Les Yeux ouverts pour tout le monde... par A. ... 16e édition

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1816. In-8°.
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Publié le : lundi 1 janvier 1816
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LES
POUR TOUT LE MONDE,
OU
EN VOILA ASSEZ POUR LE MOMENT,
CONTENANT
I°. Les Efforts de la France en 1814,
2°. Ce qui arriva à Buonaparte après son abdi-
cation;
3°. Description curieuse de sa résidence ;
4°. La Lanterne magique de la rue Impériale;
5°. N'en Parlons plus et Parlons-en toujours;
6°. Quelques traits sur Buonaparte;
7°. Les tendres Adieux des Russes aux Pari-
siens;
8°. L'Exposé de la situation du Royaume, par
M. l'Abbé de Montesquiou.
PAR A...
SEIZIEME ÉDITION.
PARIS,
PLACE SAINT-ANDRE-DES-ARTS, N°. 13.
JUIN 1816.
CAMPAGNE DE PARIS,
AU Ier. janvier 184, la grande armée
prussienne , sous les ordres du maréchal
Bliïcher franchit le Rhiri sur trois points;
et tandis que la division Langeron obser-
vait Màyencé, celles de Sacken, d'Yorck et
de Kleist se portaient sur Pont-à-Mous-
son, Metz et Thionvillé : une armée autri-
chienne et russe était du ja entrée, vers la
fin du mois de de'cembre I8I5, dans la-
Franche-Comté par les montagnes de la
Suisse.
On ne par la de ces évenemens à Paris
que comme une fausse manoeuvre à l'aide
de laquelle on attirait l'ennemi en France
pour l'y cerner, et détruire entièrement
les forces avec lesquelles il avait espéré
nous subjuguer nous-mêmes. Ces forces
n'allaient pas à moins d'un million cent
vingt mille hommes.
Cependant. Mâeon et Dole avaient ou-
(2)
Vert leurs portes à l'armée autrichienne ,
qui portait à-la-fois ses corps vers Nancy,
Langres et Lyon. Le maréchal Mortier
s'e'tait retiré de Langres à Chaumont; le
mare'chal Augereau se portait à Lyon,
et le maréchal Victor avait recule jusqu'à
la Meuse; ce qui faisait que nos frontières
étaient envahies de Lyon à Anvers, dans
une longueur de cinquante à soixante
lieues : Paris lui-même était menacé.
Napoléon quitte les Tuileries.
Une armée se rassemblait sur le point
de Châldns, entre la Marne et la Seine;
elle devait être employée à couvrir la
capitale. Le 25 janvier, Napoléon alla
prendre le commandement de ses armées,
laissant son épouse et son fils à la garde
des Parisiens, dont il les déclarait insépa-
rables. Il les recommandait à Dieu et à
cette brave garde, composée de ce qu'il y
a de mieux dans Paris. Quelques-uns di-
sent que Napoléon attendrit tellement les
coeurs dans cette journée, qu'on vit sortir
dés larmes des yeux à quelques personnes.
(3)
On sut depuis que tout cela n'était qu'une
comédie, et que ses gestes et ses attitudes
avaient été d'avance réglés par un acteur
célèbre. (Talma. )
Dès le 24 , l'ennemi avait commencé son
plan d'opérations dans l'intérieur de la
France par lé combat dé Bàr-sur-Aùbe
où le maréchal Mortier voulait conserver'
une position, après s'être replié de devant
Chaumont. Dans cette première affairé
nous fûmes forcés, en définitif, d'évacuer
Bar-sur-Aube. Lé maréchal Mortier, après
avoir, avec autant d'art que de courage t
défendu sa position, abandonna la ville:
pendant la nuit, et se retira sur Troyés.
Les mouveméns du maréchal Bliichér/
étaient combinés avec ceux dé' l'armée;
austro-russe. Il avançait de la Lorraine!
par là Haute-Màrné, pour là passer et faire
sa jonction avec le prince de Schwart-
zemberg. En chemin, ses divisions en-
levèrent, les 25 et 24 janvier, Luny et
Sainl-Dizier. Il poussa ensuite un de ses
corps sur Brienne, pour établir sa com-
munication avec les troupes qui occu-
paient Bar-sur-Aube.
