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Les plasticiens au défi de la scène

De
136 pages
Marina Abramovic, Pierre Sorin, Oleg Kulik, Anish Kapoor, Claude Lévêque, Daniel Buren, Anselm Kiefer... Performeurs, peintres, vidéastes, sculpteurs et architectes s'aventurent, ces dernières années, sur la scène. Par ce déplacement singulier qui les confronte à un propos autre, dramatique, thématique ou musical, et au travail collectif, ces artistes témoignent du défi que continue de poser le lieu théâtral pour la création artistique. Leurs scénographies signalent les points de rencontre et d'écart entre les arts plastiques et ceux du spectacle.
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Couverture

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4e de couverture

4e Image couverture

Univers Théâtral

Collection dirigée par Anne-Marie Green

 

On parle souvent de « crise de théâtre », pourtant le théâtre est un secteur culturel contemporain vivant qui provoque interrogation et réflexion. La collection Univers Théâtral est créée pour donner la parole à tous ceux qui produisent des études tant d’analyse que de synthèse concernant le domaine théâtral.

Ainsi la collection Univers Théâtral entend proposer un panorama de la recherche actuelle et promouvoir la diversité des approches et des méthodes. Les lecteurs pourront cerner au plus près les différents aspects qui construisent l’ensemble des faits théâtraux contemporains ou historiquement marqués.

 

Dernières parutions

 

Gérard HUBER, Shakespeare, le marrane du théâtre, essai sur Le Marchand de Venise, 2017.

François LASSERRE, Corneille, le destin d’un écrivain de théâtre, 2017.

RABANEL, Epistémologie de l’art vivant. L’inversion au cœur du spectacle, 2017.

Françoise QUILLET, Des formations pour la scène mondiale aujourd’hui, 2016.

RABANEL, Génie du carnaval, Quand le savoir bascule, 2016.

Stéphane LABARRIERE, Spectacle vivant à l’épreuve de l’itinérance, Magnétisme nomade et société de contrôle, 2016.

RABANEL, Le Feu sacré du théâtre, Manifeste du réinventisme, 2016.

Dorys CALVERT, Théâtre et Neuroscience des Emotions, 2016.

RABANEL, Spectateurs sidérés, ou L’Allégorie du Goéland, 2016.

Hanan HASHEM, Emile Augier, Alexandre Dumas fils, et Victorien Sardou, Dramaturgie du savoir-vivre sous le Second Empire, 2015.

Elise VAN HAESEBROECK, Le théâtre de Claude Régy, l’éros d’une voix sans bouche, 2015.

Abdelmajid AZOUINE, Théâtre moderne et pratiques picturales, correspondances et confluences, 2015.

Franck WAILLE et Christophe DAMOUR (dir.), François Delsarte, une recherche sans fin, 2015.

François QUILLET, La scène mondiale aujourd’hui. Des formes en mouvement, 2015.

François LASSERRE, L’inspiration de Corneille, 2014.

Titre

Marie-Noëlle SEMET-HAVIARAS

 

 

 

 

 

Les plasticiens

au défi de la scène

 

(2000-2015)

 

 

 

Préface de Georges Banu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright

 

© L’Harmattan, 2017

5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

 

http://www.editions-harmattan.fr

 

EAN Epub : 978-2-336-79065-7

Dédicace

 

Pour Georges

Pour Vassili

 

