Les Journaux, satire, par l'auteur de la satire du XIXe siècle

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Dentu (Paris). 1820. In-8°. Pièce cartonnée.
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Publié le : samedi 1 janvier 1820
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LES JOURNAUX,
SATIRE.
IMPRIMERIE DE CHAIGMEAU FILS, RUE DE LA MOMNAIE , n° n.
LES JOURNAUX,
. SATIRE,
PAR h AUTEUR
DE LA SATIRE DU XIXe SIÈCLE,
ïros Rutulusve fuat, nullo discrimine habebo.
VIHG. AEn.lib. X, vers. no.
PARIS,
ÎDENTU, libraire , Palais-Royal, galeries de bois •
DELÀUWAY , libraire ,- Palais-Royal, galeiies de bois;
PÉL1CIER , libraire, Palais-Royal, Gour des Offices ;
LADVOCAÏ, libraire , Palais-Royal, galeries de bois^
MARTINET, libraire , rue du Coq Saint*Honaré,-
o
1020,
LES JOURNAUX.
OH ! qu'il connaissait bien le pouvoir des journaux,,
Ce fougueux Qrateur, l'orgueil des Provençaux,
Quand , sorti du scrutin, au milieu des tempêtes ,,
11 fondait sa grandeur sur l'éclat des gazettes !
« Ecoute?, disail-ril aux électeurs du terns :
« Un journal est l'écho de vos représentans,
« Voulez-vous propager ces nouvelles doctrines,
« Qui, jetant dans les coeurs de profondes racines t
« Accoutument le peuple à parler de ses droits x
« Et font un Grotius d'un simple villageois ?
« Que d'un siècle éclairé les fécondes lumières
« Avec la politique entrent dans les chaumières,
« Trop long-teins l'ignorance y fixa son séjour J
ç< Il faut que la raison y pénètre à son tour.
« Joignons, pour l'intérêt de la cause commune,
« Les efforts des journaux aux cris de la tribune ;
« Cette noble alliance est utile aux Français^
« El de nos changemens assure le succès.
« Le peuple imite un peu les. moutons dePanurge j
« 11 suit un baladin , un intrigant l'insurgé,
« C'est une molle argile j on le plie aisément
(< Aux caprices du jour, aux chances du moment.
M C'est lVuvre d'un journal; multiplions ses feuilles. »
Voilà, depuis trente an.s; les, fruits que tu recueilles,
(6)
O France ! 6 mon pays ! Des esprits divisés,
Quelques lauriers brijlans, de ton sang arrosés,
Des haines, des partis ! O ma chère patrie !
Inspire-leur du moins l'amour de l'industrie!
Les produits de leurs mains pourront te consoler
Du sang que dans Lyon l'intrigue a fait couler.
Oh ! si le goût des arts, reprenant son empire,
Remplaçait dans leurs coeurs la fureur de se nuire}
Si l'amour du travail dont ils furent épris,
Au culte du vrai beau ramenait leurs esprits !
Où ne parviendrait pas la gloire de la France,
Unie et sous ses rois ! J'en ai pour assurance
Ces riches tissus d'or, ces voiles merveilleux,
Dont Homère autrefois eût habillé ses dieux.
Mais d'abord, par nos mains, que la flamme consume
Ces pamphlets dégoûlansd'impudence et d'écume,
Que vomit fous les jours l'amour-propre blessé,
Dangereux conseiller de l'orgueil offensé.
Des flots empoisonnés de celte source impure,
§orlit la calomnie et l'outrage ell'injure,
Le sordide intérêt sous un air de grandeur;
Le vice coloré du fard de la pudeur ;
L'affreuse hypocrisie au coeur gonflé de boue,
Qui,, du monde et du ciel, également se joue ;
Et la'soif des honneurs à l'audace promis,
Et le crime émoussant le glaive de Thémis,
J'en appolits aux Français : Quel temsde uos annales
Plus fécond que ie nôtre en haines infernales?
(7)
Quand l'esprit de parti fut plus exaspéré,
L'égoïsme plus vil, le coeur plus ulcéré?
