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Les Parfums d'Élisabeth

De
168 pages
Avec Les Parfums d'Élisabeth, Gilles Tibo reprend l'action là où il l'avait laissée dans Le Mangeur de pierres, son premier roman adulte. De l'écriture visuelle et poétique du premier tome, on passe à un univers où chaque émotion est vécue sans compromis. Voici une histoire, écrite dans un style éblouissant, où l'amour est rudement mis à l'épreuve. Elle raconte comment deux êtres - Élisabeth et Gravelin - peuvent se rejoindre dans la seule chose qui importe vraiment…la survie.
Élisabeth et Gravelin fuient un univers dit civilisé qui ne leur fait pas de place. Ne pouvant compter que sur eux-mêmes pour subvenir à leurs besoins les plus primaires, ils doivent composer avec un environnement encore plus hostile que celui qu’ils viennent de quitter : la nature. Cette histoire, c’est aussi celle de la mise au monde d’un petit être innocent qui réclame son droit à la vie. Dichotomie entre monde sauvage et monde civilisé, on est forcé de croire que rien n’est simple pour des individus en marge des codes de la vie organisée.
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LE CAMPING DU PETIT GÉANT, coll. Mini-Bilbo,
Excerpt of the full publicationGILLES TIBO
LES PARFUMS
D’ÉLISABETH
Roman
É D I T IONS QU É BEC A M É RIQU E
E329, RUE DE LA COMMUNE OUEST, 3 ÉTAGE, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2Y 2E1 (514) 499-3000
Excerpt of the full publicationDonnées de catalogage avant publication (Canada)
Tibo, Gilles
Les Parfums d’Élisabeth
(Collection Littérature d’Amérique)
Suite de: Le Mangeur de pierres.
ISBN 978-2-7644-0139-2 (Version imprimée)
ISBN 978-2-7644-1626-6 (PDF)
ISBN 978-2-7644-2039-3 (EPUB)
I. Titre. II. Collection.
PS8589.I26P37 2002 C843’.54 C2002-940002-3
PS9589.I26P37 2002
PQ3919.2.T52P37 2002
Les Éditions Québec Amérique bénéficient du programme de subvention globale du
Conseil des Arts du Canada. Elles tiennent également à remercier la SODEC
pour son appui financier.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise
du Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ)
pour nos activités d'édition.
erDépôt légal : 1 trimestre 2002
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Révision linguistique : Christine Guilledroit et Diane Martin
Mise en pages : André Vallée
© 2 0 0 2 É D I T I O N S Q U É B E C A M É R I Q U E I N C .
w w w. q u e b e c - a m e r i q u e . co m
Excerpt of the full publicationÀ Hélène Larochelle
et François Rauscher...CHAPITRE 1
ravelin ramait en respirant les parfums d’Élisabeth.GIl la devinait dans la pénombre, à l’arrière de la
chaloupe, et cela suffisait à remplir le ciel, la mer et la
vie tout entière. Ses muscles, gonflés d’une espérance
nouvelle, tiraient et poussaient sur les rames avec la
régularité d’un métronome.
Avant l’aube, une brise froide glissa sur l’océan,
fouetta la chaloupe et poursuivit sa course au hasard des
souffles marins. En grelottant, Élisabeth dénoua le
balluchon, en vida le contenu, et s’en fit un châle. La
bruine se colla aux vêtements de Gravelin. Une vapeur
émana de son torse, de ses bras, de ses épaules. En
quelques coups de rames, son corps fut recouvert d’une
fumée blanche, presque phosphorescente, qui
s’évaporait au-dessus de sa chevelure hirsute.
