bien huilée du sacrifice humain, ses forces l’avaient abandonné, il en était réduit à se taire et à obéir aux ordres de Darar.

Les hommes du roi avaient quitté la ville au lendemain du repli des Mouhrans, son vizir n’eut pas la même chance il fut sacrifié pour montrer au roi que rien ne lui appartenait et que l’homme qui l’avait servi pendant plus de vingt ans, sans émettre une seule fois des sentiments contraires au roi, ne méritait pas de vivre.

Cela aurait dû être le coup fatal donné à Fasil El Barid, mais sa réaction inattendue, risquée et presque admirable résonna aux oreilles de Darar, qui fut surpris, mais impassible.

Il ne prit même pas la peine de faire déplacer ses hommes pour corriger cet homme qui n’avait plus sa tête, c’est ainsi que s’exclama Darar.

« Pauvre homme il n’a plus sa tête, il ose parler de récompense à quiconque mettrait fin à nos sacrifices, il parle même de dilapider sa fortune personnelle et de laisser sa place de roi, je le ferai bien taire, mais son obstination me divertit plus qu’autres choses ».

Comme les paroles s’accrochent aux vents pour résonner aux oreilles du loin, il ne fallut que peu de temps pour voir venir des combattants de toutes les contrées.

Des armées entières se rendaient dans la même direction pour combattre ses Mouhrans et s’emparer par la même occasion de la cité, des hommes orgueilleux se voyaient déjà à la tête du royaume, des chefs de guerre envoyés par les cités voisines et même lointaines venaient comme dans une course au trône, tentés leur chance et ce aux noms de leur roi respectif.

Pas de coalition possible, pas de grande armée, pas de stratégie rien de tout cela, que des intérêts, la course aux pouvoirs, au premier sur le trône, quelle meilleure désorganisation que celle-ci pour apporter des victimes supplémentaires aux Mouhrans.

Darar voyant ces hommes et ses armées débarquer sur la terre noire fut comme pris de joie, son rire résonna dans toute la forêt et il parla à ses hommes dans ces termes.

« Hommes de peu de foi Fasil El Barid est notre meilleur émissaire, notre meilleur porte-parole, il nous a fait gagner énormément de temps, des élus sont peut-être parmi tous ces hommes, nul besoin pour nous de faire des milliers de darnes nous commencerons par décimer ses armées intrépides ».

Des rires moqueurs ponctuaient ce discours.

Au sein de la ville de la terre noire, les chefs des armées tenaient audience auprès du roi, l’un après l’autre, ils allaient présenter les salutations de leur roi, et le service d’une armée pour les mercenaires.

Fasil El Barid réunit tous ces hôtes pour le repas du soir et autour d’une table bien garnie, il leur présenta la situation dans laquelle était la terre noire, insistant sur le fait que les Mouhrans n’étaient pas humains que leurs nombres étaient trompeurs et que leurs forces résidaient dans la magie noire.

Sans entrer dans des détails, il sut faire naître une peur collective, qui s’estompa à la conclusion trébuchante du roi, qui promettait or et gloire aux valeureux.

Les chefs des différentes armées se sentaient supérieur les uns des autres, leurs hommes étaient stationnés aux portes de la ville, des camps militaires aux différents drapeaux fleurissaient non loin du passage aux quatre arbres, surarmée ils attendaient l’ordre ultime pour combattre.

Un homme du nom de, Shifa se trouvait dans l’armée de la terre bleue située à quelques darnes de la terre noire, il était à la recherche de la vérité, de sa vérité.

Longtemps on lui à raconté qu’il était du nombre des injustes, des condamnés. Ses parents n’ont cessé de lui annoncer une destinée maléfique, qu’il était l’enfant élu pour les Mouhrans.

Shifa voulait prouver que sa destinée n’était pas comme annoncée par son entourage. Il voulait être parmi les justes et les biens guidés.

Son jeune âge, son courage et sa dévotion en l’Eternelle allait vite montrer au Mouhrans que la magie semble vaine face à la puissance de l’Eternelle.

Simple soldat, il ne voulait pas reculer et renoncer devant l’adversité, bien au contraire ce fut pour lui comme un défi lancé à sa destinée achevée par ses parents, des pages sur son avenir écrites dans le sang et le malheur, alors quelle meilleure façon de prouver que la destinée ne doit pas être écrite dans l’ancre des superstitions et les pages des traditions, que de faire face aux Mouhrans.

