Les Palmiers, par Charles Castellan,...

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C. Gosselin (Paris). 1832. In-16, IV-177 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1832
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LIBRAIRIE DE CH. GOSSELM-,
RUE SAINT-tiKïlMAIN-DES-'VRKS, K° Q-
B CGC XXX».
LES PALMIERS,
PAR
CHARLES CASTELLAN,
CREOLE DE t'ÎLE DE FRANCE.
*E l'iMP&XMERIE SE CHAPELET,
rue de Vaugirard,' n° 9.
PAR
CRÉOLE DE L'ÎLE DE FRANCE.
_■//(.' happyyears ! once more who would not ùe a boy!
Bmcw.
Aimer, c'est là tout vivre.
SAINTE-BEUVE,
PARIS.
LIBRAIRIE DE CHARLES GOSSELIN,
HUE SAIHT-OERMAIN-DBS-PRÉS , N° g.
M nccc xxxn.
PREFACE.
quelques espérances pour l'avenir. Quand un
rêve m'arrivait au coeur, je le retraçais sur le
papier, simplement pour m'en souvenir, pour
ressaisir plus tard dans toute sa fraîcheur cette
fugitive impression d'un autre âge que la mé-
moire ne conserve que vaguement.
Un jour, pourtant, quelques amis cher-
chèrent à éveiller mon ambition : mon ambi-
tion fut muette ; mais je sentis pour la pre-
mière fois qu'il me serait bien doux, à moi,
jeune exilé, de donner aune famille tendrement
aimée un témoignage public de reconnais-
sance 5 de chanter tout haut cette créature
idéale que toute âme ardente et vierge s'est
plu à rêver, espérant que ma mère pleurerait
de joie en me lisant, et que la femme de mes
PREFACE. 11]
songes sourirait peut-être en se reconnaissant
dans mes portraits. Livrer ses premiers essais
à ses premiers compagnons, de loin jeter quel-
ques notes à l'écho de la rive natale, me sem-
bla même alors un devoir mystérieux, poé-
tique. Le désir devint puissant, j'y cédai, je
recueillis ces chants inachevés que je publie
aujourd'hui.
^ Dans ce petit livre, j'aurais voulu peindre
exclusivement mon pays avec son ciel qui rend
doucement triste, ses Palmiers toujours verts,
ses brises du soir qui délassent, ses ondes
claires qui rafraîchissent ; il y a là toute une
mine de poésie ," mine féconde , inépuisable ,
vierge encore malgré les suaves esquisses de
Bernardin de Saint - Pierre, et quelques in-
JV PRÉFACE.
complètes descriptions de voyageurs, oiseaux
de passage , qui, subissant la douce influence
du climat, se sont un instant reposés sur nos
montagnes pour chanter. Mais j'avais trop la
conscience de ma faiblesse pour tenter pareille
entreprise. J'en laisse aujourd'hui l'honneur à
d'autres, trop heureux pour ma part si dans
ces quelques vers jetés à la hâte, et sans am-
bitieuse pensée, mes regrets de patrie et mes
rêves d'amour peuvent faire oublier le poète.
Paris, octobre i832.
Mourir enfant! doux auge de la terre,
Qu'avait-il fait au ciel?
Pleurer de joie, et mêler sa prière
A l'encens de l'autel;
Prêter l'oreille à l'écho qui répète
La plainte d'un oiseau ;
De lis naissans ceindre sa jeune tête;
S'asseoir au bord de l'eau ;
Sur le gazon d'une fraîche prairie
Folâtrer et courir,
Jouer, sourire, aimer, voilà sa vie!
Et Dieu l'a fait mourir !
Au cimetière Montmartre, novembre I83I.
VERS MIS SUR Uîî ALBUM.
Son regard tendre enivre et charme ;
On le voit baigné d'une larme
Où rit l'Amour ;
De même une goutte de pluie
Sur une fleur épanouie
Avec le jour.
»• 8 «s
Quand avec grâce sur sa joue
Sa chevelure se dénoue
En longs anneaux ,
On dirait la douce baigneuse ,
Qui s'enfuit craintive et honteuse
Du sein des eaux.
