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Les Mômes

De
132 pages

Le nom et le prénom de Salih Ben Hum lui causent de nombreux tracas identitaires. Ses camarades de classe musulmans, chrétiens et juifs ainsi que le professeur Sorbonnet, en profitent pour le tourner au ridicule.

Traumatisé, le petit enfant trouve que son malheur est bien moins grave que les souffrances dont sont victimes ses semblables de par le monde, les mômes.

Aussi, par un concours de circonstances surnaturelles, l'enfant va faire un voyage dans l'autre monde. Il y rencontrera des enfants disparus et se liera d'amitié avec eux.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-76350-1

 

© Edilivre, 2014

Dédicace

 

 

A la mémoire de tous les enfants, victimes de la folie meurtrière des adultes !

Définition d’espèce

L’apparition des Adultes sur Terre s’est produite dans le chaos, à la suite d’un dérèglement majeur du système neurobiochimique des géniteurs de la communauté. Très proche du dauphin à son stade embryonnaire, puis du singe sans queue à la veille de son adolescence, l’Adulte se distingue nettement de ces deux créatures animales lorsqu’il entame son âge d’or phallocratique !

Paléontologues et généticiens nous apprennent que l’espèce adulte provient directement des hominidés, ces primates auxquels les scientifiques ont donné des noms aussi compliqués que pithécanthropes ou anthropopithèques. La plus significative des caractéristiques de l’adulte, c’est que son espèce ne regroupe que les hommes, qui se surnomment les mâles.

A l’inverse, les Mômes forment une catégorie à part. C’est l’ensemble très-très vaste de celles et ceux que le sens commun désigne sous le terme générique d’enfants et que les congénères adultes appellent gamins, brahech1, garnements, gosses, slaguett2, rejetons, bambins… etc.

Quant à la mystérieuse créature dénommée Femme qui est par ailleurs la véritable fondatrice de l’ordre des mammifères, les savants n’arrivent toujours pas à la définir, par manque d’indices. C’est pourquoi, elle échappe à toute classification de genre, dans la science adulte.

Il faut souligner un autre trait caractéristique de l’adulte, récemment découvert grâce à l’étude des faits historiques que confirment les statistiques et la sociologie rénovée. Suivant ces disciplines du savoir sur l’être, les Adultes ont développé une faculté toute particulière qui les distingue de toutes les autres espèces : ils sèment la panique, tirent et font mouche sur tout ce qui bouge ! Leur cible préférée, c’est les perdreaux, les hirondelles et les mômes ! Parce que les mômes, les hirondelles et les perdreaux ont tout le temps la tête tournée vers les étoiles. Eprises du grand mystère, la curiosité de ces créatures volantes les expose dangereusement aux frappes adultes. Et ce, malgré les conseils répétés des mamans.

Pourquoi tant de perfidie, tant de haine de la part des adultes ? Selon les recherches les plus avancées des experts et surtout des spécialistes du génome, c’est une anomalie chromosomique fonctionnelle qui est à l’origine de cette duplicité. En effet, s’ils prennent plaisir à exterminer les hirondelles, les perdreaux et les mômes, c’est parce que les adultes sont atteints d’une terrible anomalie génétique : la guerriphilie, due à la forte oxydation de leur identité. Le gène qui fonde leur raison d’êtreadulte, affirment les savants, comporte deux bâtonnets guerriphiles G-G au lieu du bâtonnet guerriphobe anti-G et du bâtonnet paisiblion-P. D’où la propension caractérielle à l’extermination de l’autre qui rend les adultes enragés durant toute leur vie et n’en fait finalement que des criminels dont le seul mérite est qu’ils soient cloués sans pitié à la chaise électromagnétique !

Toujours est-il qu’en attendant le jour du jugement dernier, les adultes, même quand ils sont abîmés, se prévalent impunément de leur fameuse virilité stupide, sur laquelle ils fondent leur Identité. C’est ainsi qu’en s’auto qualifiant procréateurs, ils imposent aux femmes d’être inséminées, sans ménagement, là où ils veulent, quand ils veulent, à quelques exceptions historiques près. Suite à ces agressions récurrentes, les femmes doivent porter les mômes durant neuf mois, parfois sept, avant que les adultes ne les lynchent à un moment ou à un autre de leur croissance. On aurait pu imaginer à la suite de tant de sacrifices, tant de privations de la part de ces admirables malheureuses, rarement satisfaites du sort qui leur est réservé, un monde qui ne soit rempli que de bébés radieux ! Mais l’incurable mal adulte a faussé toutes les espérances, même celle de découvrir un jour le vaccin contre leur funeste oxydation identitaire !

