Les Remontrances du parterre, etc., par M. Bellemare, ci-devant Jérôme Le Franc, ci-devant commissaire général de police à Anvers, réfutées par M. H. D. [Huvier-Desfontenelles], ôtage de Louis XVI

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les marchands de nouveautés (Paris). 1814. In-8° , 39 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1814
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LES REMONTRANCES
DU PARTERRE, etc.
PAR M. BELLEMARE,
CI-DEVANT JÉRÔME LE FHANC,
CI-DEYANT COMMISSAIRE GENERAL DE POLICE
A ANYERS;
RÉFUTÉES
PAR M. H. D., OTAGE DE LOUIS XVI.
A PARIS,
CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1814.
PREFACE
INDISPENSABLE A LIRE.
J'HABITE la campagne j les nouveautés
qui me parviennent sont déjà vieilles à
Paris.
J'ai lu les Remontrances du Parterre ;
on m'avait prévenu qu'il y avait des
phrases mal sonnantes ; cela ne me sur-
prenait pas, et cependant je ne me suis
pas tenu sur mes gardes : je l'avoue à ma
Confusion, j'ai été dupe de la première
lecture , et j'ai cru tout bonnement que
Jérôme le Franc ne démentait pas son
nom j le style coulant m'avait séduit, et
je ne voyais pas le serpent caché sous les
fleurs.
Quand on m'a dit celui qu'on croyait
avoir employé ce misérable pseudonyme ,
A
le bandeau est tombé. J'ai été piqué d'a-
voir été dupe , et même, sans avoir fait
une seconde lecture, ma mémoire et mon
raisonnement m'ont dit que c'était un
ouvrage abominable.
Combien de gens qui ne lisent qu'une
fois ! combien de gens qui sont enchantés
d'être dans l'erreur, et qui seraient dé-
solés qu'on les en tirât ! Ce n'est pas pour
eux que j'écris ; ils se garderont bien de
me lire, ils ne le pourraient pas.
Je vais donc disséquer ce dangereux
pamflet, et faire voir toute la fausseté
de ses raisonnemens ; je ne prendrai
point son ton patelin et hypocrite, ce ton
est indigne d'un honnête homme.
Quandla guillotine promenait sa hache
révolutionnaire sur toutes les têtes , je
gémissais de voir, mes parens , mes amis ,
et même des hommes honnêtes que je ne
( 3 )
connaissais pas, en être la victime ; mais
je me disais : ils étaient mortels. Mourir
un peu plus tôt, ou un peu plus tard, il
faut toujours mourir. La mort est une
épidémie qui ne se gagne pas, nous en
portons tous le germe avec nous. Ce qui
me désolait, c'était de voir ma pauvre
patrie déraisonner complètement ; c'était
de voir des gens sensés, élevés dans les
anciens principes , déraisonner comme
des jeunes gens, comme de nouveaux
parvenus. Il m'était impossible de calcu-
ler jusqu'où irait cette frénésie. C'était
vraiment là ce qui était effrayant. Plus
on s'écarte des vrais principes, plus on a
de peine à y revenir.
Si la dernière révolution était arrivée
cinq ans plus tôt, elle aurait été moitié
plus aisée à faire ; si elle était arrivée cinq
ans plus tard , elle était impossible.
A a
(4)
L'épidémie dont je me plains n'est pas
cessée , mais elle ne fera plus de progrès ;
elle n'attaquera plus des coeurs neufs,
c'est beaucoup.
Qui pourrait calculer tout le bien que
Louis XVIII peut faire en cinq ans, et
tout le mal que Buonaparte aurait fait
dans ce même espace de temps ?
REFUTATION.
LES Remontrances du Parterre; ce titré est
bannal et assez insignifiant. Le vrai titre est :
Lettre d'un homme qui n'est rien et qui en-
rage de n'être rien, et qui malheureusement
n'a pas été rien sous Buonaparte, à ceux
qui ne sont rien comme lui, à ceux qui sont
encore quelque chose, et qui craignent de
n'être rien, parce que dans le fait ils mérite-
raient de n'être rien. Voilà donc déjà un titre
extrêmement faux. Eh bien ! le pamflet est
encore plus faux.
Si l'auteur avait signé son nom avec ses
qualités aux premières éditions, il n'aurait pas
pu dire ; Je ne suis rien; alors se dissipait
tout le prestige de sa Lettre confidentielle.
