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Les Légendes de l'atelier

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224 pages

Saint Éloi, le célèbre patron des serruriers, des orfévres et de tous les ouvriers qui travaillent les métaux, avant de devenir un grand saint, ne fut d’abord qu’un forgeron très-habile et très-passionné pour son art.

Cette grande passion-là prenait, il est vrai, dans son cœur la place de toutes les autres, mais il finit par succomber néanmoins à la pire de toutes, à l’orgueil.

Nul, en effet, ne pouvait lutter avec lui d’adresse et d’intelligence.

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DÉDIÉ

 

A L’ASSOCIATION DE SAINT-ÉLOI

 

Des jeunes ouvriers et apprentis de Notre-Dame de Nazareth.

Maurice Maignen

Les Légendes de l'atelier

PRÉFACE

Montrer au peuple, si étrangement prévenu de nos jours contre l’Église, qu’aujourd’hui, comme autrefois, elle a inspiré les institutions qui ont le mieux contribué à relever sa dignité, à protéger son indépendance, à assurer son bien-être au milieu des transformations de notre état social depuis le moyen âge jusqu’à nos jours.

Lui prouver que l’isolement, l’avilissement et la misère qui l’exaspèrent ne sont pas l’œuvre de l’Église et qu’il ne doit pas chercher en dehors d’elle les remèdes aux maux dont il se plaint.

Telle est la pensée mère de ces légendes fort diverses de style et de sujet, empruntées pour la plupart aux annales du travail.

Espérons que la vérité par l’histoire, la charité par les œuvres, éclaireront le peuple, si catholique encore et de si bonne foi, et lui feront reconnaître dans l’Église, au lieu d’une irréconciliable ennemie, comme veulent le lui persuader tant de faux docteurs et d’écrivains perfides, UNE MÈRE, à laquelle il doit bien des gloires dans le passé, presque tous les bienfaits du présent et les meilleures espérances de l’avenir !...

9 octobre 1867, fête de saint Denis.

LA JEUNESSE DE SAINT ÉLOI

Saint Éloi, le célèbre patron des serruriers, des orfévres et de tous les ouvriers qui travaillent les métaux, avant de devenir un grand saint, ne fut d’abord qu’un forgeron très-habile et très-passionné pour son art.

Cette grande passion-là prenait, il est vrai, dans son cœur la place de toutes les autres, mais il finit par succomber néanmoins à la pire de toutes, à l’orgueil.

Nul, en effet, ne pouvait lutter avec lui d’adresse et d’intelligence. On eût dit qu’il tenait dans le creux de sa main le feu de sa forge, tant il en appréciait exactement le degré de chaleur et la puissance.

Sous le coup de son soufflet, l’âtre flamboyait comme une fournaise ou se refroidissait à son gré ; il en était maître comme le musicien de son instrument, et le fer à peine sorti de la forge se tordait comme une pâte sous son marteau rapide.

Éloi avait donc plus d’un jaloux, mais point d’égal. On venait le consulter des pays voisins ; on voyait les maîtres les plus habiles étudier humblement sous ses ordres. Enfin on ne parlait que d’Éloi dans la ferronnerie de ce temps-là.

Si bien qu’un jour, tout gonflé de sa gloire, tout ébloui de sa renommée, il ne craignit pas de faire écrire sur la porte de son atelier, en grosses lettres qui se lisaient à cent pas, cette étrange enseigne :

LE MAITRE DES MAITRES, LE MAITRE SUR TOUS.

Le beau renom d’Éloi était si bien établi que la plupart des forgerons du voisinage, loin de s’indigner de la forfanterie du jeune maître, se taisaient, avouant sa supériorité, et ils se seraient volontiers découverts en passant devant cette demeure où s’accomplissaient de vrais prodiges.

Mais parfois aussi un compagnon étranger, en son tour de France, jeune, jovial et moqueur, apercevant l’enseigne, éclatait de rire et entrait aussitôt pour voir de ses yeux « le maître des maîtres et le maître sur tous. »

A peine introduit, en voyant le forgeron à l’œuvre, si fort et si adroit, si calme et si actif tout ensemble, au milieu des chefs-d’œuvre sortis de ses mains, le compagnon étourdi, stupéfait, ne riait plus, et après être resté longtemps à le contempler, se retirait lentement, silencieux et humilié.

Du reste, maître Éloi, sauf cette faiblesse, était un ouvrier exemplaire pour la régularité de sa vie laborieuse et chrétienne. Il avait, entre les mérites qui lui firent trouver grâce devant le Seigneur, une dévotion singulière à son ange gardien, auquel il se recommandait souvent dans le travail.

