Les Maires de Bonaparte et le gouvernement personnel, par l'abbé Le Meur...

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impr. de J. Haslé (Morlaix). 1870. In-4° , 12 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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LES MAIRES
DE BONAPARTE
ET
Le Gouvernement Personnel
PAR
L'ABBÉ LE MEUR
PRIX : 23 CENTIMES
MORLAIX
TYPOGRAPHIE DE J. HASLÉ, RUE D'AIGUILLON, 8.
— 1870 —
EN VENTE A LA LIBRAIRIE DE Jules HASLÉ
Par l'Abbé LE MEUR
ÉDITION POPULAIRE. — PRIX 20 CENTIMES
(25 centimes par la poste)
POUR PARAITRE PROCHAINEMENT :
DU MÊME AUTEUR
CE QUE DOIT ÊTRE
OU LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE EST UNE VÉRITÉ
— PRIX 25 CENTIMES —
LES MAIRES DE BONAPARTE
ET
LE GOUVERNEMENT PERSONNEL
La situation de la France est navrante , désespérée même :
Un budjet énorme de deux milliards cinq cent millions poursuivant sa course ascendante
vers le troisième milliard; l'emprunt périodique devenu la loi normale de notre régime fi-
nancier; le capital de notre dette consolidée atteignant douze milliards, et celui de notre
dette flottante, un milliard, c'est-à-dire la banqueroute en perspective; les épargnes péni-
blement amassées par les familles s'absorbant, en France, dans des travaux stériles, ou tra-
versant nos frontières pour aller commanditer à l'Etranger les affaires les plus ruineuses, les
spéculations les plus échevelées.
D'un côté des coulissiers et d'insatiables croupiers deveuus trente fois millionnaires par
la simple obtention d'une auguste signature ; de l'autre, la petite propriété, le petit com-
merce, la petite industrie tendant à disparaître devant la reconstitution d'une nouvelle
féodalité mille fois plus rapace que celle de l'ancien temps. Ici des fortunes colossales
s'élevant à rencontre de toute justice et en dehors de la grande et austère loi du travail.
Plus loin des centaines de milliers de familles ouvrières se débattant sous les coups d'une
misère de plus en plus intense, et cela, à côté du spectacle du luxe le plus effréné, donné
par les favoris du maître, dont plusieurs reçoivent des traitements de 3 à 400,000 francs
par an. Enfin, partout un fonctionnarisme centralisateur, et, par conséquent destructeur de
toute initiative, de toute capacité, de toute indépendance.
Je ne parlerai pas du système des armées permanentes, ce minotaure qui nous mine et
nous ronge lentement, en attendant qu'il lui soit donné de porter chez les nations voisines
NOTA
Il est de toute certitude que les bénéficiaires et les complices du gouvernement déchu ne
laisseront pas passer aucune occasion de regagner leur ancien prestige, et de ressaisir le pouvoir
que les évènements viennent heureusement d'arracher à leur incapacité et à leur impéritie. L'on
doit donc s'attendre, de leur part, à un retour offensif contre le nouvel état de choses inauguré
en France. Oui ! sous une forme ou sous une autre, la réaction bonapartiste voudra arriver à
instaurer de nouveau le pouvoir personnel et par suite à nous ramener les errements de ce
honteux passé que nous liquidons en ce moment au prix de tant de sang, de larmes, de honte,
de ruines et de désastres de tout genre. Aussi est-ce bien dans le but de démonétiser de tels
hommes que je livre à la publicité ce travail composé, il y a trois mois, à seule fin de pré-
parer nos dernières élections municipales. J'ai tenu à conserver à ma brochure sa forme
première, par la raison que je la crois propre à initier le lecteur à la connaissance de tous les
inconvénients et de tous les dangers inhérents au gouvernement personnel ou despotique.
la dévastation et la ruine. (1) Je passe également sous silence la conscription, ce cruel impôt
du sang, cette institution inhumaine qui enlève à la production nationale nos jeunes gens les
plus valides et nous les rend usés, vieillis, amoindris dans leur intelligence et quelquefois
cariés jusque dans leurs os (2).