Quel mérite à couvert des traits de la censure?
Demandez a Brocard , pourquoi cette morsure?
Veugea-vous une offense ? Etes-vous agresseur ?
Ou vous a-t-on chargé des soins d'un défenseur?
« Non; mais si je ne mords, qui daignera me lire?
« Un journal sans malice est un roi sans empire :
« Je ne dois mes lecteursqu'à ma méchanceté;
« Qui peint les moeurs du siècle est sûr d'être goûté.
« Est-ce à moi d'observer une antique décence ?
« Mon intérêt demande une extrême licence,
« Ultras.et libéraux, doctrinaires; ventrus,
« Tous, la plume à la main, sont mordanset mordus;
« Je dois les imiter; c'est mon droit, et j'en use :
« Je raille qui me choque, et Voilà mon excuse. »
(f Et comptez-vous pour rien le plaisir de guider
« L'opinion publique, ou bien de la fronder?
« De gourmander les rois , d'attaquer un ministre 4
« De menacer ses jours d'un avenir sinistre,
« D'exhumer de sa tombe un mort de qualité,
« Et d'en souiller la cendre avec impunité ?
« N'appelez plus thersite, ou corsaire ou satire
« L'auteur qui vous amuse ou cherche à vous instruire.
(( Gloire, gloire au censeur, dragon aux yeux d'Argus,
« Qui dénonce, une intrigue, ou combat un abus. »
L'état d'un journaliste est wne dictature;.
Sa plume exerce en paix cette magistrature j,
(8)
Do son lit dé justice, il juge en souverain ;
Ses arrêts sont des lois que le mobile airain
Grave sur un papier qui vole au bout du monde ;
Sur la crédulité son empire se fonde. , "<*
Agréable à la foule, il fait trembler les rois :
Us étouffaient jadis, ou retenaient sa voix;
11 fallait, pour penser, l'aveu de la police.
Depuis qu'on peut tout dire, et qu'un peu de malice
A coloré le fiel que sa bouche répand,
II prédit en Cassandre, ou séduit en serpent.
Le voilà dans Paris un homme d'importance;
On n'attend pas qu'il parle, on l'applaudit d'avance,
Ecrit-il? C'est toujours Château l'illuminé,
Tour-à-tour par la morgue Ou l'orgueil entraîné ;
11 préfère aujourd'hui l'arêue à la tribune.
Astolphe à moins de frais voyageait dans la lune.
N Les oisifs de Paris, le modeste rentier,
S'occupaient autrefois du bruit de leur quartier,
L'anecdote du jour, l'histoire de la veille,
Intéressante ou non , captivait leur oreille.
Perrault les amusait avec ses contes bleus ,
Et le fardeau d'un jour ne pesait pas sur eux :
Il est vrai que ces temS étaient des tems gothiques;
On n'y jouissait pas de ses droits politiques.
Nulle assemblée alors ; pour sa félicité,
Le peuple n'avait point de- souveraineté.
Voyez l'ordre établi, sous quel ciel il respire
Depuis qu'il s'est niêlé de régir un empire ?
(9)
Ses soins se sont accrus ; pour tromper son ennui,
A peine cent journaux suffisent aujourd'hui,
Versant à pleines mains le sel de l'épigramme ; .
11 faut d'autres ressorts pour ébranler son âme.
Renouvelez ses lois; parlez, d'enibrasemens,
De ministère en feu, de bouleversemens ;
Changez un peuple libre en vils troupeaux d'esclaves.,
Et dans certains quartiers vous passerez pour bra\ es :
Ne craignez pas surtout de manquer de lecteurs. -'
Séjan dans Rome antique eut ses admirateurs : . .
Dispensateur heureux des trésors de son maître,
Pour fonder sa puissance, il osa tout promettre;
Sous la forme d'un cygne, en taureau déguisé,
Jupin Amphytrion n'est jamais refusé;
Il dorait jusqu'au sel de ses plaisanteries.
Son règne était eucor celui des coteries.
Parlait-il à Junon? Il était argien.
