Les leçons d'amour

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Ces nouvelles saisissantes nous aspirent à la limite du supportable, du convenable ou de l'acceptable, mais, fascinés,nous ne voulons décrocher sous aucun prétexte...


Publié le : mardi 24 août 2010
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EAN13 : 9782313000588
Nombre de pages : 276
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Couverture
4e de couverture
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© Éditions Chemins de tr@verse, Paris, 2013
Isbn Epub : 978-2-313-00059-5
Éditions Chemins de tr@verse – 2, rue Pierre Sémard – 75009 PARIS
Photo de couverture :Le baiser, Auguste Rodin, photo Wikimédia commons - Photomon tage © Anne Dancer
Conception de la couverture : Anne Dancer, à partir de la charte graphique de Claire Sidoli
Titre
CHRISTOPHE VIEU
Les leçons d’amour
NOUVELLES
ÉDITIONS CHEMINS DE TR@VERSE
Couverture 4e de couverture Copyright Titre Table des matières Préface de l’éditeur L’auteur Dédicace La piscine La signature du maître La première fois Les yeux de Macha Juste au-dessus d’elle Été 1914 La tentation Game boy John et Jimmy Art La grande roue Sucré salé L’estaminet Attentat La réponse de Franz Ottman Les leçons d’amour Du même auteur
TABLE DES MATIÈRES
Préface de l’éditeur
Les courts récits de Christophe Vieu ont au moins un point commun avec les pierres précieuses : chacun d'entre eux est à la fois unique et éblouissant. Et leur charme insolite et dérangeant tient autant à l'histoire qu'ils racontent qu'à la façon dont elle est racontée. Nous nous perdons nous-mêmes, dans ces intrigantes et excitantes nouvelles, notre bon sens nous échappe, nous sentons bien que quelque chose cloche, dans ces vies, ces rapports de domination, ces amours, ces personnages « border line »... mais quoi ? Avec subtilité, Christophe Vieu nous aspire toujours à sa suite à la limite du réel, du supportable, du convenable ou de l'acceptable, mais, fascinés, nous ne voulons le quitter sous aucun prétexte.
Toujours prêt à nous faire endosser ses dérapages, armé d'une étonnante maîtrise d'un style iconoclaste, Christophe Vieu nous emmène subtilement, au gré de ces récits aussi puissants que déroutants, dont le rythme tient autant du baroque que la substance, au cœur d'un univers humain décalé et puissamment nourrissant.
Yves Morvan
L’auteur
Christophe Vieu Lauréat de plusieurs concours littéraires, cet aute ur au parcours singulier vient du théâtre. Ses text es semblent surgir du fond de l'être et disent souvent une dema nde d'amour qui s'intensifie jusqu'au cri. Son écriture en marge de toutes les modes et au rythme haletant est très subtile. Scrutateur de l'insolite, il explore les f ailles et les anomalies avec une rigueur implacable. À travers de s histoires de vies chahutées ou défaites s'affirme l'intention de montrer les dérapages de l'existence. Il y a che z Christophe Vieu une volonté discrète de boulevers er les codes et de laisser à chacun la liberté d'imaginer et d'interpréter selon sa propre sensibilité.