De sa bouche fraîche et novice
Parfois s'échappe sans malice
Mot ingénu ;
A sa compagne, qu'il fait rire ,
Inquiète, elle semble dire :
« Pourquoi ris-tu? »
Tantôt sur son front elle pose
Un lis , et puis cueille une rose ,
La jette encor,
Comme un papillon qui voltige
»• 9 «=s
De fleur en fleur , de tige en tige ,
Et prend l'essor.
Tantôt rêveuse elle soupire ,
Quand son oeil incertain admire
Un ciel d'azur,
Ou suit, incliné sur la rive,
La feuille errante et fugitive
Sur le flot pur.
Vive ou triste , toujours sensible,
Son coeur est un abri paisible
Pour l'orphelin ;
Au pauvre implorant une aumône ,
Avec ses larmes elle donne
Un peu de pain.
Montmorency, décembre I83I.
»» 14 «s
Le soir tu contes , on se presse ;
Et si tu retrouves des pleurs
En disant un trait de jeunesse,
Tes enfans ont une caresse
Pour chacune de tes douleurs.
La nuit tu dors, et dans ta couche
Jamais en un songe agité,
D'un cri haletant et farouche
Tu ne demandes une bouche
Pour y mourir de volupté.
En déroulant la grande page
Où chacun voit inscrits des maux,
Tes lointains souvenirs d'orage
Arrivent affaiblis par l'âge
Comme le vent par les échos.
5» 15 «^
Quand la pudique jeune fille
Par loi se fait baiser au front,
Son oeil humide en vain scintille ;
Dans ton oeil nul feu ne pétille ,
Terne comme une onde sans fond.
Ton coeur, dans ta large poitrine,
Reste paisible et sans soupir ;
Au chant de sa voix argentine
Jamais ta tête qui s'incline
Ne sent bouillonner le désir.
Quand je mesure l'étendue
Entre le poète et les cieux,
Quand sous mes doigts ma lyre émue,
Rêvant une sphère inconnue ,
Jette un accord ambitieux,
B» 16 •«
Pour mouvoir la pierre immobile ,
Tu penches ton corps qui se rompt ;
Mais las d'un effort inutile,
Tu me demandes , l'oeil tranquille,
« Qui pèse plus , d'elle ou d'un nom?.
Hors des noirs ténèbres du doute ,
Ton pas enfin s'est élancé ;
Ces dangers que mon coeur redoute,
Tu les as franchis sur ta route :
Ton avenir, c'est le passé.
L'étoile dans la nuit obscure ,
Comme un flambeau sur un autel,
Est-ce un regard de vierge pure?
Le vent qui dans les fleurs murmure
Est-ce la voix d'un ange au ciel ?
s» 17 «=■
Le soleil, est-ce Dieu lui-même?
Homme ! après la mort, où vas-tu ?
Retrouve-t-on tout ce qu'on aime ?
Un pas encor! ce grand problème,
Vieillard, tu l'auras résolu !
Paris, janvier I83*J.
Plaisirs rians , douce espérance
Au temps de mon adolescence,
Présageaient le bonheur ,
Et ma jeunesse fuit expire,
Comme un dernier son d'une lyre.
Comme un rêve trompeur.
s» 22 «*
L'amour, comme une pâle automne,
Vient chaque jour à ma couronne
Enlever une fleur;
L'amitié, si tendre naguère,
Près de mon chevet solitaire
Craint d'attrister son coeur
Quand l'eau pure de la vallée
Un instant s'écoule troublée,
Voit-on l'oiseau des bois,
Modulant cadence plaintive,
Venir se jouer sur la rive
Qu'il aimait autrefois?
Montmorency, septembre I83J.
Quand je mourrai, sur mon tombeau
Sans nom , couvert d'un peu de mousse ,
Viens dire une chanson bien douce,
Oiseau charmant, petit oiseau !
2
B» 2G «s
Amour, avenir , espérance ,
Comme un rêve qui brille et fuit,
Emma, parjure, a tout détruit,
Quand son front riait d'innocence !
Sa bouche où naissent mille fleurs
N'avait que des mots de tendresse,
Et si ses yeux versaient des pleurs
C'étaient toujours des pleurs d'ivresse.
Ainsi que toi, prenant l'essor,
Elle courait, capricieuse ;
Ta voix est bien harmonieuse,
La sienne l'était plus encor.