À Jacques et à Véronique

EN GUISE DE PRÉFACE

Les mariages à l’essai

Voici un livre rare. Ma rencontre avec lui est le fruit d’un hasard heureux, mais, n’ai-je pas réagi parce que, tacitement, je l’attendais ? Il répondait à un manque éprouvé depuis longtemps car la relation entre les hérauts des arts plastiques et de la scène fait défaut à la bibliographie, au moins, française. Son originalité est là, mais, par ailleurs, d’où provient-elle, on peut s’interroger. Sans parler du fait qu’elle complète une réflexion que j’ai engagée moi-même dans Le théâtre ou le défi de l’inaccompli (Éd. les Solitaires intempestifs) ; elle concerne ces créateurs qui, en se soumettant au régime fédérateur imposé par tout spectacle, adoptent le régime de l’inachèvement comme impératif pour parvenir à l’association plurielle à laquelle ils sont conviés. Un grand scénographe se reconnaissait pleinement dans le diagnostic avancé : “je reste aux portes de l’art”... À l’opposé, paradoxalement, interviennent les artistes auxquels Marie-Noëlle Semet consacre son étude, artistes invités à se joindre au travail communautaire d’un spectacle en raison de leur œuvre affirmée, achevée, “accomplie”. Elle sert d’appui au projet scénique dont le vœu consiste à la prendre en compte comme donnée initiale, au même titre que le texte ou la musique. Épreuve inédite pour le metteur en scène ou le chorégraphe qui font appel à un partenaire a priori insoumis et paritaire. Ils le cooptent à leurs risques et périls, pleinement assumés au nom d’un renouvellement attendu : on n’invite pas sans raison “le rebelle dans la maison”. C’est à l’examen de ce travail provocateur et pourtant essentiel que se consacre le livre qui paraît aujourd’hui. Il parle des retombées qu’engendre l’abandon de la conduite fédératrice habituellement respectée au profit de l’intervention singulière qui surprend, dérange, déroute. L’exception ou la règle — voilà le choix. Quitte ou double !

Il s’agit, pour reprendre une belle formule avancée par Marie-Noëlle Semet, de “mariages à l’essai” puisque justement, pour ce type de pactes, la longévité reste prohibée car ce qui compte c’est l’événement de la rencontre, sa brièveté, le partage passager. Cela peut procurer l’illusion d’un mariage mais qui sera vite brisé. “Mariage à l’essai” car cette fois-ci l’habitude n’a pas droit de s’installer... D’ailleurs chez les artistes plastiques convertis en captifs à long terme de la scène leur vocation initiale s’est progressivement dissoute, tarie, évanouie. Artistes phagocytés par le goût de la scène car, aujourd’hui exsangues, ils ne gardent plus que le souvenir vaniteux de leur œuvre première : ils sont passés de l’autre côté. Tandis que, par contre, les artistes qui n’entretiennent avec le spectacle qu’une relation épisodique, tangentielle, comme deux planètes qui seulement se rapprochent un instant l’une de l’autre, sauvegardent leur identité et leurs œuvres, parfois, sont même exposées dans leur autonomie plénière, comme détachées de leur relation première... avec le spectacle. Bill Viola, les Kabakov...

L’artiste temporairement coopté à la scène — le livre en fait son motif récurrent — se trouve exposé au défi de la contrainte, lui qui, à l’accoutumée, opère dans le contexte de la liberté sans bornes, aujourd’hui surtout. Contrainte d’un dispositif spatial, le théâtre et ses impératifs d’image, contrainte de distance, contrainte d’un texte, d’une musique, contrainte d’une proposition initiale formulée par le metteur en scène ou le chorégraphe. Jamais l’artiste n’est l’initiateur ! Mais, si l’on lui propose de s’associer à cette œuvre collective qu’est le spectacle c’est en raison justement de ce dont il est le porteur inédit : une œuvre personnelle ! Œuvre insoluble dans l’ensemble, mais œuvre signée, réfractaire à l’adaptabilité que cultivent les scénographes, œuvre qui s’affirme comme venue d’ailleurs, d’un imaginaire d’artiste. Œuvre autonome, poétique et interrogative. Comment ne pas se rappeler l’omphalos déroutant placé au milieu du plateau par Gilles Aillaud pour la Bérénice de Grüber à la Comédie Française ou la clepsydre géante qui se vidait tout au long de Faust Salpêtrière ? Et tant d’autres... Le spectateur regarde et subit un lent effet d’imprégnation qui perdure au-delà du spectacle. Il devient mémoire... mémoire qui se laisse raconter. Ce sont surtout les grandes interventions d’artistes qui suscitent un discours en raison même de leur identité, de leur force implicite, de leur présence qui appelle l’interprétation de chacun. Ces énigmes posées sous nos yeux captivent tant qu’elles résistent et ne permettent pas le déchiffrement rapide, source d’ennui et de désintérêt. Rien de plus répulsif qu’une fausse énigme vite résolue ! L’immobilité d’un dispositif sans réponse immédiate attire, le contraire désespère.