À Kevin Medina, pour l’éternité
Dédicace
LAPISCINE
Maud ne s’inquièterait pas avant la fin de la soirée, et vraisemblablement allait-elle attendre le lendemain pour contacter la police et lancer les premières recherches. Régulièrement, aux beaux jours, et plusieurs fois par semaine lorsque la chaleur restait intense, Alex faisait un détour par la plage et passait plusieurs heures à marcher dans les rouleaux mousseux, en respirant à grandes bouffées le vent frais de l’océan qui était pour lui comme le parfum naturel de la liberté. Son plaisir était d’arriver avant le crépuscule, quand les feux du jour déclinant allument sur la mer un ultime incendie ; que des flammèches se brisent en se heurtant à la surface des eaux et explosent en une pluie d’éclairs. Il devinait dans ce phénomène le signe d’un pouvoir magique de la mer. Que l’eau fût capable de stopper dans leur course les puissants jets lumineux qui tombaient du ciel relevait pour lui du miracle, et cela le fascinait. Il voyait du reste dans le combat entre ces deux forces contraires la métaphore idéalisée d’un conflit avec Maud dont l’agressivité l’apparentait évidemment plutôt au soleil, alors qu’il s’imaginait, lui, l’espace d’un instant, aussi résistant que le flot ; et à même de dévier de leur trajectoire ses pics foudroyants. Mais il pouvait se targuer aujourd’hui, pour la première fois depuis le début de leur vie commune, d’avoir eu assez de courage pour fuir et éviter ainsi de s’opposer ouvertement à elle, avec ce que cela implique toujours de désagréments, de cris et de larmes. Et il n’était pas peu fier de glisser dans le train express qui l’éloignait à présent chaque seconde davantage de cette épouse acariâtre qui le terrorisait. Arrivé dans la ville, il se fit conduire en taxi jusqu'à l’hôtelEmbassydescend la où microsociété des milliardaires, et où il n’avait d’autre raison de descendre que celle de goûter aux plaisirs et aux services que l’on réserve aux plus riches partout dans le monde. Il avait entendu dire que dans ces endroits feutrés et luxueux on vous parle avec respect, on vous sert aimablement et sans jamais manifester le moindre signe d’agacement ou de mauvaise humeur. Cela lui conviendrait parfaitement et le reposerait de sa vie avec Maud. Il avait suffisamment d’économies pour profiter pendant plusieurs jours de ce régime d’oisiveté et d’insouciance ; il entendait ne se priver d’aucune superfluité. Il loua une suite au vingt-septième étage où il fut immédiatement conduit par un valet de chambre d’une courtoisie exemplaire. L’ascenseur était placé sous la responsabilité d’un groom, un homme jeune et souriant vêtu d’un uniforme vert olive du meilleur goût et qui inclinait sans cesse la tête, comme pour ne pas se laisser surprendre, dès l’ouverture des portes, par l’apparition soudaine d’un autre client attendant d’être pris en charge à son tour. La chambre, comme il le découvrit dès qu’il fut seul, comprenait deux pièces, l’une avec un vaste lit encadré de deux tables de chevet si reluisantes qu’elles paraissaient toutes neuves, et une autre moins grande contenant un salon un peu austère où des coussins recouverts d’un tissu chatoyant jetaient une discrète touche d’exotisme et de gaîté. Il s’étala de tout son long sur le lit qui lui parut immense, écartant les bras et les jambes pour mieux jouir du bonheur d’être seul. Puis il se dirigea dans la salle de bains. Il éprouvait le besoin de se laver. Alors il se dévêtit, et quand elle fut enfin presque remplie d’eau, il se glissa dans la baignoire avec une sensation de douce excitation qui lui parcourut la peau des pieds jusqu’à la tête comme un frisson. Il passa deux heures sous une épaisse mousse qui sentait le jasmin. Une enceinte invisible distillait dans l’air une musique apaisante. Il se sentit léger, détendu, absent. Plus tard, il commanda au service d’étage un dîner copieux arrosé d’un Bordeaux millésimé servi dans un énorme verre ballon et qui était un régal autant pour les narines que pour la langue. Il finit par se coucher mais il dormit peu. Le frottement du drap lisse sur son corps amolli par le savon liquide avait presque la suavité d’une caresse. Il n’avait pas l’habitude de manger le soir d’aussi importantes quantités de nourriture. Mais l’idée que Maud avait sûrement donné l’alerte lui procurait une impression étrange. D’un côté il se réjouissait d’avoir réussi à lui jouer ce mauvais tour ; d’un autre il ne pouvait plus désormais se considérer comme un homme entièrement libre de ses mouvements, et cela le condamnait à se montrer le plus discret