I *
( 4 )
Napoléon Bonaparte sentant toute
l'importance de ce mouvement, s'il avait
son entière exécution, se hâta d'attaquer,
le 27, l'arrière-garde prussienne, qui at-
tendait encore la division d'Yorck à Saint-
Dizier. Les Français, dans cette occasion,
remportèrent la victoire ; l'ennemi fut
chassé de ses positions. Cependant Blü-
cher, sans se déconcerter de cet échec,
.qu'il ne lui était pas impossible de pré-
voir, continuait son mouvement de con-
centration sur Brienne, au sud de Saint-
Dizier. Il ralliait le corps de Lanskoï, qui
s'était retiré, vers Joinville; il recevait les
renforts de la grande armée autrichienne,
qui se mouvait de Chaumont, et avait
déja porté le corps du prince de Wurtena-
berg et de Giulay à Bar-sur-Aube, et en
avant sur la route de Brienne. Il attendait
dans ces dispositions que les Français pro-
nonçassent leur mouvement offensif.
Napoléon Bonaparte marchait en per-
sonne sur Brienne, ayant appelé de Troyes
et de l'Aube les troupes du maréchal Mor-
tier , pour fortifier sa droite. Les Autri-
chiens s'ayançant pour appuyer le maréchal
(5)
Blucher, celui-ci se retirait vers eux ,
lorsque Napoléon Bonaparte parut aux en-
virons de Brienne, le 29 janvier après-midi.
Le combat fut terrible. Tandis que le gé-
néral Alsufieff défendait la ville de Brienne
avec vigueur, les alliés attaquaient notre
gauche, faible en cavalerie. La journée fut
long-temps incertaine. La victoire'parais-
sait dépendre de l'occupation du château
dé Brienne. Le chef d'étât-major du maré-
chal' Victor , connaissant le terrain, par-
vint à s'introduire dans ce château à là fa-'
veur de la nuit. Les alliés voulurent re-
prendre ce poste ; et dans ce moment le'
carnage fut aussi grand qu'il pouvait l'être.
Le poste resta au pouvoir dé nos troupes;
mais elles ne purent empêcher le maréchal
Blûeher de continuer le mouvement rétro-
gradé qu'il avait commencé vers Bar-sur-
Aube. Nos colonnes l'y suivirent le 30.
Le' maréchal Victor et le général Grouchy
prirent une belle position aux villages de
la Rothière et de Dieuville.
De leur côté, les alliés se fortifiaient de'
toutes parts. Le général Yorck était arrivé
le 30 à Saint-Dizier, qu'il avait repris; lo-
(6)
pomte Wittgenstein était entré dans Vassi,
et avait prévenu sur ce point le comte de
Wrede, qui avançait aussi avec ses Bava-
rois par Joinville, et qui se, porta vers
notre gautche , que le prince de Wurtem-
berg devait attaquer. La division Giulay
était en ligne pour combattre notre droite;
celle de Sacken était dirigée sur notre
centre à la Rothière. On avait placé des
colonnes de grenadiers, russes en réserve.
De part et d'autre il y eut de soixante-dix
à quatre-vingt mille hommes engagés.
La, bataille, commença vers midi. Le..
prince de Wurtemberg donna le premier,,
en attaquant Chaumenil et la ferme de la
Giberie, où était posté le maréchal Victor,
On se disputa cette position avec le plus,
grand acharnement pendant trois heures.
Le prince la prit, en fut chassé, la reprit
et s'y mamtint avec de grands efforts, De
notre centre alors, des renforts furent en-
voyées à.notre gauche. Le général Sacken
crut devoir profiter; de ce mouvement pour
attaquer, ce corps affaibli, avec toute son
infanterie en colonnes serrées. Il parvint
car cette manoeuvre, jusqu'à, l'église de la
(7)
Rothière. Le combat devint terrible ; dans
cet endroit, et il ne finit qu'à minuit.
Bonaparte chargea lui-même à la tête de
la- jeune garde pour reprendre cette posi-
tion; Blûcher s'y porta de son côté pour
la défendre et la conserver. Le premier
eut un cheval tué sous lui; un cosaque
fut tué à côté du second, qui resta maître
de la position.
