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Les Poésies de Arsène Houssaye

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287 pages

J’AI tout vu : la luxuriance M’a couronné dans mes vingt ans ; Mais je cherche encor la SCIENCE En mes rêves couleur du temps.

Vainement-je me passionne
Pour la Sagesse des anciens,
La Minerve de Sicyone
Garde leurs secrets et les siens.

Les belles visions d’Homère
Ont peuplé tous mes alhambras :
Je ne sais pas une chimère
Que ne m’ait brisé dans ses bras !

Pour être Dieu je l’ai saisie
La coupe d’or, aux mains d’Hébé,
Mais dans l’amère poésie
Comme mes larmes ont tombé !

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Arsène Houssaye

Les Poésies de Arsène Houssaye

LES POETES JUGÉS PAR LES POÈTES

*
**

LES vivants parlent souvent des morts, pourquoi les morts ne parleraient-ils pas aussi des vivants ? Par exemple, voici des pages de Théophile Gautier — un maître en critique comme en poésie — sur les Poésies d’Arsène Houssaye. L’éditeur de ce volume trouve ces pages dans le Rapport sur le progrès des lettres publié en 1868 par le ministère de l’instruction publique. Il les donne comme l’expression la plus vraie du poéte des Cent et un Sonnets :

 

« Arsène Houssaye n’est pas non plus un nouveau venu dans la poésie. Il chantait avant Février, mais il a chanté depuis, et ses meilleurs vers sont les derniers. A travers le roman, la critique, l’histoire littéraire, Arsène Houssaye a mis au jour trois recueils : Les Sentiers perdus, La Poésie dans les bois, Les Poëmes antiques. Les Poëmes antiques datent de 1850, et le rattachent à cette période que nous avons mission d’explorer, sans compter les vers qu’il sème çà et là tout en marchant dans la vie, et qu’il n’a pas recueillis comme ces magnats hongrois qui ne daignent pas se courber au bal pour ramasser les perles détachées de leurs bottes.

Quoiqu’il appartienne par ses sympathies à ce grand mouvement romantique d’où découle toute la poésie de notre siècle, Arsène Houssaye ne s’est fixé sous la bannière d’aucun maître. Il n’est ni le soldat de Lamartine, ni de Victor Hugo, ni d’Alfred de Musset. Son indépendance capricieuse n’a pas voulu accepter le joug. Comme certains poëtes, il ne s’est pas, d’après un système, modelé un type auquel il fallait rester fidèle sous peine de contradiction et d’inconséquence. Combien aujourd’hui ne sont plus que les imitateurs d’eux-mêmes et n’osent plus sortir du moule invariable où ils condamnent leur pensée !

Ce n’est pas lui qui se chargera de motiver ou de régulariser les contrastes dont ses œuvres sont pleines,

Aujourd’hui il peindra au pastel Ninon en Cidalise ; demain, d’une chaude couleur vénitienne, il fera le portrait de Violante, la maîtresse du Titien. Si le caprice le prend de modeler en biscuit ou en porcelaine de Saxe un berger et une bergère rococo enguirlandés de fleurs, certes, il ne se gêne pas. Mais, le groupe posé sur l’étagère, il n’y pense plus ; et le voilà qui sculpte en marbre une Diane chasseresse ou quelque figure mythologique dont la blancheur se détache d’un fond de fraîche verdure. Il quitte le salon resplendissant de lumières, pour s’enfoncer sous la verte obscurité des bois, et quand, au détour d’une allée ombreuse, il rencontre la Muse, il oublie de retourner à la ville, où l’attend quelque rendez-vous donné à une beauté d’opéra.

Sa poésie est ondoyante et diverse comme l’homme de Montaigne. Elle dit ce qu’elle sent à ce moment-là, et c’est le moyen d’être toujours vraie. Les émotions ne se ressemblent pas, mais être ému, voilà l’important. Sous cette légèreté apparente, le cœur palpite et l’âme soupire, et si le mot est simple, parfois l’accent est profond.

Les talents ont un âge idéal qui souvent ne concorde pas avec les années réelles du poëte. Tel auteur de vingt ans fait des œuvres qui en ont quarante. D’autres, au contraire, sont éternellement jeunes, comme André Chénier, Murger et Alfred de Musset. Arsène Houssaye est de ceux-là, et ses cheveux blonds, comme ceux de la Muse, s’obstinent à ne pas blanchir. L’hiver ne vient pas pour lui.

