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Les Petits Touristes

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AH ! toi, Henri, je suis bien tranquille sur le triomphe qui t’attend. Tu es un bon fils et fais tout ce qu’il faut pour nous contenter, moi et tes maîtres. Aussi, cette après-midi, suis-je bien certain d’entendre à chaque instant appeler : M. Henri Bacheley, premier prix de thème latin ; M. Henri Bacheley, premier prix de version latine. Et le prix d’histoire ! Et celui de géographie !

— Père, il n’est pas bien sûr que j’obtienne le premier prix dans cette matière.

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Sylva Consul

Les Petits Touristes

Premier voyage de vacances

CHAPITRE PREMIER

AH ! toi, Henri, je suis bien tranquille sur le triomphe qui t’attend. Tu es un bon fils et fais tout ce qu’il faut pour nous contenter, moi et tes maîtres. Aussi, cette après-midi, suis-je bien certain d’entendre à chaque instant appeler : M. Henri Bacheley, premier prix de thème latin ; M. Henri Bacheley, premier prix de version latine. Et le prix d’histoire ! Et celui de géographie !

 — Père, il n’est pas bien sûr que j’obtienne le premier prix dans cette matière.

 — Premier ou second, il n’importe. Quant à en avoir un, j’en répondrais. Si seulement je pouvais espérer, je ne dis pas autant, mais quelque récompense pour Claude, mais, hélas....

 — Oh ! père, je suis bien sûr que mon frère ne reviendra pas de la distribution les mains vides.

 — Sans doute, le premier prix de gymnastique, d’équitation et de natation. Ça, c’est de règle chaque année. Je ne trouve pas, moi, que ce soit suffisant.

Tel est le dialogue qui était engagé, le 17 juillet 1891, entre M. Bacheley, un riche ingénieur de la chaussée d’Antin et son fils aîné, Henri.

Henri avait treize ans et faisait ses études dans un collège dirigé par les frères des Ecoles chrétiennes. Il était déjà en troisième, et, ainsi que nous l’avons appris par la conversation précédente, donnait la plus grande satisfaction à son père par son travail et sa soumission.

Les professeurs ne savaient quels éloges faire de lui. Chaque année, il moissonnait les lauriers les plus abondants au jour de la distribution des prix. Doué d’une intelligence remarquable qu’il mettait au service des plus persévérants efforts, il ne faisait de doute pour personne qu’il dût devenir un de ces hommes qui s’imposent par des qualités aussi brillantes que solides. Il n’en était pas de même de son frère cadet, Claude. Quoique âgé de onze ans, Claude n’était encore qu’en sixième classe et ne brillait dans aucune des facultés à l’étude desquelles on l’astreignait. Il était élevé au même collège que son frère, mais quand M. Bacheley allait rendre visite au frère directeur, il ne recevait pas certes (et combien il s’en fallait !) les mêmes compliments du cadet que d’Henri. Espiègle au-delà de toute mesure, toujours prêt à se mettre à la tête des petites cabales d’écoliers, éprouvant une répugnance qui paraissait invincible pour toute étude suivie, il était toujours au nombre des derniers de la classe.

Comme nous le savons déjà cependant, il y avait une exception à cette règle. Plus fort que son frère, malgré la différence d’âge, il excellait dans tous les exercices physiques. D’une santé magnifique, il avait dès l’enfance méprisé toute occupation l’obligeant à l’état sédentaire pour se jeter à corps perdu dans tout jeu bruyant et animé. Ses muscles s’étaient fortifiés extraordinairement et il se vengeait de son humilité forcée pendant les exercices de la classe, en donnant ses ordres comme moniteur pendant les leçons de gymnastique ou de natation.

Et maintenant que nous voyons se détacher la silhouette de nos deux frères, disons un mot de M. Bacheley, ce qui nous amènera à parler de la petite fille, Yvonne.

M. Bacheley, âgé d’une quarantaine d’années, avait acquis par son travail et sa valeur une haute situation en même temps qu’une grande fortune.

Elevé dans les principes les plus sévères de la religion par une mère pieuse, il avait conservé précieusement la foi qui l’avait aidé à supporter les peines qui étaient venues fondre sur lui.