Tout, hélas! avant que je meure,
De mon âme ternit l'azur;
Quand le ciel est sombre, je pleure,
Je pleure aussi quand il est pur.
s». 27 *
Vole te poser auprès d'elle ,
Je vais mourir, petit oiseau;
Garde ses parfums sous ton aile
Pour les semer sur mon tombeau.
Bientôt attristant la nature
Reparaîtra le sombre hiver,
Les bois n'auront plus de verdure,
Et mon tombeau sera désert ! —
Mais quand tu reverras éclore
Les fleurs et les fruits dans les champs,
Ne tarde pas, reviens encore,
Oiseau si tu vis au printemps !
Paris, décembre I83I.
s* 32 .<
Et mes yeux répandaient des larmes
En la voyant long-temps errer,
Car ici-bas tout fait pleurer :
Plaisirs charmans, tendres alarmes;
La brise qui se plaint la nuit
Dans les arbres qu'elle balance ;
Une caresse après l'absence ;
L'onde qui soupire et s'enfuit ;
Un enfant rieur qui se joue
Avec des fleurs sur son chemin ;
Un oiseau qui chante et secoue
Son aile humide le matin
Paris, décembre I83I.
£s> 36 «£ '
Pourquoi t'incliner languissante?-/
Que veux-tu? ton ciel est bien beau
Est-ce une brise caressante ?
Est-ce un peu d'eau? — ••.-- *'
Comme un enfant loin de sa mère '^î'
Souffre et l'appelle par un cri ,
Ta tige frêle et solitaire
Veut un abri.
Fleur du désert, de ta couronne
Je vois chaque bouton pâlir ;
Attends au moins , attends l'automne
Pour te flétrir.
Vois ; de pleurs mon oeil est humide ,
Bien jeune encor, car j'ai quinze ans;
Ici je viens , faible et timide ,
Fuir les méchans.
»» 37 «s
Jamais la bouche d'une mère
N'eut de souris pour mon matin ;
Pauvre enfant!— je suis sur la terre
Un'prphelin ! —
Fleur du désert, de ta couronne
Je vois chaque bouton pâlir ;
Attends au moins, attends l'automne
Pour te flétrir.
Non , non, c'est moi qu'il faut attendre ;
Mourons ensemble, douce fleur,
Tes feuilles cacheront ma cendre
Au voyageur.
Paris, 8 novembre i83r.
Au doux matin de l'existence,
Loin de mon berceau , l'Inconstance
Porta mes pas ;
Le coeur plein de tendres alarmes
Ma mère me dit tout en larmes :
« Tu reviendras? »
Bien long-temps pleura ma nourrice
En me souhaitant vent propice
Et flot d'azur ;
Tout présageait heureux voyage : -
L'horizon était sans nuage ,
L'air frais et pur.
Mais bientôt mon âme flétrie
Rêve au beau ciel de la patrie ;
Chaque soleil
Me ramène un jour de tristesse ,
Car sur mon front plus de caresse
A mon réveil !
Quitter ma mère ! elle ? si bonne ! —
Sa douce voix encor résonne
Jusqu'en mon coeur ;
Pour la revoir, ô ma nacelle !
Retourne au port ; pour moi, loin d'elle ,
Plus de bonheur !
Hélas ! il n'est plus temps. J'arrive ;
De la France voilà la rive !
Pays charmant !
Pourtant, malgré son air de fête ,
Se glisse en mon âme inquiète
Comme un tourment. '
Pour tromper l'ennui de l'absence ,
En vain la rieuse Espérance
Teint de ses fleurs
L'horizon borné de ma vie ;
En ces lieux la Pitié m'oublie ,
Sourde à mes pleurs.
Mais doux comme un jour qui se lève.
Un parfum , le vague d'un rêve ,
L'Amour soudain
Vient mollement bercer mon être ;
D'un avenir heureux, peut-être ,
C'est le matin.
OEil noir, sourire de vestale,
Toujours l'air qu'elle aspire , exhale
Parfum nouveau ;
Son accent est plein d'harmonie ,
On dirait un enfant qui prie ,
Un chant d'oiseau.