En ce temps où les arts font souvent invasion dans le domaine les uns des autres et se prêtent des comparaisons, où le même critique parle à la fois des tableaux et des livres, un poëte fait souvent penser à un peintre par on ne sait quelle ressemblance qui se sent plutôt qu’elle ne se décrit. Arsène Houssaye, avec le chatoiement soyeux de ses verdures étoilées de fleurs qui laissent, à travers leurs trouées, apercevoir dans une clairière, assises sous un rayon de soleil, des femmes ruisselantes de soie et de pierreries, nous rappelle Diaz, ce prestigieux coloriste, qui, lui aussi, fait de temps à autre se promener la Vénus de Prud’hon sous le clair de lune des Mille et une Nuits. Et encore faut-il remarquer qu’Arsène Houssaye dessine plus nettement que Diaz de la Pena.

Pour dernière touche à cette esquisse rapide, nous ne saurions mieux faire que de citer le mot de Sainte-Beuve, qui dit d’Arsène Houssaye, dans ses portraits de poétes nouveaux : « C’est le poëte des roses et de la jeunesse. »

Mais dans ces roses, la goutte de rosée est souvent une larme.

THÉOPHILE GAUTIER.

 

 

Ainsi parlait le grand critique-poëte en 1868. Depuis cette date, M. Arsène Houssaye a publié les Cent et un Sonnets, que nous réimprimons en cette édition définitive, s’il y a en ce monde quelque chose de définitif.

 

L’ÉDITEUR.

LIVRE I

LES CENT VERS DORÉS

*
**

I

J’AI tout vu : la luxuriance M’a couronné dans mes vingt ans ; Mais je cherche encor la SCIENCE En mes rêves couleur du temps.

 

Vainement-je me passionne
Pour la Sagesse des anciens,
La Minerve de Sicyone
Garde leurs secrets et les siens.

 

Les belles visions d’Homère
Ont peuplé tous mes alhambras :
Je ne sais pas une chimère
Que ne m’ait brisé dans ses bras !

 

Pour être Dieu je l’ai saisie
La coupe d’or, aux mains d’Hébé,
Mais dans l’amère poésie
Comme mes larmes ont tombé !

 

J’ai fait cent fois le tour des choses,
Écoutant Moïse et Zénon :
Je n’aime que l’esprit des roses
Et la sagesse de Ninon.

II

L’amour ne donne que l’ivresse,
Par lui l’idéal est banni,
Et dès la première caresse
On pressent que tout est fini.

 

J’ai, dans ma jeunesse irisée,
Vécu comme un aérien,
Poursuivant ma blanche épousée
Au contour euphranorien.

 

J’ai cherché la Cythéréenne
Dorée au flanc comme un raisin,
Et la pâle Hyperboréenne,
Ciel dans les yeux et neige au sein.

 

Souvent, pour dépasser mon rêve,
Rouvrant le Paradis perdu,
J’ai retrouve les filles d’Ève
Mordant après avoir mordu.

 

Salomon n’a cueilli sous l’arbre
Que les fleurs de la vanité,
Et don Juan dort dans le marbre
Sous les pleurs de la volupté.

III

Les grands Grecs Phidias, Apelles,
Et leurs disciples, n’ont jamais
Peint et sculpté de femmes belles
Comme les femmes que j’aimais.

 

J’ai poursuivi la Chasseresse
Jusqu’à la source du ravin,
Et l’adorable Pécheresse
Jusque dans son amour divin.

 

J’ai lu les pages savoureuses
Du beau roman vénitien,
Dans le regard des amoureuses
De Giorgione et Titien.

 

J’ai, dans le jardin des califes,
Dormi sous la tige aux fleurs d’or ;
J’ai lu jusqu’aux hiéroglyphes,
J’ai couru jusqu’au Labrador.

 

0 mon esprit ! quand tu t’enivres,
Mon cœur est toujours étouffé,
Comme la Science en ces livres
Dont j’ai fait un auto-da-fé.

IV

Sous les ailes du vieux Saturne,
J’ai cueilli tout fruit où l’on mord,
Mais je commence à sculpter l’urne
Où croissent les fleurs de la mort.

 

Dieux visibles et Dieux occultes,
Du Paradis au Phlégéthon,
J’interroge en vain tous les cultes
Depuis l’autel jusqu’au fronton.

 

Quand je suis avec les athées,
Je vois rayonner DIEU partout ;
Mais devant les marbres panthées
Je m’incline et j’adore TOUT.

 

J’ai salué l’autel antique,
Avec Platon vu Sunium ;
Mais j’ai vu l’église gothique,
Et j’ai chanté le Te Deum !

 

Michel-Ange devant sa fresque
M’ouvre un ciel sombre et radieux,
Quand Phidias me prouve presque
Que tous ses marbres sont des dieux.