L’identité ! Quel sacré dilemme pour nous autres mômes face à ce prêche inviolable de la loi adulte !

Saletés linguistiques

Déjà à l’école, on a à faire, nous les mômes, à ce problème épineux. A cause des prénoms et des noms de famille que les adultes nous collent dès la naissance ! Comme vous le savez, nous sommes des enfants africains, australiens et européens, asiatiques, polaires ou américains ; des bambins musulmans, hébreux, bouddhiques et chrétiens ; arabes, gaulois ou grecs, chinois et germaniques, amazighs ou esquimaux… bref, des mômes noirs, blancs, bruns, jaunes, rouges, bleus et verts. Et comme vous le savez aussi, nous ne faisons tous que nous insulter et nous battre, à cause de ces farfelues identités que nous imposent les Adultes ! Les démons ! Ils ont marqué notre petit monde au fer rouge de leur grand monde débile. Leur monde adulte, déloyal, horripilent et crasseux !

Finalement, on est isolé nous, les mômes. On n’a pas de repères aujourd’hui dans cet univers, l’univers des adultes ! Ou plutôt on en a ! Mais des faux ! Des repères trafiqués, nationalisés, étatisés, communautarisé, assimilés, intégrés ! Nous n’avons donc pas de lendemain ici-bas. Enfin, je crois !

Permettez-moi de me présenter ! Je m’appelle Salih Ben Hum ! Au fait, nous trois : mon prénom, mon nom de famille et moi-même, on a toujours été victimes de la linguistique adulte. Jugez par vous-mêmes ! Si en arabe, mon prénom Salih s’écrit et se lit /sa li h/3 en appuyant fort sur le /h/ final aspiré, en français inversement, même si mon prénom s’écrit comme tel, le /h/ final étant avalé, on ne l’entend à la prononciation que /sa li/. Et en toute évidence, sali est bel et bien le synonyme de malpropre, de crasseux ! Vous comprenez qu’avec un tel prénom, je suis resté rarement tranquille avec les copains de classe et les profs, en majorité des Adultes. A l’exception des maîtresses, fort heureusement ! Tenez-vous bien ! Feu mon père, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, m’avait collé ce prénom parce que dans notre langue, l’arabe, Salih a pour sens littéral l’immaculé ! Comme l’immaculée conception ! Salih ! Le summum de la propreté morale ! Hé ! Oui, les langages adultes ! Quelle souillure ! Quel cynisme ! Livrer un petit môme à deux antinomies universelles, pour une histoire de phonétique ! C’est pas du chocolat, je vous assure !

« – Salih ! Ton cahier, bougre d’âne ! » Attention ! Là, notre prof de français, monsieur Sorbonnet, m’apostrophe en plein cours ! Que faire ? Rendre le cahier, l’ouvrir, le ramasser ou le salir ?

Mais le comble de l’ironie, ce fut le jour de la leçon de philo quand il me désigna pour préparer un exposé sur l’existentialisme !

« – Salih ! Les Mains Sales de Jean Paul Sartre ! » S’écria-t-il d’une traite, sans pause, l’œil malicieux, en me pointant du doigt.

C’est vrai, il nous avait fait quelques exercices de théâtralité vocale, en nous faisant répéter des mots et des phrases de mille manières. Imaginez donc la tempête soulevée par la sentence meurtrière du Maître ! Quelle honte ! Que je salisse les mains sales de monsieur Jean Paul Sartre, et partant celles de toute la filière existentialiste ! Ah ! Fatale homonymie !

Quant au langage de l’Oncle Sam, facile à deviner ! On le sait, Sally est un personnage célèbre chez les AmérloquesSally Field, Sally Men, Sally Mare ! Aussi et bien que je sois rangé par l’état civil de chez-nous dans le fichier masculin, mes petits camarades de classe, eux, me répertoriaient dans le fichier féminin. « Hé ! Sally ! Ça va poupée ? Qu’est-ce que tu fais ce soir, mignonne ? » Pas la peine de vous faire un croquis, là ! Vous devinez qui c’est qui peut avoir le culot de prononcer de telles stupidités ! Hé, oui ! La télé des Adultes, les films machos à la con !