Or le bon ange craignait fort pour le salut du forgeron, et il doutait, si Éloi ne changeait, d’avoir la joie de conduire un jour son âme dans la gloire du paradis. Comme il était touché de la dévotion d’Éloi à son égard, il eut pitié de son orgueil et obtint de Dieu la permission de lui donner un avertissement salutaire.

Or donc, voici que vers la fin d’une belle journée, maître Éloi, seul en son atelier, considérait les fermes contours et les ciselures délicates d’un siége en fer et en bronze qu’il venait d’achever, le même, sans doute, quoi qu’en disent les savants, que l’on admire au trésor de Saint-Denis, et que la voix populaire a surnommé depuis le fauteuil de Dagobert.

C’était le premier essai en ce genre de maître Éloi, qui n’avait jamais entrepris jusque-là que les travaux d’un forgeron de campagne, tout à la fois serrurier et maréchal ferrant, fabriquant tout ouvrage de ferronnerie, hormis les objets de luxe et d’art, qui s’exécutaient en ville par les orfévres et les ciseleurs.

Cet essai était tout à fait un coup de maître.

Les archéologues d’aujourd’hui veulent absolument y reconnaître le génie de l’art antique, et prétendent que ce chef-d’œuvre est bien antérieur au VIIe siècle. Quoi qu’il en soit, plus tard, le forgeron devint orfévre, et cisela ces merveilleuses châsses d’or et d’argent, enrichies de perles et de pierres précieuses, vénérées de nos pères pour leur admirable travail et surtout les trésors qu’elles renfermaient.

Un jeune ouvrier vient à passer, s’arrête, lève la tête et sourit en lisant la singulière enseigne. A ses vêtements noircis, à son sac d’outils sur l’épaule, on reconnaît un confrère.

L’ouvrier, après avoir lu et relu la gigantesque inscription, regarde curieusement la boutique qu’elle décore, et s’efforce surtout d’apercevoir l’orgueilleux chef qui la dirige.

Il entre et le surprend en contemplation devant son œuvre.

  •  — Êtes-vous, dit-il, le maître des maîtres et le maître sur tous ?
  •  — Oui, répond Éloi sans bouger, sans regarder, accoutumé à pareille demande.
  •  — Maître, je viens d’un pays lointain, j’ai déjà parcouru le monde et j’ai travaillé chez les maîtres les plus fameux, ne les quittant que lorsqu’ils me disaient : « Compagnon, tu en sais maintenant autant que moi et je n’ai plus rien à t’apprendre ; va-t’en ailleurs ! » J’ai donc voyagé par le pays de France et les pays étrangers, villes et villages, chez maîtres à brevets ou maîtres libres des faubourgs, grands et petits, mais je n’ai trouvé nulle part homme assez habile pour mériter ou oser prendre le titre de maître, des maîtres et maître sur tous... C’est pourquoi vous me donnerez grande joie en m’accordant la grâce de travailler sous vos ordres et en m’octroyant les leçons dont j’ai grand besoin pour arriver à la perfection de notre métier.

Éloi jeta un coup d’œil de protection sur le jeune homme qui lui parlait, et sourit en voyant ses mains fines et petites et ses membres délicats.

  •  — Mais, mon cher, dit le fier forgeron, que pourrez-vous faire ici ? On n’y travaille ni joaillerie, ni colliers, ni pendants d’oreilles !... mais la ferronnerie, la forge et le bâtiment. Il me faut ici un homme et non un enfant.
  •  — Maître, dit le jeune ouvrier tranquillement, on ne doit se fier à qui parle de soi. Mettez-moi à l’épreuve, s’il vous plaît, et vous verrez !
  •  — C’est mon usage, en effet, dit Éloi, d’essayer le savoir-faire d’un compagnon avant de l’embaucher.
  •  — Tu persistes donc à vouloir entrer ici ?
  •  — Oui, maître.
  •  — Soit. Je pense que tu perds ton temps, mais pour ne point te faire peine je te permets de travailler devant moi. Voilà justement une pratique qui nous arrive... C’est un charretier dont sans doute le cheval est déferré. — Voici le fer, voici les outils. — Allume la forge et prends ce qu’il te faut... Je te préviens d’avance que je ne mets jamais plus de trois fois mon fer au feu. Arrange-toi. Il y a encore de l’eau dans le baquet et du charbon dans le tonneau... A l’ouvrage, mon garçon !

Et maître Éloi de retomber tout aussitôt dans sa muette et délicieuse contemplation, non sans toutefois regarder de temps en temps du coin de l’œil lés faits et gestes de l’apprenti.

Il ne put s’empêcher tout d’abord d’admirer avec quelle intelligence et dextérité le jeune ouvrier mettait aussitôt la main sur tout ce qui était nécessaire à son ouvrage. Il était aussi à l’aise qu’Éloi lui-même dans cet atelier où il mettait le pied pour la première fois. En un clin d’œil le feu fut allumé, la forge flambante, le fer rougi, dressé, percé.