En effet, père de trois enfants qu’il chérissait, il s’était vu enlever l’aîné en quelques heures, et, un mois après, Dieu le frappait de nouveau, en rappelant à lui la compagne de sa vie, au moment même où naissait une petite fille.

Cette dernière qui, à l’heure actuelle, avait huit ans, se nommait Yvonne. M. Bacheley avait voulu lui donner ce nom en souvenir de la chère défunte et aussi pour la placer sous la protection de la patronne de la Bretagne, province où était née l’enfant. C’est en effet à Nantes qu’elle avait vu le jour, chez ses grands-parents paternels.

Yvonne avait été confiée aux soins d’une nourrice qui habitait Trentemoult, à quelques kilomètres de Nantes, et elle avait grandi superbement aux senteurs âpres des genêts de l’Armorique, au souffle vivifiant de l’Océan qui se fait sentir jusque sur les bords de la Loire-Inférieure.

Quand elle eût atteint l’âge de quatre ans, M. Bacheley la rappela près de lui et fit venir à Paris la nourrice de l’enfant, Julie, qui maintenant remplissait dans la maison le rôle de femme de confiance.

Depuis, l’ingénieur avait vécu exclusivement livré au travail, sans autre affection que celle bien profonde de ses chers petits. S’occupant de bonnes œuvres, président de la société de Saint-Vincent de Paul, dans sa paroisse, il était d’une inépuisable charité et Dieu lui rendait en bonheur le bien qu’il semait autour de lui.

Les deux garçons s’aimaient vivement, non cependant qu’il n’y eût quelque incompatibilité d’humeur entre eux. Henri n’en voulait pas à Claude de l’incontestable supériorité physique que ce dernier avait sur lui, mais Claude prenait moins facilement son parti de se voir éclipsé par son frère en tout travail intellectuel. Quelquefois, il était d’humeur désagréable, agressive même, et Henri avait éprouvé bien des chagrins, de certaines petites peines que lui avait causées son frère, plus par étourderie que par méchanceté, sans aucun doute.

Le matin où nous entendons la conversation de M. Bacheley et de son fils aîné ne séparait que de quelques heures les élèves du collège de la cérémonie annuelle de la distribution des prix. M. Bacheley avait pris le jeune Henri sur ses genoux, et, tout en lui caressant doucement la joue, lui adressait, nous le savons, tous les éloges auxquels avait droit le studieux écolier.

 — Et tu sais, continua l’ingénieur, ce que je t’ai promis. Ce soir même nous partons en vacances. Oh ! mais, en vacances à ma façon. On va souvent très loin visiter quelque beau site, comme si tout près de nous nous n’avions pas des merveilles à voir.

« Je me suis souvenu d’un voyage que je fis une fois avec ta bien-aimée mère et qui nous causa à tous deux grand plaisir. Nous avions entrepris de voyager à petites journées, nous arrêtant où nous voulions, allant où nous guidait notre fantaisie, où nous attirait la vue de quelque beau monument. C’est ce voyage que je veux recommencer avec toi. Nous visiterons les châteaux des bords de la Loire. Tu verras ce que te réserve de surprises ce beau voyage. Claude et Yvonne iront à Chaville avec Julie.

 — Oh ! père, interrompit l’enfant, je vous en prie, emmenez Claude avec nous.

 — Non, Henri. Oh ! je connais bien ton cœur et sais que tu vas encore vouloir faire faiblir ma volonté, mais c’est inutile. Claude mérite une punition ; celle-là lui sera très sensible : je la lui infligerai.

 — Vous qui êtes si bon, père, accordez-moi ce que je vous demande, et laissez-le venir avec nous.

 — Mon enfant, si tu insistais, tu me ferais de la peine. On est obligé quand on est papa à des actes qui ne sont pas sans vous chagriner vous-même, mais qui sont indispensables.

 — Mais, père, la vue de toutes ces beautés que nous allons admirer, la physionomie des divers départements que nous traverserons auraient sûrement intéressé Claude, et il eût voulu gagner, pour l’année prochaine, la faveur...

 — Vois, interrompit M. Bacheley, comme tu t’embarrasses dens cette grande phrase que tu ne peux achever. Ta cause est mauvaise, crois-moi.

