Les Sept Portes de la Fabuleuse History Cité

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Quand des champs électromagnétiques inouïs et une ingéniosité sans borne poussent un amoureux de l’Histoire de sa ville, à inventer un musée de la mémoire tout à fait original, alors, la porte s’ouvre au chaos. L’ingénieur savant est aussi un être humain d’exception engagé à jouer l’apprenti sorcier. De quoi attirer immanquablement des forbans venus des antipodes et prêts à tout pour s’emparer des inventions et de leurs secrets. Une course poursuite haletante va se dérouler dans les couloirs du Temps et de la Science-fiction. Un challenge durant lequel les protagonistes vont devoir franchir, les 7 portes d’une fabuleuse cité et croiser, sinon physiquement, l’esprit de Gilles de Chin, Louis XIV, Napoléon, Saint-Ghislain et bien d’autres...

*****

Curieux de Technologies, de Sciences, de Science-fiction, de Fantastique et tout ce qui gravite autour, l’auteur nous entraîne dans un voyage palpitant au cœur d’une autre réalité. Celle empreinte de ces phénomènes physiques avérés, dont des études montrent chaque jour, une évolution vers la visibilité insoupçonnée de demain mais que l’on nomme aujourd’hui Science-fiction. Avec son comparse, l’auteur nous fait aussi la démonstration que les faits d’Histoire demeurent passionnants et sans frontière.


Publié le : jeudi 4 février 2016
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EAN13 : 9782334003742
Nombre de pages : 432
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Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-00372-8

 

© Edilivre, 2016

Avant-propos

L’idée de présenter un recueil de textes sur des fictions historiques inhérentes à l’Histoire de Saint-Ghislain est née avant tout dans l’esprit de mon ami Denis Coulon. Sa deuxième idée a été de m’inviter à collaborer à ce projet.

Au fur et à mesure de l’évolution du dit projet, nous avons parlé d’un autre qui serait un grand musée de la mémoire. Mais comment présenter un projet de ce type sans risquer de le faire sans originalité vu les nombreuses naissances du même genre ?

C’est ainsi que j’ai demandé à mon ami, artiste complet et amoureux de sa ville, d’inventer une cité particulière et de la dessiner. Elle serait la projection d’un musée inédit au cœur d’un ensemble architectural exceptionnel.

Quand j’ai vu le produit de son travail, j’ai ressenti une puissante attraction et l’œuvre m’a inspiré un roman de Science-fiction dans lequel j’allais injecter les fictions historiques.

Les lecteurs nous diront si cette forme dite de mise en abyme, les ont satisfaits.

L’illustration couleur de couverture et les illustrations noir et blanc sont donc réalisées par Denis Coulon. Denis a écrit les fictions historiques :

Le roi, l’abbé et le cardinal

Un rendez-vous de porcelaine.

Tous les autres textes sont de :

Léon Chevalier.

Il va de soi que, pour une bonne compréhension du roman, il vaut mieux le lire en continuité, et de revenir à votre gré sur les fictions historiques.

Léon Chevalier

Avertissement

Cette œuvre est déposée à la SCAM sous le numéro M003055/1

Ce livre d’une composition originale, appartient à la catégorie dite de « Mise en abyme ». C’est un roman de Science-fiction paré ça et là de courtes fictions historiques. Celles-ci content des faits de l’Histoire de Saint-Ghislain, ville belge du sud du Hainaut dont l’intérêt dépasse largement la frontière franco-belge.

Si des personnages et leur nom propre sont cités, c’est qu’ils participent au récit et évoluent dans la fiction historique. Mais par précaution, les noms et prénoms des personnages principaux ont été choisi arbitrairement et donc toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, ne serait que pure coïncidence.

Les auteurs.

Dédicaces

 

 

A Alain Le Bussy,

Pour son amitié et pour tous les conseils qu’il m’a patiemment prodigués

A Henri Vernes,

Pour tout ce qu’il m’a donné

La Science-fiction est une description de la réalité ; le Fantastique est une description de l’irréel

Ray Bradbury

I

Benjamin Lagarde le savait. Une intuition, un sixième sens l’inspirait. Indubitablement, quelque chose devait l’attendre à la maison et il avait hâte de rentrer. Seulement voilà, Paris restera toujours Paris. Même un vendredi 28 octobre, vers seize heures et quelques, se déplacer rapidement dans la capitale française relève de l’utopie. Démarqué de cette foule dense à effacer les trottoirs, l’homme marchait d’un pas cadencé. La main ouverte sur son bras tendu frayait un chemin comme si c’était elle qui découpait le passage à travers la marée de chalands.