Un Souris de Vénus le rendait phrygien :
Dans ses mains la balance imitait la bascule ;
Les dieux ne trouvaient pas ce plaisir ridicule,
En buvant le nectar, ils en riaient gaiement:
C'était comme chez nous un simple amusement.
Il s'agissait pourtant du salut d'un empire ;
Mais qu'importe un état, les dieux aimaient à rire,.
Ne vous gênez donc plus, gazetiers complaisans,
Non moins lâches flatteurs que fades courtisans.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'un vil folliculaire,
Famélique ouvrier, a vendu sa colère.
Un troupeau d'Epicûre illustra Syba'ris;
Mais on mange en province, et l'on dîne à Paris*
( io)
Que n'y fait oublier le vin d'une excellence.
Les châteaux vont pleuvant sur le sol de la France;
lrus s'y couche pauvre et s'éveille Crésus ;
On attelle à son char les chevaux de Rhésus.
Qu'ex ige-t-^on de lui? Qu'il imite le centre ,
Et songe, en écrivant, aux besoins de son ventre.
11 est d'autres journaux qui flattent certains rangs;
C'est encore un tribut qu'on lève sur les grands.
On en fait pour le peuple, on en fait pour les maires,
Et surtout l'on a soin d'en fournir aux commères.
Le faubourg Saint-Germain aime le Blanc drapeau ,
Il était d'or jadis; de nos jours, oripeau.
Des voltigeurs barbons composent sou armée,
Et leur voix fait encor toute sa renommée.
L'ami des boulevards, l'habitant du marais,
De nos divisions observant les progrès,
Accusent un parti des maux dont ils gémissent ;
Au bois du Luxembourg les esprits applaudissent.
Aux traits de la Minerve, aux bons mots du Censeuri
Dans les salons, Cocote (i) a plus d'un défenseur.
Au jardin de nos rois on lit toutes les feuilles :
Là, tandis que le vent n'ose agiter ses feuilles,
A l'ombre recueilli, sous l'arbre accoutumé,
S'assemble des bourgeois le sénat renommé.
Tout se ta}t; à l'instant un grave personnage
S'empresse de les lire au docte aréopage.
'» • ' i . 'i ■■■ '
(i) La Quotidienne.,
( » )
Chaque allée ason groupe, et chaque arbre un lecteur.
Musard , aux nouveautés qu'annonce im rédacteur,
Accuse son oreille, et la croit infidelle ;
Jl brûle toutefois d'en conter la nouvelle,
Le vieillard qui l'écoute en a pâli d'effroi,
« Encor des changemens ! toujours au nom du Roi !
« Dit-il, d'un favori je reconnais l'ouvrage. »
Cette contagion infectant le bel âge ,
Comme une épidémie , a gagné tous les rangs,
Infecté la poissarde , empoisonné les grands ,
Et d'une haleine impure effleurant la sellette,
Sur la brosse à drer fit voler la gazette.
Et puis Paris murmure et le peuple se plaint :
Rien ne va, tout languit, le commerce s'éteint.
Eh! peut-il prospérer , quand nos jours se consument
A ranimer le feu que des partis allumeut,
Quand les tristes débats de quelques charlatans
Absorbent chaque jour l'emploi de ses iuslans ?
Est-ce avec des journaux, des discordes civiles,
Que s'enrichit un peuple, et fleurissent les villes ?
Interrogeons d'abord nos premiers commerçans,
L'honneur et le soutien de nos arts florissans,
Ces Français généreux dont la noble industrie
Par ses divers produits illustre la patrie.
Il me semble déjà que nos brillans cristaux,
Nos bronzes animés, nos lapis, nos métaux,
Admirables produits, surprenantes merveilles,
Que l'on n'attendait pas des travaux de leiirs veilles,
( ")
Vont prendre la parole, et répondre en courroux ;
Ce n'est pas, en lisant des pamphlets, comme vous,
Qu'ils forçaient la nature, et domptaient ses obstacles.
Le ciseau , le burin enfantaient leurs miracles ;
Esprits industrieux, ils ne demandaient pas
Que font les libéraux, que disent les ultras?
