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Les "Souvenirs" d'Henri Bosco : entre autobiographie et fiction

De
314 pages
Ce volume réunit les actes du VIIe colloque international consacré à l'oeuvre d'Henri Bosco qui a été organisé à l'université de Nice-Sophia Antipolis, en mai 2011. Le triptyque des « Souvenirs » d'Henri Bosco – Un Oubli moins profond (1961), Le Chemin de Monclar (1962), Le Jardin des trinitaires (1966), complété de manière problématique par Mon Compagnon de songes (1967) – se présente comme une exploration de l'enfance de l'écrivain, par le biais d'une série de coupes opérées sur une période allant de la naissance à la douzième année.
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Les « Souvenirs » d’Henri BOSCO : entre autobiographie et fiction
Revue narratologie
Le Paratexte, textes réunis par Gérard Lavergne, 1998, 205 pages. Les Frontières du récit, textes réunis et présentés par Alain Tassel, 1999, 286 pages. La Métatextualité, textes réunis et présentés par Alain Tassel, 2000, 267 pages. Nouvelles approches de l’intertextualité, textes réunis et présentés par Alain Tassel, 2001, 373 pages. Nouvelles approches de la voix narrative, textes réunis et présentés par Marc Marti, 2003, 228 pages. Littérature et représentations artistiques, textes réunis et présentés par Fabrice Parisot, 2005, 517 pages. Problèmes du roman historique, textes réunis et présentés par Aude Déruelle et Alain Tassel, 2008, 420 pages. Henri Bosco et le métier de romancier, textes réunis et présentés par Alain Tassel, 2008, 292 pages. Onomastique romanesque, textes réunis et présentés par Yves Baudelle, 2008, 214 pages. Valeurs et correspondance, textes réunis et présentés par Alain Tassel, 2010, 254 pages. Les « Souvenirs » d’Henri Bosco : entre autobiographie et fiction, 2012 textes réunis et présentés par Alain Tassel, 307 pages.
Textes réunis par Alain TASSEL
Les « Souvenirs » d’Henri BOSCO : entre autobiographie et fiction
LIRCES Narratologie n°11
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© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99350-1 EAN:9782296993501
REMERCIEMENTS
Le Laboratoire Interdisciplinaire Récits, Cultures et Sociétés (EA 3159) adresse ses remerciements à tous ceux qui l’ont aidé à réaliser ce volume :
- La Mairie de la Ville de NICE
- L’Université de Nice - Sophia Antipolis
- L’U.F.R. Lettres, Arts et Sciences Humaines de l’Université de Nice -Sophia Antipolis
- L’Association « L’Amitié Henri Bosco »
- Les éditions L’Harmattan
- M. Dominique Vignau
AVANT-PROPOS Alain Tassel Université de Nice - Sophia Antipolis
ème  Ce volume réunit les actes du VII colloque international consacré à l’œuvre d’Henri Bosco. Organisé à Nice dans la salle des conférences de la Bibliothèque universitaire du campus Lettres et centré pour la première fois sur l’œuvre autobiographique de l’écrivain, il a été intitulé « Les “Souvenirs” d’Henri Bosco : entre autobiographie et fiction ». En effet, les deux grandes spécificités de ce corpus autobiographique composé d’Un Oubli moins profond (1961), duChemin de Monclar(1962), du Jardin des Trinitaires (1966) et deMon Compagnon de songes (1967) tiennent, d’une part, au brouillage générique soigneusement entretenu par Bosco entre le roman et l’autobiographie, et, d’autre part, à la relation instaurée entre ce pan de l’œuvre et le principal massif composé des ro-mans et récits. Henri Bosco dessine le profil de son lecteur modèle. Il présupposeque le diligent lecteur des « Souvenirs » est un fa-milier de son œuvre fictionnelle. C’est sa profonde intimité avec les per-sonnages récurrents, avec les paysages privilégiés comme avec les scènes fondatrices des romans qui le conduira à saisir les enjeux des « Souve-nirs » et à en apprécier la valeur littéraire. La culture romanesque se pré-sente comme la balise d’un parcours proposé au lecteur, lequel est invité à effectuer toutes les mises en relation possibles entre le microcosme (les « Souvenirs ») et le macrocosme (les romans et récits).