Benjamin riait sous cape. Il se réjouissait de ce congé de fin de semaine, mais bien plus encore de baigner dans l’excitation de sa perception. Il songeait donc à ce qui pouvait bien l’attendre. Tout ce qui rejoignait de près ou de loin son travail et son hobby ne pouvait qu’attiser son intérêt. Lui, le philatéliste érudit manipulait des milliers de lettres au quotidien. Vous pensez si on en dépouille du courrier à la Bibliothèque Nationale de Paris ! Un travail en or, ou même une place d’orfèvre selon l’acuité. Au premier coup d’œil, Benjamin reconnaissait chaque timbre et ce, quelle que soit sa provenance, fût-elle d’un des quatre coins du monde.

Le fonctionnaire entra dans le hall de son appartement et aussitôt une risée illumina son visage affadi par la brume crépusculaire. Une enveloppe blanche s’appuyait contre une dinanderie. Cette pochette oblongue était frappée d’une oblitération sur un timbre « Prior » représentant l’effigie de l’écrivaine Marie Gevers accompagnée des chiffres 1883-1975, et des lettres : Belgique. Benjamin avait déjà deviné en reconnaissant l’écriture : c’était une missive de son père, un sexagénaire qui résidait depuis toujours à Saint-Ghislain, sa ville natale. Maintenant le fils tournait et retournait l’enveloppe devant sa femme Corinne apparue sur la pointe des pieds. Brusquement, comme on dégaine une dague pour trancher une gorge, le coupe-papier découpa le bord supérieur du pli blanc. Le spécialiste ouvrit pour en extraire une feuille manuscrite. L’expression hagarde de sa femme par dessus son épaule ne tranchait pas avec la sienne quand il commença à haute voix :

Monsieur et Madame Benjamin Lagarde,

Rue de l’Abbé Groult, 158

75015 Paris.

Chers enfants,

Depuis la disparition de Marguerite à la faveur de la fête de la Toussaint, chaque année, je ressens toujours la même tristesse. Aujourd’hui, à l’approche du traditionnel congé, la solitude me pèse énormément. Aussi, je souhaite être gratifié de votre présence durant ces quelques jours. Mon petit Nicolas me manque beaucoup et je vais l’attendre avec impatience. J’ai en effet, une merveilleuse surprise pour lui. Tu verras Nicolas, tu ne le regretteras pas !

J’espère vraiment pouvoir compter sur vous. Surtout soyez prudent sur les routes !

Papy Edouard.

Benjamin replia la feuille, se gratta la tempe et souffla :

– Ah zut ! Je ne m’attendais pas à ce que… Et puis, pourquoi une lettre au lieu d’un coup de fil ? C’est vrai ça !

– C’est si compliqué à comprendre, renvoya Corinne ? Tu es philatéliste oui ou non ? Et puis, il y a presque un an que mon cher beau-père ne nous a plus vus parce qu’il est toujours fourré dans ses créations et ses projets de… musée, je crois ?

Corinne Trintignac travaillait avec l’équipe science comme journaliste d’investigation pour la chaîne française DU9. Sa nature fouineuse et sportive en faisait une vedette dans son genre. Et dans cet exercice professionnel, les congés ou les week-ends, c’était plutôt rare…

– Tu pourrais me répondre !

Le regard vague du Parisien demeurait figé, comme givré par les volutes exhalées des eaux glacées de la Seine. Intrigué par les salmigondis parentaux, le petit garçon vint s’exprimer :

– Alors, c’est décidé, on va en week-end chez papy ?

– D’accord Nicolas, mais… sais-tu encore où se situe Saint-Ghislain ?…

Benjamin fronça les sourcils en accents circonflexes. Quelques secondes encore, et il déploya une carte de la Belgique :

– Regarde, voici Saint-Ghislain, à quelques kilomètres de la frontière sur cet axe autoroutier de Paris à Bruxelles. C’est le sud du Hainaut belge, une zone particulière nichée dans une botte verte enroulée sur la frontière franco-belge avec Saint-Ghislain dans le talon et Bavay au genou… Ah la « Civitas Bagacum » ! Bavay depuis les Celtes et les romains… Si nous en avons le temps, nous visiterons…

– Wouaaa, fit Nicolas bouche bée, génial !