La division Giulay ne put non plus oc-
cuper celle de Dieuville qu'à minuit : le
général français Gérard la défendait. Le
comte de Wrede avait forcé le maréchal
Marmont à Morvilliers, d'où celui-ci s'était
retiré vers Vitry. Le corps de Sacken, dans
cette affaire, nous enleva trente-deux pièces
de canon, le général de Wrede vingt-six, le
prince de Wurtemberg onze ; en tout nous
en perdîmes soixante-neuf. Le nombre des
prisonniers fut évalué à quatre-mille. L'em-
pereur de Russie et le roi de; Prusse avaient
aimé leurs troupes,par leur présence,
Napoléon, pendant le reste de la nuit,
se retira, sur Brienne; il passa l'Aube le
2 février, au pont de Lesmont ; le 3, à
midi, il entrait à Troyes.
(8 )
Les alliés, profitant de leurs succès,
continuèrent leur marche vers Paris, sur
deux directions. Le prince de Schwartzem-
berg suivit les rives dé la Seine. Napoléon
évacua Troyes la nuit du 7 au 8 février.
Lés alliés y furent bien reçus; ils conti-
nuèrent leur mouvement vers Sens, NP-
gent et Méry. Le prince de Wurtemberg
entra le 11 dans la première de ces villes,
dont la garnison résista avec beaucoup de
valeur. Le maréchal Blücher s'était rap-
proché de la Marne : sa division, aux
ordres du général Yorck, avait évacué
Châlons le 5. Le maréchal français Mac-
donald s'y était porté de la ligne de la
Meuse , où opérait une partie de l'armée
du prince royal dé Suède , dont les pre-
miers corps, après avoir occupé Dinant
et Philippeville, s'étendaient vers Reims.
Le 9 février, le quartier-général prussien
s'était avancé de Vertus à Eloges; les di-
vision de Sàckén et d'Yorck occupaient
Montmirail et Château-Thierry, et pous-
saient leurs partis jusqu'à la Ferté-sous-
Jouarre et M'eaux. Napoléon, posté à No-
gent, observait ces divers mouvemèns ; il
( 9 )
était débordé sur deux flancs : il semblait
perdu, s'il ne' parvenait pas à couper là
communication entre les deux armées en-
nemies qui marchaient sur la capitale.
Le général russe Alsufieff, qui liait à
Champ-Aubert le corps du maréchal Blû-
cher à celui de Sacken, y fut attaqué et
culbuté : il y fut lui-même fait prisonnier
avec deux' autres généraux et deux mille
soldats. Le reste du corps qu'il comman-
dait fut tué ou dissipé, et nous laissa
maîtres de trente pièces dé' canon;
L'effet de ce succès fut que lé général
Sacken se trouva pris à dos , et essaya,
le II, de reprendre l'avantage en nous
attaquant. Cette action, que nous avons
nommée la bataille de Montmirail , fut
très-chaude, sur-tout au village de Mar-
elraix, qui fut pris et repris trois fois, et
à la ferme de l'Epine-aux-Bois, où l'en-
nemi avait établi une batterie formidable
de quarante pièces de canon. Le général
Sacken fut complètement battu. Le 12,
il fit sa retraite sur Château-Thierry, où
Bonaparte lé suivit, espérant que, par là
destruction de son pont de bateaux, les
( 10)
habitans l'auraient livré entre ses mains;
Cela ne se fit pas; mais Sacken, horrible-,
ment maltraité, fut obligé de se jeter vers
Soissons et Reims,
Le 12, le maréchal Blûcher était dans sa
position entre Eloges, et Bergères. Le 13,
il attaqua. le maréchal Marmont, qui s'é-
tait posté. vers Etpges avec neuf à dix
mille hommes, et le mena battant jus-
qu'au-delà de, Champ-Aubert. Napoléon
accourut sur ce, point avec sa garde et un
gros corps de. cavalerie; et le 14, à huit
heures du malin, il fit attaquer l'ennemi,
qui fut vaincu et obligé de se retirer avec
une,perte considérable.
Le maréchal Blûcher rallia à Châlons les
corps d'Yorck ,et de, Sacken, et se fit ren-
forcer par les corps de Langeron et de
Saint-Priest, attendant l'occasion de re-
prendre l'offensive.
