Les proscrites : chansons et prophéties, 1838-1848 / par Victor Barbier,...

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impr. de Bénard et Cie (Paris). 1848. 1 vol. (71 p.) ; in-18.
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Publié le : samedi 1 janvier 1848
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■ •-• LES
PROSCRITES
CHANSONS ET PROPHÉTIES
1838 — 1848
PAR
VICTOR BARBIER
TYPOGRAPHE.
PARIS
TYPOGRAPHIE BÉNARD ET O
PASSAGE DU 6A1RB, 2
1818
Du même Auteur :
ORAISON FUNÈBRE D'ADOLPHE BOYER (Nov. 1841).
TROIS GAUDRIOLES (Février 1844).
LE MONUMENT DE MOLIÈRE, Poème (Janvier 184*6)'.
AVIS AU PEUPLE, Circulaire (Février 1848)! ,' .'
LES TROIS JOURNÉES, Chanson (Mars 1848).
LES ENFANTS DE PARIS, Chanson (Mars't848l),-, '.
Prochainement :
DIOGÈNE, Satire périodique.
SAINTES ET COURTISANES, Chansons.
LES
PROSCRITES
CHANSONS ET PROPHETIES
1838 — 1848
PAR
[HpTOH BARBIER
TYPOGRAPHE.
IPAEUÏS
TYPOGRAPHIE BÉNA.R1) ET O
PASSAGK nu CAItlE , 2
184$
PREFACE.
La publication de ce petit recueil n'est point une
spéculation, ni même une tentative littéraire ; — c'est un
acte de conscience, c'est l'accomplissement d'un devoir.
L'auteur a pensé qu'il se devait à lui-même,— à la classe
ouvrière dont il fait partie, — à la cause démocratique
à laquelle il appartient, — ce témoignage de son passé
pour des sentiments et des principes qui ont été et qui
demeureront la règle invariable de toute sa vie ;
A lui-même, — parce que, quelque soit la valeur des
hommes du lendemain, il tient à honneur de prouver
qu'il est bien de la veille ;
A la classe ouvrière, — parce que ces Cluinsons et Pro-
phéties ont été un écho fidèle de ses plaintes et de ses
espérances ;
A la cause démocratique, — pour montrer que la révo-
lution qui vient de s'accomplir n'est point le résultat
inattendu de circonstances fortuites, mais bien le fruit
d'un travail laborieux et persévérant de dix-huit années.
1,
— 6 —
Au dernier rang de ceux qui ont ainsi contribué à
entretenir autour d'eux l'amour sacré de la patrie, — à
propager les idées de progrès et d'avenir, — à défendre,
contre des attaques ou des railleries inintelligentes, ce
titre de républicain dont on s'empresse aujourd'hui de se
parer, —« l'auteur de ce petit recueil ose donc réclamer
une modeste place.
Sou oeuvre, à cet égard, constate ses services. Puissent-
ils ne pas paraître trop insuffisants aux yeux des véritables
amis du peuple et de la liberté !
Au point de vue littéraire, il ne se dissimule pas que la
plupart de ces pièces ne peuvent avoir d'intérêt qu'en se
reportant à l'époque où elles furent composées, et qu'elles
eussent dû paraître au moins le lendemain de la victoire ;
mais le lecteur voudra bien user d'indulgence, et devinera
sans doute les motifs qui en ont jusqu'à ce jour empêché
la publication.
PAIIIS, Juin 1848.
PRELUDE.
LES SENTIERS DE LA NUIT.
MÉDITATION.
A travers les sentiei'Sïïu;dpute,
Au milieu tic l'obscurité.
Le poète cherche U route - '.•
Où doit marcher l'humanité.
V. I).
1
Lorsqu'après un long jour aux brûlantes haleines,
La grande et triste voix des misères humaines
S'éteint dans un soupir de prière et d'espoir,
Et semble préluder au silence du soir ;
Lorsqu'au ciel azuré, qui lentement se voile,
On aperçoit déjà scintiller une étoile,
Taudis qu'on voit en'cor, dans le couchant lointain.