■s» 44 «a
Telle est Emma , brillante et douce ;
Mais, hélas ! son coeur me repousse ;
Adieu, bonheur !
Mon triste front se décolore ,
Je vais mourir à mon aurore ,
Comme une fleur.
Toi qui fus ma première amie ,
Que le Plaisir et la Folie
A chaque pas
Pour toi fassent naître la rose ,
Et sur mes maux dont tu fus cause
Ne pleure pas.
Montmorency, septembre i83i,
»• 48 -s
Enveloppe grossière où le chagrin s'émousse,
Elastique plastron qui reçoit et repousse,
Etre né pour jouir, agissant par instinct,
Par le langage seul de l'animal distinct !
Mais l'éducation , polissant mon écorce,
A détruit de mon corps la verdeur et la force ;
Mon coeur s'ouvrant par elle à chaque impression ,
A dans sa profondeur sondé la passion;
Mes sens de feu criaient, j'en assouvis la rage,
Mais le désir éteint, je voulus davantage
Je sais trop ce que c'est que d'aimer— dans le coeur
Pour quelques doux parfums d'un rapide bonheur ,
De longs jours detourmens! Vois mon front qui se penche,
Brisé , comme au torrent plie et tombe une branche.
J'appelle en mes pensers le charme fugitif
Du temps de mon enfance , alors que mon esquif,
SB. 49 ^
Livrant sa voile blanche au vent de l'Espérance,
Volait au bruit des flots soulevés en cadence.
Oui, je souffre aujourd'hui ; mais du moins j'ai vécu..
Sur mon sein bouillonnant un sein tendre a battu,
J'ai vu des traits aimés rougir à mon approche ,
J'ai causé bien des pleurs pour un simple reproche ,
J'ai dans la plus belle âme éveillé le soupir,
J'ai connu le bonheur, car j'ai failli mourir
Paris, février i83a.
3
s» 84 -*
Loin du monde, chérie, on s'aime davantage;
Dans le flot qui s'épanche une voix parle aux coeurs,
La flûte du berger, la cloche du village ,
Ont d'intimes accens qui font couler les pleurs.
Chaque heure dans les champs fait naître nouveaux charmes;
Il est si beau de voir aux lueurs du matin
Se pencher sur sa tige un jeune lis en larmes,
Comme l'oiseau sur l'orme ou ton sein sur mon sein !
Et puis quand vient le soir, aux dômes de verdure
La lune , vierge pâle, au front aimé des cieux ,
Prête un reflet si doux , que dans l'âme murmure
Comme l'écho sacré d'un cantique pieux.
Parfois sous le feuillage en marchant on s'arrête
Au pied d'un tertre où veille une croix de bois noir :
C'est la tombe du pauvre... homme, incline la tète!...
C'est là qu'il faut prier, c'est là qu'il faut s'asseoir!...
Auprès de moi, toi, femme, en arrachant la mousse,
Le sourire un peu triste et le regard baissé ,
Tu diras lentement, et d'une voix bien douce,
Quelques vieux chants d'église, un chant de trépassé.
Ou bien quand sur le lac la légère gondole
Jouera comme bercée au souffle de la nuit,
Nous essaierons ensemble un air de barcarolle
Que la rive après nous répétera sans bruit...,.
Je pencherai la barque, et ta main si jolie
Pour trouver un appui viendra chercher ma main ;
Et je serai joyeux, et tu seras ma vie,
L'étoile de mon soir, le jour de mon matin.
Oh ! c'est que j'aime tant ce sein qui bat si vite ,
La goutte suspendue aux cils noirs de tes yeux ,
La pente de ton front, ta taille si petite,
Que je me fais enfant pour baiser tes cheveux!
s» 56 «s
Car ta bouche est pour moi la riante corbeille
Où le printemps choisit ses plus fraîches couleurs ;
Ton chant pur est celui de la harpe qu'éveille
La brise en soupirant dans l'aubépine en fleurs.