– Bon, allez, ça suffit ! Préparons-nous et en route ! …

*
*       *

Il était environ dix-sept heures trente, quand le monospace quitta la Porte de Clichy, puis l’avenue de la Porte de la Chapelle et bientôt se fondit dans une queue de serpent métallique s’étirant jusqu’à la bretelle de l’autoroute A1. Le mauvais temps lui collait dessus sans toutefois tarauder de remords inutiles la famille Lagarde.

– Bon sang, c’est bien notre veine, maugréa Benjamin !

– Arrête de gémir… et sois attentif… Je sais c’est… bonjour les bouchons !

La pluie glacée harponnait sans cesse les sols déjà détrempés comme toutes les routes luisantes de la Picardie, du Nord-Pas de Calais et de la Champagne-Ardenne. Les essuie-glaces raclaient leur pare-brise dans un rythme effréné sans parvenir à rendre à travers les eaux ruisselantes, la vue nette un seul instant. Des eaux folles déversées en pétarades sur les carrosseries métalliques, telles d’incessantes volées de javelots.

Corinne se tenait naturellement à la place du convoyeur et elle scrutait la route autant que son mari. Dans des cas de mauvaises visibilités, une seconde paire d’yeux est souvent indispensable. De son côté, le petit Nicolas se tenait coi, habitué à prendre cette attitude idoine face aux accents stressés des parents !

– Tu as pris la carte routière, hein Ben ?

Le Parisien ne répondit pas. L’anxiété l’envahissait doucement. Tandis qu’il tentait de percer le voile opaque des rideaux de cette pluie diluvienne, il se demandait pourquoi il avait cédé à cette précipitation. A force de cette mauvaise habitude de toujours se fier à son intuition, on finit par croire qu’on ne peut plus fonctionner autrement. Benjamin savait également que l’intuition était souvent synonyme de prémonition…

– Bah, songea-t-il, ne soyons pas pessimiste !

De temps à autre, il baissait la tête pour mieux distinguer entre deux coups de balai d’essuie-glace, les feux rouges du véhicule précédent. Le crépuscule avait succédé sans à coup à la faible lumière des intempéries, agissant tel le rhéostat d’un éclairage. Il devenait donc de plus en plus difficile d’apprécier les distances.

Le temps s’écoulait à sa vitesse habituelle et infrangible, à contrario de celle des automobilistes prudents. Ce qui requerrait une attention soutenue provoquant une inéluctable poussée de la tension artérielle. Benjamin n’était pas homme particulièrement bougon ou atrabilaire et pourtant, il sentait peu à peu, la fièvre de la nervosité s’installer en lui. Dans son altérité, Corinne perçut l’impatience et le dépit croître chez son mari. Elle déballa un caramel au miel et le plaça délicatement sur la langue de son petit Ben :

– Un peu de musique pour nous détendre, offrit-elle ?

Le fonctionnaire français se décrispa un instant et se forgea un sourire :

– Oui ma chérie, en avant la musique !

Vingt-deux heures : l’épreuve nocturne allait-elle prendre fin ? La pluie avait cessé de ralentir le voyage, et en filigrane, on relevait des mines réjouies.

– Voilà la sortie de Crépin, fit Corinne dans un écho de joie subite, on s’approche de la frontière !

Pourtant, une nouvelle désillusion les attendait. A peine la co-voiturière s’était-elle prononcée que Benjamin décéléra.

– Fichtre ! Voilà le brouillard maintenant, vociféra-t-il !

Au bout de longues minutes de patience et d’attention appuyée, les passagers de la pluie aperçurent les bases de l’immense monument moderne en béton gris, sis au poste frontière d’Hensies. L’œuvre du sculpteur Jacques Moeschal, symbolise deux mains qui se serrent et engagent l’amitié entre les peuples.

– La frontière… le poste des douanes… la Belgique enfin ! Mais pour ce qui est des douaniers, il y a belle lurette qu’ils ont disparu. Figurez-vous, racontait le chauffeur bavard, qu’on les appelle encore « Lesgabelous » ! Sous l’Ancien Régime, les employés de la Ferme Générale, institution régalienne, étaient chargés de percevoir « la gabelle », droit de passage pour accroître la trésorerie du roi. D’où le surnom de « gabelous »…

En proie à une forte exsudation nourrie par la tension nerveuse, Benjamin souffla :

– Hé Coco, crois-tu que nous rallierons un jour la maison du père ?