Tapie au fond de la barque, Élisabeth regardait
Gravelin auréolé de vapeurs translucides. Elle voulait luiposer mille questions à propos de son départ de l’Île, de
son séjour en prison, de leurs retrouvailles. À chacun de
ses coups de rames, à chacune de ses profondes
expirations, elle imaginait Gravelin qui parlait, répondait aux
questions, donnait des détails…
Mais, tout en ramant à la belle épouvante, il répétait
inlassablement le seul mot qu’il connaissait: Élisabeth…
Élisabeth… Élisabeth. Ce mot, balbutié comme une
litanie, tombait dans l’eau, ne laissant que des cicatrices
blanchâtres qui disparaissaient, aussitôt avalées par la
masse de l’océan.
Excerpt of the full publicationCHAPITRE 2
u fil des vagues, la chaloupe dériva entre la pleineAmer et les abords du Continent. Élisabeth ferma les
yeux et somnola quelques minutes, le temps d’imaginer
le Sud, là où, semblait-il, la vie serait plus facile. Alors,
ce n’était plus la mer, ce n’était plus la peur qui
l’habitait. C’était quelque chose d’indéfinissable qui avait les
apparences du bonheur, des images qui ressemblaient à
des bribes de conversations entendues, à des mots volés
aux autres couventines. Elle imaginait la vie d’une petite
ville de campagne avec un ciel bleu au-dessus des
maisons et des champs qui s’allongeaient jusqu’au bout du
regard. Mais ses images du bonheur étaient embrouillées,
secouées par le martèlement des vagues. Au hasard
d’une ondulation, la tête de la rêveuse cognait contre le
bord de l’embarcation ou sur le banc de bois. Elle
quittait ses rêveries, entrouvrait un œil, apercevait
furtivement les grands bras de Gravelin couverts d’une lumièreblanche, puis elle se rendormait, les deux mains
abandonnées sur son gros ventre plein de vie.

Au lever du soleil, Élisabeth s’éveilla, ouvrit le
panier de victuailles, en sortit un saucisson et le tendit
à Gravelin. Assis l’un en face de l’autre, ils mangèrent à
pleines dents, lui, épuisé par les longues heures de rame,
elle, affamée par son enfant qui lui grugeait les entrailles.
Rassasié, Gravelin fouilla sous les bancs de la
chaloupe. Il y découvrit deux gourdes ainsi qu’une petite
boîte de métal. La boîte était vide, mais dégageait encore
une légère odeur de biscuits. Il la laissa tomber au fond
de la chaloupe et palpa les gourdes. L’une d’entre elles
était flasque et vide. L’autre semblait remplie aux trois
quarts. L’eau avait un fort goût de cuir, mais elle était
buvable. Gravelin en prit de petites rasades, puis il passa
la gourde à Élisabeth, qui but à son tour. Elle referma le
bouchon et plaça la gourde à ses pieds. Désaltérée, elle
s’endormit, recroquevillée dans son châle.

L’embarcation s’engagea dans un courant chaud.
Gravelin lâcha les rames et, avec difficulté, réussit à
Excerpt of the full publicationouvrir les mains. Ses paumes ensanglantées avaient
laissé leurs empreintes sur les manches de bois.
Fourbu, les muscles endoloris par cette longue
traversée de la nuit, Gravelin contempla Élisabeth couchée
sur le dos. Soudain il se releva, le souffle coupé par la
peur. Le gros ventre venait de se déformer en ondulant
sur le côté. Gravelin n’avait jamais rien vu de pareil.
Il resta debout à épier les mouvements de la bedaine.
Puis, après quelques minutes d’incertitude, il s’approcha
lentement d’Élisabeth et de ses énigmes.
Le ventre s’agitait, se tassait, comme si une petite
bête cherchait à sortir de cette cage où elle se sentait à
l’étroit.
Gravelin se remémora la liste des animaux qu’il
connaissait. Il pensa qu’une poule, une chevrette ou un
goéland vivait dans le corps de la fille. Il songea aussi à
toutes les bêtes qui rampaient, sautillaient, couraient
dans les bois. Se pouvait-il qu’au hasard d’une
promenade une bestiole se soit infiltrée dans le corps de la
fille?