La manoeuvre de l'ennemi sur la capi-
tale, avait, ainsi, été un peu dérangée; il ne
sa trouvait cependant pas pour cela dons
la. nécessité de renoncer à l'espoir de par-
venir jusqu'à cette ville. En effet, tandis que
Napoléon refoulait le corps de Bliicher
(11)
sur Epernay et Châlons, les routes de la
Seine restaient ouvertes à l'armée austro-
russe du prince de Schwartzemberg. Nos..
troupes abandonnaient la rive gauche en
détruisant les ponts que les alliés réta-
blirent, et bientôt ceux-ci se montrèrent
en grande force., sur la droite, où ils sem-
blaient avoir dessein d'opérer une diver-
sion en fayeur de Blücher. Les. divisions
Wrede et Wittgenstein s'étendaient jus-
qu'à Prpvinsj elles marchaient par Nangis,
sur Melun, tandis que Biànchi. et Platoff
se portaient, de Montereau à Fontaine-
bleau, où ils entraient le 17. Bonaparte
revint donc de la. Marne à la Seine : il y
fit transporter plusieurs mille hommes de
sa. garde en poste, et attaqua le 17, le
corps de Wittgestein, qu'il battit au com-
bat de Nangis, et à qui il fit éprouver, en
hommes, et en artillerie une. perte consi-
dérable. Ce général repassa la,Seine, ainsi
que le- comte de Wrede, qui fut débusqué
de, sa position de, Villeneuve. Ces deux
corps en. retraite découvraient Montereau,
que. tenait le. prince de Wurtemberg. Ce
prince fut obligé de se retirer sur la rive
( 12 )
gauche, où nos troupes le poursuivirent.
Les maréchaux Macdonàld et Oudihot
eurent ordre de nettoyer entièrement la
rivé droite.
Lé prince de Schwartzemberg parut re-
noncer alors à opérer par divisions isolées ,
et il montra l'inlention de faire rapprocher
le maréchal Bliicher de la Seine. Lui-même
y tenait encore la position de Troyes.
Napoléon s'y porta le 24, et l'ennemi
abandonna celle ville le 25 au matin, en
partie par suite de ses efforts, et en partie
parce 1 que' l'évacuation de ce poste tenait
au plan arrêté par les alliés.
Par l'effet des mouvemens dé concen-
tration, Bliicher, dont l'armée était affai-
blie par ses derniers combats, se renforça
des corps de Bulow, Winzingerode, Wo-
ronzof et Saxe-Wcymar, et marcha sur là
Seine par Méry, qui fut brûlé. Il est pro-
bable que, dans ce premier moment, il
voulait se joindre à la grande armée alliée,
pour livrer une bataille générale. Cepen-
dant il se porta tout-à-coup en arrière sur
Sézanne, où, le 24, il attaqua le maré-
chal Marmont. Napoléon Bonaparte, oc-
( 13 )
cupé à suivre les Autrichiens , partagea
ses forces pour attaquer les derrières de
l'armée ennemie, tandis que les maréchaux
Victor, Oudinot et Macdonàld entraient
de vive force dans Bar-sur-Aube. Nous ne
gardâmes néanmoins pas long-tems cette
ville. Le 27 février, le prince de Schwart-
zemberg nous en débusqua au moyen
d'une attaque qui nous fit périr beaucoup
de monde. Du 28 février au 3 mars, nous
perdîmes Bar-sur-Seine, après la défaite
du maréchal Macdonàld à la Ferté. Le
prince de Wurtemberg rentra à Sens , et
l'ennemi put envoyer des renforts au gé-
néral Bubna contre le maréchal Âuge-
reau, qui avait reçu à Lyon un beau
corps de seize mille hommes de l'armée
d'Espagne , et avait pris l'offensive.
.Ce malheur n'était pas le seul qui nous
assaillit en ce moment. Le 5 mars, nous
étions contraints d'évacuer Troyes avec
perte de dix pièces de canon. Napoléon
Bonaparte. abandonna donc encore une
fois les opérations de la Seine pour se
porter sur la Marne, d'où Bliicher mena-
( 14 )
cait de nouveau la ville de Meaux et là
route de Paris.