La cohorte de véhicules avançait à présent au rythme d’une opération escargot. Les yeux rivés sur les feux arrières de l’automobile précédente, les voyageurs français perçurent bientôt des flashs de lumière bleue.

– Tonnerre… un accident sans doute ?

– Possible… en tout cas, c’est un barrage et on est contraint de sortir de l’autoroute !

Benjamin lâcha un juron et baissa sa vitre :

– Pour Saint-Ghislain, qu’est-ce que je fais monsieur l’agent ?

Mais en guise de réponse, l’agent garda son bras gauche tendu tandis que le droit telle une hélice rouge, moulinait des tulles de brouillard. Le Parisien contraint et dépité suivit le cortège guidé par un fléchage d’abord fluorescent et donc tout à fait perceptible.

– Et comme un malheur ne vient jamais seul, bougonna Corinne, tu as oublié ton portable, et la batterie du mien est « nase » !

– Sans compter, ajouta Benjamin, que je n’ai pas voulu de GPS, et que notre véhicule n’est pas encore doté de tableau de bord intelligent guidé par des caméras infra rouges ou de capteurs perceurs de brouillard !

– Il ne s’agit pas de dépenser sans compter, ironisa l’épouse !

– En attendant, papy Edouard a de quoi s’inquiéter !

– Tiens, je me demande s’il travaille encore avec ce fameux professeur Lancaster, un savant américain si mes souvenirs sont bons ?

– Oh ! tu sais, mon père collectionne les diplômes autant que les relations internationales. C’est maintenant un super savant et je ne m’étonnerais pas si…

Les fines gouttelettes d’eau glacée dans le ballon noir de la nuit devenue plus dense, les obligèrent au ralenti le plus strict. Engourdis plus que résignés, Corinne, Benjamin et Nicolas glissaient dans l’inconnu. Peu à peu, les panneaux et autres flèches de délestage disparurent comme effacés par l’éponge du brouillard. Curieusement, les véhicules en transit s’étaient évanouis aussi, tels des fantômes composés de la même vapeur mystérieuse.

Le monospace stoppa sur une aire repérée in extremis.

– Passe-moi la torche électrique, s’il te plaît !

Les passagers solitaires se penchèrent sur la carte routière. Après quelques hésitations, Benjamin commandait :

– Après la sortie 26, nous avons tourné à droite, roulé environ une demi-heure, j’estime que nous devons nous trouver environ à cet endroit et… tiens, il y a justement une route à gauche qui… devrait nous conduire à Boussu. Allons-y !

Le véhicule reprit son allure de pèlerin docile sans que la vision nocturne ne se soit améliorée d’une dioptrie. La fatigue laminait les occupants et le silence s’était replacé entre eux. La peur est souvent un sentiment inavouable…

La voiture glissait entre des allées d’arbres dénudés, tels des immenses squelettes fagotés, et d’autres volumes sombres et déchirés ressemblant moins bien à des habitations qu’aux antres de sorcières. Corinne et Benjamin n’avaient desserré les dents depuis un quart d’heure et le petit Nicolas dormait à poings fermés quand brusquement, le véhicule s’immobilisa.

– Qu’est-ce qui se passe, Ben, un problème ?

– Pas vraiment, répondit le mari, mais depuis quelques mètres… il n’y a plus d’asphalte… donc plus de route !

Corinne joignit les mains et les posa sur le nez comme pour masquer sa bouche ou réprimer une expression de douleur :

– Ce… ce n’est pas possible… on s’est fourvoyé… on n’y arrivera jamais ! S’il te plaît, arrête-toi à la prochaine bicoque !

Le monospace reprit sa lente progression et durant près d’une demi-heure, les naufragés du brouillard scrutèrent les voiles de la nuit sans plus discerner le moindre contour d’une maison. Ex abrupto, le conducteur excédé stoppa le moteur :

– Je vais en avoir le cœur net, pesta-t-il en ouvrant sa portière !

Benjamin força d’abord sa respiration, histoire de se rafraîchir les poumons ; fit quelques flexions des genoux et fondit sur sa gauche. Au bout de quelques instants, Corinne le vit passer devant le véhicule et continuer vers la droite pour finalement revenir s’installer au volant.