,Les dernières lueurs de l'astre souverain ;
—. 8 —-
Quand vientle crépuscule, et lorsqu'enfin commence,
Entre le jour qui fuit et la nuit qui s'avance,
Cette heure de mystère et de recueillement
Où la forme s'efface et flotte vaguement;
Quand tout autour de soi l'horizon se replie,
Et vient comme un rideau fermer l'oeuvre accomplie ;
Quand l'air n'apporte plus que de mourants échos,
Et que tout prend l'aspect d'un solennel repos ;
Dans les premiers instants de ce calme suprême
Où l'on sent le bonheur de rentrer en soi-même,
Et de se replonger dans cette obcurité
Qui couvre l'univers de son immensité ;
Dans cette paix profonde où notre âme est.bercée,
Dans cet Océan d'ombre où nage la Pensée,
Qui de nous n'aime à suivre, en ses mille détours,
Cette fée inquiète et qui cherche toujours ?
Folle qui, tour à tour timide ou vagabonde,
Tantôt franchit l'espace et court de monde en monde ;
Tantôt, comme un oiseau qui veut prendre l'essor,
Tourne autour de son nid, va, vient et tourne encor !
— 9 —
Et qui n'a cru saisir ce magique fantôme,
Qui se dresse géant pour s'écrouler atome?
Et soudain, papillon aux riantes couleurs,
S'égare dans les airs ou s'enfuit sous les fleurs?
Depuis la jeune fille, âme encore incomprise,
Frêle et chaste roseau caressé par la brise, '
Qui, pensive et sa main parmi ses blonds cheveux,
De son tendre regard interroge les cieux !
Jusqu'au vieux matelot, fils de la République,
Qui fredonne tout bas l'hymne patriotique, '
Et, l'oreille attentive aux bruits du lac sans fond,
Croit entendre la voix du Vengeur qui répond !
Quand la nuit vient verser à la terre embrasée
Les humides parfums de sa douce rosée ,
Et, sous les frais baisers de son souffle puissant,
Ranimer notre coeur, tout le jour languissant ;
Qui de nous, dans ce coeur flétri par la souffrance ,
N'a senti s'éveiller un reste d'espérance?
Et du lit de douleur doucement soulevé,
Poète en ses désirs, qui de nous n'a rêvé ?
II
Oh ! oui, tout passager dans ce vallon de larmes,
Où la route est tracée à travers tant d'alarmes,
S'est assis quelquefois sur le bord du chemin,
Et s'est pris, à rêver, en songeant à demain
Demain, premier anneau de l'invisible chaîne
Qui dans l'éternité sans cesse nous entraîne ;
Demain, trompeuse énigme encore à définir,
Et toujours.suspendue au seuil de l'avenir!
Oh! oui, tout voyageur sur celte pauvre terre,
Soit qu'un peu d'opulence ait doré sa misère,
Ou soit que son destin, en naissant, l'ait jeté
Plus près de l'indigence et de la vérité ;
_ 11 _
Soit qu'il ait ici-bas reçu, pour son partage,
Le glaive du vainqueur ou le bâton du sage,
La besace du pauvre ou le manteau royal,
Le char patibulaire ou le chai- triomphal ;
Tout mortel a senti, comme un doute suprême,
S'agiter dans son coeur ce palpitant problème ;
Tout mortel a senti l'attrait puissant et doux
De ce vague mystère errant autour de nous !
Mystère qui de loin nous charme et nous attire,
Comme un fantôme ailé qui semble nous sourire ;
Que l'on poursuit sans cesse et que l'on n'atteint pas,
Et qui revient toujours flotter devant nos pas!
Oui, chacun à son- tour a tenté de connaître
Ce secret éternel ef que nul ne pénètre : ,
Secret que l'on, redoute 1 et qu'on voudrait savoir.!
Vérité que l'on cherche et que l'on craint de voir !
Chacun a revêtu d'un gracieux mensonge
Cet avenir obscur où son regard se plonge :
Colorant des reflets de la réalité
De douces visions de gloire, ou de beauté!
— 12 —
Chacun a contemplé quelque brillante image,
De ses ardents souhaits fantastique mirage!
Chacun a salué quelque nom glorieux
Qui passait dans la nuit, éclair harmonieux! '
Le pèlerin qui suit sa marche solitaire
Croit von- dans le lointain l'ombre du monastère,
Et le soldat qui veille à la garde du camp
Croit voir à l'horizon sa chaumière et son champ ;
La rose du hameau, sa compagne d'enfance,
Le voit encor venir l'inviter à la danse ;
Et sa mère, qui pleure en filant son rouet,
Croit reconnaître un pas dans le bruit qu'elle fait!