Il va, ainsi que ses partisans, rétorquer mon
argument, et il me dira : Vous ne signez pas
non plus. Cela est vrai ; mais puisqu'il abuse
de la liberté de la presse, il faut bien que j'en
use. Je n'irai pas, sans armes et à visage dé-
couvert, me battre avec un ennemi cuirassé
et qui ne baisse pas tout-à-fait sa visière : il y
aurait trop d'inégalité dans le combat. Je ne
(6 )
veux pas me faire un ennemi redoutable de
mon antagoniste , ou de celui dont il n'est
peut-être que le prête-nom. Je crains avec
raison ses émissaires ou ses partisans, car il
sera furieux d'être démasqué.
L'auteur commence (page 1 ) par dire qu'il
n'est ni de l'ancienne, ni de la nouvelle no-
blesse ; tant mieux pour toutes les deux ; qu'il
n'a point acheté de biens nationaux : je n'ai
pas envie de l'aller vérifier. Tout cela ne fait
rien à sa cause, et il est permis d'en douter,
quand on sait qu'il ne se battait point à la
place de l'anciennenoblesse, comme il l'avance
(page 5), puisqu'il était en Amérique. Il craint
la guerre civile, mais il serait bien aise que
nous en eussions encore plus peur que lui.
Ravaillac, Damiens, Robespierre, Buona-
parte, pourraient dire : Ne recherchez pas nos
complices, car vous aurez la guerre civile.
Tous ceux qui ont perdu leur place, leur for-
tune en 1789, pouvaient menacer de la guerre
civile.. Elle n'a pas eu lieu, et elle n'aura pas
lieu. Pour organiser une guerre civile, il faut
des chefs de parti, et il pouvait s'en trouver au-
tant en 1789 qu'à présent. En 1789 on n'était
pas las de guerre comme en 1814.
On pourrait organiser des factions qui se-
(7)
raient bientôt comprimées. Personne n'a d'in-
térêt à faire la guerre civile , pas même ceux
qui ont le plus perdu à l'anéantissement de
Buonaparte. Ils se trouveront trop heureux
de jouir paisiblement et obscurément de la for-
tune qu'ils ont acquise assez rapidement. D'ail-
leurs, si on reprenait les biens nationaux, et
on n'y pense pas, il faudrait faire aussi re-
gorger ceux qui ont acquis des biens patri-
moniaux, les reporter à leur fortune de 1789,
et leur demander un compte rigoureux des
moyens qu'ils ont employés pour faire for-
tune si vîte. Quelle confusion alors! Que l'au-
teur se rassure, et qu'il ne nous alarme point.
Ceux qui sont quelque chose sont sages : ceux
qui ne sont rien seraient quelque chose,
si avec des talens ils étaient sages. Certes
Louis XVIII emploie beaucoup plus de créa-
tures de Buonaparte, que Buonaparte n'a em-
ployé de partisans de Louis XVI; et il a bien
raison, si ceux qu'il emploie ont des moyens.
Dans la crise où est la France, que l'usurpa-
teur a mise sur le bord du précipice, il faut
bien tirer parti de tout. Mais que les Buona-
partistes, trop heureux d'être en place, ne
s'imaginent pas se gorger de richesses, comme
sous la domination de l'insensé à qui l'argent
(8)
ne coûtait que des crimes, et à qui les crimes
ne coûtaient rien; qu'ils se contentent d'un
salaire honnête, mais solide, et il n'y aura
pas de guerre civile, pas même de guerre in-
testine,
Comme ce mot : Si ceux qui sont quelque
chose ne sont pas.sages (page 4 ), est insolent
pour le Roi et pour ceux qui l'entourent !
car très-certainement ils sont quelque chose ;
et il dira ( page 14) : Qu'il ne veut pas donner
d'avis aux Princes ! Quelle logique !
Le portrait que l'auteur fait de la France
( page 4 ) n'est ni neuf, ni flatteur, mais
d'une grande vérité. C'est précisément parce
que la France est ainsi, que la guerre civile
n'est pas si à craindre que M. B..... a l'air
de le croire,
Je suis parfaitement tranquille sur le sort
de l'auteur en 1790. Je ne crois pas qu'il ait
attrapé une seule égratignure, sauf quelques
coups de poing qu'il a pu recevoir dans les
clubs de la part de ses pairs.