Du feu de leur génie animant leur fabrique ,
Ils vivaient du commerce et non de politique.
De cent mille ouvriers ils occupaient les mains ,
A l'industrie active ouvraient d'autres chemins,
Et trouvaient leur bonheur, plaçaient leur jouissance
Dans ces riches travaux, la gloire de la France.
Le commerce à Paris est sans prospérité?
Ah ! n'accusez que vous de celte nullité !
Ce champ ingrat pour vous répond aux voeux des autres,
Favorise leurs fruits et repousse les vôtres ;
A leur empressement reconnaît leurs besoins,
Et récompense ainsi leurs labeurs et leurs soins.
On vous pardonnerait la plainte et les murmures,
Si les produits sortis de nos manufactures,
Au fond des magasins obscurément cachés,
Y combattaient les vers faute de débouchés.
Mais l'ouvrier à peine a fini son ouvrage
Qu'entre tous les états une lutte s'engage :
L'étranger opulent, l'amateur éclairé,
Tous brûlent d'acquérir ce qu'ils ont admiré,
Le.nord même, où déjà fleurissent honorées
Pe la société les douceurs désirées :
Ces désirs empressés sont d'assurés garans
Que les arts, dans Paris, n'ont plus de concurrent
.( «5 )
Ainsi plus de prétexté à votre négligence :
Nos produits recherchés accusent en silence,
Et l'amour des journaux que vous leur préférez „
Et ces pamphlets de fiel méchamment colorés,
Et ceux que mit au jour l'ambition trompée,
Pour se laver du sang qui rougit son épéé.
S,i vous pouviez un jour rejeter le poison
Qu'exhalent tant d'écrits dépourvus- de raison !
Oui, j'en jure aujourd'hui nos libertés publiques ,
Vous les verriez bientôt ces auteurs faméliques ,
Désabusés enfin de ce honteux métier,
Fuir le coupable emploi de salir du papier.
Comme l'astre des nuits ce métier a ses phases s
Sous la constituante, on s'épuisait en phrases.
L'on promit tout au peuple, et sa crédulité
Lui coûta sa fortune et sa tranquillité.
On n'a pas oublié le rameau que Virgile
Fit offrir par Enée à la vieille sybille.
Quel fut le résultât de ce noble trafic?
Le papier disparut avec l'or du public ;
Après vint la commune et Néron-Robespierre;
Tout devint sang alors, châteaux,, palais, rivière';
En deux sources de sang se changèrent les pleurs %
Et les journaux du tems en prirent les couleurs.
Du sein de la terreur sortit le directoire.
On respira sous lui : car il aimait à boire-
( >4)
On lui doit plus encor : ce conseil dirigeant
Au règne du papier fit succéder l'argent.
A la suite de l'or se hâtent de paraître
La foule de journaux libres, mais sous un maître.-
Bruyans, silencieux, bavards à volonté,
Ils ne s'émancipaient qu'avec l'autorité, .
Et ne dédaignaient pas ce bel oiseau du phaze,
Qu'au sein du Luxembourg leur servait Pharnabaze.
C'était pour les journaux le siècle de Janus :
Ils naissaientinnocens et mouraient inconnus.
J'excepterai Geoffroi de celle loi commune. .
Sa plume des Débats fit long-tems la .fortune
Par sa noble énergie et par son feuilleton ;
Mais depuis cette feuille a bien changé de ton^
Cependant de langueur le directoire expire :
Un soldat entreprend de se faire un empire :
Deux pouvoirs s'opposaient à sa témérité :
lis tombent ; avec eux l'ombre de liberté
Dont jouissait l'état régi par cinq satrapes ,
Tout reconnut ses lois : rois, empereurs et papes ;
Quelle digue opposer aux flots de ce torrent,
Qui menace l'Europe, et l'inonde en courant?
Vous qui, la plume en main, enfantez des armées,
Vaillant Conservateur , puissantes Renommées ,
Muets sous l'empereur , bruyans sons un Bourbon ,1
Que faisiez-vous alors ? Assis près d'un jambon
Comme autrefois.Sosie à l'abri des tempêtes,
Occupés tout entiers de plaisirs.et de fêtes f
( i5)
Vous soupiez longuement chez Rose ou Beauvilliers
Pour réparer le sang que perdaient nos guerriers.