V

Rabbin, prophète, oracle, brahme,
Les sibylles de la forêt,
L’eau qui chante, le vent qui brame,
Ne m’ont jamais dit le SECRET.

 

La VÉRITÉ, la POÉSIE
Laissent mon cœur inapaisé,
Et devant le Sphinx de Mysie
Je vais, triste, pâle, brisé.

 

« Sphinx, révèle-moi le mystère :
Faut-il vivre au ciel éclatant
Avec son AME, — ou sur la terre
Avec son CORPS, toujours content ? »

 

Le Sphinx daigne m’ouvrir son livre.
A la page de la Raison :
C’EST DANS SA MAISON QU’IL FAUT VIVRE,
LA FENÊTRE SUR L’HORIZON. »

 

La MAISON, c’est mon corps : la joie
Y fleurit comme un pampre vert ;
La FENÊTRE où le jour flamboie,
C’est mon âme : le ciel ouvert !

LIVRE-II

LA POÉSIE DANS LES BOIS

*
**

I

ADIEU A PARIS

15 avril.

 

A DIEU, Paris, adieu, ville où le cœur oublie !
             Voici les chemins embaumés
Où j’ai quitté trop tôt ma plus douce folie :
             Salut, mes chênes bien-aimés !

 

Voici mes chers sentiers où la rime indocile,
             Oiseau bleu courant le buisson,
Me chantait jusqu’à l’heure où la belle Cécile
             Était ma muse et ma chanson.

 

J’ai perdu dans ces bois les ennuis de la veille ;
             J’ai vu refleurir mon printemps ;
Après un mauvais rêve enfin je me réveille
             Sous ma couronne de vingt ans !

 

C’est au sein des forêts, c’est au fond des vallées,
             Qu’autrefois mon âme a fleuri,
C’est à travers les champs que se sont envolées
             Les heures qui m’ont trop souri !

 

Les heures d’espérance ! adorables guirlandes
             Qui se déchirent dans nos mains,
Quand nous touchons du pied le noir pays des landes,
             Familier à tous les humains.

 

Ne trouverai-je pas le secret de la vie,
             Seul, libre, errant au fond des bois,
A la fête suprême où le ciel me convie,
             A la source vive où je bois ?

 

Ignorant ! je lisais gravement dans leur livre :
             Maintenant que je vais rêvant,
Dans la verte forêt mon cœur rapprend à vivre
             Et mon cœur redevient savant.

 

Approchez, approchez, Visions tant aimées...
             Comme la biche au son du cor,
Vous fuyez à ma voix sous les fraîches ramées,
             Et pourtant je suis jeune encor.

 

Vous fuyez ! Et pourtant vous n’êtes pas flétries,
             Sous ce beau ciel rien n’est changé :
J’entends chanter encor le pâtre en ses prairies,
             Et dans les bois siffler le geai.

 

Ah ! ne vous cachez pas, ô Nymphes virginales,
             Sous les fleurs et sous les roseaux !
Suspendez, suspendez vos courses matinales,
             Sirènes, montez sur les eaux !

 

Amour, Illusion, Chimère, Rêverie,
             Nous allons encor voyager...
Mais sans moi vous partez ? Adieu ! Dans ma patrie
             Je ne suis plus qu’un étranger.

 

Il ne s’arrête pas, blondes enchanteresses,
             Votre cortége rayonnant :
C’est pour d’autres amants, c’est pour d’autres maîtresses
             Que vous chanterez maintenant.

*
**

II

LES CLEFS DU PARADIS

1ermai.

 

Mai refleurit et veut que je renaisse ;
Ne chantons plus une triste chanson.
Pourquoi porter le deuil de la jeunesse ?
Le cœur humain n’a-t-il qu’une saison ?

 

Après la nuit, l’aurore insouciante
Au feu du ciel rallume ses flambeaux ;
Après l’hiver, la nature est riante :
Ne voit-on pas des fleurs sur les tombeaux ?

 

Allons, mon cœur, laissez-vous un peu vivre :
Le ciel est bleu, la moisson est en fleur ;
De ce vieux monde ouvrons encor le livre,
Et qu’un baiser boive mon dernier pleur.

 

Elle était blonde, il en est qui sont brunes,
Je ressaisis l’espérance et je dis :
Il faut aimer ! J’en connais quelques-unes
Ayant encor les clefs du Paradis.

*
**

III

LE PRINTEMPS

15 mai.

 

Le printemps ! le réveil ! la magique saison !
Le ciel sourit de joie à la jeune Nature,
L’aube aux cheveux dorés s’éveille à l’horizon,
Dieu d’un rayon d’amour pare sa créature.

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