  •  — C’est fait, dit l’apprenti.

Éloi ne voyait rien, ni dans le feu, ni sur l’enclume.

  •  — Où donc ? où donc ? répétait Éloi impatienté, qui cherchait de tous ses yeux et n’apercevait rien.
  •  — Voilà, dit le jeune homme.

Et, à l’aide de pinces de fer, il fit sauter en l’air le fer forgé qui refroidissait au fond du baquet.

Éloi le prit et le retourna.

Sans trop cacher son dépit, il murmura :

  •  — Ce n’est pas mal... pas mal ! Il y a mieux cependant.
  •  — Qu’y manque-t-il, s’il vous plaît ? dit l’apprenti d’un ton soumis.

Éloi, un peu déconcerté, ne répondit pas.

  •  — La belle affaire, dit-il enfin, que de forger passablement un fer à cheval ! Où l’on montre adresse et savoir, c’est à ferrer la bête. Nous allons vous y voir.

Et prenant le cheval du charretier qui en attendant était allé boire, il le plaça dans le travail, sorte de barrière faite en bois, dont on se servait autrefois pour contenir le cheval tandis qu’on le ferrait.

  •  — Oh ! oh ! dit Éloi, la bête est déferrée des quatre pieds
  •  — N’importe, dit l’apprenti, ce sera bientôt fait.

Et le jeune homme, aussi silencieux et modeste que la première fois, forge tout aussitôt les trois autres fers avec une dextérité non moins merveilleuse.

Éloi, les yeux écarquillés, suivait tous les mouvements de l’apprenti et ne pensait plus au fauteuil du roi Dagobert.

Son sang-froid et sa facilité avaient quelque chose de prodigieux. Le fer dans la fournaise s’enflammait, devenait transparent, éclatant comme l’or, dès qu’il touchait légèrement le soufflet. Le vent descendait comme de lui-même sur l’âtre embrasé ; le degré de chaleur nécessaire était trouvé du premier coup. A peine sur l’enclume, le fer s’aplatissait, se pétrissait et se tournait selon la forme voulue, sans qu’il fût besoin d’y revenir.

Éloi, hors de lui, rougissait, pâlissait et ne pouvait en croire ses yeux.

Mais quels ne furent pas sa stupéfaction et son effroi lorsqu’il vit l’apprenti tirer de son sac un grand couteau de forme orientale, s’en aller droit au cheval, lui trancher d’un seul coup un pied de devant, le poser sur l’enclume et le ferrer, puis le remettre en place et faire reprendre les os et les muscles en frappant légèrement sur la jambe sans qu’il y parût, sans que le cheval boitât le moins du monde et fît entendre le plus léger soupir durant l’horrible opération.

Après le premier pied ferré, l’apprenti ferre le second et le troisième et le quatrième, toujours par le même procédé, avec le même sang-froid et le même succès...

Éloi ne criait pas ; il était immobile, il était pâle ; il regardait comme sans voir le pauvre cheval qui ne ruait pas même.

L’apprenti, l’ouvrage achevé, ne disait mot, comme si la chose eût été la plus simple du monde, et restait debout devant son maître comme attendant qu’il lui indiquât un autre travail.

Éloi sortit enfin de sa torpeur et s’écria brusquement :

  •  — Va-t’en vite à la rivière, au bout du village, me chercher deux seaux d’eau fraîche. Dépêche, ne t’arrête point en route, et surtout je te défends de parler à qui que ce soit...

Le jeune homme prit les seaux et partit.

A peine est-il disparu qu’Éloi court au cheval, tâte ses quatre jambes l’une après l’autre, et les trouve aussi souples, aussi intactes qu’avant. Le cheval semble même plus vif que jamais et piaffe joyeusement.

Éloi s’élance sur le couteau, le tourne et le retourne, l’essaye et l’examine dans tous les sens, sans y rien voir d’extraordinaire.

  •  — Est-il possible ! s’écrie le forgeron tout tremblant. N’y a-t-il pas en tout ceci du sortilége ? Ne suis-je pas dupe d’une illusion, ou serait-ce en effet quelque secret merveilleux que cet enfant rapporterait d’un pays lointain ? ou bien aurais-je enfin trouvé mon maître ?

A peine eut-il dit, qu’il aperçut au bout du chemin un cavalier qui venait droit à la boutique et dont le cheval boitait sensiblement.

C’était un militaire. Il descendit à quelque distance, prit son cheval par la bride et l’arrêta devant la porte.