 

Ce livre invite aussi bien à l’examen analytique de l’échange fugitif entre les artistes et la scène, mais il évoque concrètement les solutions adoptées ; il associe pensée et témoignage. Il n’a rien de squelettique et rien non plus de strictement descriptif. Il nous permet de saisir des options esthétiques aussi bien que de saisir des pincées du concret. L’équilibre reste sans cesse sauvegardé. Du spectacle disparu, Marie-Noëlle Semet retient des fragments emblématiques, aptes à reconstituer l’ensemble et à dégager la perspective adoptée. L’analyse ne se départit pas des œuvres !

La performance qui détient ici une place privilégiée, voire centrale, instaure le culte de la présence. Présence de l’artiste. Mais se suffit-elle à elle-même ? L’artiste présent n’intéresse, pour moi, qu’en tant que porteur d’un discours sur son propre statut. Comme jadis Kantor ou, plus récemment, Barceló et Nadj. Cette “présence” constamment évoquée reste un sujet à débattre, clef de voûte d’une ambiguïté qui tantôt captive tantôt déçoit. Ce n’est pas l’artiste qui s’expose, qui fait sens, mais la réflexion sur l’artiste. En étant présent que dit-il ? L’essai de Marie-Noëlle Semet incite à interroger, affranchi de tout programme autoritaire, de toute déclaration intempestive, cette incertitude fondatrice. On reconnaît qui est là, mais pourquoi... la présence sans pensée a perdu aujourd’hui sa pertinence.

Dans ce livre aux entrées multiples et chargé de renseignements de témoin l’on retrouve la relation des artistes cultivée plutôt dans le domaine de la danse et de l’opéra. Pourquoi me suis-je demandé ? Parce qu’en prisonniers de l’image et du dispositif ils semblent rester plutôt rétifs aux mots. Non pas des peintres philosophes qui épousent le projet d’un Grüber comme Gilles Aillaud, Recalcati ou Arroyo mais les artistes prisonniers des formes et des univers dont ils n’entendent pas se détacher, Kapoor, Buren... Oui, les artistes dialoguent avec les arts du vivant, mais surtout avec les arts du corps. Le théâtre, lui, reste encore une affaire de mots qui lui sont encore nécessaires. Et comment ne pas rappeler la subtile analyse d’André Green qui découvre que la pantomime préliminaire n’a aucun effet, et que c’est seulement en lui rajoutant les mots que le théâtre parvient à faire éclater la vérité dans Hamlet ? Les artistes ne se situent pas du côté des mots. Ils affirment leur apport en imposant le socle des images.

Les scénographes, dans le sens reconnu du terme, “dialoguent” avec le spectacle dont ils suivent le chemin et épousent le mouvement, tandis que les artistes captivent justement parce qu’ils imposent des “monologues” personnels dont nous subissons l’impact. “Monologues” des étrangers qui viennent bousculer le plateau en s’improvisant, comme le dit joliment Marie-Noëlle Semet, en “scénographes d’un soir”. Le monologue fournit ce que l’on appelait autrefois le grundmotiv central d’un texte, mais qui, cette fois-ci renvoie non plus au préalable d’une pièce, mais à celui d’une œuvre d’artiste qui s’affirme sur la scène.

Dans les spectacles du vivant tout disparaît et tout est moins cher, tout est fugitif et jamais persistant. Ici l’artiste peut libérer sa créativité sans forte pression économique ni repentir lié à la pérennité de la solution proposée. Rien ne reste. Tout disparaît et le pari avec la durée n’a pas lieu d’être. Peut-être que pour échapper à leur statut habituel, les artistes “accomplis” ne sont pas insensibles au succès immédiat du plateau, mais succès toujours sans postérité réelle... Plus tard, comme pour Picasso, Léger ou Viola, on évoquera leur apport et leur contribution aux œuvres du spectacle vivant, mais rares, très rares, seront les traces conservées. L’oubli libère et minore la responsabilité du geste artistique. Les artistes s’avancent sur les plateaux au nom du désir passager d’échapper à leur statut. Aventure furtive.

