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Les parenthèses de la vie

De
144 pages
Ce roman invite à visiter la vie ordinaire de gens simples évoluant dans un univers de liberté. Le lecteur est convié à remonter le temps à travers l'histoire croisée de Mondo, jeune villageois tenté par la ville, et Messi, fonctionnaire retraité de retour au village, au lendemain de la colonisation. Voyage permanent entre le village et la ville, c'est une tentative d'interprétation feutrée entre deux univers que tout oppose, la tradition naturelle et les impératifs de la modernité...
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HENRI BEKALLE-AKWE LES PARENTHÈSES DE LA VIE
Roman
ACORIA ÉDITIONS
Les Parenthèses de la Vie
Tous droits de traduction, de reproduction, d’adaptation et de représentation réservés pour tous pays.
© Éditions Acoria, 2014 contact@acoria.fr www.acoria.net ISBN 978-2-35572-131-1
Henri BEKALLE-AKWE
Les Parenthèses de la Vie
Roman
ACORIA ÉDITIONS
a nuit avait enveloppé le village de son épais L voile noir. Elle semblait irréelle, impalpable et dense. Tout donnait l’impression de tourner au ralenti. Tout semblait dormir. Cette torpeur, que seule la nuit apporte, n’était bercée que par la polyphonie sylvestre des créatures habituelles de la faune nocturne tropicale. Au loin, s’entendaient le cri rauque et court de l’aigle pêcheur, les lamentations du chat-huant en quête de régimes de bananes et de fleurs de parasoliers, les semi-aboiements secs et stridents de la roussette . Le tout était entrecoupé par les vocalises de l’unau enfoui dans son trou, au milieu d’un grand arbre de la forêt vierge et épaisse. Derrière les cases, un couple de hiboux lançait en alternance son chant court, rauque et saccadé.
Tout respirait le calme, l’inconnu, l’inquiétude et le mystère. Des nuées de lucioles scintillaient dans les buissons aux abords des cases. La quiétude de l’air était, de temps à autre, troublée par le bruissement provenant des battements d’ailes des oiseaux de la nuit qui traversaient le ciel, tels des bolides invisibles, immatériels et sans formes. Toutes ces ombres bruissantes semblaient faire corps avec le manteau opaque des ténèbres qui recouvraient le village. De légères colonnes de fumée s’échappaient des cases à usage de cuisine qui se trouvaient derrière chaque habitation principale, de part et d’autre de la cour. Un sentiment de paix et de tranquillité
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planait, de manière assommante et lourde, sur le village. C’était la nuit, une nuit de saison sèche, un de ces moments durant lesquels toute vie humaine laisse la place à ce qui ressemble le plus à la mort, le sommeil. Tout le village était endormi. Seule la nature autour continuait à vivre, sous le souffle de la nuit noire, à travers les chants des créatures et les ballets de ses ombres animées. C’est alors que le claquement sec et cinglant d’une gifle bien assenée fusa à travers le silence de la nuit, telle la détonation d’une arme à air comprimé. Il s’ensuivit immédiatement un cri de douleur, et un tumulte indescriptible. Mondo et sa femme se battaient en pleine nuit. Comme subitement revenues à la vie, les portes tantôt closes des cases principales s’ouvrirent les unes après les autres, laissant le passage à une multitude d’hommes et de femmes à demi nus. Ils se ruèrent tous vers la case de Mondo. Les premiers arrivants eurent tôt de déplacer sans ménagement le panneau en écorces d’arbre barré de bambous qui tenait lieu de porte. Tous les hommes alertés s’engouffrèrent dans la case de Mondo, et le trouvèrent dans une situation plutôt pittoresque.
En effet, nu comme au premier jour de sa naissance, il était solidement arc-bouté sur sa femme. Il l’avait brutalement coincée entre le lit de bambou et la paroi d’écorce d’arbre qui faisait office de cloison mitoyenne séparant la chambre principale de celle des enfants. D’une main ferme, il retenait son épouse, Komba, qui hurlait comme une forcenée, entre la couche et le mur. Et de l’autre main, levée perpendiculairement à son corps, il se serait apprêté à frapper. Seulement, sa
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deuxième main restait inexplicablement figée en l’air, incapable d’accomplir la courbe rotatoire qui lui eut permis de collaphyser sa victime. Son corps était luisant de sueur. Et dans la semi-pénombre, faiblement éclairée par une torche de résine d’okoumé qui se consumait lentement, son visage exprimait une douleur indicible et mal contenue sous un masque de surprise et d’impuissance. Ceux qui se saisirent de lui ne comprirent pas tout de suite que le vainqueur de cette joute conjugale inégale n’était pas celui que l’on pensait.
Ce n’est que peu de temps après avoir dégagé de force le fils de Mondo qui, pour défendre sa mère, avait profondément enfoncé ses dents dans l’arrière-train musculeux paternel, que les secouristes nocturnes improvisés comprirent la douleur qui avait immobilisé Mondo et, anéanti ses ardeurs combatives : Komba, sa femme, malgré une position défavorable, le tenait vigoureusement par les testicules. Et, grâce à cette prise aussi inespérée que capitale pour la suite du combat, elle avait réussi à diriger les opérations, à sa guise, jusqu’à l’arrivée des autres villageois. Elle tirait tantôt un coup sec sur les bourses de son mari, raffermissant un peu plus la prise, afin de l’obliger à relâcher son étreinte, et tantôt elle les tordait en tirant en arrière, pour l’amener à reculer.
Les hommes qui avaient fermement empoigné Mondo essayaient, tant bien que mal, de le séparer de Komba. Mais, ils ne réussissaient qu’à infléchir son torse en arrière. Son bassin et ses jambes demeuraient résolument raidis en direction de sa femme, qui n’avait ni cessé de pousser des hurlements hystériques, ni lâché prise.
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