Mais avec les filles, c’était moins dur qu’avec les garçons. Ceux-ci étant formatés par les Adultes à leur image, pour n’être rien moins que des répliques d’adulte mâléfiques. Avec les filles disais-je, c’était différent, c’était même très amusant ! Je m’en rappellerai toute ma vie. « Sally ! Tu t’amènes, oui ou merde ! » M’ordonnaient Faty, Mireille, Zohra et Josiane. Ça ne me dérangeait pas d’être leur copine, les petits chaperons rouges ! Au contraire, ça me consolait. N’étais-je pas un loup en puissance ? Je participais volontiers à leur manège qui par ailleurs se métamorphosait très vite en tanière aux petites louves !

Je ne retrouvais ma tranquillité qu’en cours d’Arabe ! Et encore ! Avec l’autre bizarrerie qu’était mon nom de famille, Ben Hum, je n’étais que le sale petit cousin des Ben Hur et compagnie !

« – Lâche le ballon, chale arabe ! Tu me bouchcules ! »4 Ça, ça sortait des lèvres chéchayantes de mes jeunes compatriotes juifs du Lycée Maimonide de Casablanca, pendant les matchs éliminatoires interscolaires qui opposaient leur équipe à la nôtre.

« – Shimon et Rachelle chont en train de ch’embracher ! Qu’est-che qu’en penche monchieur Ben Hum ?

– Rien ! Le chale petit juif déguisé ! »5

Ça par contre, ça sortait de la bouche de mes coéquipiers, mes jeunes frères musulmans du Lycée Al Khawarizmi qui se moquaient de leurs petits cousins hébraïques, en parodiant à volonté leur chéchayement !

Vous comprenez ! Tous les chagrins, toutes les hontes à endurer à cause de ces stupides torsions et déclinaisons qu’on devait subir, mes fragments identitaires et moi. C’est vrai, il y eut des duels, des bagarres. Et le sang qui giclait de nos pifs entachait nos tabliers. J’en recevais tout particulièrement un double châtiment, à l’école et à la maison !

Ah ! Dieu, tout puissant ! Que faire ? Par quel moyen effacer à jamais ces cruelles injustices multilinguistiques adultes ? Comment échapper aux sarcasmes des copains de classe et à l’arrogance humiliante des maîtres ?

Identification vibratoire

Comme tous les mômes des temps disjonctés, j’aimais feuilleter les magazines et les journaux, lire les parchemins dont raffolaient nos aïeuls. J’ai toujours été frappé par ces histoires d’invasions, de nettoyages ethniques, de tortures et de liquidations dont je comprenais à peine les tenants et les aboutissants. Mes lectures gauches, droites ou centrées me faisaient vivre des moments très douloureux. Imaginez-vous la souffrance atroce de nos petits semblables de par le monde ? Tous ces garçons, toutes ces fillettes violés, égorgés ou fauchés par les adultes et leurs armes meurtrières ! Ces corps frêles, déchiquetés sans pitié par les Tomahawks et les bombes à fragmentation majeures. Nos petites sœurs, les Maou’oudates6 du temps de l’Arabie barbare ! Nos petits copains peaux-rouges d’Amérique, décimés par les visages pâles ! Nos petits frères black, kidnappés en Afrique, fouettés ou pendus par les déments cagoulés du Ku-Klux-Klan ! Nos petits cousins juifs, ravagés à Auschwitz par le virus exterminateur nazi ! Nos petits frères palestiniens décimés par les Armées contaminées par ce même virus, toujours tapis dans les méninges des hominidés adultes d’aujourd’hui ! Comme ceux du Vietnam, jadis, du Nigeria, de l’Afrique du Sud, de Bosnie, de Kerbela, de Bagdad, de Tchétchénie, du Kosovo, du Bronx, de Kandahar, de Jénine, de Ramallah ou de Gaza, de Bagdad, d’Alep ou de Damas aujourd’hui encore. Les grandes peines de ces innombrables p’tites copines et copains, injustement martyrisés par les déments adultes, vinrent s’ajouter aux miennes bien que mes peines à moi me parurent plus tard bien plus légères !