Comment ne pas faire remarquer le retournement quant au rapport à l’instant de la scène et de l’art. Toute l’avant-garde théâtrale s’est employée à dresser un front de résistance contre la périssabilité des spectacles qui, en raison de cela, justement, se voyaient refuser le statut d’œuvres d’art qui, lui, à l’opposé, était validé par l’éternité, critère suprême. Craig fut l’apôtre de ce procès intenté au théâtre qui... meurt au nom de l’art qui, lui,... survit. Aujourd’hui cette dichotomie semble être surmontée car, plus que jamais, les installations et les performances exaltent l’instant jadis si agressivement déploré. Conséquence d’une mutation de mentalités ! Elle légitime encore plus le rapprochement du spectacle et des artistes, séduits de concert par l’instant. Ils se rattachent au “présentéisme” généralisé qui a fini par se constituer en donnée des temps modernes. Que rien ne dure, que tout passe ! L’art comme les êtres...

Une ultime remarque. Le passage en revue des artistes énumérés ici pour leurs liens avec les spectacles du vivant constitue presque un inventaire du gotha des créateurs de la modernité confrontés aussi bien avec le plateau qu’avec les espaces non théâtraux qu’ils ont su mieux que quiconque investir. Comment expliquer cet accord de collaboration avec la danse, le théâtre et l’opéra ? Comment ne pas se rappeler que par le passé, si l’Église a su et pu mobiliser les artistes de référence, la scène, elle, a dû se contenter de peintres de seconde main, médiocres, dépourvus de toute notoriété. Le renversement s’explique-t-il par une revalorisation des pratiques de la scène associées désormais plus explicitement à l’univers de l’art ? Ou par l’aptitude des metteurs en scène à suivre de manière accélérée l’évolution de l’art dans ses métamorphoses incessantes afin de dépasser le retard qui, depuis toujours, s’est creusé entre le renouveau du théâtre et celui de la peinture, de la sculpture. Peut-on parler d’un front commun des arts qui avancent désormais ensemble ?

Lisons ce livre de Marie-Noëlle Semet comme le récit inspiré aussi bien qu’éclairant des aventures de la scène qui ont relié le spectacle et les arts et, ensuite, rangeons-le bien dans la bibliothèque au rayon : le pont des arts !

Georges Banu

 

Georges Banu a publié une trilogie concernant la relation théâtre – peinture : Le rideau ou la fêlure du monde, L’homme de dos, Nocturnes. Il a traité la même question dans une série d’essais consacrés à Paul Delvaux, Francis Bacon, Bruce Nauman. Il collabore à la revue Art Press.

Avertissement

Des illustrations, photos ou vidéos, des œuvres traitées dans ce volume peuvent être vues en ligne. Elles sont signalées dans le corps du texte par un astérisque (*) suivi du numéro du lien URL de la liste ci-dessous.

 

1. http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2005/the-biography-remix

2. http://www.robertwilson.com/life-and-death-of-marina-abramovic

3. http://www.paperblog.fr/4658949/saint-francois-d-assise-a-l-opera-de-munich-messiaen-et-nagano-versus-hermann-nitsch/

4. https://www.youtube.com/watch?v=rhUWkEqYPt0

5. http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2006/paso-doble

6. http://www.hundertmark-gallery.com/saburo-murakami.0.html

7.http://www.corillon.net/artVivant/vieEnSoi/riviere/FR/framesetFR.html

8. http://www.corillon.net/artVivant/diableAbandonne/menuDiable.html

9. http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/la-pietra-del-paragone-un-rossini-delirant-sous-l-emprise-de-la-video-148483

10. http://www.resmusica.com/2009/06/23/paitre-cote-a-cote-nest-pas-vivre-ensemble/

11. http://www.theatredurondpoint.fr/spectacle/22h13

12. http://www.musicalavenue.fr/critiques-spectacle-critique-poppea-au-theatre-du-chatelet/http://www.musicalavenue.fr/critiques-spectacle-critique-poppea-au-theatre-du-chatelet/

13. http://culturebox.francetvinfo.fr/opera-classique/opera/sexy-drole-intelligent-irresistible-belle-helene-d-offenbach-au-chatelet-221225

14. http://nicolasbuffe.com/orlando-paladino/

15. http://nicolasbuffe.com/peau-de-licorne/

16. http://nicolasbuffe.com/studiolo/

17. http://nicolasbuffe.com/mozart-il-re-pastore/

18.http://www.musebaroque.fr/MB_Archive/Concerts/vespro_kulik_spi nosi.htm

19.http://www.rene-girard.fr/57_p_44748/chatelet.html

20. https://artyficielles.wordpress.com/2014/04/29/tristan-et-isolde-wagner-et-bill-viola-a-lopera-bastille/

