Les impérialistes, ou Une page d'histoire : à madame la baronne Salvage de Faverolles / par M. L. Belmontet,...

De
Publié par

impr. de Hennuyer (Paris). 1853. 16 p. ; in-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : samedi 1 janvier 1853
Lecture(s) : 5
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LES IMPÉRIALISTES
oc
UNE PAGE D'HISTOIRE
A MADAME
ïa faratme lainage ùt hinnllm,
PAR M. L. BELM'ONTET,
DIÏPDTK AU CORPS LÉGISLATIF.
PARIS.
TYPOUIIAPIUE ÎDJMN'UYEIÎ, HUE DU BOULEVARD, T. BATIGiVOLLES.
Boulevard extérieur de l'aris.
1853
LES IMPÉRIALISTES
ou
UNE PAGE D'HISTOIRE
A MADAME
fa Mmmu ialttap h hnrnlkn,
PAR M. L. RELMONTET,
DÉPUTÉ AU COUPS LÉGISLATIF.
PARIS.
. TYPOGRAPHIE OEKNUYER, RUE DU BOULEVARD, 7. BATIGNOLLES.
Boulevard extérieur de Paris,
18S3
LES IMPÉRIALISTES
on
UNE PAGE D'HISTOIRE.
L'orgueil, s'il est permis à l'homme d'en avoir,
Sied à ceux dont l'esprit a le don d'entrevoir,
Et qui, hors du courant des foules égarées,
Pressentent les grandeurs par le sort préparées.
Quand tout semble, autour d'eux, ne plus se souvenir,
Ils trouvent dans leur foi la loi de l'avenir.
Vous souvient-il, Français, de l'époque néfaste,
Où l'honneur fit chez nous un naufrage si vaste,
Quand trahi, non vaincu, le prisonnier des rois,
A qui de son grand sceptre on faisait une croix,
Alla sur son calvaire anglais, à Sainte-Hélène,
Clore sa Majesté dont la terre était pleine?
Nos libertés semblaient, jonchant le même écueil,
Avec Napoléon dormir dans son cercueil.
_ 4 _
Eh bien ! du règne éteint l'immense sépulture
Recomposait dans l'ombre une Pâque future ;
Et l'immortelle mort de nos droits les plus beaux
Redevenait la vie éclose des tombeaux.
Le monde appartenait aux geôliers du grand homme
Dont la cendre devait rentrer sous le vieux dôme.
La France, leur victime et leur épouvantai!,
Niobé que les rois dépouillaient en détail,
Pâle, le front meurtri, le coeur mort, les mains vides,
Tombait sous les rançons de ses vainqueurs avides ;
EtTancien-monde, au joug de leur paternité,
Paraissait en avoir pour une éternité !...
Tout semblait dit.—Les Lis fleurissaient pour les fêtes,
Sous le soleil bâtard levé sur nos défaites:
Et les Bourbons, armés d'un sceptre raccourci,
A la Sainte-Alliance, hélas! disaient: merci!
Ils avaient ce malheur, sur qui rien ne se fonde,
De personnifier notre chute profonde.
Rois de la déchéance, exécuteurs du sort,
Ils relevaient sans vie un trône sans ressort.
N'importe ! on s'amusait de nos maux : les cantiques
Glorifiaient l'orgueil des royautés antiques :
L'oligarchie autour de nous dansait en choeur :
Le sceptre des Bourbons nous traversait le coeur;
Et l'Europe foulait, pour venger Louis Seize,
Le cadavre fumant de la gloire française.
La Révolution des principes nouveaux
Expirait comme Hercule après ses grands travaux :
Car les rois lui taillaient, pour terminer la crise,
Sa robe de Nessus dans la capote grise.
Ainsi l'aveuglement de ces temps pleins d'erreur
Croyait tuer l'idée en tuant l'Empereur ;
Et nul roi ne voyait qu'on créait un Messie
Pour les retours futurs de la démocratie.
En attendant ces jours, qu'au delà des cyprès,
Dieu devait ramener, trente-trois ans après,
Les Bonaparte en deuil, dans leur gloire importune
Erraient, ne conservant qu'un nom de leur fortune ;
Et ces grands parias, proscrits de tout sentier,
N'étant d'aucun pays étaient du monde entier.
Les soldats du grand homme, expulsés de la gloire,
Martyrs de l'héroïsme expiré sur la Loire,
S'en allaient, eux aussi, libérés de l'honneur,
De leurs grands souvenirs cacher l'obscur bonheur;
Et pleins du feu sacré, du sein des foyers sombres,
Ils adoraient, entr'eux, leur soleil couvert d'ombres.
Leur long apostolat, sur leurs autels ruraux,
De leurs calleuses mains grandissait le héros;
Et, pendant que des rois se grisait la victoire,
Nos vieux braves faisaient marcher la grande histoire.
Nous étions quelques-uns, parmi les naufragés,
Qui gardions notre dieu dans nos coeurs outragés.
Pendant que la marée, en montant dans nos villes,
Entraînait dans son flux des flots d'âmes serviles,
Lorsque la bourgeoisie et le monde élégant
Précipitaient leur culte aux pieds du roi de Gand,
_ 6 —
De rares défenseurs de l'immense victime
Remplissaient les devoirs d'un sacerdoce intime;
Et dans la liberté de leur amour fervent,
Us rendaient leur grand mort, partout, toujours vivant.
Mon âge dépassait le siècle d'une année'.
Aux soins d'un vil repos toute âme condamnée
S'indignait. — Waterloo fit couler tous mes pleurs,
Et ma muse naquit des publiques douleurs.
Le deuil de la patrie est fécond en poètes.
Les indignations restent-elles muettes ?
Je chantai hautement le Christ de nos soldats,
Que reniaient, comblés, tant d'éclatants Judas.
L'audace d'un enfant devint un sacrilège,
Et l'ordre d'un Bourbon m'extirpa du collège.
Le jeune lycéen eut, sous le drapeau blanc,
L'honneur d'être expulsé par un prince du sang,
Toulouse s'en souvient. Les préfets et les maires,
Qui traitaient mes amours de coupables chimères,
Me lançaient leurs limiers comme au pas d'un vaurien.
Quand il bat pour quelqu'un, le coeur n'a peur de rien.
J'étais brave d'aimer; l'incorrigible élève
Tirait pour son héros et la plume et le glaive.
Avec de la bonne encre et du sang généreux,
On craint peu les tyrans; les craintes sont pour eux.
J'avais, pour appuyer ma jeune idolâtrie,
L'Empereur d'un côté, de l'autre la Patrie.
Dans ces deux mots si grands, dans ces deux noms sibeaux,
Nous, vaincus, pour marcher, nous avions deux flambeaux :

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.