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Les Sacripants de Paris

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— Hé l’ami, où allez-vous donc d’un si bon pas ?

L’homme marchait en sifflotant et d’un air distrait.

Un vent aigu, précurseur d’un orage du mois de juillet, agitait légèrement la fronde des arbres. Cela faisait peut-être qu’il n’avait pas entendu la question qu’on venait de lui adresser à cinquante pas de distance, à la sortie d’un sentier poudreux.

La sentinelle recommence en accentuant plus nettement ses paroles.

— Hé !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Les Sacripants de Paris
LES FRANCS-TIREURS DES VOSGES
I
— Hé l’ami, où allez-vous donc d’un si bon pas ? L’homme marchait en sifflotant et d’un air distrait. Un vent aigu, précurseur d’un orage du mois de juillet, agitait légèrement la fronde des arbres. Cela faisait peut-être qu’il n’avait pas en tendu la question qu’on venait de lui adresser à cinquante pas de distance, à la sortie d’un sentier poudreux. La sentinelle recommence en accentuant plus nettement ses paroles. — Hé ! l’ami, halte-là, s’il te plaît. — Je m’arrête ; ne craignez rien, répondit alors une voix douce, mais qui dénotait une provenance de terroir alsacien ou môme germanique. Il se planta, en effet, tout droit, devant celui qui venait de l’interpeller. — Eh bien ! que me voulez-vous, maintenant, mon bon Monsieur ! — Où vas-tu comme ça ? reprit le factionnaire en toisant le marcheur du haut en bas. — Où je vais, mon bon Monsieur ? Mais tout droit devant moi, ainsi qu’on a l’habitude de faire quand on voyage. — Ce n’est pas une réponse ça, corne de boeuf ! Tâchons de mettre les points sur les i. — Je mettrai tout ce que vous voudrez, mon bon Monsieur. — Eh bien, en quel endroit vas-tu pour le quart d’heure ? A Epinal, mon bon Monsieur, mais en m’arrêtant le long du chemin en vingt endroits différents, bourgs, châteaux et villages. — C’est bon. Nous allons tirer ça tout à fait au clair. Sur ce la sentinelle roula sa langue d’une manière étrange au fond de sa bouche, la fit claquer sur le palais, et finalement siffla avec une vive énergie. — Accourez donc vite, vous autres ! En voilà encore un. qui m’a tout l’air d’être de la race des tètes carrées ! Il avait à peine fini cette exclamation que cinq ou six hommes armés, sortant des halliers au milieu desquels ils paraissaient être c achés, se présentèrent pêle-mêle, la baïonnette au bout du fusil. Celui auquel on venait de barrer si brusquement le passage n’eut pas grand’peine à comprendre qu’il venait de tomber en plein dans un poste francs-tireurs. Cela se passait, en effet, en juillet 1870, le surlendemain de la sanglante et déplorable journée de Wissembourg. Si à la première nouvelle de nos désastres, la France, frappé d’une soudaine stupeur, criait de tous côtés à ses enfants de prendre les a rmes, la frontière de l’Est, déjà saignante comme une lionne blessée au flanc, se levait éperdue, un fusil sur l’épaule et un sabre à la main. Toute la chaîne des Vosges, à dater de l’héroïque e t malheureuse Alsace, était déjà sur pied. Une blouse, un chapeau de feutre, un fusil de chasse, une cartouchière et un poignard, c’était tout ce qu’il fallait pour avoir accès parmi les francs-tireurs des Vosges. Dans l’origine, quelques-uns avaient adopté la cocarde tricolore comme étant l’image de la patrie. On décida d’y ajouter, en guise de plumet, une petite branche de houx. Ce feuillage aussi était un symbole. Provenant des montagnes menacées par les Prussiens, il représentait à l’esprit l’indissoluble union des Alsaciens et des Lorrains. Or, c’était justement dans un des postes avancés de ces hardis partisans que venait de tomber le piéton que nous avons montré tout à l’ heure, marchant d’un air distrait et sifflotant.
— Il faut le conduire au capitaine, dit une voix. — C’est juste. Le capitaine est un fin renard, un homme qui s’y entend ; il saura mieux l’interroger que nous.  — Va donc pour une halte chez le capitaine, Messie urs, ajouta un des volontaires, mais pas de violence. — Pourtant si c’en était un, Jacques ?  — Si c’en était un, si c’était un espion envoyé pa r le Bismarck, nous le saurions toujours assez tôt. Puis, se tournant vers l’homme arrête : — L’ami, ne change pas encore de visage. Entre nous, tu n’as rien à redouter ni une bourrade ni une injure. Il n’y aurait qu’au cas où il serait bien prouvé que tu es un agent de la Prusse. Ah ! Quant à cela, ce serait une autre histoire. Une fois la preuve fournie, pas de rémission à espérer. On te mettrait autour du cou une cravate de chanvre, et, au bout de cinq minutes, pas une seconde de plus, tu s erais accroché à la maîtresse branche d’un chêne ou bien d’un sapin : tu sais que c’est la seule mort qui convienne aux traitres ?  — Je le sais, répondit assez stoïquement l’inconnu. Et tout en se mettant en marche avec la petite troupe : — Cette cravate de chanvre dont vous parlez, vous voyez bien, Monsieur, que ça ne m’émeut guère. Et, en effet, Carl Rœmer est un honn ête garçon, droit d’aller partout en France le cœur léger et la tête hante. Si l’on parvient jamais à démontrer à celui-là qu’il est un espion, il permet à ceux qui le tiennent, no n seulement de le pendre au premier arbre venu, mais encore de couper son corps en quatre et d’en jeter la chair comme une pâture aux loups et aux vautours. Au moment ou il achevait cette tirade, la petite tr oupe s’approchait l’une espèce de crevasse, sorte de corps de garde que la nature ava it creusé et comme taillé dans les gorges de la montagne. Un homme entre deux âges, à la tête fine et à l’œil vif, était assis sur un perron, où il fumait sa pipe, tout en pointant une liste avec une épingle noire.  — Eh bien ! mes enfants, qu’est-ce qu’il y a ? dem anda-t-il en se levant à demi. Qui m’amenez-vous là ? — Une capture que nous venons de faire. Le capitaine haussa les épaules. — Jacques, reprit-il, n’abusons pas des grands mots. Faire des phases, c’est là notre péché mignon à nous autres Français. Nous ne le voyons que trop aujourd’hui. En temps de guerre avec les Prussiens, une capture supposera it un fait d’armes, n’est-ce pas ? Voilà, dites-vous, un prisonnier. Pour un peu, vous feriez de cet homme quelque gros gibier de l’armée allemande. Comment est-il tombé entre vos mains ? Si j’en juge sur les apparences, aucun de vous n’a eu à brûler une capsule ni à donner un coup de plat de sabre. Attendons un peu. Les épreuves les plus rude s ne nous seront pas épargnées. Cette lutte a été commencée par des fous ou des traîtres, on ne sait pas encore. Il va y avoir des fleuves de sang à répandre des deux côtés. C’est alors peut-être qu’il sera de mise de se servir des gros mots. Jusque-là, croyez-moi, parlons simplement d’épisodes qui ne sont que fort simples. Il ôta alors sa pipe de sa bouche et fixant l’étran ger avec quelque attention, il l’interpella d’une voix ferme, mais pourtant exempte de brusquerie. — Qui êtes-vous ? — Un pauvre colporteur de Colmar. — Votre nom ?
— Carl Rœmer. — Avez-vous des papiers ? — J’aurais dû, sans doute, me munir d’un passeport depuis la déclaration de guerre, mais comme je suis connu dans tout ce pays depuis dix ans, j’ai jugé inutile de le faire. — Que portez-vous là sur les épaules ? — Une balle de marchand forain, remplie d’étoffes.  — Un colporteur, allant de bourgade en bourgade, s a marchandise sur le dos, ça rappelle trait pour trait l’homme que l’Américain F enimore Cooper a mis en scène dans son joli roman l’Espion. Comme ce gaillard, vous avez la figure rusée, l’oreille aux aguets, les mains crochues, tout cela serait un signe, mais rien qu’un signe. Est-il bien sûr qu’il n’y ait que des étoffes dans votre balle. — Voyez vous-même, capitaine, dit-il.  — Des étoffes ! du fil, de la soie, des chiffons d e femmes, repartit l’officier. Ça, c’est l’affaire des douaniers et non la nôtre. Comment ve rrions-nous clair au milieu de tout cela ? Et puis, si tu as entrepris de nous tromper, comme tu es un rusé compère, tu as tes ficelles à toi ; tu caches tes massages avec un e adresse diabolique, par exemple, dans tes cheveux crépus ou bien dans la semelle de tes souliers. Mais inspecter minutieusement tout cela, sonder, fureter, chercher en regardant à la loupe, c’est plus l’affaire des gens de police que des gens de guerre. J’y renonce. Tout à l’heure tu nous as dit que tu n’avais point de passeport. La chose se comprend. Mais comme tu vas et viens sans cesse à travers l’Alsace et les Vosges, tu dois avoir pour le moins un répondant ? — Très certainement, capitaine. En faisant cette réponse, qui paraissait devoir l’exempter d’un examen plus minutieux, Carl Rœmer laisse passer dans ses yeux comme un écl air de contentement intime. Jusqu’à ce moment le colporteur était parvenu à garder son sang-froid ; néanmonins on pouvait comprendre que l’immobilité de ses traits n’était chez lui que la suite d’un effort, et qu’il ne parvenait qu’à grand’peine à conserver une apparente sérénité. Les dernières paroles du capitaine produisirent donc en lui comme une détente. — Si j’ai un répondant par ici ! Eh ! pardieu, j’en trouverais quatre pour un. En ce moment, la valise entr’ouverte permettait de voir un rouleau de dentelles, noué par une faveur bleue. — Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda le capitaine en désignant l’objet. — Regardez vous-même comme je vous le disait tout à l’heure. — De la fine dentelle de Suisse ou de Belgique, je ne sais pas au juste, mais c’est très beau. — Justement je porto le morceau à ma meilleure pratique.  — A bien prendre les choses, mon drôle, poursuivit l’officier, tu serais sans doute répréhensible. Ou je me trompe fort ou c’est de la contrebande. Il y aurait un droit d’entrée à payer au fisc ou bien la confiscation pu re et simple. Mais, encore un coup, nous ne sommes point des furets de la douane, nous autres. Tu parlais d’une pratique à laquelle était destinée cette dentelle. De qui s’aglit-il ? — Capitaine, il vous sera facile de lire son nom sur l’étiquette. En faisant tourner et retourner le rouleau entre ses doigts, l’officier aperçut, en effet, un écriteau de très petite dimension. Quatre mots y étaient écrits au crayon. Le capitaine ne fut pas longtemps à les lire. lle  — M Fernande d’Arnay ! s’écria-t-il ; est-ce donc de c ette personne-là que vous voulez parler ?
— Sans aucun doute, capitaine, répondit le colporteur avec un sourire de satisfaction nullement déguisée. — C’est donc au château des Avelines, que vous allez en ce moment ? — Vous l’avez dit. — A qui avez-vous affaire ? au vieux marquis ou à la jeune comtesse ? — A tous les deux, capitaine. Et pour prouver qu’il ne disait rien de trop, il remua le contenu de la valise de manière à laisser voir une petite boite de cigares. Sur le couvercle se lisait cette pancarte, qui paraissait presque avoir été placée là pour les besoins de la cause :
Cigares pour le marquis Hector de Brassac.
 — Il n’en faut pas plus, s’écria alors l’officier. Le marquis de Brassac et la comtesse Fernande d’Arnay, sa nièce, voilà les deux personnes les plus recommandables du pays. Quiconque les approche ne saurait-être qu’un homme. Nous sommes peut-être qu’au début de terribles orages. Il se peut que les noble s aient de nouveau à souffrir des injures de la tempête sur cette malheureuse terre de France, qui ne s’entend jamais qu’à recommencer le passé. Mais pour moi comme pour tous ceux que vous voyez les armes à la main, une chose est certaine : c’est que le ch âteau des Avelines qu’habitent le vieillard et la jeune fille dont voilà les noms sera garant de toute violence. Les pauvres et les véritables patriotes n’ignorent point que ce domaine est un lieu sacré où le malheur et l’amour de la patrie ont toujours eu droit d’asile. Allons, brave homme, rebouclez votre valise ; partez et arrivez à bon port où l’on vous attend. En parlant ainsi, il ordonnait d’un geste à ses hommes de se ranger de façon à ce que Carl Rœmer pût reprendre librement le sentier qui menait au château des Avelines. Quant au colporteur, en garçon alerte et bien avisé, il ne se faisait pas faire deux fois la recommandation. En un instant sa balle fut fermée et reliée par ses solides courroies. Il la rejeta vite sur ses épaules. Toutefois au moment de partir, il parut hésiter et demeura quelques secondes, comme fixé au sol, à la même place. A la fin, après avoir formulé avec la visière de sa casquette un léger salut, il se hasarda à parler. — Capitaine, dit-il, je n’avais assurément rien à redouter de vos recherches. Non, Dieu merci ! Carl Rœmer, colporteur de Colmar, n’est pas un espion. Le pain qu’il mange ne sera jamais pétri dans l’infamie. Mais à l’heure où nous sommes, quand toutes les têtes sont à l’envers et ne se règlent presque plus sur les idées de justice, vous m’avez parlé avec tant de bienveillance que je désirerais vous laisser, à vous et à vos camarades, un souvenir de mon passage. — De quoi s’agit-il donc, mon garçon ? — De fort peu de chose, en vérité, mais cependant d’une fort bonne chose. Il montra alors un petit flacon de verre brun, à co l tordu fortement goudronné au bout du goulot. — Du genièvre de Hollande ou du Kirchen-Wasser de la Forêt Noire ? — Du genièvre d’Amsterdam, répliqua le colporteur.  — Eh bien ! qu’il soit le bienvenu, Carl Rœmer. Ce tte liqueur est excellente pour combattre l’influence des nuits humides. Nous le bo irons à votre santé et à celle de la France. — Vive la France ! ajouta le colporteur en guise d’adieux. Il agita encore une fois sa casquette, fit un salut aux francs-tireurs et disparut à longs
as dans les gorges de la montagne.
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