Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Les Legs de Marc-Antoine

De
248 pages

Ami c’est fait, je pars et, sans retour, demain ;
Demain loin de Paris je cherche un gagne-pain.
Je suis las à la fin de ce train de bohème
Qui me fait de la vie un éternel carême,
Et sous ombre de bruit et de chance à venir
De vent jusqu’à ce jour n’a su que me nourrir.
Puisque Paris n’a pas pour un pauvre poète
De besogne avouable et de métier honnête,
— Et dise qui voudra que j’ai le cœur trop fier —
Puisque aujourd’hui je suis moins avancé qu’hier
Et que demain plus sombre est là qui me menace ;
Puisque au soleil enfin je ne trouve pas place,
Adieu, je vais chercher aventure plus loin.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Antoine Campaux

Les Legs de Marc-Antoine

A * * *

Pour quelque mer lointaine en tempêtes féconde
Lorsque le vieux pêcheur appareil pensif,
Il repasse en esprit tous les hasards de l’onde,
Et le noir coup de vent et le traître récif ;

 

Et pour garder de mal sa barque vagabonde,
A la poupe il suspend, divin préservatif,
Quelque image sacrée, et plein de foi profonde
A l’abîme remet ses jours et son esquif.

 

Ainsi, pour assurer les destins de ce livre,
Pour qu’il puisse à cette heure, avec mon nom, survivre
Et doubler triomphant l’affreux cap de l’oubli,

 

Sous ta garde, doux astre, ô cher nom qui m’enivre,
Au public orageux hardiment je le livre
Et risque aux flots ma nef sous ton suave abri.

 

 

1er Mai 1864.

AU LECTEUR

Un écolier du XVme siècle, François Villon, a fait de la forme des Legs l’emploi le plus original. Il a en effet trouvé moyen d’y faire entrer avec sa vie, fort aventureuse comme chacun sait, tout un côté de celle de son temps, qui y revit avec une vivacité de couleurs égale à celle des vitraux des cathédrales de la même époque.

Cette forme, si populaire au temps de l’écolier des derniers jours du moyen âge, valait-elle la peine, après trois siècles d’oubli, d’être tirée de la poussière où elle dormait, pour fournir de nouveau le cadre d’un poème ? C’est au public à en décider. Toujours est-il que l’auteur a cru piquant et à propos de l’appliquer, avec la franchise de style et la variété de ton qu’elle comporte, à la revue des doctrines et des œuvres littéraires ainsi que des mœurs de son époque.

Outre la conformité générale de ce cadre, les dévots du vieux poète en remarqueront une autre, celle de l’ordonnance. La première partie des Legs reproduit en effet, sauf certaines libertés particulières au XVme siècle et à Villon, quelque chose des fantaisies et des malices du Petit Testament, comme la seconde partie, plus particulièrement lyrique et élégiaque, rappelle les effusions et les mélancolies du Grand.

Ai-je besoin de faire remarquer que tous ces legs sont de dates fort diverses et correspondent chacun, comme autant de chœurs légers ou sérieux, aux plus vives expériences de la jeunesse, ainsi qu’aux courants d’idées les plus marquants de ces quinze dernières années, dont plusieurs sont comme le contre-coup et l’écho et apportent ainsi leur témoignage à l’Histoire de nos jours.

Si d’ailleurs ce poème avait une originalité, indépendamment de celle du cadre et du rhythme qui, à fort peu d’exceptions près, a l’avantage de reposer le lecteur de l’alexandrin, ce serait d’être, même aux endroits où le ton peut paraître le plus familier, dans la première partie par exemple, une des plus franches protestations de ce temps en faveur d’idées beaucoup trop sacrifiées de nos jours, où l’esprit humain, emporté à la recherche de ses destinées nouvelles, semble impatient de jeter à toutes les bornes du chemin, comme s’il devait en être plus léger, tout ce qui a fait jusqu’ici la meilleure partie de son patrimoine.

A qui trouverait ces paroles bien solennelles, on pourrait répondre que l’heure actuelle ne l’est pas moins, et qu’il faut être bien aveugle ou bien léger pour ne pas voir qu’il y a longtemps que l’Humanité n’a traversé une crise pareille à celle qu’elle traverse en ce moment, et qu’elle court à une transformation. Quand en effet a-t-elle paru jamais plus travaillée ? Je doute que le XVIme siècle, ce grand coureur d’idées et d’aventures, l’ait été plus et peut-être même autant. Il semble, dans cet effrayant va-et-vient de choses qui s’en vont et de choses qui arrivent, que les destinées du monde soient à l’étude. Que va-t-il faire ? Avancer, ou reculer, ou rester immobile ? Et pour comble, cette étude est entre les mains des passions les plus irréconciliables.