Quant aux Princes et à l'ancienne noblesse
française , ils n'ont point fui le champ de
bataille ( page 5 ) ; on ne se battait pas sur
la place de la Révolution, on égorgeait. Si
Louis XVIII et les Princes français étaient
(9)
restés auprès de Louis XVI pendant que l'au-
teur (page 5 ) se battait à leur place (en Amé-
rique ), ils n'auraient pas eu d'égratignures
ils auraient été égorgés. Quelle forfanterie !
et quel mauvais raisonnement de la part de
l'auteur ! S'il a été raisonnablement puni ,
peut-il dire qu'il ne tient par aucun lien à la
cause de la révolution ni à celle de Buona-
parte ? Il faut que ce beau pays de France ait
un charme bien puissant, pour que ceux à qui
Buonaparte a permis généreusement d'y ren-
trer en aient été si reconnaissans.
Le système de diffamation , etc. Comment
M. B a-t-il eu l'audace et la stupidité d'é-
crire ces quatre lignes ( page 5 ) ! Il insulte la
saine partie de la nation française, et il vien-
dra ensuite nous dire ( page 8 ) : Qu'il faut
que nos Princes connaissent bien nos opinions
et nos sentimens pour qu'ils les ménagent ;
qu'ils se pénètrent bien de notre position et de
nos intérêts, pour qu'ils n'agissent pas en sens
contraire, pour que tous les amours-propres
soient convenablement ménagés. Mais c'est
inconcevable ! Comment donc ménage-t-il
l'amour-propre des véritables Français , en
osant leur dire qu'ils se couvrent du mépris
dont ils veulent couvrir Buonaparte ? Com-
( 10 )
ment ! un peuple immense aura été vexé pen-
dant plus de dix ans par un scélérat, aura
été blessé dans toutes ses affections les plus
chères ; on aura avili sa croyance, anéanti le
cuhe de ses pères ; on aura enlevé tous les
enfans au moment où ils pouvaient être utiles,
et rendre avec usure les dépenses de tout genre
avancées pour eux ; on aura endetté la France
de près d'un milliard, et dans le moment où,
miraculeusement délivré d'un tel fléau, cha-
cun fera retentir des cris d'allégresse et mau-
dira celui qui l'aurait anéanti, si Dieu ne l'a-
vait arrêté, ce mouvement général de recon-
naissance et d'indignation sera appelé un
6ystème de diffamation ! Il avait donc aussi
un système de diffamation contre Pharaon,
le peuple juif, lorsque, sortant triomphant
de la Mer-Rouge, il chantait avec Moïse son
sublime cantique d'actions de grâces ? Il se cou-
vrait donc d'opprobre et d'infamie lorsqu'il
s'écriait : Equum et ascensorem dejecit in
mare ( Exode, chap. XV, vers. 1er. ) La
Providence a précipité Buonaparte dans la
mer qui environne l'île d'Elbe; mais les ani-
maux immondes qui lui servaient de marche-
pied n'y sont pas tous avec lui. Vous verrez
que, pour éviter la guerre civile, il faudra
( 11 )
feire des complimens à Buonaparte et à tous
ses complices. C'est dommage d'insulter ce
lion mourant, qui n'a pas eu le courage de
mourir ! Prenez garde, s'il n'en meurt pas
tout-à-fait, il mangera l'âne tout entier pour
se venger du coup de pied.
Que l'auteur se plaigne des flagorneurs
de Buonaparte, qui aujourd'hui encensent
Louis XVIII, à la bonne heure ; qu'il les com-
pare à des femmes de mauvaise vie qui ne font
que changer de toilette, à la bonne heure. Il
ne change pas de toilette, lui, mais il fait de
bien faux raisonnemens. L'usurpateur n'a-
vait aucune ressource, ni dans l'opinion pu-
bliqtie, ni dans la bonne volonté de la nation
française. Tout ce qu'il faisait, il le faisait
par la force et par la violence. Ses ministres
mêmes ne l'approuvaient pas dans ses expé-
ditions d'Espagne et de Russie.