Blücher passa sur la rive droite dé là
Marne, à l'approche des forces que ral-
liait Napoléon. Ce général prussien avait
éprouvé des échecs sur l'Ourcq, à Lisy et
à May. Marmont et Mortier poussèrent
vivement son arrière-garde, le 3 , à
Neuilly-Saint-Front. Pendant ce temps un'
corps français détaché sur Reims, y en-
trait le 5, et coupait ainsi les communi-
cations , entré l'armée de Silésie et celle
de Schwartzemberg. Dans son mouvement
de retraite, Bliicher était perdu, si la red-
dition trop facile dé Soissons né l'avait pas
rendu là maître du passage; ensuite de
cela il prit une belle position à Crâonné,
entre Soissons et Laon, donnant au géné-
ral Bulow la garde de cette dernière ville ,
d'autant plus importante qu'elle assurait
ses derrières , ainsi que ses communica-
tions avec la Belgique.
C'était à Craonne, et quelques jours
après à Reims que la fortune réservait
à Napoléon Bonaparte ses dernières fa-
( 15 )
veurs. Le 7 mars, il battit complettement
le général Blücher à Craorine, et le força
de quitter sa position. Le 8, toute cette
armée ennemie était concentrée devant
Laon, bien résolue de nous attendre dans
ce posté, qu'on peut dire inexpugnable.
La division Bulow occupait au centré la
ville et le plateau; celles de Langeron ,
Sacken et Vinzingerode occupaient la
droite; et celles d'Yorck et de Kleist,
la gauche. Napoléon eut l'imprudence de
les attaquer dans cette position. Lé 9 et
le 10 mars , il essuya un échec considé-
rable dans cette tentative déraisonnable.
Le g, le fort de -l'action s'était passé à là
gauche de l'ennemi, qui nous avait re-
pousses et nous avait enlève de quarante à
cinquante pièces de canori. Le lendemain,
Bonaparte renouvela le combat , par sa
gauche, contre le centre et la droite des
Prussiens. Cette attaque ne fut pas plus
heureuse que celle de la veille, et nous
nous retirâmes en désordre et avec une
grande perte.
Cependant le 14, Napoléon prit sa re-
vanche à Reims. Le comte Saini-Priest,
(16)
officier français au service de la Russie f
s'y était avancé de Châlons avec environ
seize mille hommes, et l'avait pris sur le
général Corbineau. Napoléon y accourut
le lendemain, et attaqua avec des forces
supérieures l'ennemi, .qui ayant eu l'au-
dace de vouloir tenir dans la position
malgré son infériorité, fut battu, et per-
dit vingt-deux pièces de canon et quelques
milliers, de prisonniers.
Napoléon se porta ensuite sur Epernay,
à la tête de quarante mille hommes de sa
garde.
Les événemens de la Marne avaient mis
Tannée austro-russe en liberté de manoeu-
vrer sur la Seine. Le 16 mars, la division
Wittgeinstein avait pénétré jusqu'à Pro-
vins , que couvrirent les maréchaux Mac-
donald et Oudinot : il y eut là un fort
engagement d'artillerie. Maître d'Epernay
et de Châlons, où le maréchal Ney était
entré le 16, Napoléon Bonaparte se déter-
mina encore une fois à se porter sur
l'Aube, pour essayer de tourner le prince
de Schwartzemberg et les monarques al-
liés, qui étaient le 18 à Troyes, d'où ils
(17)
se retirèrent à Bar-sur-Aube. Napoléon.
arriva à Arcis-sur-Aube le 20 au matin. On
croit qu'en poussant sa pointe de ce côté,
il voulait tourner l'ennemi, et rabattant
ensuite sur lui après s'être renforcé des
garnisons des places de la Lorraine et de
l'Alsace, le prendre au sein même de là
France et aux environs de la capitale.
Quoiqu'il en soit, sur tous les points
tout allait fort mal pour lui. Bordeaux
était occcupé par l'armée anglo-espagnole;
le maréchal Augereau avait abandonné
Lyon aux Autrichiens ; le maréchal Blü-
cher, maître de Châlons-sur-Marne , se
rapprochait, pour ne plus se séparer, du
prince de Schwarlzemberg ; et cette réu-
nion complette des deux armées d'opéra-
tion, en rejettant Napoléon Bonaparte sur
la Lorraine, le coupa entièrement de,
Paris, dont la prise fut le résultat d'autres
mouvemens encore.