– Alors, grinça-t-elle ?

– Devines !

Considérant le mutisme et l’étonnement de sa femme, Benjamin reprit :

– Nous sommes au beau milieu d’un bois !

– J’aurais dû m’en douter, avec toute cette gadoue !

– Nom d’un chien, repasse-moi la carte et la torche !

Ils repérèrent plusieurs zones boisées, toutes plus ou moins éloignées de Saint-Ghislain. Mais comme le souligna Corinne, comment savoir dans laquelle ils se trouvaient : il n’y avait âme qui vive pour les renseigner ! A la réflexion commune, le fait était prégnant : non seulement ils n’étaient pas arrivés à temps le vendredi soir à Saint-Ghislain, mais rien n’indiquait qu’ils arriveraient à bon port le samedi.

– Désolé ma chérie, mais ça suffit pour cette nuit, nous allons nous reposer. Demain dès l’aube, nous nous remettrons en route…

– D’accord, il est presque minuit, gémit la dame, et j’ai les nerfs en compote !

Les époux tentèrent de se blottir confortablement. L’idée de bien dormir resterait un rêve. Pour l’heure, l’essentiel était de se reposer jusqu’à l’aube.

Le rejeton avait déjà dormi une partie du voyage et à ce moment tout à fait inopportun, il s’accrocha aux appuie-têtes des sièges avant et demanda :

– Papa, tu me racontes une histoire ?

– Oh là là ! Tu ne dors plus ?… Mais que veux-tu que je te conte dans ces circonstances ? Bon… Tiens, t’ais-je déjà raconté l’origine de la ville de papy ?

– Non… ou alors, je ne m’en souviens plus…

– Eh bien voilà…

Quelques minutes plus tard, le conteur jeta un œil à l’arrière du véhicule et s’interrompit :

– Nicolas… tu dors ?

– Je crois que oui, souffla Corinne, et je crois que je vais faire de même. Et toi aussi Ben, tu ferais bien de nous imiter…

L’assoupissement ou la somnolence peuvent ouvrir les portes du sommeil paradoxal, mais ces états peuvent aussi contenir un éveil relatif, sans toutefois équivaloir la notion de vigilance. Durant ces états, celle du temps demeure totalement inexistante…

*
*       *

Il y eut un terrible craquement. Un bruit sec, cassant le péril nocturne ou vital pour réveiller les morts.

Les passagers de la nuit sursautèrent violemment. Leur regard s’ouvrit sur un faisceau de lumière jaune.

– Qu’est-ce… que c’était, balbutia Benjamin ?

– Je ne sais pas, mais il faudrait songer à éteindre tes phares, sinon…

A peine Corinne venait-elle de prononcer la dernière syllabe qu’un autre bruit d’enfer s’abattit sur le véhicule ébranlé.

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En même temps, une masse sombre heurtait le pare-brise, telles les immenses brosses d’un car-wash. A cette seconde précise, la plante de deux grosses pattes appuyèrent chacune sur la vitre des passagers. Le hurlement vomit de la gorge de Corinne ne put s’échapper de l’habitacle. Suffoquant et renâclant, les voyageurs affolés ne pouvaient plus se dénouer de leur étreinte.

– Vite, rallume tes phares !

Mais à la surprise des personnes, la masse et les pattes monstrueuses avaient bel et bien disparu !

– Je t’en prie Benjamin, implorait Corinne, allons nous-en !

Evidemment, le petit Nicolas s’était réveillé et lui aussi avait hurlé. L’homme prit le parti du sang-froid :

– Allons, calmez-vous bon sang ! Et rassurez-vous, nous ne sommes pas en état de guerre !

Comme retranchés derrière le pare-brise, trois paires d’yeux scrutaient maintenant les zones sombres et les ombres tailladées par des éclats de lune. Soudain, une forme distordue et démesurée franchit en un éclair, une frange éclairée. Un râle s’échappa de la gorge masculine et médusé, l’homme bredouilla :

– Tonnerre ! Re… regarde… là… Non, non ce n’est pas possible… Un Yéti ? Ici ?

Corinne se hérissa et s’agrippa au bras droit de son mari :

– Où ça ? … Allez, tu rigoles ou quoi ?

– Corinne, je t’assure, je viens d’apercevoir un…

– Allez Capitaine Haddock, tu lis trop Tintin !