 — D’ailleurs, je me sauve, ajouta-t-il brusquement. Fais ta toilette, tu n’as plus que le temps nécessaire.

 — Bon ! des cris d’Yvonne. Qu’y a-t-il encore ?

M. Bacheley se précipita dans la chambre des enfants d’où paraissaient provenir les clameurs et arriva juste pour ramasser la petite Yvonne qui gisait sur le tapis, pendant que Claude, tout interdit, la regardait sans penser à lui porter secours.

Voici ce qui s’était passé :

Claude avec deux énormes pitons qu’il avait plantés dans le chambranle de la porte de communication entre sa chambre et celle d’Yvonne et de Julie, avait installé une balançoire faite de grosses ficelles tressées et d’une planche, et n’avait trouvé rien de mieux que de faire monter sa sœur sur l’escarpolette improvisée. La petite fille s’était d’abord amusée à ce jeu, mais elle avait bientôt perdu l’équilibre et était tombée,. heureusement sans se faire mal. Les cris qu’elle avait jetés étaient plutôt occasionnés par la crainte que par la douleur elle-même.

Ce petit événement fut la cause d’une nouvelle réprimande qui fut adressée à Claude par M. Bacheley, qui n’avait pas encore eu l’occasion de voir la balançoire soigneusement démontée et cachée après chaque séance.

Après le déjeuner qui fut très court, le père et les deux fils partirent pour le collège, où ils arrivèrent pour l’heure de la cérémonie.

Nous n’entreprendrons pas de raconter la distribution des prix. Qui ne connaît les joies qu’elle suscite, joies que plus tard on ne peut se rappeler sans émotion ? Qui ne sait aussi les déceptions que parfois réserve la séance ? M. Bacheley ressentit le plus vif plaisir quand il entendit proclamer le nom de son Henri, plus souvent même qu’il ne l’avait espéré ! L’évêque qui présidait posa sur la tête de l’enfant la couronne d’or qui était réservée à l’heureux possesseur du prix d’excellence. Mais une seconde, une troisième, une quatrième fois, sans discontinuer, le même nom revenait sur les lèvres du lecteur du palmarès, et les livres aux reliures dorées, revêtus de leur enveloppe de peau multicolore, s’amoncelaient sur les marches de l’estrade où Henri était obligé de les déposer, n’ayant pas le temps de les reporter à sa place. Un murmure d’admiration s’élevait de l’assemblée des papas, des mamans, qui se levaient pour voir le petit triomphateur. Une cinquième fois enfin retentit le même nom, et le frère chargé de conduire l’élève à la personne qui décernait la récompense mena Henr à M. Bacheley, qui, tout ému, sentant une larme lui monter aux yeux, serra son fils dans ses bras, lui disant :

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M. Bacheley se précipita dans la chambre des enfants. (Page 14).

 — Mon chéri, comme tu me rends heureux ! Je te dois aussi une récompense. Cherche bien ce qui peut te faire plaisir, et je te promets de te donner ce que tu me demanderas.

La musique fit entendre ses plus joyeux accents pendant que, tout abasourdi, Henri regagnait enfin sa place, suivi d’un frère qui l’aidait à porter les beaux volumes qui constituaient sa part des récompenses.

Hélas, il n’en fut pas de même pour notre pauvre Claude, quand arriva pour les élèves de la sixième classe le tour de venir chercher les couronnes méritées par le long travail d’une année. Comme les années précédentes cependant, quant on en vint à appeler le vainqueur de la gymnastique, ce fut le nom de Claude Bacheley qui fut proclamé.

Mais l’enfant ne paraissait pas, et on dut une seconde fois l’appeler, sans d’ailleurs plus de résultat. Un mouvement de curiosité se produisit et les élèves se retournèrent vers le banc où devait se trouver Claude. Sa place était vide et ce ne fut pas sans un profond étonnement que M. Bacheley d’un côté, Henri de l’autre, constatèrent l’absence de l’enfant. On appela alors le frère aîné pour prendre le prix destiné à son cadet, ainsi que les deux autres récompenses accordées à la natation et à l’équitation pour lesquelles Claude l’avait emporté sur ses camarades.