Au bout d’un moment, piqué par la curiosité,
Gravelin se pencha, avança lentement les mains et posa
ses paumes sur la jaquette d’Élisabeth. Il n’y avait pas de
doute, quelque chose bougeait sous le tissu de coton.
Mais il ne pouvait s’agir d’une poule, d’une chevrette
ou d’un goéland. L’animal se tortillait comme ces
poissons abandonnés sur le quai et qui donnent des coups
de queue en virevoltant dans les airs.
Gravelin pensa qu’Élisabeth avait avalé trop de
poissons et qu’ils gigotaient dans son ventre comme au fond
d’un seau. Il appuya les mains encore plus fermement
Excerpt of the full publicationsur l’abdomen jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de doute
possible. La fille était habitée par des poissons qui
plongeaient au fond de son ventre et revenaient frôler la
surface en donnant des coups de nageoires.

Élisabeth s’éveilla, s’étira et prononça quelques mots
que Gravelin ne comprit pas. Puis elle se releva sur ses
coudes, fixa d’un air inquiet les berges du Continent,
détourna les yeux et les posa sur sa chemise de nuit.
À la hauteur de son nombril, elle aperçut les empreintes
rouges laissées par les paumes de Gravelin. Elle se leva,
déboutonna sa chemise et exhiba son ventre du côté du
soleil. Puis elle avança les mains, caressa la figure de
Gravelin et l’approcha lentement de son nombril. Il
colla ses narines sur la peau tendue, inspira un grand
coup, flaira des parfums inconnus, tourna la tête et colla
son oreille pour écouter le bruit des poissons.
Élisabeth tenta d’expliquer que son ventre contenait
un enfant, un petit humain de la grandeur d’un
avantbras. Mais Gravelin ne comprit que ce qu’il pouvait
comprendre: un tout petit animal était entré dans la
fille, avait grandi comme un poussin qui devient une
poule et sortirait bientôt, très bientôt.
Gravelin ramassa le châle, en déchira des lanières
et les enroula autour de ses mains pour en faire des
bandages qui ressemblaient à des mitaines de fortune.
Excerpt of the full publicationEnsuite, en songeant à tous ces animaux qui pouvaient
habiter les abdomens, il se mit à ramer comme un
déchaîné, jusqu’à ce que son cerveau se vide de toutes ces
images de bêtes, jusqu’à ce que le vent ne soit plus qu’un
parfum, celui d’Élisabeth, d’Élisabeth, d’Élisabeth.
Excerpt of the full publicationCHAPITRE 3
ravelin ramait inlassablement, à longueur de jour-Gnée, à longueur de nuit, ne s’arrêtant que pour
grignoter ou pour crier des phrases incompréhensibles
aux berges qui ne montraient aucun endroit pour
débarquer.
De temps à autre, complètement épuisé, il se laissait
tomber sur le dos et s’endormait au fond de la chaloupe.
Quand il se réveillait, tantôt les yeux remplis de la
lumière du soleil, tantôt en pleine nuit, dans l’obscurité
totale, il cherchait Élisabeth du bout du nez, avançait la
main pour lui toucher un genou, une épaule. Elle
murmurait quelques mots furtifs, puis elle se taisait,
devenant une suite de parfums qui s’étiolaient dans les
ténèbres.
Au fil des heures, au fil des vagues, au fil des appétits
grandissants, le panier d’osier se vida. Les miches de
pain furent dévorées ainsi que les saucissons, les
jambons, les biscuits et les petits fruits séchés.
Au bout de la troisième journée, le panier ne
contenait plus que des miettes de pain, les gourdes ne
contenaient plus que de l’air. La chaloupe était perdue dans ce
grand désert d’eau qu’on ne pouvait boire sans ressentir
de terribles maux de ventre.
Élisabeth et Gravelin fixèrent désespérément les
berges du Continent, guettant au détour de chaque
baie, de chaque cap, l’apparition d’une ville, d’un
village, d’une cabane de pêcheur. Mais le Continent, à
cette hauteur, n’offrait aucune prise à la vie humaine.