– Bon ! Un ours alors ?… Finalement, je ne sais plus… si j’ai rêvé ou si nous sommes occupés à faire des cauchemars tout éveillés…

L’aube légère pointait sa lumière blafarde et se faufilait subrepticement entre les troncs frêles ; s’allongeait sur les arbres les plus costauds, puis coulait sur les petits rus rampants. L’automne scellé accueillait les étranges visiteurs sur des vagues de feuilles mordorées qui recouvraient les sols des bois et des forêts.

Les premières pertuisanes lumineuses donnèrent au pare-brise du monospace, une brillance rare. Mais à peine sortie de son léger sommeil, Corinne interrompit ce moment bucolique :

– Regarde Ben, maintenant on y voit clair et droit devant, ce doit être un pavillon et avec un peu de chance, on y trouvera un panneau et une carte régionale… Allez, en route !

Une demi-heure plus tard, les Parisiens quittaient leur prison de bois pour s’engager dans la campagne et les villages voisins de leur destination.

Cette fois, Benjamin était le convoyeur. Son regard se perdit dans le paysage qui défilait comme le générique d’un film. Il se ressaisit et s’épancha :

– C’est vraiment curieux… cette similitude…

– Hein ? Quoi ? Quelle similitude ?

– Je te parle de notre ours et… celui de la légende… de Saint-Ghislain…

*
*       *

II

Le monospace avait gagné le viaduc à proximité de la gare de Saint-Ghislain. Le conteur un peu étourdi, demeurait ancré aux images contenues dans le film. Le film des évènements depuis leur départ de Paris et qu’il venait de se repasser dans son esprit.

Corinne le rappela à la réalité du moment :

– A propos… crois-tu que ton père ait finalisé son fameux projet ?

– Oh ! Lui, c’est tout un poème… il est architecte de formation, il est aussi ingénieur polytechnicien, ce qui l’a entraîné à concevoir des machines et des engins révolutionnaires… Oui, c’est possible… c’est un véritable savant !

– Et malgré cela, il est toujours branché sur l’Histoire…

– Je sais qu’il travaille depuis des années à un ambitieux projet qui va contribuer à perpétuer la mémoire évènementielle de la ville…

Dans une semi lucidité, Benjamin susurra :

– Dans quel sens allons-nous ?

– Dans le bon, rétorqua la femme au volant qui abordait un rond point sur lequel est érigé une sorte de ballon au long drapé.

– Ça y est ! Nous y voilà enfin… Saint-Ghislain ! Et… la place de la Gare

– Vivement une bonne douche et un peu de repos…

Le véhicule traversa la place rénovée et suivit la rue des Canadiens, puis s’engagea dans la rue Debruyne. Quelques instants plus tard, la voiture entrait dans l’immense cour arborée, au bout de laquelle présidait la majestueuse et ancienne demeure du docteur Cordelier.

– Mais… Bon sang ! Que se passe-t-il ici, rugit Benjamin dans un accès de stupeur ?

Corinne et Nicolas aussi demeuraient tout à fait consternés. Tous trois fixaient avec des yeux hagards, les voitures de police et autres véhicules officiels devant l’entrée principale grande ouverte. Le cœur battant et leur esprit rempli d’interrogations, les Lagarde se précipitèrent vers le hall d’entrée. Un grand homme au chapeau brun et au trench-coat déboutonné s’avança vers eux :

– Commissaire Jonas, vous êtes « la famille » je suppose ?

Les brèves présentations terminées, le commissaire poursuivait à l’égard de Benjamin :

– Désolé de vous accueillir ainsi, mais… votre père Edouard a disparu !

– Disparu, monsieur le commissaire ? Mais… il nous attendait hier soir et figurez-vous que…

Le fils du disparu relata brièvement leurs aventures depuis leur départ de Paris.