possible et à limiter au maximum ses déplacements. Cela ne l’empêcha pas le lendemain, dès le lever du jour, de partir à la découverte de ce palais plein de gens si agréables et de pièces si magnifiquement décorées. Au sous-sol, il admira les articles de luxe dans les vitrines des boutiques ; au rez-de-chaussée il s’extasia sur les dimensions pharaoniques de la double salle de restaurant et sur le luxe du salon attenant avec ses colonnes de marbre où trois hommes d’affaires conversaient à grand renfort de gestes dans une langue étrangère, des carnets et des calculettes entre les mains. Quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit sur la terrasse aménagée sur le toit de l’hôtel, il fut littéralement émerveillé. Face à lui, au milieu de l’espace immense parsemé de palmiers, une piscine ; quelques tables en bois clair autour, des parasols, des chaises longues ; mais personne encore à cette heure matinale. Il s’approcha de l’eau immobile : elle avait l’impassibilité inquiétante des reptiles. Les vifs rayons du soleil, dévorés dès qu’ils l’effleuraient, laissaient sur leur passage un éparpillement confus de rectangles et de ronds scintillants qui flottaient comme les restes d’un repas. Alex fut traversé par une joie identique à celle qu’il avait éprouvée la veille au moment d’entrer dans la baignoire. Mais pour ne pas attirer l’attention – les recherches avaient dû commencer et il devait se comporter à présent avec le plus de discrétion possible – il trouva raisonnable de s’installer sur un transat et d’y passer un moment, la journée peut-être. Au bout de quelques minutes, les premiers clients arrivèrent et prirent place autour des tables. Aussitôt des serveurs en veste blanche, aux cheveux soigneusement coiffés en arrière et impeccablement calamistrés, accoururent d’une démarche leste, le visage éclairé d’une expression radieuse. On eût dit qu’ils allaient annoncer à de vieux amis une nouvelle qui les remplirait de bonheur. Ils se pressaient, mais en gardant une maîtrise parfaite de leurs gestes et sans jamais se départir de cette belle humeur qui se manifestait à tout instant de la manière la plus naturelle. Les clients, visiblement bien reposés, les accueillaient de leur côté avec des mots aimables. Puis ils se mirent à discuter entre eux autour des tasses, des assiettes, des coupes et des plats qu’on leur apportait et disposait sur les tables pour le petit déjeuner. Alex s’avisa que les gens riches, habitués à être mieux traités, devaient nécessairement être meilleurs. Il établit un lien entre le niveau social et le degré de moralité des individus. La méchanceté était donc l’apanage des moins fortunés. Cette société souriante traitait le monde avec déférence. Il ne regrettait pas Maud, ses reproches incessants, sa hargne, l’inégalité de son caractère. Il espérait qu’elle ne le retrouverait jamais. Au moment où ces pensées nouvelles ouvraient dans son cœur – et dans sa vie – des perspectives de sérénité, un des serveurs en veste blanche s’approcha de lui, et, quand il fut tout près, s’inclina respectueusement jusqu’à son oreille. Alex supposa à cet instant qu’il venait prendre la commande du petit déjeuner, ce qui lui parut normal, car il était le seul client à ne pas encore avoir été servi. Mais le jeune homme, avec une intonation de voix qui, pour être aimable, n’en était pas moins ferme et décidée, lui signala simplement que le réceptionniste de l’hôtel souhaitait lui parler, le plus vite possible, ce matin en tout cas, tout de suite peut-être. Ce fut alors comme une terrible montée d’angoisse et d’inquiétude contre laquelle Alex se sentit impuissant et qui le priva instantanément de toutes ses forces. Il ne demanda aucune précision, ni ne chercha d’aucune manière à laisser entendre qu’il n’avait pas compris de quoi il retournait : on avait retrouvé sa trace et une demi-douzaine de policiers en uniforme l’attendaient déjà dans le hall, pensa-t-il. Il ne fallait pas chercher à fuir ; se rendre, tout avouer. Les représentants de l’ordre allaient le menotter et le chasser hors des lieux avec la promptitude de ceux dont le devoir est de remettre dans le rang les consciences rebelles. Il n’opposerait aucune résistance. Le réceptionniste était un homme jeune avec un large et beau visage entouré d’une chevelure brillante d’un noir intense. Il parlait lentement, posément, et souriait à tout instant à Alex qui le regardait, comme pour atténuer l’importance de ses paroles et amoindrir par anticipation l’effet qu’elles pourraient avoir sur ce client qui manifesterait ouvertement sa contrariété et qu’il fallait par conséquent ménager. Si on l’avait prié si instamment de se
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