Je ne condamne point cet excès de prudence.
Vous n'étiez point forcés de rompre le silence.
Rien ne vous ohligeait de parler en effet.
Le sénat, mieux payé, lui-même était muet.
Ces puissans de la cour que la foule contemple '
De l'avilissement vous présentaient l'exemple ;,.
Vous imitiez d'ailleurs, crainte d'un accident,
Du corps-législalif le silence prudent.
C'était bien fait à vous : le tribunat farouche
Se vit éliminé, dès qu'il ouvrit la bouche;
Mais deviez-vous, changeant de forme et de couleurs,
Devenir plats valets, sycophautes, jongleurs, \
Briguer, comme un honneur dans un grade servile ,.
Un succès où l'effroi mandiàit un asile;
Offrir pour sûreté votre,opprobre au pouvoir,
Vous rouler à ses pieds , jouir de vous y voir ;
Et conservant encor dés. castes surannées ,
L'habitude du vice et des sourdes menées,
Serpens contagieux , vous glisser saus détour
Du règne de la veille à l'empire du jour ?
Le colosse effrayant qui pesait sur l'Europe
A cessé de régner. Les frimats du Rhodope
Ont brisé contre un roc ses éclatans débris,
Et ramené du nord les Bourbons dans Paris.
Une Charte , heureux don de leur munificence y
V.a calmer les parlis qui divisaient la France.
( 16)
En saluant Louis, nous'crûmes voir Nestof,
L'olivier à la main, sous les traits de Mentor;
Que n'attendions-nous pas de sa haute sagesse !
Les coeurs vraiment français s'ouvraient à l'allégresse
La Charte était sacrée et nos droits respectés :
D'accord avec Louis, nos pairs, nos députés
De ce riche bienfait nous assuraient l'usage.
Quand du milieu des pairs s'élève un grand orage ,-
Une loi protectrice et favorable à tous
De la morgue abaissée irrita le courroux :
Tous les honnêtes gens se rangent autour d'elle :
Des journaux aux cent voix épousent sa querelle,
Les Débats, la Gazette et le Conservateur
Et Cocote la sainte et son prédicateur ;
Comme on voit au printems , durant un jour d'orage ,
D'insectes venimeux s'épaissir un nuage ;
Ainsi, des gazetiers le bataillon sacré
S'avance, plume en main^ en bon ordre, et serré:
Dans nos murs, hors des murs , l'alarme est générale ;
Telle et moins agitée on vit la capitale,
Quand le Russe accourant des bords de la Newa
Vint flétrir nos'lauriers cueillis à Moscowa*
Dans les rangs opposés, la Minerve en personne ,
Sur un ordre profond, dispose sa colonne.
A leur tête est TiSsot, hérissé 'delatin,
Bardus, en droite ligne, issu de Trissolin.
Après marche Joui, îMudépendant Etienne *
Qui jadis..... niais depuis n'a rien qui le retienne j
Et mille autres qu'ici je ne puis .faire entrer,
Qui tous avec honneur pourraient^ figurer. .
( '7 )
A cet aspect guerrier, la noblesse alarmée,
De l'Europe en secret ,^ollicite l'armée,
Et voudrait joindre encor, dans ces communs périls ,
Une guerre étrangère à nos troubles civils.
Déjà de tous les coeurs la discorde maîtresse
A secoué dans l'air sa torche vengeresse.
De flots d'encre et de fiel Martin est assailli;
Plus d'un brave est atteint, plus d'un drapeau sali.
Le grand Conservateur,que la Minerve irrite.
Donne l'exemple aux siens, de sa voix les excite,
Exagère leur nombre , avance en combattant :
Constant pousse à Fiévée, et Fiévée à Constant ;
Et dans ce grand conflit, entouré d'un nuage,
Comme autrefois Enée en marchant vers Carthage,
Armé de pied en cap, se dérobant aux yeux,
Bonald, l'obscur Bonald invoquait tous les dieux.