On n'a jamais dit que la croisade euro-
péenne , en marchant contre Buonaparte ,
n'attaquait qu'un fantôme : il était fort, et il
n'était fort que de notre faiblesse. Les coalisés
plaignaient les Français; mais ils ne leur en
voulaient pas. Ils savaient bien que la très-
grande majorité de l'armée et de la nation
servait à regret les projets insensés de cet
( 12 )
ambitieux. Qu'on ait la simplicité d'ajouter
après : Il avait amené à lui toutes les idées.?...
Oui, comme la chaîne des galériens amène
tout à elle Que tout cela est faux! En-
core une fois, on cédait à la violence, mais les
coeurs n'étaient pas pour lui. Il est certain
qu'on pouvait regarder comme éternelle ce
qu'il appelait sa dynastie, et elle l'aurait été
s'il avait eu moins d'ambition. C'est Dieu ,
protecteur des Bourbons et de la France, qui
a répandu sur lui
Cet esprit d'imprudence et d'erreur ,
De la perte des Rois funeste avant-coureuT (1),
Mahomet a eu aussi l'art d'attacher bien des
peuples à sa bonne comme à sa mauvaise
fortune ; mais son ambition, quoique grande,
a été moins extravagante. Buonaparte, encore
une fois, avait amené à lui toutes les idées ?....
Oui, même celles de tous les peuples coalisés,
et il ne s'en est pas trop bien trouvé. Il avait
aussi pompé tout notre or, tout notre sang ;
il en a été écrasé, étouffé. Il avait séduit Les
grands comme le vulgaire ; je le crois bien ,
c'est l'effet du despotisme. D'ailleurs, illes ras-
sassiaitd'or et de mépris, et eux, comme le Gas-
(1 ) Racine, Athalie t acte I, scène 2.
( 13 )
con et comme l'âne , se consolaient en disant.:
Pungant dùm saturent (1). Dira-t-on que
tous les grands qui sollicitaient pour leurs fils
des grades dans les armées, aimaient la guerre ?
Ils faisaient de nécessité vertu; et puisque
leurs enfàns étaient forcés de servir, ils ai-
maient mieux qu'ils servissent comme officiers
que comme soldats. C'est là ce qui a perdu la
France dans cette jeunesse qui aurait dû faire
son soutien, et dont l'esprit exalté aura bien
de la peine à suivre les conseils de la raison.
L'ambition de Buonaparte l'a perdu, per-
sonne n'en peut douter ; mais comment
pourra-t-on guérir ces jeunes coeurs qu'il a
infectés de ses miasmes pestilentiels ?
Buonaparte , dans sa folie, s'est fait plus
de mal que personne ne lui en a fait. Quand
il tenait le Pape captif à Fontainebleau , il
anéantissait tout le mérite qu'il aurait pu tirer
politiquement de son sacre; il faisait voir ce
qu'on gagnait à lui céder ; il organisait la
croisade européenne. Quand il attirait son
beau-père dans une entrevue, pour s'en em-
parer , il faisait voir que c'était en pure
perte que la fausse politique de ce Prince lui
(1) Qu'ils piquent, pourvu qu'ils nourrissent.
avait conseillé défaire le sacrifice inutile de
saillie. J'ai toujours été intimement convaincu
que Buonaparte n'a été porter la guerre en
Russie, que pour se venger de ce qu'on lui
avait refusé en mariage une Princesse de
cette Cour. Tout cela se découvrira avec le
temps.
Toute la Nation entière, asservie par gra-
dation , pouvait être l'ennemie de Buona-
parte, sans qu'il fût pour cela un fantôme
(page 9). Quand un pédant, la verge à la
main , commande à un essaim de petits éco-
liers qui n'ont pas heureusement la conscience
de leurs forces, il n'y a pas de doute que
chacun d'eux, armé seulement d'une épin-
gle , ne puisse l'éborgner et même le faire
périr ; quand un général d'armée commande
seul une manoeuvre bonne ou mauvaise , si
chaque soldat venait à lui désobéir, que de-
viendrait sa manoeuvre? Il y a donc des po-
sitions où un homme seul, sans être un fan-
tôme, peut en imposer à une grande multi-
tude. D'ailleurs, en secouant le joug de
Buonaparte, pouvait-on savoir ce qui arri-
verait ? Etait-on sûr de la réussite ? Et si on
eût manqué son coup , ce tigre altéré de sang
n'aurait plus gardé de mesure. J'ai toujours

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