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Les Soupers de Daphné

De
91 pages

C’EST donc sérieusement que vous exigez, sage Euphorion, que je vous rende compte du séjour que j’ai fait à Daphné et des plaisirs que j’ai goûtés pendant les fêtes d’Apollon ?

Dans l’obligation que vous m’imposez, il y auroit doublement à gagner pour moi, si mon imagination, fidèle à reproduire les objets comme à les saisir, me servoit aussi bien que ma mémoire ; si je savois peindre mes idées et leur donner cette vive empreinte, ce coloris vrai et ce tour délicat que vous savez donner aux vôtres.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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LE SOUPERS DE DAPHNE
Anne-Gabriel Meusnier de Querlon
Les Soupers de Daphné
Suivis des Dortoirs de Lacédémone
AVANT-PROPOS
ENréimprimantPSAPHION OU LA COURTISANE DE SMYRNEdans la collection où ce petit volume vient à son tour prendre place, le bib liophile Jacob s’était contenté de rapporter quelques-uns des jugements contemporains les plus favorables dont l’auteur avait été l’objet. J’avais songé tout d’abord à donner ici une biograp hie un peu détaillée de Anne-Gabriel Meusnier de Querlon, mais je me suis rappelé l’anathème que Voltaire a fulminé en un cas tout semblable : dans leDES ÉCRIVAINS FRANÇAIS CATALOGUE qui précède le SIÈCLE DE LOUIS XIV,arrivé au nom de La Croze, bénédictin réfugié en Prusse, auteur du CHRISTIANISME DES INDES,i l dit : « La fureur d’écrire est telle 1 qu’on a écrit la vie de cet homme en un volume aussi gros que la vie d’Alexandre. Ce petit extrait, encore trop long (il a dix lignes), aurait suffi. » Voltaire ne se doutait pas que le plus récent et le mieux informé de ses historien s lui consacrerait huit volumes et qu’il laisserait encore à glaner après lui. Mais, après tout, Querlon n’est pas Voltaire, et il me suffira aujourd’hui de citer une page qui a échappé à mon aimable prédécesseur et qui sera tout ensemble le plus juste éloge de Querlon e t la véritable préface de cette réimpression. Charles Nodier écrivait ceci en octob re 1834dans leDU BULLETIN BIBLIOPHILE,à proposde quelques livres satiriques et de leur clé : « Dans une catégorie assez large et où notre malign ité française aime à s’exercer, je m’en tiendrai pour exemple à cette satire toute parfumée de fleurs antiques, parce qu’elle a du moins en sa faveur, à travers un peu de molle afféterie et de grâces maniérées, l’avantage d’être bien écrite. J’aime d’ailleurs à dire un mot de Querlon, leseul littérateur e du XVIII siècle pour lequel je puisse avouer sans orgueil qu elque sympathie d’étude et de destinée. C’était un honnête homme, formé à de b onnes et utiles recherches qu’il savait résumer en un bon style et que j’approuverais en tout point si la manie des raretés philologiques n’avait quelquefois entraîné cet espr it naïf à l’exploration de certains auteurs que la décence condamne. Lorsqu’il s’agit d ’une langue morte, c’est un petit défaut dans lequel l’abbé de Rancé et le grand aumônier Jacques Amyot étaient tombés avant lui. L’habitude de ce travail si précieux pou r les langues le conduisit presque malgré lui à une imitation de Pétrone où il ne manque que le nerf éloquent et le cynisme du modèle : les SOUPERS DE DAPHNÉsont un véritable Festin de Trimalcion accommodé à nos mœurs et qui se ressent de l’urbanité de la bonne compagnie et de la politesse de la cour. Ces obscénités élégantes ne méritent pas plus d’indulgence que les autres, mais elles auront beaucoup de prix un jour pour les linguistes. LesSOUPERS DE DAPHNÉsont un joli pastiche français duSATYRICON,et c’est comme cela qu’il faut les voir. J’échappe heureusement par ce côté à la compa raison que j’avais voulu établir, et que je ramènerai facilement en deux mots à sa vérit able expression : Querlon était un homme de savoir qui pouvait s’élever sans efforts aux meilleures formes de la parole, qui vécut de ses articles auxPETITES AFFICHESet qui mourut pauvre ! » Six ans auparavant, dans sesTIRÉS D’UNE PETITE BIBLIOTHÈQUE, MÉLANGES Nodier avait donné une clé desSOUPERSd’après un exemplaire que cette addition, à la fois manuscrite et imprimée, rendait unique, selon lui : appât volontiers tendu par le séduisant amateur à ses confrères en curiosité. Vérification faite, la clé de l’exemplaire Nodier avait une rivale dans celle de Leber, et c’est ce que son possesseur ne se faisait point faute d’établir péremptoirement (voir son CATALOGUE, 2268).Pour rendre à la chronologie les hommages qui lui sont dus, il convient de rappeler que dès 1806Barbier avait donné, dans leDICTIONNAIRE DES ANONYMES,une autre clé très peu différente