Le malade, au moment de glisser dans la tombe,
Sourit, et ne voit pas cette feuille qui tombe !
Il rêve le printemps, la joie et la santé,
Comme le prisonnier rêve la liberté!
III
Pour moi, qui ne suis rien qu'un obscur prolétaire,
Un de ces parias bannis du sanctuaire,
Et qui n'ont point de part dans les biens d'ici-bas,
Où serait mon bonheur, si je ne rêvais pas?
Quand le soir, accablé du poids de la journée,
Je me retrouve seul devant ma destinée,
J'ai besoin d'écarter ce lugubre rideau,
Et de chercher ailleurs l'oubli de mon fardeau !
Mais ce qu'appelle ainsi mon humble rêverie,
Ce n'est pas le retour d'une santé flétrie ;
Ni le pays natal ou le toît paternel ;
Ni l'amour d'une femme ou le pardon du ciel ;
a
— 14 —
Ce ne sont pas non plus ces richesses mondaines
Qui coûtent tant de pleurs et causent tant de haines ;
Ni le stérile éclat d'un monarque impuissant ;
Ni l'odieux renom d'un héros teint de sang ;
Mon coeur ambitionne une gloire plus pure :
II veut être l'écho de ce vaste murmure,
Symptôme précurseur de révolutions,
Qui gronde sourdement parmi les nations ;
11 veut redire à tous que ce travail immense
Est le tressaillement d'un monde qui commence,
Et que cette rumeur que fait le genre humain
Est celle d'un volcan qui peut jaillir demain !
11 veut être l'écho des misères sublimes,
Et répéter le cri de toutes ces victimes
Qui viennent s'engloutir dans le cercle de fer
D'une société devenue un enfer ;
11 veut porter à tous la manne d'espérance ;
Il veut leur annoncer le jour de délivrance,
Et leur faire entrevoir, à l'horizon lointain,
Dans l'ombre de la nuit l'approche du matin ;
— 15 —
11 veut être l'écho de ces voix menaçantes
Qui s'échappent parfois des masses frémissantes,
Lorsqu'à tous les excès commis par nos élus
Vient encor s'ajouter un scandale de plus ;
Et dire enfin à ceux qui pèsent sur nos têtes,
Que les temps sont passés du triomphe et des fêtes,
Et que ce dernier jour, qu'ils pensent si loin d'eux,
Pourrait bien les surprendre à leurs festins joyeux!
Telle est la mission que mon coeur se propose,
Et l'austère croyance où sa foi se repose :
Triple dogme où s'unit l'antique liberté
A l'égalité sainte, à la fraternité !
Tel est le noble but où ma jeunesse aspire,
Et la religion où ma Muse s'inspire :
Religion féconde ! admirable faisceau !
Symbole radieux d'un univers nouveau !
IV
Quelquefois, entraîné par cet instinct de gloire,
Je remonte en rêvant le cours de notre histoire,
Et puisant l'espérance au fond du souvenir,
Debout sur le passé, j'appelle l'avenir.
Bientôt un saint transport de mon esprit s'empare ;
Le voile qui le couvre un moment se sépare ;
L'avenir se révèle à mes yeux confondus;
Et je vois le présent comme s'il n'était plus.
Puis, je sens dans l'espace un souffle qui s'élève,
Et je vois apparaître un beau jour qui se lève ;
Car, dans ces longues nuits de fébrile sommeil,
Mon âme s'illumine et me sert de soleil !
Soudain, comme un écho parti d'une autre rive',
Un choeur harmonieux confusénient m'arrive,
Et j'aperçois, au bruit de ce concert humain,
Des peuples s'avancer en se donnant la main.
Cette foule, en chantant, s'est "bientôt approchée
D'une arène où de fleurs la surface est jonchée,
Et je contemple alors toute l'humanité
Prenant place au banquet de la fraternité.
A ce banquet suprême un seul homme préside :
11 est humble et modeste, et sur son front candide
La douleur a posé l'empreinte des vertus ;
Mon coeur le reconnaît : c'est l'hommc-dieu Jésus !
