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Les Neiges d'antan

De
130 pages

J’AI rêvé pour toi ces notes funèbres,
Étoile d’hier, feu capricieux,
Dernière clarté de mes tristes cieux,
Avant l’éternel retour des ténèbres.

Pendant que l’amour rongeait mes vertèbres,
Tes rayons méchants ont brûlé mes yeux,
Mais je ne veux pas, aveugle orgueilleux,
Échouer au banc des ingrats célèbres.

J’osai croire en toi qui m’as châtié.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Léonce de Larmandie

Les Neiges d'antan

Pour paraître prochainement :
LES ÉPAVES

Illustration

A mon cher Maître
ARMAND D’ARTOIS
et à mon Ami
MAURICE DE FOS
je dédie ces Neiges fondues.

L.L.

LES NEIGES D’ANTAN

A UNE ÉTOILE FILANTE

J’AI rêvé pour toi ces notes funèbres,
Étoile d’hier, feu capricieux,
Dernière clarté de mes tristes cieux,
Avant l’éternel retour des ténèbres.

 

Pendant que l’amour rongeait mes vertèbres,
Tes rayons méchants ont brûlé mes yeux,
Mais je ne veux pas, aveugle orgueilleux,
Échouer au banc des ingrats célèbres.

 

J’osai croire en toi qui m’as châtié.
Mérité-je bien pardon ou pitié,
Qu’importe ! un instant j’ai senti ta flamme,

 

Et je trouve encor mon destin très-beau,
Ta forme à jamais luira dans mon âme,
Ainsi qu’une lampe au fond d’un tombeau.

Octobre 1876.

LES PRÉSAGES

LE PRÉDESTINÉ

A P.G

COUCHÉ sur les vieux draps d’un berceau lamentable,
Vagissait un enfant, sans doute abandonné ;
Un lampion fumeux expirait sur la table,
Deux fantômes veillaient auprès du nouveau-né.

 

Fantômes lumineux mesurant vingt coudées,
Ils laissaient retomber, ainsi que des guerriers,
Leur ample chevelure et leur barbe, bordées
D’épais rameaux cueillis aux célestes lauriers.

 

L’un tenait un miroir dans ses doigts magnétiques ;
L’autre, sans me parler, et d’un geste hautain,
Me montrait, ébauchée en figures mystiques,
L’inflexible et rigide image du Destin.

 

Et je vis une route à l’horizon bornée
Par une haute cime en forme de clocher ;
Chaque borne de pierre espaçait une année ;
Un faible enfant au bas s’essayait à marcher.

 

Autour de ses cheveux, une rose auréole
Courait, léchant sa tête ainsi qu’un feu follet ;
Comme, au matin, l’abeille échappe à l’alvéole,
De sa bouche un accord limpide s’envolait.

 

Il allait lentement, avec ses jambes grêles,
Plus doux qu’un mendiant sublime qui se tait ;
D’innombrables passants, vulgaires sauterelles,
Coudoyaient en riant l’infirme qui chantait.

 

Et la mère elle-même, affreusement troublée,
Se demandait, au fond de son cœur anxieux :
« N’ai-je pas, quelque nuit, eu ma chair accouplée
A l’incarnation d’un transfuge des cieux ? »

 

Et d’un œil effaré conjurant l’anathème,
Elle se détournait pour cacher sa rougeur,
Honteuse, et ne voyant en cet avorton blême
Qu’un don maudit du sort ironique et vengeur.

 

D’autres enfants remplis d’une jalouse rage,
Riches, grands, beaux et forts, à l’aise en leurs pourpoints,
Sur le prédestiné déjà mûr pour l’outrage
Se ruaient, meurtrissant sa joue avec leurs poings.

 

Pourtant il avançait toujours. L’adolescence
Sur ses traits amaigris rayonnait à demi,
Soleil de février, timide et sans puissance,
Cherchant à ranimer le printemps endormi.

 

Et d’en haut, une aimable et jeune enchanteresse,
Plus pure que les yeux d’une apparition,
Goutte à goutte, faisait filtrer sur sa détresse
Un sourire voilé par la compassion.

 

Il se précipita comme un oiseau vers elle,
Et la sirène heureuse, impitoyablement,
Le saisit, et brûla son sein jusqu’à la moelle,
Dans le spasme mortel d’un long embrassement.

 

Alors, de tous côtés, accoururent des femmes,
Belles à triompher des plus fortes vertus,
Les seins larges et nus tout empourprés de flammes,
Les yeux d’une langueur ineffable battus.

 

L’aspect malade et fier du petit fils d’Orphée,
Plus cuisant que le fouet aux lanières d’airain,
Aiguillonnait sans fin leur colère échauffée
Par la tranquillité de son mépris serein.

 

Et lui, levant le front vers une haute palme
Épanouie au bord du ciel où l’aube naît,
De sa mourante voix, mélodieuse et calme,
Sans essuyer ses pleurs, chantait et pardonnait.

 

Comme un vaste océan de tristesse infinie,
Sur la plèbe d’en bas courant et frémissant,
Une mélancolique et divine harmonie
De son cœur déchiré coulait avec son sang.

 

Il touchait au sommet de la lugubre voie !...
Deux mains blanches, qu’ouvrait un monarque charmant
Tout resplendissant d’or, de velours et de soie,
Vers le déshérité se tendaient doucement.

 

Mais son immense amour, si longtemps solitaire,
A peine avait sur lui répandu ses baisers,
Que le bel inconstant le repoussait à terre,
La poitrine entr’ouverte et les membres brisés.

 

 — La chaleur brusquement s’éteignit dans mes veines, — 
Et je vis, arrachant mes regards du miroir,
Au lieu du nouveau-né promis aux longues peines,
Un vieillard étendu sur un suaire noir.

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