Ce soir-là donc, étendu sur mon lit, je revoyais ces illustrations barbares de la ténébreuse humanité adulte. J’étouffais mes sanglots, mélangés aux cris poignants des mamans qui disaient adieu à leurs bébés, jetés en vrac dans les fosses communes ou gazéifiés à l’arme chimique ou à l’arme blanche des fanatiques !

Je finis par m’endormir éveillé ! C’était le printemps ! Juste aux vacances de Pâques. Une brise m’assaillit. Je frissonnais. « Mon Dieu, je suis habité ! » pensais-je. Je tirais les draps sur moi, histoire de me protéger ! En vain ! Je fus soulevé, convoyé et projeté dans la nuit de l’espace-temps infini. D’habitude, je crie quand je fais un cauchemar. Cette fois-ci, je n’ai pas crié du tout ! Pourtant, je suffoquais, je tremblais et surtout, j’avais conscience de ma solitude dans le néant où je fus jeté ! Une glèbe, un champ immense tout recouvert de cendres noires, à perte de vue ! Je fuyais. J’avais très peur.

Soudain, des créatures innombrables jaillirent de partout. Des entrailles de la roche calcinée et des courbures du ciel ensanglanté ! Ce fut un éclat éblouissant, des rayonnements du spectre dans sa totalité dont je n’avais jamais imaginé l’existence ! Même dans les rêves où il nous est permis en principe de visualiser les rayonnements ultraviolets ou les rayons X. Ma course effrénée fut stoppée, net ! Et je n’avais plus peur.

– Je… je vous reconnais ! Balbutiai-je. Heu… Vous êtes celles et ceux que les Adultes ont fait disparaître jadis, hier encore et aujourd’hui !

J’en avais la certitude ! Ils étaient tous là devant moi, les enfants blacks, blancs, bruns, jaunes, bleus, rouges, blonds, verts et mauves !

– Bonsoir ! Repris-je. Moi, je m’appelle Salih, heu… Salih avec le /h/ final prononcé, pas muet comme disent les français ! Salih Ben Hum ! S’il vous plaît ! Ok ? Et vous ? C’est qui ?

Hiii… Huuu… Hooommm… Ghrrraoh…

« Oh, lala… ! Ils ne comprennent pas le français ! Pensais-je. Essayons l’arabe ! » Me dis-je.

images3

Fuuuiii… Khaaa… Ghghgh… Rrrrrooouuuiiaaa.

« Ouahou ! Là encore, même en arabe ils n’ont rien pigé apparemment ! » Dus-je reconnaître.

En fait, je me trompais parce que même si je ne peux pas affirmer aujourd’hui à cent pour cent que la transcription phonétique que je vous fais ici (en réponse à ma question) était la meilleure, je vous assure que j’avais compris instantanément leur message ! Par je ne sais quel type de vibrations qui allèrent droit à mes entrailles. Ils m’avaient souhaité en quelque sorte d’être le bienvenu dans leur Umma7, leur communauté, si vous voulez. Je remarquais aussi, au fur et à mesure de nos échanges que je qualifierais volontiers de vibratoires, qu’ils captaient mes images mentales, mes sentiments et mes émotions d’une manière tout aussi instantanée. Par exemple, je bougeais mes mains vers le haut, ils se rapprochaient ! Vers le bas, ils s’éloignaient ! Quand je remuais mes lèvres, des fois ils riaient, d’autres fois ils grognaient. « … Hum ! Ça doit être le protocole de l’identification, dans ces contrées lointaines ! » Me dis-je.

Radieuses, les filles s’étaient parées de bijoux merveilleux. Elles portaient des bagues et des colliers ensorcelants, des boucles d’oreilles étincelantes. Instinctivement, je captais les signaux qu’elles émettaient et devinais la puissance magique qui émanait de leur corps et de leur esprit, à travers le champ concave qui les enveloppait.

Les garçons étaient splendides aussi. Ils portaient des tuniques faites de lumières éclatantes, aux couleurs indescriptibles. Mais dans l’échange et la communication, ils se distinguaient des filles en propageant leurs messages à travers leur champ convexe, inversement à celui de leurs compagnes.

Tout cela me rappela vaguement l’excitation et les couleurs de nos grandes fêtes musicales et nuptiales sur terre mais rien à voir !

Une fois les présentations d’usage terminées, ils me prirent par la main et le plus naturellement du...