21.http://www.festival-automne.com/edition-2000/bill-viola-the-greeting

22.http://www.idocpreljocaj.org/galerie/2005-10-13/les-4-saisons-laurent-philippe-nantes-2005

23.http://lesindependances.com/projects/un-terrain-encore-vague

24.http://dance-photos-gallery.photoshelter.com/image/I0000bEKChlKgWQo

25.http://www.ina.fr/video/I11252651

26.http://www.ina.fr/video/CAC00032133

27.http://www.dailymotion.com/video/x2f9wy2

28.http://anishkapoor.com/768/leviathan-3

29.https://scenographytoday.com/anish-kapoor-parsifal/

30.http://fomalhaut.over-blog.org/article-saint-fran-ois-d-assise-msc-e-i-kabakov-madrid-arena-79549065.html

31.http://claudeleveque.com/fr/article/2010-2010/2010-siddharta

32.http://jonathanmeese.com/2012/20121012_Paris_Medee/index.php

33.http://2012.monumenta.com/

34.https://danielburen.com/images/exhibit/2109?ref=search&q=daphnis

35.https://danielburen.com/images/exhibit/18?ref=search&q=B.M.P.T

36.http://www.dailymotion.com/video/xuyz8j_extraits-de-sous-apparence_creation

37.http://www.exponaute.com/magazine/wp-content/uploads/2012/07/elektra-article.jpg

38.http://www.detnk.com/node/11418

39.http://www.10corsocomo.com/2013/05/24481/

40.https://www.nytimes.com/2014/05/30/garden/at-disney-concert-hall-hadid-picks-up-on-gehrys-tune.html?_r=0

41.http://www.numeridanse.tv/fr/video/1575_moving-target

42.http://www.nytimes.com/2007/07/22/arts/dance/22solw.html?pagewanted=all

43.http://www.artaujourdhui.info/q1419-jean-nouvel-entre-en-scene.html

44.https://www.youtube.com/watch?v=eSnmfO6rKlc

45.http://www.perraultarchitecture.com/fr/projets/2516-la_cite_radieuse_scenographie_pour_frederic_flamand.html

46.http://dance-photos-gallery.photoshelter.com/image/I0000sD7kISnrdVg

47.http://www.goethe.de/kue/the/bbr/bbr/mr/pap/bnb/enindex.htm

48.http://www.artmixx.de/index.php?/michael/baumeister-solness/

49.http://www.t-n-b.fr/en/prospero/European-review/fiche.php?id=15&lang=1&edition=8

AVANT-PROPOS

Cette étude est née du constat de la multiplication des scénographies de plasticiens de renom sur la scène classique, en opéra, danse ou théâtre, ces quinze dernières années (2000-2015). Elle formule l’hypothèse que, si des artistes à la carrière internationale sont de plus en plus nombreux à investir ces espaces à la configuration normalisée, c’est que ceux-ci leur posent un défi singulier, quand leur art n’est plus régi que par les règles qu’ils se donnent eux-mêmes. La configuration spatiale des théâtres dérivés de la scène dite “à l’italienne”, qui propose un rapport frontal et distancié au public, borne l’aire de la représentation par un cadre de scène et induit, de ce fait, quoique l’on y fasse, une spectacularisation et un effet de planéité, pourrait être la raison majeure qui motive ces scénographes d’un soir à vouloir en découdre avec le théâtre, au risque de se brûler les ailes.

Prendre acte de ce phénomène amène à pointer les manières nouvelles qui résultent de ces scénographies d’artistes et leur influence dans le paysage théâtral contemporain. Évaluer cette hypothèse demande une vérification de la validité de ces données intangibles du théâtre et, au regard des déviances ou distorsions des démarches des plasticiens dans leur déplacement de l’atelier à la scène et de l’individuel au collectif, une compréhension de leur impact sur ces travaux d’artistes.