Ce jeune homme courageux et combien enthousiaste n’attendait qu’une chose, le signal annonçant le combat.

Dans son uniforme bleu nuit un corps élancé bouillait d’impatience, d’apparence chétive son regard racontait l’histoire d’une âme incomprise et perturbée. Sa barbe et sa moustache lui donnaient un âge plus avancé et soulignaient un passé de réflexion et de recherche spirituelle.

Tournant en rond dans son campement Shifa ne tenait plus en place, il voulait à tout prix intervenir cette nuit, il espérait que l’annonce tomberait en pleine nuit, après ce fameux repas royal.

L’heure ne passait pas comme il le voulait, les minutes étaient comme des heures et les heures comme des jours, rien n’y faisait, il devait aller voir de l’autre côté, là où les Mouhrans résidaient temporairement.

Alors il prit son sabre et d’un pas lourd et hésitant se dirigea vers l’ennemi, une hésitation rythmée par les battements de son cœur, l’obscurité n’arrangeait pas les choses, mais lui était d’une grande utilité.

Arrivé non loin du camp des Mouhrans, il entendit des bruits de grognements et de chant solennel, il se mit à ramper pour mieux voir le spectacle et enfin pouvoir mettre un visage sur ses ennemie.

Il était assez près pour avoir une idée des êtres qu’il allait combattre.

L’être chétif allait se rendre compte que les Mouhrans étaient des géants féroces barbares et sans scrupule. Ces géants à la chevelure imposante buvaient et dansaient pour fêter une victoire annoncée, celle de la terre noire et de ses alliés.

Cette orgie d’alcool pouvait être bénéfique à une attaque-surprise, c’est ce qu’il pensait, mais avant d’en informer ses responsables, il voulut en savoir plus sur ces créatures. Il contourna le camp et se trouva devant les quatre arbres.

Il s’en approcha et se mis au centre, là où les sables sont mouvants, pourquoi s’était-il mis à cet endroit ? Lui-même ne le savait pas, c’était comme une intuition, les sables mouvants l’aspirèrent.

Il se voyait disparaitre, mais pour ne pas avertir ces créatures, il préféra se laisser prendre au piège en silence, pensant que sa fin était venue une larme ruissela sur le côté droit de son visage.

Sous ces sables mouvants, il fut surpris de voir que la mort n’était pas venue le chercher, que sa destinée pouvait encore s’accomplir, mais le plus étrange ce fut cet état physique des choses.

Un vide, un gouffre se trouvait sous ce tapis de sable, la gravité aurait dû faire son travail et le corps aurait dû tomber et s’écraser mille pieds sous terre, au lieu de cela son corps flottait, il subissait la force de gravité, mais à une vitesse plus que raisonnable.

Il tomba tête la première dans une rivière de sang non loin de l’autel des sacrifices, pas de cérémonie, pas de monde ce jour-là, personne aux alentours, les créatures étaient plus bas.

Il sortit de cette rivière rouge de sang repris un instant ses esprits, l’éternelle était bien à ses côtés. Il surmontait toute une ville, pas de réelle construction ou d’infrastructure, juste des créatures, des millions de créatures se trouvant en bas de l’autel qui surplombait une colline.

À droite comme à gauche des cris de joie répondaient aux Mouhrans du dehors, des scènes inimaginables pour des êtres humains, les Mouhrans n’avaient pas de demeure, ils gisaient par terre et parfois même creusaient à même le sol des terriers pour pouvoir se reposer.

Il ne pouvait s’éterniser à explorer les lieux, il devait à tout prix regagner son camp pour pouvoir prévenir les siens. La peur le gagna, il s’adossa contre l’idole des Mouhrans pour respirer et reprendre son courage, la peur l’avait essoufflé, pouvait-il s’en sortir ? C’est la question qu’il se posa, rien ne pouvait venir le libérer si ce n’est la puissance de l’éternelle.

Malheureux était-il à cet instant, la peur pris le dessus et la fatigue fit le reste, il s’endormi près de l’autel, comme s’il espérait se réveiller autre part.

Son sommeil fut agité, il fut comme pris de panique, des souvenirs des lieux hantaient à cet instant son esprit affolé. L’autel, la rivière, les Mouhrans et lui étant enfants.

Il se voyait passé par des chemins et des passages secrets comme s’il avait toujours connu cet endroit, Darar était le maître de cérémonie de ses cauchemars, son nom résonnait si fort dans sa tête que Shifa se réveilla.