– Ecoutez monsieur Lagarde, je vais vous livrer mon constat. Il semble que, pour une raison précise, votre père ait ouvert cette porte dans le cours de la soirée. Il avait pris la peine de brancher l’éclairage de la marquise là, à l’entrée. Donc, avant cette action, toutes les lumières, d’ailleurs encore actives maintenant dans les pièces du bas et du haut, ont été enclenchées avant d’ouvrir. Des voisins ont remarqué ces illuminations inhabituelles qui se prolongeaient toute la nuit. Inquiétés, ils ont fini par nous appeler. Ce devait être vers quatre heures du matin… Nous avons lancé un dispositif afin de sécuriser le périmètre et nous étions sur place, disons, dans la demi-heure qui a suivi…

Déconcertés, Corinne, Benjamin et Nicolas ne pipaient mot. Sur leur visage on lisait plus que de l’incompréhension : c’était la perplexité peinte sur des corps figés en état de catalepsie. Une question demeurait au bout de leurs lèvres : où ? Où est-il passé ? Et la question sous-entendue : pourquoi a-t-il disparu ? Là-bas dans la grande cour, deux véhicules du Ministère de l’Intérieur et de la Défense côtoyaient les véhicules de police.

– Le Ministère de… ici, songea Benjamin, qu’est-ce que tout cela veut dire ?

Le commissaire Jonas leur fit un petit signe de la main pour attendre quelques instants. Des instants qui, dans ces circonstances, leur apparurent éternels. Dans son intimité, la grande maison ressemblait à une ruche dont l’essaim parcourait sans cesse tous les cases et les moindres recoins.

– Monsieur Lagarde, je dois vous avertir : nous avons fouillé toute la maison, et à première vue, rien n’indique qu’il y ait eu vol. Cependant, je vais vous inviter à me suivre ; nous allons refaire la visite de toutes les pièces, et vous m’indiquerez si oui ou non, il vous semble que quelque chose fût dérobé, d’accord ?

Benjamin esquissa un rictus en guise de faux sourire et hocha la tête affirmativement. Corinne et Nicolas firent un pas derrière Benjamin et le commissaire quand celui-ci fit volte face :

– Je dois encore vous signaler ceci. Nous avons trouvé toutes les caves éclairées. Et des caves, il y en a quelques-unes ici, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas tout ! Dans l’une d’entre elles se trouve un laboratoire… très intriguant ! Nous y avons remarqué du matériel informatique dernier cri et aussi une sorte d’immense studio très sophistiqué. Je peux vous dire que même les gens du ministère sont demeurés pantois !

– Tiens oui, au fait, que viennent faire les gens du Ministère de l’Intérieur ici, commissaire ?

– Ce sont des ingénieurs en informatique et en physique, mais je vous dirai tout à l’heure pourquoi ils sont là. Et maintenant, suivez-moi, s’il vous plaît !

De l’extérieur, l’opulente propriété d’Edouard ne permettait pas de se représenter mentalement la surface totale des caves. D’abord aménagées pour garder des marchandises et provisions en vue de faire face aux rigueurs de l’hiver, et pire à celles de la seconde guerre mondiale, ces chambres froides souterraines occupaient la surface égale au rez-de-chaussée. A cette époque, le docteur Cordelier se mit en tête de creuser un souterrain secret à l’arrière de la bâtisse. L’idée était d’échapper à d’éventuels ennemis : soit les Allemands, soit des malandrins de toute époque. Le terrain exceptionnellement crayeux dans cette zone, fut propice aux galeries et incita le second propriétaire à creuser des salles tout autour du souterrain, afin d’y développer la culture des champignons. A écouter le commissaire Jonas, les Parisiens découvraient médusés que la maison d’Edouard recelait de véritables secrets et il avait fallu sa disparition pour les découvrir. Mais la révélation de ces secrets n’équivalait-elle pas à l’ouverture de la boîte de Pandore ? Intriguant, le commissaire Jonas insinua qu’Edouard avait même fait beaucoup mieux…

Les Lagarde avaient suivi le commissaire à travers toutes les pièces de la maison. Et, bien que gardant en mémoire la plupart des objets et meubles, Corinne et Benjamin se rendirent à l’évidence : rien n’avait été dérobé ! Le trio s’engagea alors à la suite du commissaire à l’inspection des caves. Là, Benjamin proposa :

– Ecoutez commissaire, je connais un peu ces caves et les excavations suivantes, si nous les inspectons ensemble, nous en aurons pour des heures. Je vous propose de nous partager le travail. Au fond de ce couloir, je partirai à gauche ; Corinne partira avec Nicolas vers la droite. On se retrouve dans le bureau de mon père au premier étage, disons dans une demi-heure, ça vous va ?

Jonas présenta sa main droite ouverte et cligna de l’œil :

– Ça marche ! Le brigadier va vous fournir des torches au cas où… Je vais en profiter pour contacter monsieur le ministre ! Allez ! A tout à l’heure !

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