Pour couvrir une part de l’éventail des pratiques plasticiennes actuelles : peinture, sculpture, installation, vidéo, performance, architecture, les exemples ici sont nombreux. Sans dessein d’exhaustivité, ils ont été choisis selon des opportunités et un parcours de spectatrice propre à l’auteure et sont organisés non de façon chronologique mais thématique et notionnelle, en fonction de ce que pouvaient révéler leurs contiguïtés. Il est ainsi question du travail pour la scène de Marina Abramović, Miquel Barceló, Patrick Corillon, Pierrick Sorin, Nicolas Buffe, Oleg Kulik, Bill Viola, Fabrice Hyber, Richard Deacon, Andy Goldsworthy, Anish Kapoor, Emilia et Ilya Kabakov, Claude Lévêque, Daniel Buren, Olivier Mosset, Jonathan Meese, Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, Anselm Kiefer, Frank Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Elizabeth Diller et Ricardo Scofidio, Thom Mayne, Dominique Perrault, Ai Weiwei. Afin de préciser l’art de la scénographie théâtrale et sa valeur actuelle, le travail d’un scénographe professionnel, Jan Pappelbaum, sert de cas d’étude, et un point plus historique est fait sur la scène à l’italienne, qui montre, à l’appui des cas analysés, qu’elle est toujours aujourd’hui un support actif de l’imaginaire.

Ces scénographies d’artistes, à travers des visions singulières et variées, réveillent la notion de genre et concourent à en créer d’autres. Si la mise en tension des arts plastiques et du théâtre active des concepts spécifiques aux deux champs, en termes de représentation et de présentation, de théâtralité ou de spectacularisation, de réel et d’illusion, d’image et d’imaginaire, elle donne une orientation nouvelle au théâtre contemporain, où l’aspect visuel se révèle parfois prépondérant.

La particularité de cette recherche est donc de mettre en corrélation étroite des domaines de spécialité complémentaires mais différents, les arts plastiques et ceux de la scène. C’est pourquoi de nombreuses références issues de ces deux champs visent tantôt à étayer, tantôt à éclairer cette étude, en tâchant de ne pas alourdir la lecture ou égarer le lecteur. Toutefois, s’agissant de spectacle vivant, l’essai s’appuie d’abord sur une perception de spectatrice, ensuite sur la réception du public (à travers des articles de presse), en laissant délibérément peu de place aux justifications des artistes eux-mêmes, pour conserver son libre arbitre. Par ailleurs, il n’existe pas, à cette date, d’ouvrage abordant la question de la scénographie de plasticiens au XXIème siècle. La pratique double, de plasticienne et de scénographe, de son auteure oriente cette approche et en fait peut-être l’originalité.

 

– Où est le scénographe (crie le metteur en scène) ? Il était là il y a cinq minutes !

(Le scénographe cherche, il ne tient pas en place. Il se plante ici, là, monte jusqu’aux derniers balcons, essaie tous les sièges, s’assied au premier comme au dernier rang du parterre, arpente le plateau de cour à jardin, de nez en fond de scène, des dessus aux dessous, observe de biais, de face, en plongée et en contreplongée. Il veut avoir de l’espace du théâtre une perception unique, volumétrique, impossible, appréhender ensemble l’aire du jeu et celle du public, le noir de la scène et les ors de la salle. Il cherche l’angle de vue idéal, quelque part entre la place du prince, au milieu du premier balcon et derrière un pendrillon, en coulisse. Il multiplie les points de vue pour avoir une vision, car ce qu’il donnera à voir sera support d’imaginaire).

Le théâtre est affaire de vision.

INTRODUCTION

La vision (thea) est au fondement du théâtre (theatro), lequel donne à voir autant qu’à entendre. Les arts plastiques et ceux de la scène marchent de concert, dans une dépendance mutuelle, pour une même interrogation du monde. Ils s’anticipent, s’influencent, s’informent mutuellement, et leurs échanges sont un vecteur essentiel de la propagation des arts. À travers l’esthétique d’une représentation se lit la marque des courants artistiques qui lui sont contemporains. De même, l’histoire des lieux théâtraux et des formes des spectacles trace en miroir celle des arts plastiques et de la société qui les engendre. L’hémicycle antique grec, qui permet la diffusion de la parole, l’échange des regards et l’écoute, répond aux principes de la démocratie athénienne ; les mansions du Moyen Âge, version tridimensionnelle des retables des cathédrales, mettent en scène une narration édifiante ; les théâtres à l’italienne sont pour les peintres et architectes de la Renaissance le lieu d’application de leurs découvertes en perspective.