  •  — Holà ! quelqu’un ! cria-t-il de ce ton bref, familier aux soldats de tout pays, surtout lorsqu’ils ont quelque doute de ne point être servis gratis.
  •  — Voilà, dit Éloi avec un empressement qui ne lui était pas tout à fait ordinaire. Qu’y a-t-il pour votre service ?
  •  — Ne voyez-vous pas ma pauvre bête ? Je ne sais quel diable a criblé de cailloux vos routes d’enfer, mais ma chère Phébé y a laissé ses quatre fers et la voilà presque estropiée. Je te demande, maître forgeron, de me la ferrer proprement et de ne pas la brusquer. Voilà quelque dix ans que nous chevauchons ensemble, à travers maints hasards, fatigues et dangers. Ne la dirait-on pas jeune et fringante comme une pouliche de châtelaine ? Je vais prendre un morceau dans le cabaret le plus voisin, mais je reviens dans un quart d’heure. Que l’animal soit donc bien arrangé, ou sinon, vilain, je pourrais bien te ferrer moi-même la plante des pieds du plat de mon sabre !

Éloi n’entendait pas les insolentes paroles du soldat  ; il avait pris le cheval, l’avait installé dans le travail au lieu et place de l’autre bête ; il était à la forge pour la rallumer ; il était à l’enclume pour préparer quatre nouveaux fers ; une activité fébrile l’agitait. Il était évident qu’Éloi brûlait de prendre sa revanche.

  •  — Bah ! se disait-il, ce jeune novice n’est pas un sorcier, après tout. Pourquoi ne ferais-je pas aussi bien que lui ? Et si je réussis, de tous les pays on viendra pour voir la merveille, et nul ne voudra plus se faire ferrer que par moi ! Allons, hardiesse, confiance et courage... Mon bon ange, assistez-moi !

Et le brave Éloi, armé de son grand couteau, se jette sur le pauvre cheval, coupe résolûment à travers les chairs et les muscles, et parvient à trancher les os et à détacher le pied de la victime après de violents efforts.

Mais le cheval du soldat ne prend pas la chose aussi paisiblement que son précédent confrère. Le voilà qui se débat convulsivement dans les barrières qui l’emprisonnent. Il pousse des hennissements épouvantables, et son pauvre moignon coupé lance au loin un jet de sang qui ruisselle dans la boutique jusqu’aux pieds du forgeron.

Éloi n’en persiste pas moins dans son entreprise insensée. il a posé sur l’enclume le pied coupé, il essaye de ferrer ce débris sanglant qui lui échappe des mains.

Au premier cri de son cheval, le soldat a laissé de côté son verre de vin à moitié bu et s’est précipité dans la boutique.

A ce spectacle, il entre en fureur :

  •  — Misérable ! s’écria-t-il en blasphémant, tu as estropié mon cheval !

Mais Éloi n’entend rien. Il veut ferrer quand même le tronçon sanglant. Il y parvient tant bien que mal et court au cheval qui continue ses hennissements désespérés ; il saisit la jambe mutilée et s’efforce de faire reprendre les deux morceaux.

Le soldat reste un moment stupéfait de cet acte de folie.

Éloi, égaré, presque en délire, ne voit rien, ne craint rien et se contente de dire :

  •  — C’est un nouveau procédé, ne soyez pas inquiet, monsieur le militaire, voilà que le pied va reprendre parfaitement et il n’y paraîtra plus dans un moment.

Mais il a beau faire, le pied ne reprend pas. Aux tentatives d’Éloi, le cheval répond par de terribles ruades et des hennissements furieux.

Éloi, de guerre lasse, jette au loin le pied mutilé et contemple son ouvrage avec des yeux hagards.

  •  — Avant que je ne te tue, tu me payeras mon cheval ! s’écrie le soldat exaspéré en saisissant Éloi à la gorge.

Mais Éloi, fou de désespoir, le couteau sanglant à la main, le dirige déjà contre sa poitrine, lorsqu’un bras puissant l’arrête soudain.

  •  — Que faites-vous, maître ? s’écrie l’apprenti qui revenait de la rivière, arrachant le couteau des mains d’Éloi et le jetant au loin.
  •  — Eh ! ne vois-tu pas mon malheur ? s’écrie Éloi en montrant du doigt et le pauvre cheval estropié et le soldat furieux, le sabre levé sur lui.
  •  — Ce n’est rien, mon maître, dans un moment tout sera réparé... Ne vous fâchez pas, monsieur le soldat, votre cheval n’en sera tout à l’heure que plus fringant.

Il y avait dans le ton du jeune homme une si ferme confiance et une telle autorité que le soldat baissa son sabre et qu’Éloi, un peu rassuré, put regarder faire son apprenti.

Le jeune homme court ramasser le pied du cheval, l’applique à la plaie sanglante et la frotte un peu du plat de la main.