La principale force qui restât pour cou-
vrir cette ville, après la marche de Napo-
léon sur la Lorraine, était les deux divi-
sions Marmont et Mortier, faisant partie,
de l'armée du maréchal Macdonald, et qui
a
( 18)
présentaient un, total d'environ vingt-cinq
mille hommes. Ayant eu l'imprudence ,
le 25 mars , d'attendre de pied ferme à
Fère-Champenoise les deux grandes ar-
mées de Bliicher et de Schwartzemberg,
elles furent hachées, et perdirent cent
pièces de canon, six ou sept mille prison-
niers , et environ cinq mille tués et blessés.
Après celte bataille, les alliés, qui avaient
passé la division Winzingerode derrière
eux pour occuper et contenir Napoléon
Bonaparte, marchèrent en cinq colonnes
sur Paris, harcelant par leurs partis avan-
cés -les arrière-gardes du corps mis en
déroute dans l'affaire de Fère-Champe-
noise.
Les 28 et 29, ils passèrent la Marne à
Trilport et à Meaux, sans presque trouver
de résistance. Le 28 au soir, à Cïaye, le
maréchal Mortier fit occuper la forêt, et
repoussa vigoureusement les attaques du
général Yorck. Les divisions de Wrede et
Sacken restèrent en position à Meaux, et le
30 au malin toutes les dispositions étaient
faites pour livrer la bataille de Paris.
Paris avait pour défense quelques
(19)
mille hommes de garnison, les restes dès
corps repliés devant l'ennemi, et trente
mille hommes de garde nationale, dont
huit à dix mille au plus possédaient des
armes qui pussent être de quelque uti-
lité sur un champ dé bataille. Avec ces
Forces on pouvait mettre dé vingt-six à
vingt-huit mille hommes en bataille. L'ar-
mée française de Paris occupait, sur là
droite, les hauteurs dé Bellevillé, Ménil-
Montant et la butte Saint-Chaumont, et
s'appuyait à Vincennes. Son centré était
au canal dé l'Ourcq, ayant le maméloi
de Montmartre sur le derrière, position
extrêmement forte, si elle eût été conve-
nablement fortifiée, et suffisamment gar-
nie d'artillerie. La gauche s'étendait de
Montmartre à Neuilly. Les portes étaient
défendues par des palissades, destinées a
arrêter celles des troupes légères de l'en-
nemi qui pourraient, pendant la bataille ,
essayer de pénétrer entré les masses et les
différens points d'attaque.
Entré trois et quatre heures du matin ,
les tambours de la garde nationale batti-
rent le rappel. Elle prit les armés, quoi-
2 *
(20)
qu'indignée de ce que l'impératrice, le roi
de Rome, et la plupart des grands digni-
taires avaient abandonné la ville. Ignorant
les intentions des alliés, et pouvant crain-
dre un pillage, elle se prépara à combattre
pro aris et focis. On peut même dire, à
sa louange, qu'elle se rendit à ses postes
avec célérité. Un très-grand nombre de
citoyens non encore armés, sur-tout une
multitude d'ouvriers, qui presque tous
ont servi, se présenta même aux points
de réunion, et courut jusqu'aux barrières,
demandant à grands cris des armes, et
sollicitant l'honneur de prendre part au
combat. Un de ces rassemblemens attendit
patiemment, sur la place Vendôme, depuis
cinq heures jusqu'à neuf, moment auquel
on vint lui offrir des piques, arme qui ne
pouvait être utile à rien dans une pareille
occasion. Enfin les habitans de Paris se
montraient disposés à faire une vigoureuse
défense.
L'artillerie commença à tirer entre cinq
et six heures du matin. Bientôt le feu de
la mousqueterie vint s'y joindre : il dura
long-tems et avec une grande vivacité.
(21 )
C'était sur la position de Belleville que
nous avions jeté nos plus grandes forces.
Ce fut aussi là qu'eurent lieu l'attaque la
plus considérable et la résistance là plus
opiniâtre. Le prince Royal de Wurtem-
berg , à l'extrême gauche des alliés, avait
été dirigé sur Vincennes; le général Ra-
jewski gouvernait les attaques sur Belle-
ville ; les gardes et les réserves étaient pla-
cées sur la grande route de Bondi , en
face du canal, où nous avions une partie
de notre centre; le maréchal Blücher
avait ordre de se porter par Saint-Denis
sur Montmartre, et d'observer notre
gauche, où il y eut quelques engagemens
de tirailleurs.