Tout intrigué, inquiet même, M. Bacheley profita de l’exécution du morceau de musique qui suivit pour quitter l’estrade et sortir dans la cour où l’avait précédé le frère chargé de la direction des études. Tous deux trouvèrent notre Claude, assis sur un banc, en train de bouder.

M. Bacheley interrogea sévèrement l’enfant sur les motifs de sa fugue. Claude se mit à pleurer.

 — On s’était, expliqua-t-il enfin, à phrases hachées, entrecoupées par les sanglots, on s’était trop moqué de lui avec ses prix de gymnastique. Il n’en voulait pas.

 — Non, continuait-il, non, je n’en veux pas, je n’en veux pas.

 — Serait-ce, lui demanda son père, à un sentiment indigne de jalousie que vous avez cédé en quittant la salle ? Sont-ce les succès de votre frère qui vous ont poussé à faire la mauvaise tête ?

 — Oh ! non, père, s’écria Claude, non, je suis bien heureux des succès d’Henri, et voudrais bien en obtenir de semblables.

 — Ne tient-il pas à vous qu’il en soit ainsi ? répliqua M. Bacheley.

Alors le frère attira affectueusement à lui le pauvre Claude et, lui parlant doucement, lui montra en quelques mots combien il lui eût été facile, avec l’intelligence naturelle qu’il possédait, de remporter, lui aussi, des succès qui eussent réjoui le cœur de son père. Il l’amena par la douceur de ses paroles à promettre de travailler consciencieusement l’année suivante.

 — Et puis, continua doucement le maître, n’allez-vous pas faire votre première communion ? Et Dieu serait-il satisfait de vous voir transgresser une de ses lois primordiales, celle du travail ? Pensez-y, mon entant. Vous venez d’ailleurs de promettre de travailler ? je vous rappellerai votre promesse.

La cérémonie s’était terminée pendant cette petite scène et les élèves sortaient, accompagnés de leurs parents.

Pendant le retour en voiture, l’ingénieur et ses enfants gardèrent un silence prolongé.

M. Bacheley avait été véritablement peiné de l’attitude de Claude et du nouveau résultat de son manque absolu de travail. Sans doute la promesse qu’il venait de faire avait paru sincère, mais fallait-il maintenant avoir grande confiance ?

Et puis, pour tout dire, combien il coûtait à ce bon père de n’emmener avec lui, pendant ce voyage qui devait se terminer par un pieux pèlerinage à la tombe de sa femme, qu’un seul de ses fils et de ne pas se trouver réunis à Nantes, pour les faire s’agenouiller sur la pierre, les trois enfants de la défunte !

Pourtant il ne pouvait faire autrement que de tenir sa parole. Il avait prévenu Claude, depuis le commencement de l’année scolaire, de la décision qu’il avait prise touchant ces vacances, et se laisser fléchir était marque d’une faiblesse que ne manquerait pas de remarquer le petit paresseux.

Henri, lui, semblait absorbé dans la résolution d’un problème. Deux ou trois fois, il fit machinalement de la tête un signe affirmatif qui ne s’adressait à personne.

Quant à Claude, il regardait tristement passer les voitures, tout secoué encore par les événements de l’après-midi.

Arrivé à la maison, M. Bacheley monta de suite à son cabinet, pour, avant le départ qui devait avoir lieu à sept heures, écrire deux ou trois lettres et ranger quelques papiers.

Les deux frères gagnèrent leur chambre pendant qu’Yvonne admirait les beaux livres étincelants de dorure que Julie ne regardait pas elle-même avec des yeux moins grands ouverts.

 — Voyons, petit frère, dit Henri à Claude, dès qu’ils furent entrés, pourquoi, quand tu éprouves du chagrin, ne pas me le confier ?

 — Je n’ai pas de chagrin, répondit brusquement Claude.

 — Comme c’est vilain à toi, de me répondre comme tu le fais !

 — Laisse-moi tranquille. Tu ferais mieux de faire tes préparatifs de départ pour ton grand voyage...

 — Décidément tu es méchant, Claude.

Et lui prenant la tête que celui-ci s’acharnait à reculer, Henri embrassa avec effusion le petit boudeur.

Claude ne put tenir contre cette bonne caresse, et prenant la main de son aîné :

 — C’est vrai, Henri, pardonne-moi. Je suis méchant parce que je suis mécontent de moi.