 Dans la première partie de cet ouvrage – « Éléments pour une poéti-que des Souvenirs » –,Christian Morzewskirappelle que, pour Henri Bosco, disciple sur ce point de Gérard de Nerval qui écrit, dansLes Illu-1 minésla remémoration et» , inventer, au fond, c’est se ressouvenir , « l’invention sont des processus créatifs voisins et poreux. Il met en regard le retour des personnages dans l’œuvre romanesque et leur réapparition 1. Gérard de Nerval, Œuvres,Les Illuminés, Paris, Classiques Garnier, 1966, p. 29.
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dans le cycle des « Souvenirs ». Examinant les anamorphoses et les ré-écritures du souvenir et de la fiction, il soutient la thèse selon laquelle la poétique narrative à l’œuvre dans les romans n’est pas fondamentalement différente de celle des « Souvenirs ». L’article deNathalie Bertrandmet en évidence l’importance de la Provence natale dans les sources d’inspi-ration de l’écrivain. En s’appuyant sur l’analyse d’un toponyme deMon Compagnon de songes, elle montre comment les noms de lieux, fruits de la rêverie de l’écrivain, révèlent l’emprise d’une vision symbolique et spirituelle sur la représentation de l’espace.Emmanuel Golfinattire no-tre attention sur l’une des spécificités de ces souvenirs portés par une vi-sion animiste du monde. Bosco y poursuit moins la quête du moi à tra-vers le récit d’une existence singulière qu’il ne s’emploie à saisir l’étran-geté des êtres croisés par l’enfant, à redonner vie par les mots à une foule de personnages mystérieux, étroitement liés à l’univers végétal dans le-quel ils évoluent. La quête de l’étrange a partie liée avec la recréation de l’esprit d’enfance qui a le pouvoir de nous conduire à de « puissantes ré-vélations d’inconnu ». Pour Bosco la vérité de l’être réside dans le rêve.  Comme le préciseFanny Déchanet-PlatzSouvenirs » se nour-les « rissent du récit des rêves de l’enfant et l’allure vagabonde de la ligne nar-rative, le recours fréquent à la digression renvoient au mode de surgisse-ment du rêve. Lorsque Fanny Déchanet-Platz affirme que l’un des princi-pes de cette écriture est de « laisser s’exprimer le souvenir qui palpite », de « pérenniser le rêve », elle invite à établir des rapprochements entre la poétique du récit autobiographique chez Bosco et celle en vigueur dans Enfancede Nathalie Sarraute. La première partie se conclut sur un article d’Alain Tasselconsacré à l’art du portraitiste. Pierre angulaire du dispo-sitif narratif mis en œuvre pour individualiser les personnages, le portrait, doté souvent d’une visée satirique, est organisé en fonction d’une ligne de force, d’un trait majeur. Bosco se plaît à polir ses portraits. Habile dans le choix des adjectifs, dans la disposition des mots, dans la mise en place d’un cadrage expressif, il sait tirer des effets comiques de ses por-traits tout en imprimant dans nos mémoires le souvenir de figures exem-plaires et attachantes.  La deuxième partie – « Pour une exploration du premier volume des « Souvenirs » – accueille un article deDanièle Henkyqui rend sensible l’écart séparant le projet d’une narration spontanée des faits passés de la facture réelle d’Un Oubli moins profond. Elle relève tous les indices tex-tuels attestant du travail de réorganisation et de mise en perspective du
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souvenir. En étudiant quelques aspects de la technique de trompe-l’œil, en s’intéressant aux télescopages entre l’intertexte fictionnel et les don-nées autobiographiques elle souligne l’une des caractéristiques des « Souvenirs », où l’effet de réel voisine avec l’effet de fiction. La con-tribution deJean-François Bourgain est organisée autour des relais de parole, de la retranscription des récits des adultes, « premiers modèles » et « réservoirs de rêverie et de mémoire ». Certes, la réverbération des voix parentales, de ces lointains échos pallie les défaillances de la mé-moire. Mais elle met surtout en lumière la fonction initiatique de ces voix conteuses qui ont été à l’origine de la vocation de l’enfant en lui donnant le goût du récit. En se référant àUn Oubli moins profond,Éric Jacobée montre comment ce récit autobiographique est à la fois « transgénéri-que » et « transpoétique ». La poétisation de l’autobiographie s’observe au plan de la facture du récit, comme au plan de la substance narrative, de la transfiguration d’un réel enrichi par de nombreux apports.  