Des sueurs froides coulaient sur un visage souligné par les traits de l’interrogation, il se leva mis ces mains sur les pieds de la statue de l’autel et la poussa comme pour la déplacer, l’autel se déplaça et laissa entrevoir des escaliers qui menaient dans une sorte de long couloir de plus de quatre-vingt-dix pieds et à demi éclairé par des lumières verdâtres qui paraissaient être vivantes.

Il s’en approcha et remarqua que ces lumières bougeaient, comme incrustées dans le mur de verre. Des poissons luminescents éclairaient cet endroit lugubre, comment imaginer l’obscurité illuminée par des lumières vivantes ? Comment imaginer pénétrer dans l’antre de l’enfer et tomber nez à nez devant des artifices de beauté ?

Il resta émerveillé devant ce spectacle magnifique, un mur de verre renfermant des êtres venus d’ailleurs, de petits poissons de couleur verts qui dégageaient de la lumière et nageaient toujours de manière à nous faire penser qu’une chorégraphie leur avait été apprise.

Tout le long couloir était éclairé de la même manière et chaque banc de poissons tournoyait autour d’un autre banc de poissons.

À chaque fin de couloir un escalier, il n’avait pas le choix, il descendait de plus en plus, mais plus il descendait, plus les ténèbres lui faisant face, peut-être allait-il se trouver nez à nez devant ces créatures ?

Plus il descendait, plus les escaliers étaient comme inachevés, jusqu’à arriver à un gouffre noir et interrogatif.

Toute personne censée aurait rebroussé chemin Shifa lui, sauta dans le vide, un saut qui en réalité n’avait rien de spectaculaire, il fut surpris de voir que le gouffre en question n’était ni profond ni effrayant, mais combien obscur.

Il était arrivé dans les profondeurs de l’entre des Mouhrans, l’obscurité des lieux n’arrangeait en rien sa mobilité, il avançait en tâtonnant les murs et en se dirigeant vers le bruit des battements d’ailes et de cris de volatiles qui semblaient venir de l’extérieur et qui résonnaient au fond du long couloir nuit noire.

Pressez-le pas, pour ne pas périr dans ce lieu ignoble, pour enfin voir de nouveau un ciel au-dessus de sa tête.

Tel un aveugle il se mit à deviner, la taille et l’espèce des volatiles qui se trouvaient devant lui, plus il s’en approchait, plus son cœur battait il devina approximativement l’envergure d’aile, d’après lui dix à quinze pieds.

Il allait vite se rendre compte que ces volatiles étaient grands et au long cou, effectivement l’approximation se révéla juste, une envergure d’aile de dix à quinze pieds, un bec acéré crochu et des serres permettant de soulever des proies.

Il aperçut au loin un écrin de lumière, la clarté du jour, il pouvait courir à la rencontre de la liberté, ignorant presque la présence de ces oiseaux gardiens d’une prison infranchissable, la brise d’un vent lui indiqua que l’aube naissante venait à lui pour l’inviter à admirer le soleil levant.

Pouvait-il refuser une telle invitation ? Après avoir côtoyé une nuit de terreur. Il était arrivé au centre même d’une colline.

Au-dessus de sa tête des centaines d’oiseaux blancs aux longs cous et aux corps tachetés de noir, l’un d’entre eux l’aperçut, se jeta sur lui, le souleva tel un mouton et le posa près d’un nid situé à la surface.

Les serres lui avaient lacéré le dos, mais grâce à son uniforme, ils n’avaient pas pénétré la chaire. Il fit le mort devant l’animal, il ne voulait pas se débattre pour éviter de terminer en bouillie. L’oiseau commença à lui arracher un œil, l’idée du mort n’était pas aussi judicieuse que ça, il cria de douleur et finit par se débattre, sortit son sabre et frappa l’oiseau au niveau du cou, l’animal s’effondra et tomba dans le gouffre.

Il devait vite reprendre ses esprits et regagner son camp, mais comment faire pour redescendre dans l’état où il se trouvait ? Et comment retrouver la route ?, il arracha la manche de sa chemise pour arrêter l’hémorragie, il perdait trop de sang.

Pour lui s’en était fini ses dernières heures allaient s’écrire sur cette colline, mourir comme une proie fatiguée et blessée. Mais le destin en décida autrement un oiseau au long cou surgit des profondeurs se jeta sur lui, fatigué et désespéré, il n’eut pas la force et le courage de riposter, la mort pour lui était une bénédiction tant la souffrance était grande.