de celle que Nodier a imprimée en1828et un peu plus détaillée. Barbier semble avoir constitué la sienne d’après divers exemplaires du temps ; il ajoute (toujours sans doute d’après les mêmes témoignages) que Monet avait recu eilli les notes sur lesquelles Meusnier de Querlon rédigea en trois jours lesSOUPERS,qu’il les fit imprimer à ses frais (Monet n’en dit rien dans ses MÉMOIRES),et que des exemplaires s’en vendirent jusqu’à douze louis. Si ces hauts prix ne se sont pas maintenus, il s’en faut que les SOUPERS DE DAPHNÉaient jamais été communs sur le marché bibliographi que ; leDU MANUEL LIBRAIREen cite diverses adjudications significatives : 9francs, vente By ; 20 francs, Châteaugiron (cuir de Russie) ; 17tfrancs, Aimé Martin (mar. rouge), auxquelles il fau ajouter celle de la vente Nodier (1829), 30francs (mar. rouge). Il n’y a pas d’ailleurs, si l’on en excepte une réimpression belge récente, d’a utres éditions que les éditions originales, et Meusnier de Querlon n’a point recuei lli les SOUPERSdans les IMPOSTURES INNOCENTES,comme il l’avait fait pour PSAPHION.Avait-il été effrayé de son audace ? Rien ne prouve qu’il ait été inquiété ; journaux et mémoires sont muets sur l’impression que dut causer cette allégorie sat irique, car, sous l’artifice usé aujourd’hui, mais alors fort à la mode, d’une prétendue traduction de l’arabe (pourquoi de l’arabe ?), se cachent une foule d’allusions qui ont exercé la sagacité des contemporains avant la nôtre. Si ce fumet de scandale s’est un pe u évaporé pour nous, la grâce du dialogue et les détails piquants de la mise en scèn e n’ont rien perdu de leur saveur. Meusnier de Querlon eût été, quoi qu’il en dise, dé solé de donner le change à son lecteur, et c’est bien vraiment de Daphné et d’Apollon qu’il s’agit ici ! Nous sommes à Passy (et non à Marly, comme on l’a cru), vers chez Samuel Bernard, et sous nos yeux défilent ses enfants, ses familiers, ses parasites ; de quoi causent-ils ? De ce qui était alors l’objet des entretiens de tous : de la tristesse farouche du jeune roi (le prince d’Arménie), quand aux ardeurs de sa juvénile passion pour la reine succédait le refroidissement que Marie Leczinska fut la première à provoquer, et aussi d’une fantaisie encore toute récente, la fureur des initiations à l a franc-maçonnerie, qui sert très habilement de prétexte aux aveux des belles invitée s. Dans ce décor gréco-romain se meuvent donc des personnages de la plus instante « actualité », comme nous dirions aujourd’hui. Aussi, sous les noms ou les faits que dévoilent les annotations transcrites par Barbier et Nodier, me suis-je attaché à placer un commentaire suffisamment explicite, et d’autant plus nécessaire que, dans un travail su r lesà clé Livres publié en 1873à Bordeaux par M. Gustave Brunet, d’après les papiers de Quérard, les SOUPERS DE DAPHNÉne sont même pas mentionnés. En revanche, lesDE LACÉDÉMONE DORTOIRS n’exigent point tant de recherches ; c’est assurément, non « l’ouvrage de quelque philosophe cyrénaïque », mais celui d’un contemporain de Crébillon fils, et, si elles n’ont pas été inventées à plaisir, des méprises aussi mortifiantes que celles de Glycon et de Bront e appartiennent à la chronique scandaleuse de tous les temps et de tous les pays. En les contant, Querlon a peut-être e voulu simplement prouver que la langue du XVIII siècle permettait de tout dire sans appuyer sur ce que l’on souligne aujourd’hui, et il n’aura pas perdu sa gageure s’il se fait de nouveau comprendre par le petit groupe de lecteu rs d’élite à qui seuls des récits de cette nature peuvent s’adresser. MAURICE TOURNEUX.
1Claude-Étienne Jordan, l’ami et le commensal de Frédéric II.