Mais ton coeur, oh ! ton coeur est la source féconde
Où le pauvre , crédule, oublie et boit l'espoir ;
C'est l'autel où , baissant sa jeune tête blonde,
L'enfant redit tout bas la prière du soir ;
C'est la couche mi-close où, languissante et pâle,
La mère sourit d'aise au nouveau-né qui dort;
C'est l'âme de la fleur, c'est le nid d'où s'exhale
Un premier cri d'oiseau qui n'a qu'un jour encor
Paris, février i83a.
s» 60 •«
La nuit, lorsque bercée au vague de la couche
Tu livrerais tes sens aux douceurs du repos,
J'entr'ouvrirais ton âme à des songes si beaux
Qu'un sourire viendrait éclore sur ta bouche.
J'ornerais de bonheur l'horizon de tes jours,
Et fixant près de toi le plaisir qui s'envole,
D'espérance , de fleurs , d'illusions , d'amours ,
Brillerait sur ton front une fraîche auréole.
Avec des pleurs de joie on dit qu'on se souvient
Des premiers jeux si purs de la lointaine enfance :
C'est la voix de l'écho, c'est un chant de romance
Qu'on entendit bien jeune et qui plus tard revient.
Aux sources du passé plongeant ta lèvre humide,
Tu le savourerais dans toute sa fraîcheur ;
Mais souvent, mais toujours à ton oreille avide
Je nommerais tout bas celui fait pour ton coeur..
s» 61 ■*
Traçant en vers rêveurs sa rêveuse tendresse,
Soumis auprès de toi, t'adorant à genoux,
De son luth inspiré les accords les plus doux
Naîtraient d'un seul regard , d'une seule caresse
Quand, douteuse, incrédule, et l'appelant «Méchant»,
Tu peindrais de ton coeur les constantes alarmes,
Sa bouche, pour chasser ces caprices d'enfant,
Au coin de ta paupière irait boire tes larmes.
N'as-tu pas quelquefois, avec un long soupir,
Cherché ces souvenirs où l'être se repose?
N'as-tu pas dit que vivre était bien triste chose,
Quand ce soupir en toi s'en revenait mourir?
Eh bien ! tous les accens de ton âme ineffable
Ti'ouveraient en son âme un aussi tendre écho;
Il aurait un regard à ton regard semblable,
Comme au saide penché son image dans l'eau.
s» 62 *s
Musique intérieure , à nulle autre pareille ,
Un long penser d'amour veillerait dans ton sein ,
Le berçant comme un nid, comme une aile d'abeille
Qu'effleure en souriant l'haleine du matin.
Exhalant en baisers le souffle de sa vie,
Demi-mort de bonheur, de volupté ; ta voix
Viendrait alors troubler l'enivrante agonie,
Comme fait un oiseau le silence des bois.
Oh! que ne suis-je un ange!... à ta longue prunelle
J'apparaîtrais un soir, riant comme au ciel bleu ;
Pour t'abriter du vent je t'offrirais mon aile
Ma main pour te pencher, ma voix pour prier Dieu...
Paris, mars i832.
s» G6 •«*
Quand s'épand de tes yeux une larme furtive,
Goutte pure tombant d'une source d'eau vive ,
Sens-tu pas qu'il serait alors doux de mourir? —
Cartes traits si charmans un temps doit les flétrir ;
Car ta voix n'aura plus de pouvoir sur les anges ;
Non , que je n'aime en toi que ces soyeuses franges
D'où s'échappe avec pleurs ton oeil humide et noir ,
Ou ton sourire ému qui fait rêver le soir ;
Mais avec l'âge, adieu l'ivresse où lu me plonges ;
Mais adieu le bonheur ; mais l'âme sans les songes
Est le désert sans brise , un ciel au pâle azur ,
Un soleil qui se meurt sans reflet sur le mur
Paris, avril i832.
*» 70 ■<
Quand elle fixait, suppliante,
Son oeil noir sur le ciel d'azur ,
Sa voix douce était si touchante !
Son coeur si plein ! son front si pur !
Mais pourquoi pleurer? l'existence
N'est qu'un chant d'écho dans la nuit ;
Le songe est si prompt ! l'espérance
Si vite s'effeuille et s'enfuit!
Insoucieuse de l'automne
( Tant le présent lui semblait beau ),
Se flétrir avant sa couronne !
Au printemps trouver son tombeau !
Mais pourquoi pleurer? l'existence
N'est qu'un chant d'écho dans la nuit ;
Le songe est si prompt! l'espérance
Si vite s'effeuille et s'enfuit !

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