Les escarpements plongeaient dans la mer comme de
grands murs impossibles à escalader. Seuls les goélands,
nichés sur les falaises, pouvaient habiter ces lieux. De
grands rapaces tournaient sous le soleil à longueur de
journée. De temps à autre, l’un d’eux se laissait tomber
du haut du ciel, fendait les vagues, puis disparaissait
dans la masse liquide. Les ailes remplies d’eau, il en
ressortait toujours, quelques secondes plus tard, un
poisson entre les serres.
Gravelin, affamé, donna des coups de rame contre
l’embarcation pour effrayer les rapaces en espérant qu’ils
lâchent leur proie. Mais chaque fois, les oiseaux
s’enfuyaient avec leur butin.
De plus en plus affamé, Gravelin plongea dans la
mer. Il ne vit rien d’autre que des reflets lumineux se
perdre dans l’épaisseur vertigineuse de l’océan. Alors, il
voulut déposer un croûton de pain sur le bord de la
Excerpt of the full publicationchaloupe, attendre qu’un goéland s’approche et
l’assommer d’un coup de rame. Mais il ne restait que des
miettes que Gravelin, à force de patience, finit par
extraire d’entre les brins d’osier. Il les déposa à la pointe
de la chaloupe et patienta. Les goélands, trop occupés à
chercher leur nourriture dans la mer ou de l’autre côté,
sur les hauteurs du Continent, ne se préoccupèrent
nullement de ces ridicules restes de pain. Élisabeth les
avala en léchant fébrilement le bord de l’embarcation.

La faim, la soif et le désespoir s’emparèrent des deux
naufragés. Élisabeth, la gorge sèche, se tenait le ventre à
deux mains. L’enfant montrait de plus en plus de signes
d’impatience en piochant et en donnant de formidables
coups de pied. Gravelin, fourbu, épuisé, regardait le
gros ventre bouger en imaginant qu’il éclatait sous la
pression, que des poissons s’en échappaient et qu’il les
mangeait tout crus. Mais les poissons ne sortaient pas
du ventre de la fille. Ils se tortillaient dans leur prison de
peau et le narguaient de plus en plus, à chaque minute.
Dans un moment de rage, n’en pouvant plus, il
s’empara du panier, le déchiqueta et tenta de le dévorer. Il
comprit très vite que l’osier, en plus d’avoir une saveur
âcre, n’était pas comestible, même si on le trempait
dans l’eau de mer.C H A P I T R E 4
e quatrième jour, la mer modifia ses formes et sesL couleurs. D’immenses rochers jaillirent de l’eau en
catapultant des éclats rocheux. Des vagues craquaient
sous la pression de la marée montante et lançaient leur
salive blanche vers le soleil. À chaque déflagration, l’eau
retombait en fines gouttelettes. Gravelin, affolé, ramait
en tournant la tête de tous bords, tous côtés. Il tentait
de stabiliser l’embarcation, mais celle-ci, obéissant au
moindre remous, pivotait sur elle-même, descendait
dans le creux des vagues et remontait sur les crêtes.
Élisabeth, assise sur le banc arrière, la figure blanche, les
deux mains accrochées aux montants de la chaloupe,
tentait d’amortir les secousses. Brusquement, le bébé
lui donna des coups de pied dans le cœur, des coups
de genou dans les poumons. Son ventre devint aussi
dur que la pierre. Élisabeth se cambra, rejeta la tête vers
l’arrière, écarquilla les yeux et ouvrit la bouche comme
si elle voulait mordre le ciel.
Excerpt of the full publicationles voies ferrées et criaient avec les loups. De temps à
autre, au milieu de tous ces hurlements lugubres,
s’élevaient des cris étranges qui ne ressemblaient en rien
à ceux des autres meutes. On aurait dit un prénom
de femme hurlé sur tous les tons et qui se terminait
toujours en un long gémissement…
Excerpt of the full publicationExcerpt of the full publication

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