Dans l’ordre politique la guerre est partout, ou de sa personne, ou de son ombre encore plus menaçante,

Horribili super aspectu mortalibus instans ; et le monde d’un pôle à l’autre semble une collection de poudrières qu’elle fait tour à tour sauter. Ce n’est encore rien auprès de la mêlée des idées, mêlée d’autant plus acharnée qu’on n’y rencontre guères d’autres soldats et surtout d’autres généraux que les furieux et les étourdis de tous les partis. Le Passé et le Présent se sont plus que jamais pris corps à corps, résolus à ne lâcher prise que lorsque l’un des deux sera resté sur le carreau. Si d’un côté on nie l’autorité et le divin avec toutes les choses sacrées qu’ils représentent, de l’autre on ne maudit pas avec moins d’emportement les libertés les plus inviolables de l’esprit humain. Certes je ne suis pas de ceux qui désespèrent, le désespoir m’ayant toujours paru une des plus grandes impiétés ; j’aime à croire au contraire que la lumière et l’ordre finiront par se dégager avec la paix de ce chaos ténébreux ; et je me persuade que la conscience de plus en plus complète d’elle-même, cette grande chose, à laquelle marche de jour en jour l’Humanité et dont les magnifiques découvertes de la science moderne sont, il n’en faut pas douter, les instruments providentiels, est une conquête faite pour dédommager de tout ce qu’elle aura coûté. Mais, en attendant, on pense si, au milieu d’une lutte aussi furieuse, la justice, la morale et la Religion, qui en est la source la plus haute, et avec elles le goût et le sens commun, reçoivent des blessures. Ils en sont criblés, exposés qu’ils sont au feu de tous les camps ; et, pour peu que cela continue, ils risquent fort de rester sur le champ de bataille.

Ce sont ces blessés, foulés aux pieds des combattants, que j’ai essayé de relever et de panser pieusement dans ce poème. Ce n’est pas, je le sais, un rôle populaire, mais c’est peut-être une raison pour qu’il ne soit pas moins beau.

S’il arrivait maintenant qu’on reprochât à l’auteur l’alliance de deux inspirations aussi contradictoires en apparence que l’inspiration satirique et que l’inspiration lyrique, il répondrait que rien ne caractérise davantage l’esprit français, dont il serait jaloux d’être à son tour et dans sa mesure un interprète sincère, ni ne représente mieux sa tradition, qui de tout temps a consisté précisément dans la rencontre du sentiment de l’idéal avec celui de la réalité ; sentiments dont l’union seule exprime l’âme toute entière.

Il pourrait ajouter qu’il est des impertinences, à prendre ce mot dans sa vieille et française acception, dont le ridicule seul peut avoir raison, outre qu’elles ne méritent pas autre chose, et que l’arme en ce cas, si commune qu’elle puisse paraitre, emprunte son prix et sa dignité de l’excellence de la cause au service de laquelle elle est mise.

D’ailleurs, à part quelques endroits assez rares où ce qu’il attaquait lui a paru dépasser la mesure et l’a peut-être lui-même entraîné plus loin qu’il n’aurait voulu, l’auteur n’a guères emporté la pièce. Il s’est contenté, en général, de chatouiller légèrement du bout de sa baguette l’épaule de ceux qu’il fait défiler tour à tour dans ses galeries.

Il ne pouvait pas faire autrement après tout avec des hommes dont la plupart ont un véritable talent, et dont la France, à plus d’un égard, a droit d’être fière. De plus, comme on le verra, sans même parler de la seconde partie complétement inoffensive, ou à peu près, tout n’est pas satire, même dans la première ; et bien qu’avec plus d’une réserve — la louange n’a de prix qu’à cette condition — l’éloge s’y rencontre plus d’une fois.

Il y a même une partie de pur badinage et de fantaisie destinée à délasser le lecteur ; ainsi entre autres, le legs à Teutonic et le Cheveu d’or. Si l’auteur avait pu penser en effet qu’il fût possible de voir dans ces legs, et dans quelques autres où il lutine, à la façon d’Horace, des écrivains dont les défauts ne lui cachent pas le mérite. autre chose qu’une malice innocente faite pour donner même plus de prix à l’éloge, il aurait préféré les biffer de la première à la dernière ligne.

Maintenant, et c’est par là que nous terminons, on pourra se faire une idée de l’esprit véritable de ce poème, en songeant que le rêve de l’auteur serait d’y avoir marié à l’esprit immortel de la vieille France celui de la nouvelle, en d’autres termes, la Tradition et le Progrès, ces deux éléments essentiels de toute civilisation complète, quoiqu’en puissent dire les partisans exclusifs et également intolérants de l’un et de l’autre qui ne se disputent le monde, les uns que pour l’immobiliser, les autres que pour le briser aux écueils. La vraie civilisation, en effet, s’est toujours trouvée aussi mal de la guerre d’extermination de l’esprit ancien contre l’esprit nouveau que de celle de l’esprit nouveau contre l’esprit ancien ; et leur alliance seule l’exprime toute entière : Pourquoi ? Parce qu’elle donne la moyenne de l’esprit humain qui ne trouve que là son équilibre et son niveau. La mère qui, par ses instincts de conservation, représente le Passé dans la famille, ne vit-elle pas à côté de l’époux, ou du père qui représente le Présent avec ses acquisitions, et de l’enfant qui symbolise l’Avenir ou le Progrès avec leurs aspirations et leurs élans ? Pourquoi la conciliation de ces trois faces du temps, avec leur triple esprit, qui fait le bonheur et la dignité de la famille particulière, là où n’y règne pas la tyrannie, serait-elle impossible dans la grande famille qu’on appelle la Société ? C’est pourtant la seule chose qui permette aux hommes, dans l’immense diversité d’opinions qui les partage, de vivre en paix à côté les uns des autres, ce qui est le but suprême de la Politique, et de résoudre leurs différends autrement que par l’outrage et la persécution, sans compter qu’elle a toujours été le caractère et l’honneur des grands siècles.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin