Les Paroles d'un condamné , par Émile de Girardin. Avec une préface de L. Guyot-Montpayroux

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E. Dentu (Paris). 1867. In-8° , 158 p..
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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LES PAROLES
D'UN
CONDAMNÉ
IMPRIMERIE GÉNÉRALE DE CH. LAHURE
Rue de Fleurus, 9, à Paris
LES PAROLES
D'UN
CONDAMNÉ
PAR
EMILE DE GIRARDIN
AVEC UNE PRÉFACE
DE
L. GUYOT-MONTPAYROUX
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17 ET 19 (GALERIE D'ORLÉANS)
1867
AVANT-PROPOS.
En publiant ce volume, je me suis efforcé
de reproduire, sous une forme aussi concise
que possible, les principales idées contenues
dans les dix-sept volumes qui forment jus-
qu'à ce jour les oeuvres complètes de M. de
Girard in.
J'ai divisé ce travail en trois parties : dans
la première, j'ai assemblé les pensées qui se
rattachent au gouvernement proprement dit;
dans la seconde, j'ai réuni tout ce qui a trait
plus particulièrement à la liberté ; enfin, j'ai
réservé, pour la troisième, les réformes qu'il
convient d'apporter à l'impôt.
— 6 —
Aujourd'hui peu de personnes ont le
temps de lire de longues oeuvres; j'aurai plei-
nement atteint mon but, si la brièveté de ce
volume donne à quelques-uns le désir de se
rendre compte de l'ensemble du système po-
litique de l'éminent publiciste. Car j'aurai
pu contribuer à rectifier, en beaucoup de
points, les idées de ceux qui sont disposés à
confondre la pratique avec la routine, la po-
litique avec l'absence d'idées, sur la foi de
nos prétendus hommes d'État qui s'imaginent
que le comble de l'imprudence est de frayer
une route vers l'avenir, tandis que la su-
prême sagesse consiste à rouler dans l'ornière
du passé.
PREFACE.
J'ai commencé la lecture des Questions de
mon temps avec la pensée que j'y trouverais
de bons éléments d'appréciation sur l'histoire
de l'époque actuelle; nul, en effet, ne con-
teste à M. de Girardin son grand talent de
publiciste, non plus que la netteté avec la-
quelle il, exprime ce qu'il croit être la vérité.
J'espérais que des articles écrits au jour le
jour par une plume habile me permettraient
de me rendre, sans fatigue, un compte exact
d'événements aujourd'hui presque oubliés;
mais, en même temps, dans cet ouvrage
uniquement composé d'extraits de journaux
— 8 —
publiés à trente années de date, je m'atten-
dais à trouver de nombreuses contradictions
que j'eusse expliquées par les exigences d'une
polémique quotidienne ; je m'attendais à
trouver bien vieillis beaucoup de ces articles
qui, sans doute, avaient dû leur principale
vogue à leur opportunité.
Telle était ma situation d'esprit, quand j'ai
ouvert le premier volume. Au bout de peu
de temps, mon opinion s'était sensiblement
modifiée. Si je trouvais à chaque page des
documents curieux et des appréciations pré-
sentées sous une forme saisissante, j'étais
surtout frappé de l'actualité des opinions
émises et de la logique du système, toujours
identique à lui-même, malgré la différence
des époques et des situations. Bientôt, à me-
sure que l'ensemble m'apparaissait avec plus
de précision, je me demandais si les réfor-
mes proposées dans les Questions de mon
temps ne constitueraient pas réellement un
moyen d'échapper à des commotions deve-
— 9 —
nues périodiques et de fonder un état de
choses meilleur. Je m'expliquais les efforts
que tentent chaque, jour, pour couvrir la
voix d'un homme qui a l'audace de savoir
ce qu'il veut, ces illustres impuissants habi-
tués à parler pour ne rien dire, et à triom-
pher avec aisance en soutenant le pour et le
contre devant un auditoire bienveillant, —
ces illustres gladiateurs de la parole, qui ne
disent plus Ave Caesar mais qui, inter-
vertissant la tradition, regardent paisiblement
défiler devant eux les souverains qui passent.
Enfin, je comprenais comment M. de Girar-
din devait nécessairement être tenu à l'écart
par ces hommes supérieurs qui, après avoir
recueilli les enseignements de cinq révolu-
tions successives, suivent avec grand soin les
errements de leurs prédécesseurs, acquérant
ainsi le droit d'affirmer qu'ils sont éminem-
ment pratiques et de le faire croire aux ti-
mides et aux dévoués.
— 10 —
§ 2.
Les détracteurs de M. de Girardin lui
adressent surtout quatre reproches : il est
versatile; il est illogique; il a l'esprit trop
absolu; il propose des solutions imprati-
cables.
Il est versatile. En effet, conservateur par
tempérament, se préoccupant uniquement
de concilier la liberté et le progrès avec la
stabilité, il soutient la monarchie de juillet
jusqu'au mois de mars 1847 : à cette époque,
il affirme que le gouvernement va bientôt
tomber sous le poids de ses fautes; et il se
sépare de ses collègues qui, plus que jamais,
admirent la solidité des institutions. Le 14
février 1848, M. de Girardin donne sa dé-
mission de député ; et la monarchie tombe
dix jours après. Le lendemain de la révolu-
tion, il défend sincèrement la république,
comme il avait défendu jusqu'en 1847 le
— 11 —
gouvernement de juillet; puis, il voit les
hommes au pouvoir tomber dans les fautes
de leurs prédécesseurs, et il annonce succes-
sivement la chute du gouvernement provi-
soire et celle du général Cavaignac. Il an-
nonce l'avénement de Louis-Napoléon ; exilé
après le 2 décembre 1851, il soutient néan-
moins l'Empire jusqu'à ces derniers temps,
par cette raison seule que l'Empire avait été
consacré par l'immense majorité des suffra-
ges. — Je n'en dirai pas plus long sur ce
sujet. — Donc, si voir le danger et oser le
signaler c'est être versatile, nous sommes d'ac-
cord. Comment peut-on avoir l'esprit assez
changeant pour ne pas vouloir suivre dans
leur naufrage des gens qui ont méprisé pen-
dant plus de dix ans des avertissements dés-
intéressés?
Il est illogique. En effet, selon les inspira-
tions de sa conscience, il approuve certains
actes du Gouvernement, et il en désapprouve
— 12 —
d'autres : en un mot, dédaignant la méthode
de ses adversaires, il prend la raison pour
seul juge. Or, qui ne sait que la suprême lo-
gique, à moins qu'on ne veuille blâmer tout,
consiste à louer tout avec enthousiasme, et à
crier à pleins poumons dans les circonstan-
ces solennelles : Non, il n'y a pas eu une faute
commise! On a raison de le taxer de versati-
lité. Qu'attendre d'un homme qui accepte
n'importe quel gouvernement par cela seul
qu'il existe, et ne lui demande que deux cho-
ses : la liberté, et les réformes tendant à l'amé-
lioration du plus grand nombre? La logique,
selon, la philosophie politique inaugurée par
certains hommes de ce temps, c'est de faire
aujourd'hui le contraire de ce qu'on a fait hier
et de ce qu'on fera demain, c'est de cacher
le vide absolu des idées sous une apparence
de dissimulation machiavélique, dont peu de
gens sont dupes.
Il a l'esprit trop absolu. En effet, ses ad-
— 13 —
versaires, peu accoutumés aux rigueurs de la
déduction, bannissent avec raison la forme du
dilemme dont le seul mérite est, après tout,
de forcer à conclure. Or, en politique, à quoi
sert de conclure? Et comment ne méprise-
raient-ils pas un publiciste qui cherche à ré-
soudre les questions sociales par la science,
ces vaillants lutteurs pour lesquels la politi-
que est véritablement un art, ces brillants
artistes dont l'éloquence athlétique sait ter-
rasser les faits sous le poids de majestueuses
périodes?
Il propose des solutions qui sont imprati-
cables. En effet, ce n'est qu'en appliquant un
système qu'on peut se rendre compte de son
impossibilité. Or, le premier, M. de Girardin
a abaissé le prix des journaux de 80 à 40
francs, et cela malgré les conseils de tous les
hommes expérimentés en matière de journa-
lisme; chacun sait maintenant combien il l'a
payé cher. Le premier, il a réclamé pour les
— 14 —
lettres l'unité de taxe à vingt centimes : tous
les hommes du métier lui ont déclaré que
c'était chose impraticable ; et tous ceux qui
mettent aujourd'hui une lettre affranchie à la
poste, peuvent se rendre compte de l'impos-
sibilité de la mesure proposée. M. de Girar-
din a, le premier, conseillé la publication d'un
Petit Moniteur à 18 francs, en affirmant que
le tirage s'élèverait à deux cent mille exem-
plaires : tous les hommes compétents se sont
élevés contre cette opinion; et, en effet, le
Petit Moniteur tire aujourd'hui à trois cent
mille. Ce peu d'exemples suffit pour corro-
borer les reproches que les adversaires de
M. de Girardin lui adressent.
En ce qui touche les finances, c'est bien
pis encore : comment ne hausseraient-ils
pas les épaules, en présence du système
financier de l'humble publiciste, ces illus-
tres hommes d'État qui ont eu la hardiesse
de créer l'impôt sur les chiens, trouvant dans
ces quadrupèdes sociables un nouveau et
— 45 —
solide criterium de la richesse publique, qui
ont eu l'audace de remplacer les receveurs
généraux par des payeurs généraux, et qui,
toujours téméraires, n'hésiteront pas, assure-
t-on, à supprimer prochainement plusieurs
directions générales du ministère des finan-
ces, pour les remplacer par de simples di-
rections? — Quand il s'agit du bien-être
national, il faut savoir ne pas reculer devant
la suppression d'un adjectif.
Enfin, on reproche à M. de Girardin d'être
un ambitieux. En effet, il n'a jamais occupé
'de situation politique, bien qu'on lui en
ait proposé un grand nombre; mais les gens
bien informés insinuent que, si on voulait
essayer son système, il accepterait la mission
de le mettre en pratique. O vous ambitieux !
qui aspirez au pouvoir pour mettre à l'épreuve
celles de vos idées que vous croyez utiles à
l'intérêt public, comme les feuilles officieuses
ont bien raison de vous attacher chaque jour
— 16 —
au pilori, pour vous exposer aux sarcasmes
de leurs abonnés qui se comptent par cen-
taines! O ambitieux! Cessez d'avoir l'audace
de vous égaler à ces ministres désintéressés
qui, sans présomption, renoncent aux idées
qu'ils pourraient avoir, et poussent l'abnéga-
tion jusqu'à se cramponner à leurs porte-
feuilles pour défendre des idées qu'ils n'ont
jamais partagées.
§ 3.
Le système de M. de Girardin, on le
sait, se résume dans un mot : Liberté. Mais,
différant en cela d'un grand nombre d'écri-
vains pour lesquels la liberté est plutôt une
aspiration qu'un système, M. de Girardin,
éclairé par une longue pratique des hommes
et des choses, envisage son application dans
tous ses détails. Il se préoccupe peu d'allier
« dans de justes mesures » l'ordre et la li-
berté, ce lieu commun dont le principal
— 17 —
avantage est de procurer de beaux succès
oratoires aux virtuoses de la tribune : pour
lui, l'ordre découle nécessairement de la li-
berté.
L'ordre, en effet, n'est autre chose que
l'harmonie ; et l'harmonie, dans une société
comme dans une machine, provient du libre
jeu de tous les rouages importants. Préten-
dre que l'initiative des citoyens ne constitue
pas un rouage important dans un État, serait
avancer une proposition que je crois inutile
de discuter.
L'Autorité ou la Liberté : tels sont les deux
principes entre lesquels une société doit choi-
sir, pour se constituer d'une façon durable.
M. de Girardin pense que le règne de l'Au-
torité est à tout jamais fini, et que celui de
la Liberté commence. Il en trouve la preuve
dans ce fait, que personne n'oserait sérieuse-
ment proposer de rétablir tous les usages ar-
bitraires qui sont le fondement essentiel de
2
— 18 —
l'Autorité. Il pense donc que, loin de contra-
rier le cours de la Liberté, il convient de pré-
parer au plus vite le lit où elle s'épanchera à
l'aise. S'efforcer de lui opposer des digues
n'aurait d'autres résultats que d'augmenter à
un moment donné l'impétuosité du fleuve,
et d'entraîner les insensés qui se livreraient
à ce périlleux labeur.
Avant tout, que le Pouvoir soit localisé !
Que l'on se préoccupe d'organiser des com-
munes fortes et indépendantes! Que la com-
mune nomme librement ses mandataires et
ses agents! que le département nomme les
siens; et que la France entière nomme ses
représentants qui, ne s'égarant plus dans
mille détails puérils, s'occupent enfin exclu-
sivement des grands intérêts du pays.
Quant aux finances, il faut se hâter d'abo-
lir ces innombrables impôts qui ne se rat-
tachent à aucun système fixe, et qui n'a-
vaient leur raison d'être que sous «un régime
19 —
écroulé; » il faut dégrever entièrement la
consommation et le travail, et créer un im-
pôt unique, consenti par chaque citoyen et
proportionnel au capital.
Telle est, en très-peu de mots, l'esquisse
du système de M. de Girardin. Rien n'est
plus simple pour tous ceux qui s'attachent
à trouver des solutions, et non à faire clique-
ter de grands mots; rien n'est plus pratique
pour tons ceux qui seraient capables de sub-
stituer la volonté d'agir à l'art de discourir.
§4.
M. de Girardin appartient à cette grande
école, qui, se préoccupant peu de la forme
du gouvernement, cherche surtout le fond
des choses, trace certaines lignes desquelles
on ne doit pas s'écarter, applaudit les gou-
vernements lorsqu'ils se rapprochent de ces
— 20 —
lignes, et les désapprouve lorsqu'ils s'en
éloignent.
Je crois que cette école a pleinement rai-
son. Lorsqu'on se borne à demander avec
persistance les réformes nécessaires, de deux
choses l'une : ou le gouvernement peut les
donner, et alors il n'y a pas de raison pour
le renverser; ou il ne le peut pas, et alors il
s'écroule, sans même qu'il soit besoin d'avoir
recours à une insurrection. Il tombe sous le
mépris public. Ne pas même discuter la forme
du gouvernement est donc le moyen le plus
sûr d'arriver, dans tous les cas, à un état de
choses meilleur.
Du reste, cette pensée, que des ignorants
semblent prendre pour une nouveauté har-
die, ne date pas de notre siècle. Il y a long-
temps que Machiavel a dit : ce Dans certains
cas, une monarchie ne peut se fonder que
par la dictature; mais, dans tous les cas,
elle ne peut durer que par la liberté. » Je
— 21 —
complète la pensée de Machiavel. Quel est
le moment où une monarchie ainsi fondée
doit donner la liberté, et la donner tout en-
tière? Au premier échec. En effet, dès que la
fortune semble devenir contraire, c'est le
moment d'associer à ses destinées le peuple;
sans quoi, la révolte de l'opinion publique
change le moindre revers en catastrophe.
D'une part, en s'alliant alors intimement avec
la nation, le gouvernement centuple ses
forces épuisées par une dictature, qui a eu
pour résultat fatal de perpétuer au pouvoir
des hommes présomptueux dont l'heure est
passée, le prestige évanoui, et dont la seule
excuse était le succès. D'autre part, en opé-
rant une diversion rapide et puissante à l'in-
térieur, on se ménage les moyens de créer au
besoin une réaction décisive, parce que, si les
revers continuent, les masses aveuglées, qui
basent leur jugement sur les faits accomplis,
les attribuent au rétablissement de la liberté,
tandis qu'ils ne sont dus le plus souvent qu'à
— 22 —
la fortune adverse et à la prolongation exces-
sive de la dictature. Sous l'influence immé-
diate de cette réaction, se forme aussitôt un
grand parti conservateur, en face du parti
d'action; et, dès lors, une dynastie est fon-
dée
Le premier échec est donc l'occasion qu'un
souverain prévoyant doit choisir pour donner
la liberté. Quel est le dernier moment où il
puisse encore la donner utilement? C'est lors-
qu'on va dire des hommes qui entourent le
trône « qu'ils sont indispensables. » Un car-
rosse, condamné à rouler éternellement sur
de vieilles roues qu'on ne peut plus rempla-
cer, est bien près de trouver une «ornière qu'il
ne pourra franchir. Les pauvres complaisants
qui, pleins de zèle, font assaut, à la force du
poignet, pour projeter plus haut l'encens, ne
semblent pas se douter qu'ils passent sur la
tête des officiants, et brisent à chaque coup
un morceau de l'idole. Prétendre qu'un sou-
verain est entouré d'hommes indispensables,
— 23 —
c'est affirmer que le gouvernement est pris
dans un cercle inexorable, dont il ne peut
plus sortir et qui se rétrécit chaque jour.
Qui dit « ministres indispensables » dit donc
Gouvernement perdu.
§ 5.
M. de Girardin serait un pitoyable thuri-
féraire. Dans son existence si occupée, il n'a
pas trouvé le temps d'apprendre à faire dé-
crire à l'encensoir ces courbes à la fois gra-
cieuses et énergiques qui aboutissent au nez
de l'idole. Si ses efforts tendent à conci-
lier la stabilité d'un gouvernement avec la
liberté, il se préoccupe moins du sort des
officiants, et ne regarde point un hôtel mi-
nistériel comme un autel consacré. Là, sans
doute, on doit chercher le secret du peu de
sympathie que M. de Girardin trouve dans
le haut personnel gouvernemental. Qu'on y
songe ! l'intérêt des ministres est de for-
— 24 —
tifier l'opposition systématique, en détrui-
sant l'opposition dynastique. En agissant
ainsi, ils affermissent sous leur bras le por-
tefeuille qui fait la plus grande joie de leur
vie ; et bientôt ils se rendent réellement « in-
dispensables. » N'est-ce pas ce qui explique
les poursuites exercées de préférence à
l'égard des esprits modérés qui pourraient
servir leur pays et leur souverain aux dé-
pens des ministres?
M. de Girardin, je l'ai dit, veut que cha-
cun puisse professer en toute liberté son
opinion. Et cette liberté aura pour résultat
de fractionner les deux ou trois groupes
compactes qui aujourd'hui sont fatalement
entraînés à une lutte à mort, et de les éche-
lonner, dans le même sens, sur de nombreu-
ses lignes qui ne sauraient jamais se heurter.
De la sorte, les combinaisons seraient multi-
pliées à l'infini ; et, sans avoir à en intervertir
l'ordre, le gouvernement prendrait ses minis-
— 25 —
tres devant lui, tandis que de nouvelles li-
gnes se formeraient sans cesse. En un mot,
M. de Girardin pense qu'il vaut mieux mar-
cher devant soi d'un pas régulier et ferme
que de tourner dans un cirque. Les Léotard
de la tribune sont d'un avis contraire.
J'ai dit que ce qui m'avait surtout frappé
dans les oeuvres de M. de Girardin, c'est
l'actualité et la logique. Qu'en conclure?
D'abord, c'est que la situation est à peu
près analogue à celle qui existait il y a un
quart de siècle, et que, pour me servir de
l'expression d'un des esprits éminents de
notre époque, nous « piétinons » au lieu
d'avancer. Ensuite, c'est que la vérité est
une, tandis que les erreurs sont multiples;
que la vérité apparaît d'autant plus que les
erreurs sont plus nombreuses; de même
que la lumière d'un flambeau brille avec
plus d'éclat, quand les ténèbres environnantes
sont plus épaisses.
— 26 —
§ 6.
Je me résume. — M. de Girardin me
semble exceller surtout par les qualités qu'on
lui conteste. II est logique, net, éminem-
ment pratique ; et les extraits contenus dans
ce livre le démontreront surabondamment à
tous ceux qui les parcourront avec impar-
tialité. M. de Girardin va toujours droit au
but : lorsqu'il approuve, c'est sans arrière-
pensée; lorsqu'il désapprouve, non-seulement
il formule les motifs de son blâme, mais en-
core il dit ce qu'il aurait fallu faire pour faire
mieux. La vérité, c'est que nul, plus que
lui, n'a horreur du préjugé et de la banalité.
Chose rare de nos jours! car jamais la ba-
nalité ne fut plus à la mode, maintenant que
tant de soi-disant hommes d'État confondent
la stabilité avec l'immobilité. Installés dans ce
que Joseph Prudhomme, un de leurs maitres
aimés, appelle tantôt le char et tantôt le vais-
— 27 —
seau de l'Etat, ils vantent avec emphase la
douceur des mouvements du véhicule qu'ils
ont la prétention de diriger. Les sceptiques
affirment que les oscillations ne sont si mo-
dérées que parce que la machine ne bouge
pas.
Mais il faut être sérieux. Désormais, il con-
vient d'agir, et non de parler. Ce n'est point
avec des phrases que se résoudront les diffi-
ciles problèmes sociaux qui, chaque jour,
s'imposent à nous d'une façon plus pres-
sante : c'est avec des actes, des actes rapi-
des , des actes énergiques. Autant j'aime
l'éloquence des Mirabeau, des O'Connell,
des Royer-Collard, des Robert Peel, qui
drape d'un splendide vêtement des pensées
grandes et généreuses; autant je méprise cette
faconde et cette rhétorique, qui ne servent
qu'à voiler des squelettes et des mannequins.
L'Empereur, auquel ses ennemis mêmes ne
refusent ni le coup d'oeil politique, ni la
— 28 —
franchise, ni l'honnêteté d'intentions, a si-
gnalé, dans une circonstance récente, des
« points noirs » qui se montrent à l'horizon.
Ces « points noirs », précurseurs de l'orage,
existent en effet ; mais ils viennent moins en-
core des difficultés extérieures, que des com-
plications créées à l'intérieur par l'indécision
des ministres et par l'inertie de leurs subor-
donnés Que fait le marin surpris par un
typhon? Instruit par la science moderne, au
lieu de fuir devant la tempête, il s'efforce de
gouverner sur le foyer de l'orage, où il trouve
une mer paisible, tandis qu'autour de lui les
éléments rugissent et se heurtent. Un politi-
que qui fait de la science, et non de l'art,
doit agir de même. Loin de fuir devant la
liberté, il faut gouverner sur elle. C'est ainsi
qu'on retrouvera le calme, et qu'on domi-
nera le tumulte des éléments par les forces
mêmes de l'orage.
A la date du 19 janvier, l'Empereur parais-
— 29 —
sait avoir eu ce dessein. Des influences que je
ne veux pas apprécier l'ont-elles détourné
de ce but? C'est ce que l'avenir seul peut nous
apprendre d'une façon définitive. Quant à
présent, on peut affirmer que nous sommes
encore dans une phase d'atermoiements; et
la présence aux affaires d'une personnalité
aussi importante que celle du ministre d'Etat
actuel en est un gage certain. M. Rouher, en
effet, ne saurait, sans perdre ce qui lui reste
de prestige, vouloir se faire passer pour un
homme d'action. Ses antécédents, ses qualités,
ses défauts mêmes en font essentiellement un
homme de discours. Jouissant au plus haut
degré du don de s'assimiler les idées d'au-
trui, saisissant d'un rapide coup d'oeil les
détails qui, insignifiants en réalité, peuvent
cependant, grâce à une préparation habile,
surprendre et entraîner les coeurs chauds
d'une majorité, M. Rouher triomphe, à force
d'énergie, de rhétorique et d'habitude de la
parole, des graves obstacles que lui opposent
— 30 -
une diction parfois pâteuse, des vices de
langage, des fautes de logique. Je ne suis pas
de ceux qui, parce que la valeur d'un homme
a été énormément surfaite, lui refusent des
qualités, dans les moments difficiles où la
multitude passionnée semble vouloir fouler
aux pieds ceux que la veille elle élevait le plus
haut.—Non. —M. Rouher a été, à son heure,
l'homme de la situation ; et, si maintenant il
a à lutter contre une défaveur qui grandit
et grandira chaque jour, c'est que la situa-
tion est changée, c'est qu'elle nous presse à
l'intérieur encore plus qu'à l'extérieur; c'est
qu'à des faits il faut opposer des faits ; c'est
que le premier rôle appartient désormais aux
hommes d'action, et que les hommes qui ne
savent que parler doivent s'effacer tout à fait,
par cela seul que leurs antécédents leur défen-
dent d'occuper une place secondaire.
Sans doute, M. Rouher n'apporte pas dans
ses discours la majesté de Berryer, l'ampleur
— 31 —
de Jules Favre, l'élévation d'Emile Ollivier,
l'éloquente limpidité de Thiers, la fougue de
Pelletan, la spirituelle ironie de Picard, la
verve de Glais-Bizoin. — Non.
Mais, s'il n'a aucune de ces qualités de pre-
mier ordre, il réunit un grand nombre de
qualités secondaires qui, se complétant l'une
par l'autre, font vibrer toutes les cordes sen-
sibles de la majorité. Comme M. Dumiral, il
a l'autorité; comme M. de Cassagnac, il a
l'audace; comme M. Jubinal, il a le savoir-
faire ; comme M. Belmontet, il a l'enthou-
siasme et le dévouement. Ce sont là des qua-
lités sérieuses; et je n'en veux pas d'autre
preuve que l'influence prépondérante qu'elles
ont exercée depuis quelques années sur les
destinées du pays. Donc, que l'on n'attribue
pas seulement les fautes commises à l'insuffi-
sance d'un ministre de la parole; qu'on les
attribue aussi à la tendance même qui nous
porte plus à disserter sur une situation qu'à
en maîtriser les obstacles. C'est une erreur
— 32 —
de croire qu'en politique on neutralise les
dangers en les laissant s'évanouir d'eux-mê-
mes. Cette méthode peut un certain temps
paraître bonne : mais, un jour, le hasard
sur lequel on a longtemps compté, devient
aussi,adverse qu'il avait été propice; et alors
où est l'issue?
Donc, de l'action, de l'action à tout prix.
En dehors de la liberté, je ne vois rien qui
puisse désormais créer un mouvement salu-
taire pour le gouvernement comme pour la
nation. C'est la doctrine que M. de Girardin
n'a cessé de soutenir par sa conduite comme
par ses paroles. Il n'a pas recueilli les faciles
triomphes de ceux qui, courbant la tête de-
vant les préjugés, à genoux devant la banalité,
prosternés devant le lieu commun, flattent
la foule en montrant, par un exemple vi-
vant, que la médiocrité peut attirer les hon-
neurs, même les plus insolites. Mais, quoi qu'il
arrive, lorsque les passions seront apaisées
par suite du renouvellement inévitable des
— 33 —
choses et des individus, les hommes d'État
de notre génération iront chercher la solution
d'un grand nombre de problèmes sociaux
dans les oeuvres de M. de Girardin, et non
dans de vaines harangues, oubliées avec les
incidents qui les ont fait prononcer. Et, une
fois de plus, apparaîtra ainsi la vérité de cette
belle parole de Louis-Napoléon Bonaparte :
« En définitive, les dernières victoires appar-
tiennent à l'opinion publique. »
Mais un doute me vient. Ces doctrines n'ont-
elles pas été condamnées, le 6 mars 1867,
dans la personne de M. Emile de Girardin,
par un jugement correctionnel? Et, si je
trouve ces opinions si justes, si modérées, si
faciles à mettre en pratique, c'est évidem-
ment que mes sympathies m'égarent. Aussi,
pour concilier le désir que j'ai de manifester
ma pensée avec mon respect pour les déci-
3
— 34 —
sions de la justice, je prends pour titré : Les
paroles d'un condamné, afin de mettre le
public en garde contre un système solen-
nellement désapprouvé.
Paris, le 3 novembre 1867.
LÉONCE GUYOT-MONTPAYROUX.
LIVRE PREMIER.
LE
GOUVERNEMENT.
CHAPITRE I.
LE POUVOIR EXÉCUTIF.
Il n'y a pas de résolutions sans
cause.
(Tome V, page 192.)
Peuple est maître chez lui.
(Paix et Liberté, page 51.)
Le désordre dans les rues est le
moins grave : le plus grave est le
désordre dans les esprits.
(Tome III, page 3.)
Résister au pouvoir qui s'aveugle, c'est l'affer-
mir.
(Tome III, page 175.)
Accomplir les réformes, c'est prévenir les révo-
lutions.
(Tome IV, page 584.)
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Il est deux dissolvants auxquels il est sans exem-
ple qu'un gouvernement ait jamais résisté : en
haut l'ingratitude, en bas la servilité.
(Tome I, page 349 )
On s'arme contre l'insurrection, on ne s'arme
pas contre la servilité.
On prend l'effet pour la cause.
Le gouffre révolutionnaire ne se fermera en
France que le jour où il aura englouti le servi-
lisme.
(Tome IV, page 580.)
Toute résistance exagérée finit par une conces-
sion tardive.
Toute concession tardive est une concession fu-
neste.
Réformer toujours est le moyen de n'avoir à
céder jamais.
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Il y a toujours à réformer, il y a toujours à amé-
liorer, il y a toujours à simplifier.
Tout gouvernement qui s'endort dans l'aire de
l'optimisme se réveille en sursaut au fond de
l'abîme.
(Tome IV, page 579.)
L'optimisme est le grain dont les révolutions
sont l'épi.
(Tome III, page 182.)
Le signe précurseur de la décadence d'un peu-
ple, c'est l'optimisme de son gouvernement.
(Tome II, page 499.)
§2.
Un gouvernement doit toujours savoir ce qu'il
veut.
Lorsqu'il parle pour ne rien dire, il nuit à son
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prestige et à sa considération, et se fait sévère-
ment juger par les peuples qui l'écoutent.
(Tome I, page 222.)
Savoir exactement ce qu'on veut et vouloir fer-
mement ce qu'on sait, tel est tout le secret du
pouvoir.
(Tome I, page 70.)
Le pouvoir doit n'accuser que lui-même de la
faiblesse dont il se plaint; s'il est faible, c'est qu'il
est inintelligent, c'est qu'il préfère la lutte à la do-
mination, c'est que des neutres et des indifférents
il semble se complaire à se faire des ennemis au
lieu de s'en faire des auxiliaires, c'est qu'il dis-
perse au lieu de rallier, c'est qu'il crée des résis-
tances là où il ne s'agit que de difficultés à éluder,
et que, lorsqu'il faut vaincre, il reste seul contre
le grand nombre accablé par lui.
(Tome I, page 40.)
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On ne fait de la stabilité publique qu'avec la
plus stricte équité gouvernementale. Cet enseigne-
ment que renferme la périodicité des révolutions
sera-t-il donc toujours vain?
(Tome I, page 69.)
Rien n'est difficile, ni d'un succès douteux, dès
qu'on a les plus capables avec soi.
(Tome I, page 76.)
Rien de plus fâcheux que de voir les emplois
publics donnés à la faveur par l'esprit de parti.
C'est un grand mal dont l'effet se fait sentir jus-
qu'aux entrailles du pays. Quand les gouverne-
ments trient les hommes qu'ils exploitent en raison
de leurs opinions ou d'étroites considérations de
famille, au lieu de les choisir en raison de leur
capacité, ils démoralisent la nation, ils augmentent
les abus, ils gaspillent les richesses dont ils dispo-
sent, et ne se maintiennent temporairement que
par l'arbitraire ou par la corruption.
(Tome I, page 368.)
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Dès qu'un gouvernement cesse d'être le juge
souverain et impartial de tous les partis; dès qu'il
ne les écoute plus tous avec la même intention
bienveillante, qu'il recule devant les idées, si
bardies qu'elles soient; dès que le gouvernement
enfin n'est plus qu'un parti, ce parti représen-
tât-il la majorité la plus compacte, il ressemble à
un avare qui croit qu'il possède la fortune, tandis
que c'est au contraire sa fortune qui le possède :
il n'en est que l'impuissant esclave.
(Tome II, page 368.)
§3.
Le plus souvent, l'intérêt de l'immense ma-
jorité populaire est en désaccord manifeste avec
le vote de l'imperceptible majorité parlemen-
taire.
Le plus souvent, c'est l'opinion de la minorité
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parlementaire qui traduit le plus exactement l'o-
pinion de la majorité populaire.
Le plus souvent, c'est l'intérêt de la minorité
dans le pays qui représente exclusivement le vote
de la majorité dans l'assemblée.
Cela est manifeste, incontestable, je pourrais
presque dire incontesté.
(Tome VIII, page 152.)
La majorité doit toujours se souvenir qu'elle fut
minorité, prévoir qu'elle peut le redevenir, et se
conduire en conséquence. Il y a beaucoup d'exem-
ples de majorités qui se sont perdues et discré-
ditées par l'intolérance, l'oppression, l'esprit
étroit et exclusif; il n'y a pas d'exemple de ma-
jorité compacte qui ait jamais eu à regretter de
n'avoir pas abusé de sa force.
(Tomel, page 325.)
Ce n'est jamais impunément qu'on arrache par
l'obsession à la majorité un vote qui doit avoir
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pour effet de la déconsidérer, de la diminuer dans
l'opinion publique.
Toute contrainte morale exercée, un jour ou
l'autre, a sa réaction inévitable.
(Tome I, page 322.)
Une majorité déconsidérée est une majorité
détruite.
(Tome I, page 208.)
L'élasticité du gouvernement représentatif est
ce qui fait surtout sa supériorité et sa force. Or,
si l'abus de la concentration lui fait perdre cette
élasticité en perpétuant au pouvoir un ministère
que renverserait une majorité sincère, la solidité
du mécanisme est gravement menacée.
(Tome II, page 438.)
L'élasticité des majorités est nécessaire aux
transitions; c'est elle qui les prépare; c'est elle
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qui empêche les ruptures violentes ; c'est elle qui
prévient les insurrections et les coups d'État ; c'est
elle enfin qui assure à la fois les libertés publiques,
et la prérogative royale contre les risques de toute
tyrannie ministérielle.
(Tome I, page 325.)
Gouverner la Chambre, ce n'est pas se laisser re-
fouler dans une impasse ; ce n'est pas, sous prétexte
de stabilité, se condamner à la rouille ; la rouille,
plus vite que l'usure, vient à bout du fer ; ce n'est
pas se poser en idoles pour rivaliser avec elles
d'immobilité, ce n'est point enfin passer tout son
temps à se tresser des couronnes sans triomphes,
et à se décerner des éloges dans une passive con-
templation de soi-même. Napoléon n'épargnait
pas les bulletins, mais il livrait des batailles et rem-
portait des victoires.
(Tome I, page 588.)
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§ 4.
La lutte engagée, en ce moment, entre le Gou-
vernement et l'opposition, nous paraît avoir juste
les proportions de celle engagée, il y a trente
ans, entre les Messageries royales et les Messageries
Laffite et Caillard, avec cette seule différence
qu'au lieu de se faire une guerre d'affiches pla-
cardées sur tous les murs, on se fait une guerre
de discours prononcés à la tribune.
Pauvres Messageries rivales! elles ne se dou-
taient pas alors que les chemins de fer viendraient
les mettre d'accord en prenant leur place.
(Tome I, page 253.)
§5.
Vouloir faire marcher en avant un ministère
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sans idées, autant vaudrait entreprendre de faire
remorquer un convoi par une locomotive sans
combustible.
(Tome II, page 241.)
Le péril d'un gouvernement est dans l'immobi-
lité du pouvoir, lorsque cette immobilité se pro-
longe trop. Alors ce n'est plus de la stabilité dou-
teuse, c'est de l'impuissance manifeste.
(Tome II, page 168.)
Plus le nombre des combinaisons ministérielles
sera considérable et habilement gradué, et moins
il y aura de risques que jamais la démocratie se
heurte violemment à la royauté.
(Tome I, page 202.)
La majorité est, dans notre temps, ce qu'était le
Minotaure dans les temps fabuleux ; il lui faut une
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pâture; enfermée dans le labyrinthe parlemen-
taire, elle se repaît de chaire ministérielle; à
moins d'être Thésée et d'entreprendre de lutter
contre sa voracité, il n'est qu'un moyen d'y échap-
per, c'est de l'assujettir au tribut exigé; c'est de
lui donner des ministres à dévorer, sous peine
d'être dévoré soi-même.
(Tome IV, page 459.)
Multiplier et faciliter les combinaisons ministé-
rielles, tout en usant moins de ministres à la fois,
c'est là ce qui est une considération essentielle ;
car un gouvernement amasse sur sa tête des intri-
gues redoutables et des orages terribles, lorsqu'il
y a un grand nombre de ministres tombés du
pouvoir et qui luttent contre la difficulté d'y
remonter.
(Tome IV, page 515.)
Varier ses combinaisons, les étendre, les éche-
lonner, surtout se garder de les intervertir in-
considérément est le grand art de tout pouvoir
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vigilant, qui est assujetti à compter avec une ma-
jorité,
(Tome IV, page 456 )
Tendre la corde lorsqu'il aurait fallu la lâcher ;
la tendre jusqu'à ce qu'elle se rompe, telle est la
faute dans laquelle, au mépris de l'expérience la
plus opiniâtre, retombent tous les pouvoirs, tous
les ministres qui se succèdent.
(Tome V, page 143.)
Nous ne manquons pas de ministres qui par-
lent, mais nous manquons de ministres qui agis-
sent.
(Tome I, page 394.)
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Le mépris de la multitude et la mauvaise foi
dans l'impuissance sont deux des signes qui carac-
térisent le charlatanisme. Ajoutez-y : promettre
ce qu'on sait ne pouvoir tenir, se louer soi-même
avec effronterie, se faire applaudir sans conscience
et sans mesure, grandir ce qui n'a pas de gran-
deur, abuser la foule qui vous écoute en déguisant
la pauvreté des choses sous le faste des mots.
Comme les charlatans trouvent que rien ne donne
plus de peine que les actes et ne coûte moins que
les paroles, ils parlent beaucoup et ne font rien.
Ne rien faire et railler ceux qui font, c'est à cela
qu'ils excellent !
(Tome I, page 588.)
Autorité et mensonge, prestige et mauvaise foi,
sont des choses qui s'excluent. Comment le gou-
vernement serait-il respecté, quand il ne respecte
pas la vérité, quand il s'attire, par des affirmation s
hasardées, les plus accablants démentis?
(Tome II, page 535.)
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La force d'un ministère est exclusivement dans
ses actes. S'il ne peut les avouer tous hautement,
les défendre en toute conscience, et avec orgueil
d'eux-mêmes, s'ils ont besoin d'ombre et de mé-
nagements, son existence, dès lors, sera toujours
menacée, incertaine, dépendante ; tous ceux qui
d'abord en auront accepté la solidarité, la décli-
neront; l'isolement, la faiblesse, la déconsidération
ne tarderont point à suivre; tout ce qu'il tentera
pour ranimer la confiance ne fera que l'éteindre;
ses coups de force ne paraîtront que des violences
impuissantes; ses élans tardifs de fierté blessée,
ses efforts inopportuns d'indépendance ne feront
que précipiter sa chute.
(Tome I, page 28.)
Quand le pouvoir est aux mains de ministres
plus téméraires que fermes, pour allumer une ré-
volution, il suffit de la capsule d'une baïonnette
inintelligente. Rien de plus dangereux que l'incer-
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titude sur une question où des deux parts l'on se
croit également fort de son droit.
(Tome II, page 224.)
Tenter de justifier certaines fautes est peut-être
encore plus grave que les avoir commises. On ne
les justifie pas, et l'on s'évertue à donner à un fait
l'importance d'une doctrine que réprouvent toutes
les consciences honnêtes, toutes les opinions
loyales.
(Le Succès, page 62.)
Désormais il est acquis à l'histoire parlementaire
que le moyen le plus efficace d'abroger l'existence
d'un ministère impuissant est de lui donner le
concours d'une majorité considérable. Toute ma-
jorité est un levier, mais tout levier n'est qu'un

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