//img.uscri.be/pth/b9a089dbd333d6ec56156038f3eab25397cd3cac
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Les hommes tremblent

De
176 pages
'Un homme tremble. S'il mendiait, on lui donnerait de l'argent ; s'il pleurait, on le consolerait. Mais l'homme tremble d'angoisse et d'honnêteté, ce serait mentir que se porter à son secours.'
Voir plus Voir moins
Les hommes tremblent
DUMÊMEAUTEUR
chez le même éditeur
LELIVREDEJIMCOURAGE, 1986 PRINCEETLÉONARDOURS, 1987 L’HOMMEQUIVOMIT, 1988 LECŒURDETO, 1994 CHAMPIONDUMONDE, 1994 MERCI, 1996 LESAPEURÉS, 1998 LEPROCÈSDEJEANMARIELEPEN, 1998 CHEZQUIHABITONSNOUS?, 2000 LALITTÉRATURE, 2001 LÂCHETÉD’AIRFRANCE, 2002 JEVOUSÉCRIS,récits critiques, 2004 MACATASTROPHEADORÉE, 2004 CEUXQUITIENNENTDEBOUT, 2006 MONCŒURTOUTSEULNESUFFITPAS, 2008 ENENFANCE, 2009 CEQUAIMERVEUTDIRE, Prix Médicis, 2011 UNEVIEPORNOGRAPHIQUE, 2013
aux éditions de Minuit
NOSPLAISIRS, PierreSébastien Heudaux, 1983 JETAIME,récits critiques, 1993
Mathieu Lindon
Les hommes tremblent
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2014 ISBN : 9782818021378 www.polediteur.com
1
Un homme tremble au bas de l’immeuble. Le froid, la peur, Parkinson ? Fautil appeler les services sociaux, la police, les urgences ? L’alcool, ça n’a vraiment pas l’air. La faim? Faut il lui offrir un sandwich ? Y atil quelque chose à faire ou rien, comme d’habitude ? Il donne l’impression de ne pas avoir renoncé, de prendre soin de lui autant que possible. Il attend encore une aide spontanée, d’égal à égal. Il compte toujours sur les rapports humains, pas sur la bureau cratie. Ce serait désolant de le décevoir. Son manteau est épais, devait lui tenir chaud quand il était neuf.
7
2
Le trembleur est de nouveau là, ce soir. Mme Huris, du conseil syndical, a l’idée de lui adres ser la parole. – Je tremble déjà, répond l’homme, mais nous avons tous de bonnes raisons de trembler. Il faudra bien que vous vous y mettiez, tôt ou tard. Échaudée, Mme Huris imagine qu’il fait peut être partie d’une secte et préfère ne pas approfondir. M. Benkhrief, du quatrième, lui demande s’il a besoin de quelque chose. – On a tous besoin de trembler pour quelque chose, répond l’homme d’une voix vacillante, trem blante elle aussi. L’hypothèse de la secte s’en trouve renforcée.
8
3
L’immeuble est interdit aux démarcheurs mais, souvent, ils n’en tiennent aucun compte et profitent de la sortie ou de l’entrée d’un habitant ou d’un de ses proches pour s’introduire jusqu’aux interphones. Et là, c’est bingo pour passer la deuxième porte codée, quand tous les appartements sont harcelés les uns après les autres jusqu’à ce qu’un habitant cède sous prétexte que le voisin du troisième a soidisant oublié sa clé ou qu’un livreur doit déposer sa livraison, fûtce en l’absence momentanée et regrettable de son client. Il faut plus que du courage, de l’insensibilité pour rester de marbre même face à un mensonge. Dans le doute, l’humanité triomphe. Martin, le trembleur assure s’appeler Martin, que ce soit son nom ou son prénom. Il le dit à Mme Ben khrief en la prenant à partie : – De quel droit interdi sezvous aux démarcheurs de faire leur boulot ? Vous voulez qu’ils finissent sans travail, sans famille, sans
9
logement ? Chacun a le droit de travailler, aussi vrai que je m’appelle Martin. Si vous ne les laissez pas entrer, je leur ouvrirai moimême. Certainement que Martin a le code des portes, vu le temps qu’il passe à côté d’elles et les gens qui, parfois, n’osent pas le composer en secret en manifes tant leur suspicion envers lui, ces gens qui croient poli de ne pas se méfier, penseraient insultant de prendre des précautions, croiraient manquer de respect en protégeant leur intimité et leur sécurité, leurs enfants et leur argent. Cette perpétuelle humanité qui brise toute assurance, met chacun à la merci de chacun. Une femme vient rejoindre Martin vers vingt et une heures, une trembleuse elle aussi. À son haleine, l’alcool ferait une cause très plausible de son oscilla tion, d’après M. Lopez, du deuxième, qu’elle aurait voulu embrasser avant qu’il ne la repousse solidement d’un seul bras. – Ne me touchez pas, lui crietelle alors, ce qui est ironique si vraiment c’est pour échapper à une étreinte que M. Lopez a été contraint à ce contact physique. – Vous n’aimez pas les trembleuses ? dit Martin. Alors vous allez bientôt vous sentir très seul. – On dirait que vous annoncez la fin du monde, dit M. Lopez pour évoquer l’idée de la secte sans entrer dans les détails. – Les hommes tremblent quand leur terre tremble, dit Martin de son ton de prédicateur, comme s’il connaissait le monde mieux que n’importe qui.
10