Près de celui qui vint régénérer la terre,
J'aperçois, d'un côté, le philosophe austère
Qui devint immortel au jour de son trépas ;
Mais quel est ce martyr que je ne connais pas?
Tandis que j'admirais sa tète auréolée,
Un auguste silence a saisi l'assemblée ;
Ce martyr inconnu l'ail entendre sa voix,
Et dit : « Frères, salut pour la première fois !
2.
— 18 —
« Frères, il a fallu bien des siècles ensemble,
« Pour arriver enfin au jour qui nous rassemble;
« Mais un siècle n'est rien devant l'éternité,
« Et ce seul jour vaut mieux que ce qu'il a coûté !
« Les rois ont disparu de la face du monde ;
« L'égalité sacrée ouvre une ère féconde ;
« Et le genre humain libre, heureux et satisfait,
« Vient aujourd'hui s'asseoir àson premier banquet!»
Mais le soleil se lève, et mon rêve s'efface!
Son grand regard me dit : « Va reprendre ta place,
« Et payer, par un jour de peine et de sueur,
« Quelques heures de calme et de chaste bonheur. »
J'irai; mais, tout meurtri sous le joug qui me traîne;
Quels que soient l'injustice et le poids de ma chaîne,
Fort de ce souvenir qui soutiendra mes pas,
J'espérerai toujours et ne fléchirai pas, (**)
Mai 1845.
LES PROSCRITES.
L'AVENIR.
AVRIL 1838.
ii KnfunLs de la unit, le couchant
■I est noir, mais l'orient commencr
'i à blanchir, i»
LAMENNAIS.
Ain de ltcnaud de Montautian.
Chacun se plaint, chacun se dit tout bas :
« Quand finiront nos soupirs et nos'peines ?
Tous les sanglots des hôtes d'ici-bas
Passeront-ils comme des clameurs vaines ? »
Une voix parle à qui la comprendra :
« La volonté doit vaincre la souffrance. »
Jetons encor le cri de l'espérance,
Et l'avenir nous répondra !
— 20 —.
Pauvres humains, égarés dans la nuit,
Nous poursuivons des clartés mensongères.
Pourquoi courir, vers un passé qui fuit,
Heurter nos fronts aux tombes de nos pères ?
Un jour doit luire, et pour qui l'attendra,
Plus l'ombre est noire et plus l'aube s'avance.
Jetons bien haut le cri de l'espérance,
Et l'avenir nous répondra !
Si la misère, attristant nos douleurs,
Dans bien des yeux fait briller bien des larmes ;
Si l'injustice, attisant ses fureurs,
Remplit nos coeurs d'amertume et d'alarmes ;
Un temps est proche où chacun entendra
Les nations chanter leur délivrance.
Jetons en choeur le cri de l'espérance,
Et l'avenir nous répondra !
Ne craignons point : un Dieu de charité
Reçoit là-haut nos plaintes solennelles ;
Sa main nous guide, et, sur l'humanité,
L'intelligence étend ses vastes ailes.
Courage, enfants, et la moisson viendra :
Le dcvoûment féconde la science.
Jetons toujours le cri de l'espérance,
Et l'avenir nous répondra ! (*)
LES PRISONNIERS.
UËCBUHRB 1839.
Bienheureux ceux qui pleurent,
parce qu'ils seront consolés.
Bienheureux ceux qui sont affames
et altérés de la justice, parce qu'ils
seront rassasies.
Evangile.
Ala : El Ion Ion la landerirette.
Pauvres martyrs, que l'on jette
Sur la paille des prisons,
Souvenez-vous du prophète
Qui disait dans ses leçons :
« Un jour, pour la délivrance,
« Le monde s'éveillera. »
Si vous souffrez, c'est pour la France !
Le peuple, un jour, vous bénira.
— 22 —
Des cachots la pierre est dure,
L'air humide, le pain noir :
On vous livre à la torture,
Pour éteindre un noble espoir.
Le lierre, étreignant les chênes,
Croit qu'il les étouffera.
Laissez les rois compter vos chaînes !
Le peuple, un jour, vous bénh-a.
Quand, du sein des barricades,
Se leva la Liberté,
A travers les fusillades,
Vous chantiez l'égalité.