Entre ces deux partis, tous affamés" de gloire,
La fortune long-tems balança la victoire.
De Serre d'un regard sut bientôt la fixer.
Ultras et libéraux auraient dû s'embrasser ,
Du jour que ce ministre électrisant leur âme,
Au milieu des Français vint planter l'oriflamme.
Le repos de l'Etat et le bonheur du Roi -,
Impérieusement leur en faisaient la loi ;
Mais, que sert aux ultras, qu'importe à la Minerve,
Que la France périsse, ou qu'un Roi la conserve?
Tombe en cendres son trône, à leur vue, odieux ,
S'il doit êtré'SauVé par d'autres que par eux.
Ils ne s'arrangent pas du bonheur de l'empire ;
C'est à le gouverner qtte leur grand coeur aspire.
a
(x8)
Régner pour s'enrichir, entasser des trésors
Est le but honorable où tendent leurs efforts.
-f
Voilà ces écrivains dont la noble éloquence
Ne respire en tonnant que le bien de la France !
Tels que ces animaux pour la chasse dressés
Dans les champs, près des lacs, sur les coteaux lancés,
Assiègent des castors l'industrieuse race,
Ou d'un cerf fugitif interrogent la trace;
Ainsi ces esprits nés pour le trouble et le bruit,
Aux dépens de l'Etat en recueillent le fruit,
Poursuivent la jeunesse attachée à Barlhole,
Ou la font conspirer sur les bancs de l'école;
Heureux^ cent fois heureux, s'ils bornaient leurs soupçons
Dans l'enceinte où le maître a dicté ses leçons,
Et si les professeurs d'Allemagpe ou de France
Avec les radicaux ne sont d'intelligence.
Ainsi l'intérêt seul est le dieu des journaux.
Leur devise est l'argent : véritables corbeaux ,
Leur bande autour des morts incessamment croasse :
De nos calamités ils s'engraissent en masse:
Comme la renommée ont cent yeux et cent voix :
Rien d'inconnu pour eux : les cabinets des rois ,
Le;secretdes états, la foi'-cedes royaumes :
Pour des réalités ils prennent les fantômes ,
Donnent un corps à l'ombre, un dessein au hasard;
Et de ces aperçus fruits d'un premier regard,
Egarés dans la nuit qu'offrent les conjectures,
Ne rêvent que malheurs, que disgrâces future».
( 19 ) . .
De là naissent ces bruits, vrais, faux ou Supposes
Que sèment leurs esprits*de malice épuisés.
Ces établissemens de tribunaux suprêmes
Erigés pour juger les souverains eux-mêmes ,,
Non le peuple ; pour lui suffisent les prévôts :
Encor li-op honoré si la main des bourreaux
Abandonne ses jours au plomb d'une cartouche ■>
Et ne meurt pas ainsi que Mandrin et Cartouche*
D'autres non moins ardens et bien plus insensés,
Publicistes d'un jour, au théâtre exercés,
Nouveaux gladiateurs descendus dans l'arène,
Des personnalités exploitent le domaine.
IgnOrent-ils qu'un mot imprudemment émis
Détermina la guerre entre deux rois amis ?
C'est le fruit des pamphlets et des caricatures.
Nous guérissons de tout-, excepté des blessures
Faites à l'amour-propre , il ne pardonne point.
«'Mon fils, disait un lord, suivez de point en point
« Les utiles conseils d'un père qui vous àiriie*
« J'ai défendu trente ans l'honneur dû diadème,
« Pfès des Cours de l'Europe et dans le parlement ;
« Un père attend de vous le mêmedévoûmern.
« Voulez-vous soutenir notre suprématie,
« Dans le champ épineux de là diplomatie?
« Eh bien! celte carrière est ouverte à vos yeux.'
« Le rang de colonel vous conviendrait-il mieux?
« Choisissez ; ma vieillesse à cette école instruite
« Peut vous tracer ëneor des règles de conduite»
« C'est le fil d'Ariane; on arrive avec lui i
« Evitez de blesser l'amour-propre d'autrui.
a,*

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