La troisième partie nous convie à un voyage au cœur du dernier volume des « Souvenirs »,Mon Compagnon des songes. Se référant à un passage du Diaire dans lequel Bosco reconnaît « une tendance naturelle à l’autobiographie romancée »,Sandra Beckett s’attache à analyser les commentaires métatextuels de Bosco qui rapprochent le statut des « Sou-venirs » de celui des récits d’enfance. En s’appuyant précisément sur le texte, elle situeMon Compagnon de songes dans le sillage du cycle de Pascalet. Prenant pour objet d’étude la fonctions des arbres dans ce récit, Jean Arrouyeque si le voyage de Pascalet s’inscrit entre deux ar- note bres, le platane familial et le cyprès Agricol, c’est en raison du lien étroit qui est instauré entre la construction du personnage et les propriétés de l’arbre. Le héros de ce récit de formation bâti autour du passage de l’en-fance à l’adolescence connaît une révélation à Roqueselve : temple de l’âme, lieu d’hébergement de l’âme, l’arbre procure au jeune Pascalet « l’acquis le plus singulier et le plus réconfortant de son voyage initiati-que ». Revenant à la fois sur la portée formatrice du voyage de Pascalet, sur la récurrence des repères intertextuels (les renvois explicites àL’En-fant et la rivièreà et Bargabot), comme sur les connexions régulières entre les songes et le monde sensible,Marina Matteraretrouve dans ce livre les principales caractéristiques du récit poétique.Stefana Squatrito prolonge la réflexion sur le statut générique deMon Compagnon de son-ges. À ses yeux les ambiguïtés de ce récit le rapprochent de l’autofiction. Stefana Squatrito considère que la fictionnalisation de l’expérience vécue
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par la mise en scène du personnage de Pascalet, double de l’auteur, s’in-terprète à la lumière de l’enjeu principal du récit, en l’occurrence la quête d’une vérité sur soi.  La dernière partie de ce recueil – « Statut et enjeux des Souvenirs » –, s’ouvre sur une étude à la fois historique et littéraire deBenoît Neissqui met en perspective les écrits autobiographiques de Bosco, les compare à ceux d’autres écrivains de l’enfance, tels Proust, Colette, Pagnol ou Alain-Fournier. Prenant comme point d’appui textuel la représentation du temps, des lieux et des parents Benoît Neiss met d’abord en relief dans les textes de Bosco une série de décalages et d’inversions qui brouillent l’horizon d’attente du lecteur. Il montre ensuite que l’originalité de cette œuvre tient à ce que l’enfant – sa perspective, sa sensibilité, sa propen-sion à préférer les songes à la vie réelle – accompagne toujours l’écri-vain.Nelly Robinet interroge le discours du narrateur sur la remémora-tion de l’enfance. Partant du constat que cette œuvre est portée par « une angoisse de la perte du moi originel, et plus profondément de l’identité », elle examine toutes les formes de valorisation de l’enfance, ce « trésor à préserver ». Et si la recréation de cette période s’avère parfois une fiction de l’adulte, elle nous éclaire sur « l’être profond de l’autobiographe ».  Martine Valdinocis’intéresse à la bibliothèque du jeune Bosco, « creuset pour la formation des songes ». La culture livresque apparaît comme un fragment indispensable du grand livre du monde. Complément et révélateur de l’expérience directe, le livre est en même temps un terreau fertile en motifs, en personnages qui ont nourri l’inspiration du romancier.Michel Arouimiexplore les formes et les avatars que revêt le mythe de l’unité dans ce corpus autobiographique en se montrant attentif, notamment, aux tensions dialectiques induites par le surgissement de mo-tifs symboliques référant au diable. Appréhender l’apprentissage du se-cret chez l’enfant, tel est l’un des enjeux des « Souvenirs » que s’emploie à étudierRoger Buis.Souvenirs » s’emploie à retrou-Le narrateur des « ver une qualité de perception attentive aux vibrations, à l’ombre des ob-jets, une aptitude singulière à entrer en résonance avec les secrets des êtres et des choses. Enfin,Farah Zaiemobserve que les « Souvenirs » débordent du cadre définitoire de l’autobiographie. Elle les réinscrit dans l’ensemble de l’œuvre qui se donne à lire comme un palimpseste, comme une entreprise de « refaçonnement » et de « régénération » de l’enfant. Ces écrits intimes visent donc à « l’agrandissement », à « l’épuration » et « l’ennoblissement » du souvenir.