On ne demandait aux compagnies de
la garde nationale qu'on avait tirées hors
des barrières que de se placer en seconde
ligne, pour faire croire à l'ennemi. qu'il
avait à combattre un plus grand nombre
d'adversaires que ceux qui devaient effec-
tivement lui faire tête. Ces compagnies ne
voulurent pas rester ainsi dans l'inaction ;
leur zèle et leur.courage se signalèrent, et
elles fournirent aux principales attaques
(22)
une grande quantité de tirailleurs qui firent
beaucoup de mal à l'ennemi. Cette garde
nationale laissa pour sa part trois cents
hommes tués sur le champ de bataille,
sans parler d'un assez grand nombre de
blessés.
Les positions de Panlin, Belleville,
Romainville, et de la butte Saint-Chau-
mont, où l'action s'était engagée, furent
successivement enlevées dans la matinée
même : Pantin avait été pris à la baïon-
nette. Le général Rajewski, dont les trou-.
pes étaient infiniment plus nombreuses ,
eu égard à celles que nous pouvions lui
opposer, faisait tourner les hauteurs à
mesuré que nous essayions de les dé-
fendre, et nous contraignait ainsi de les
abandonner.
Cependant chaque avantage était acheté,
et on peut même dire qu'il coulait cher
aux alliés. Notre artillerie, principalement
servie par des Polonais et par des élèves de
l'école polytechnique, qui n'avaient cepen-
dant que quelques semaines d'exercice,
mais qui donnaient partout l'exemple de
l'intrépidité, couvrait de corps ennemis
(23)
les approches des positions. L'ennemi, en
s'emparant des hauteurs , vers le milieu
de la journée, y avait pris quarante-trois
pièces de canon. Du côte' de Vincennes,
quelques cosaques pénétrèrent et s'avan-
cèrent vers le faubourg Saint-Antoine : ils
s'y rendirent maîtres de deux pièces, qu'un
demi-escadron de gendarmerie les força
d'abandonner. Sur le soir, une colonne
des allies fila vers Charenton ; quelques
troupes et les élèves de l'école vétéri-
naire défendirent le pont avec résolution ;
et il y eut là cent cinquante jeunes gens de
tués. Là encore le nombre l'emporta sur
la valeur. Forcé dans le poste, on mit le
feu aux fougasses préparées pour faire
sauter le pont; mais la communication
des mèches avec le puits se trouva inter-
rompue. L'ennemi passa donc, et se dé-
ploya sur la droite de la Seine, en face
du Port-à-l'Anglais, où heureusement il
n'eut aucun moyen de traverser la rivière.
Il aperçut de là quelques gardes nationaux
en patrouille sur l'autre rive, et leur tira
quelques coups de carabine, Les nouvelles
de l'armistice, qui fut signé sur la un
(24)
de la journée, vinrent arrêter ces mou-
vemens.
Le maréchal Blûcher, comme nous l'a-
vons dit plus haut, avait été chargé de
l'attaque du centre. N'ayant reçu les or-
dres que tard, il ne se mit en devoir de
les exécuter qu'à onze heures. Il chargea
la division Langeron dé prendre ou blo-
quer Saint-Denis, de nous déloger d'Au-
bervilliers, et d'arriver par Clichy sur
Montmartre. Malgré les avantages de la
grande armée alliée du côté de Pantin,
nous étions encore maîtres, à notre centre,
de la ferme de Rouvroy, en avant du
canal : dix-huit pièces en batterie forti-
fiaient cette position. L'ennemi fit reculer
notre infanterie du Rouvroy; mais notre
artillerie le contint lui-même, jusqu'à ce
qu'il eût fait avancer la sienne; ce qui ne
s'effectua qu'a trois heures.