Quant à nos franchises vous savez ce qu'elles sont toutes devenues.
La liberté de la presse ne succombe-t-elle pas sous le fardeau des condamnations judi-
ciaires émanant d'une magistrature servile et vénale?
Ceux qui fréquentent les réunions publiques ne sont-ils pas traqués comme des bêtes
fauves? et la liberté des individus, leur honneur, leur fortune, leur domicile même, tout
cela n'est-il pas livré comme une proie aux agissements arbitraires d'une police corrompue
et vénale?
Si notre situation, à l'intérieur, est aussi déplorable, notre prestige au dehors, a-t-il au
moins grandi? —Non, puisqu'en cas de conflagration européenne nous ne pourrions pas
compter sur l'appui d'une seule puissance.
Tous ces maux dont la France n'effacera de longtemps la trace, quelle en est donc la cause?
— Le gouvernement personnel. On appelle ainsi un régime politique où un seul homme arrive,
et cela impunément, à confisquer les droits, à étouffer les libertés et à contrarier les plus légi-
times aspirations de tout un peuple.
Inutile d'ajouter que c'est ce régime même que nous subissons eu France depuis dix-huit ans.
Oui, Napoléon III a été tout et il a pu tout pour la raison bien simple qu'aucune résistance n'est
venue, n'a pu venir gêner le moindre de ses caprices.
Tout le monde sait que l'empereur nomme les sénateurs, les miuistres, ainsi que les nombreux
fonctionnaires qui mangent au ratelier de l'Etat. Il va sans dire que s'il nommait également ou
faisait nommer la majorité de nos assemblées déliberantes à tous les degrés de l'échelle politique
— corps législatifs, conseils généraux, conseils municipaux, — Si cela était, dis-je, il aurait entre
les mains toutes les forces vives de la France ; il disposerait en souverain maître de tous nos in-
térêts; son caprice deviendrait la loi suprême du pays.
Eh hien, c'est là précisement ce qui a lieu ! Et tout d'abord il est une chose parfaitement avé-
rée, c'est que le suffrage universel a fait passer la puissance politique dans nos campagnes. Par
la loi du nombre, les paysans sont devenus les arbitres souverains de nos destinées. Ceux qui,
par conséquent, réussiront à diriger leur vote seront tout par là même, et pourront tout eu
France. Or, personne n'ignore qu'envahies par l'ignorance ou aveuglées par la peur, nos popu-
lations rurales marchent, depuis dix-huit ans, sous la houlette des maires et se laissent conduire
au scrutin comme de vils troupeaux. Nos campagnards sont si timides, ils sont par leurs occupa-
tions mêmes, tellement tenus en dehors des grands courants de la vie politique, qu'ils n'arrivent
que difficilement à comprendre que la direction imprimée aux intérêts généraux du pays, finit
toujours par avoir les plus douloureux retentissements jusque dans leurs affaires privées ou de
familles. De là un stupide indiiférentisme politique qui, joint à une incurable obséquosité a
l'égard du pouvoir est devenu une véritable calamité pubique. Pour le dépositaire de l'autorité
rien de plus facile en effet que d'entraîner les habitants des campagnes aux plus grossières sé-
ductions comme aux plus folles terreurs. Tous les moyens d'intimidation dont on rit dans les
(1) Je rapelle au lecteur que ceci a été écrit quelques semaines avant lu délaration de la guerre.
(2) Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici le nom des deputés livrions, ayant votés pour on contre la nouvelle loi
militaire qui imposes à nos soldais neuf ans de service et qui en comprenant, la garde mobile, mettait une armée de
1.100,000 hommes à la simple dévotion d'un seul nomme, l'Empereur.
Ont voté pour : MM de La Tour, Le Gorrec, de Champagny (Côtes-du-Nord), du Coëdic, Conseil, Dein, Boisviel
(Finistère), de Pire , de Dalmas, de La Guistière, Caffarelli (Ille-et-Villaine), Joseph Sfmon , Fleury (Loire-Inférieure),
Kereado, de La Haichois, de Champagny (Morbihan).
Ont voté, contre : MM. Glais-Bizoin, de Janzé, Lanjuinais.

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