Mais, hélas! d'une chimère
La France encor s'enivra :
Pardonnez-lui ; c'est votre mère !
Le peuple, un jour, vous bénira.
Vous avez dit : « D'un vieux trône,
Relevant les vieux abus,
On étaie une couronne
Que la foi ne soutient plus.
Cette royauté sans base
Sous nos efforts croulera :
Soyons les derniers qu'elle écrase !
Le peuple, un jour, MOUS bénira. »
— 23 —
Vainement la calomnie,
Dans ses discours venimeux,
Versera son infamie
Sur- vos desseins généreux;
Il est une autre justice
' Dont la voix vous absoudra :
La vertu, c'est le sacrifice !
Le peuple, un jour, vous bénira.
Oui, du drapeau tricolore,
Dont on souille les couleurs,
Il peut se trouver encore
Dans le peuple, des vengeurs.
On croit que sa patience
Jamais ne se lassera :
Pauvres captifs, bonne espérance !
Le peuple, un jour, vous bénira. (*)
LA VOIX SECRÈTE.
APOLOGUE.
Accablé par un jour de pénible labeur,
Un malheureux, couché sur son lit de misère,
Avant que le sommeil eût fermé sa paupière,
Berçait dans sa pensée un avenir meilleur.
« Bientôt, se disait-il, le progrès niveleur,
De nos vieux préjugés renversant la barrière,
Va répandre sur tous sa féconde lumière,
Et faire place enfin au pauvre travailleur. »
Quelle est donc cette voix douce et consolatrice,
Qui revient chaque soir lui faire savourer
L'espérance au fond du calice ?
C'est celle qu'en soi-même on entend murmurer,
Lorsque la foi s'épure au feu du sacrifice :
11 faut souffrir pour espérer.
LA CROIX-D'HONNEUR.
.DKCBainnG -1839.
Il dit parfois: ce n'est pas tout de naître ;
Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas !
BKRANGKU.
A m :
Un vieux soldat, courbé par la souffrance,
Disait un jour : « J'ai vécu trop longtemps !
Pour voir encor déshonorer la France,
11 valait mieux mourir avant le temps. »
Dans un élan de sublime tristesse,
II s'écriait alors avec douleur :
« 0 mes enfants, pleurez sur ma vieillesse ;
J'ai vu salir ma croix-d'honneur !
3
— 26 —
« Après trente ans de glorieux services,
Après trente ans de veilles, de combats,
Je sens l'ouvrir mes vieilles cicatrices,
Sous tant d'affronts qui partent de si bas.
Des parvenus que le peuple renie,
En décorant leurs poitrines sans coeur,
Pour nous tromper sur leur ignominie,
Ont profané ma croix-d'honneur !
« C'en est donc fait de ce passé de gloire,
Qui promettait un si noble avenir ?
Nous ne courions de victoire en victoire
Que pour donner le droit de nous punir !
Quand l'étranger, par ses lâches injures,
De nos revers outrage la grandeur,
Pour les venger, j'oublîrais les blessures
Dont j'ai payé ma croix-d'honneur !
*
« Vous, dont le coeur bat au nom de patrie ;
Vous que réveille un appel généreux ; .
Près d'achever ma carrière flétrie,
Je vous prends tous à témoin de mes voeux.
Puisse la France, armant de nouveaux braves,
Pousser enfin son cri libérateur,
Et dans le sang des rois et des esclaves
Purifier ma croix-d'honneur ! f)
LA JEUNE ARMÉE.
Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n'y seront plus ;
Nous y trouverons leur poussière,
Et la trace de leurs vertus.
La Marseillaise.
<i Jeune soldat où vas-tu ?
« Je vais combattre pour la justice,
pour la sainte cause des peuples, pour
les droits sacrés du genre humain !
a Que tes armes soient bénies, jeune
soldat !
LAMENNAIS.
AIR des Trois couleurs.
C'en est donc t'ait, notre gloire est ternie ;
De nos drapeaux le lustre est effacé :
Veuve à jamais d'un éclatant génie,
La France en deuil pleure encor son passé.
Mais, aux rayons du soleil populaire.,
De ses enfants l'avenir est éclos :
Ils entendront les soupirs d'une mère !
Le sol français est fertile en héros.

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