//img.uscri.be/pth/51b815389f12580dd23e7708cfe43fe22ff1d3c7
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Les Rayons d'avril

De
123 pages

Lorsque tu comptais dix printemps à peine,
Moi j’avais douze ans. Déjà grands tous deux,
Nous n’avions plus peur de Croquemitaine,
Ni des Dragons verts, ni des Ogres bleus.

Nous nous connaissions depuis une année,
Et, depuis ce temps, nous étions amis :
Enfants bien gentils, en une journée
Nous nous étions vus, embrassés, unis...

Riches de gaîté, nos âmes aimantes
Nageaient dans la joie. On ne comptait rien
Baisers longs et doux, caresses charmantes,
Qu’aujourd’hui mon cœur compterait si bien !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Jules Rengade
Les Rayons d'avril
A MARGUERITE ANTOINETTE-ROSINE MAGNES
à l’amie, à la compagne dévouée,
j’ai dédié ces Poésies.
A.R.
PASSÉ
I
Lorsque tu comptais dix printemps à peine, Moi j’avais douze ans. Déjà grands tous deux, Nous n’avions plus peur de Croquemitaine, Ni des Dragons verts, ni des Ogres bleus. Nous nous connaissions depuis une année, Et, depuis ce temps, nous étions amis : Enfants bien gentils, en une journée Nous nous étions vus, embrassés, unis... Riches de gaîté, nos âmes aimantes Nageaient dans la joie. On ne comptait rien Baisers longs et doux, caresses charmantes, Qu’aujourd’hui mon cœur compterait si bien !... Nous lisions tous deux dans le même livre Qui couvrait, bien grand, tes petits genoux, Tu marquais la ligne, et j’aimais à suivre Ton doigt rose et fin glissant au-dessous... Ma sœur Emilie, ange sur la terre, Des anges du ciel avait la blancheur ; Son cœur disait : « Foi ! » son regard : « Lumière ! » Son front : « Pureté ! » son âme : « Candeur ! » Nos pères alors, pour la République Votaient et luttaient. Ils perdaient leur temps ; On avait tué la cause publique, Comme tant d’amours, par de faux serments !... Quand venaient les jours glacés de décembre Que notre gaîté faisait jours d’avril, Tu montais jouer dans ma pauvre chambre, Joyeux nid d’enfants au charmant babil,.. Là, j’avais Pierrot et Polichinelle, Et mon grand théâtre, et les bataillons De ma brave armée en plomb, dont une aile
Fondit sous le feu.... de deux lampions !.. C’est là que souvent, jouant à cachette, Entassés dans l’ombre aux angles des murs, Sans crainte on froissait son humble toilette, Et l’on se pressait pour se faire obscurs... Moi, je crois un peu que je cherchais l’ombre Pour être à tes pieds. Il me semblait voir Ton cœur, rayonner dans cette nuit sombre Comme au firmament l’étoile du soir... Sainte liberté, chère insouciance, N’appartenez-vous qu’au temps regretté Où sur notre front la vermeille enfance Ecrira Innocence ! » et « Naïveté ! » ?...
II
Nous devenions grands, et notre tendresse Aussi grandissait en cet heureux temps ! Tout riait en nous ; de notre jeunesse Et de notre amour, c’était le printemps !... Un jour cependant, cette heureuse vie Fut brisée en deux ; mais je n’aperçus Que notre existence était désunie, Que lorsque mes yeux ne te virent plus... On mit entre nous d’épaisses murailles ; L’un fut au collége et l’autre au couvent, Quand je songe encore à ces funérailles De notre bonheur, je pleure souvent... Mais nous nous aimions quand nous nous quittâmes, Et le cœur jamais n’a craint les verrous ; Aussi, tous les jours, à nos jeunes âmes, L’amour, dans le ciel, donnait rendez-vous !.. Tu devenais sage en restant aimable, Tandis que j’étais un petit démon ; Pour penser à toi j’envoyais au diable
Trente fois par jour le pauvre Lhomond ! Je faisais des vers et manquais mon thème ; J’admirais alors autant qu’aujourd’hui Horace écrivant à Chloë : « Je t’aime ! » Et j’eusse voulu faire comme lui !.. Je goûtais Virgile et sonEnéïde ;Quant à Cicéron, je ne l’aimais pas.... J’avais sous mon bras lesFastesd’Ovide, Et sonArt d’Aimersous mon matelas !.. Oh ! quand je pouvais, les jours de sortie, T’admirer un peu, te voir, te parler !.. Je disais tout bas : « Comme elle est jolie ! » Et je ne cessais de te contempler ! Et comme j’usais, en voulant t’écrire, De belle encre rose, et de vélin bleu ! Toujours mécontent de ma jeune lyre, Je jetais papiers et poème au feu !