 — Eh bien, il faut mieux t’appliquer à l’étude, Claude. Père qui est si bon éprouve de la peine à te voir paresser comme tu le fais.

 — Oh ! mais je ne le ferai plus, je l’assure. Je l’ai promis aujourd’hui même et je tiendrai ma parole.

Yvonne vint rejoindre les deux frères et Henri laissa bientôt la gamine jouer avec Claude.

M. Bacheley terminait le classement auquel il s’était livré quand un coup timide fut frappé à la porte du cabinet. C’est Henri qui se présenta devant son père.

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Oh ! merci, merci, père. (Page 29.)

 — Que veux-tu, mignon ?

 — Mon père, dit-il avec un accent sérieux qui fit sourire l’ingénieur, j’ai une faveur à vous demander.

 — Oh ! oh ! tu viens me rappeler la promesse que je t’ai faite tantôt. Eh bien soit ! Que veux-tu comme récompense de ta bonne conduite et de ton travail obstiné ?

 — Père, reprit gentiment Henri, il ne m’appartient pas de vous faire revenir sur les résolutions que vous avez prises. Vous ne voulez pas que mon frère participe au voyage de plaisir que vous m’offrez, soit !

M. Bacheley fronça un peu le sourcil.

 — Mais, continua résolument l’enfant, je suis assuré de n’avoir pas, si Claude reste ici, la moitié du plaisir que j’éprouverais s’il venait avec nous. La pensée qu’il s’ennuiera à Viroflay pendant que je serai là-bas, à admirer les belles choses que vous me montrerez, me gâtera ma joie. Je vous demande comme faveur de rester ici.

Tout ceci était dit si simplement, avec un accent de conviction si sincère que M. Bacheley ne trouva rien à répondre à son fils. Il l’attira à lui, et l’embrassant longuement :

 — Oh ! mon enfant ! que je suis fier d’être ton père. Garde toujours ces sentiments de délicate bonté, et tu seras un jour, j’en suis sûr, un homme accompli.

Et continuant :

 — Qu’il soit fait comme tu veux ; ton frère et toi ne vous séparerez pas. Va chercher Claude.

Les enfants revinrent bientôt, Claude encore tout penaud, Henri l’air très gai.

 — Claude, dit l’ingénieur, prends Henri comme exemple. Vois combien il est bon frère. Tu sais que d’après nos conventions, tu ne peux participer au voyage que je voulais entreprendre avec lui.

 — Je le sais, répondit Claude, et subirai ma punition.

 — Eh bien ! ton frère ne veut pas se séparer de toi et souhaite rester à Viroflay pour te tenir compagnie pendant ses vacances. Je lui accorde cette faveur qu’il m’a demandée.

 — Mais, s’écria vivement Claude, je ne veux pas. Je ne veux pas, entends-tu, Henri. Comment  ! Tu serais puni parce que j’ai été paresseux. Oh ! mon bon frère, non, non, je t’en prie. Je serais moi-même trop malheureux en pensant que je suis cause que tu ne fais pas ce beau voyage que tu désires depuis si longtemps. Père, je vous en prie...

 — Et moi, Claude, comment veux-tu que je m’amuse pendant que toi...

 — Allons, interrompit M. Bacheley, embrassez-vous, enfants, et aimez-vous toujours.

Et comme les deux frères étaient tombés dans les bras l’un de l’autre :

 — Maintenant, dépêchez-vous de vous préparer.

Les enfants n’étaient pas encore revenus de leur surprise que Julie, sonnée par son maître, avait paru.

 — Julie, dans deux heures le dîner, et à six heures nous partons, tous, vous entendez, tous les cinq pour Maintenon, où doit commencer le fameux voyage de vacances.

Pendant que Julie balbutiait, tout effarée de cet ordre subit, Claude sautait au cou de son père.

 — Oh ! merci, merci, père. C’est solennel de jurer, n’est-ce pas ; eh bien, je te jure que je travaillerai bien l’année prochaine, et que je n’aurai pas le prix de gymnastique.

 — Si ! dit le père en riant, mais accompagné d’autres.

CHAPITRE II

IL n’était pas encore sept heures quand Claude se réveilla.