Notre artillerie repoussait aussi avec
succès, à la Villette, une attaque des ré-
serves des grenadiers et des gardes de la
grande armée, soutenues par six batail-
lons et la présence du prince Guillaume
de Prusse ; mais les corps d'Yorck et de
(25)
Kleist étant intervenus dans l'affaire, et
enfilant nos batteries; il fallut se concen-
trer à la Villette, d'où les troupes fran-
çaises essayèrent une charge de cavalerie,
appuyée par de l'artillerie et de l'infan-
terie. La cavalerie des alliés s'étant formée
au Rouvroy, nous chargea à son tour et
pénétra dans la Villette. Quatre bataillons
de la réserve de Woronzoff s'y précipitè-
rent en même tems au pas de charge.
Nous fûmes forcés de reritrer dans Paris,
après avoir perdu notre canon. En général,
notre cavalerie avait peu donné dans cette
affaire. Rien ne défendait plus les barrières
contre l'ennemi ; et il y marchait, lorsque
des parlementâmes envoyés par le corps
municipal vinrent demander à capituler.
Il y eût aussitôt une suspension d'armes
pour donner le tems de traiter de la ca-
pitulation. A la nouvelle de la soumis-
sion des Parisiens, l'empereur de Russie
et le roi de Prusse sautèrent à bas de leurs
chevaux, pour s'embrasser étroitement en
s'écriant : Le sang va donc cesser de
couler!
Il était tems pour les habitans de Paris
(26)
que le combat cessât, parce que dans ce
moment même les corps d'Yorck et dé
Kleist emportaient la Chapelle, village
situé en avant du faubourg Saint-Denis ;
celui de Langeron escaladait les hauteurs
et Montmartre : la barrière de Neuilly
était elle-même attaquée.
La suspension d'armes fut suivie de la
capitulation que l'on va lire.
Capitulation de la ville de Paris.
L'armistice de quatre heures dont on est
convenu pour traiter des conditions de
l'occupation de la ville de Paris, et de la
retraite des corps français qui s'y trou-
vaient, ayant conduit à un arrangement
à cet égard, les soussignés, dûment au-
torisés par les commandans respectifs des
forces opposées, ont arrêté et signé les
articles suivans :
Art. Ier. Les corps des maréchaux ducs
de Trévise et de Raguse évacueront la
ville de Paris le 31 mars, à sept heures
du matin.
II. Ils emmèneront avec eux l'attirail de
leurs corps d'armée.
(27)
III. Les hostilités ne pourront recom-
mencer que deux heures après l'évacua-
tion de la ville, c'est-à-dire le 31 mars, à
neuf heures du matin.
IV. Tous les arsenaux, ateliers, établis-
semens et magasins militaires seront lais-
sés dans le même état où ils se trouvaient
avant qu'il fût question de la présente ca-
pitulation.
V. La garde nationale ou urbaine est to-
talement séparée des troupes de ligne; elle
sera conservée, désarmée ou licenciée, se-
lon les dispositions des puissances alliées.
VI. Le corps de la gendarmerie muni-
cipale partagera entièrement le sort de la
garde nationale.
VII. Les blessés et maraudeurs, restés
après sept heures à Paris, seront prison*-
ni ers de guerre.
VIII. La ville de Paris est recommandée
à la générosité des hautes puissances alliées,
Fait à Paris, le 31 mars 184, à deux
heures du matin.
Signé le colonel Orloff, aide-de-camp
de S. M. l'empereur, de toutes les Russies ;
Le colonel comte Paar, aide-de-camp
(28)
général de S. A. le maréchal prince de
Schwartzemberg ;
Le colonel baron Fabrier, attaché à
l'état-major de S. Exe, le maréchal duc
de Raguse.
Le colonel Denys, premier aide-de-camp
de S. Exe. le maréchal duc de Raguse.
Dans la journée du 3o mars, il resta,
dit-on, sur le champ de bataille, plus
de 20 mille ennemis, et trois ou quatre
mille Français.
Les troupes de ligne, par suite des con-
ventions conclues à cet égard, commen-
cèrent, dans la soirée même, leur mouve-
ment d'évacuation et de retraite. Une
grande partie prit son chemin par la bar-
rière d'Enfer et routés euvironnantes : elles,
paraissaient tristes et non découragées ;
officiers et soldats, tous ignorant la véri-
table situation intérieure de Paris, se plai-
gnaient de n'avoir pas été secondés par les
habitans , qui, comme nous l'avons dit
plus haut, avaient eu la meilleure volonté
possible de le faire. L'école militaire éva-
cua à minuit et suivit la même route.
(29)
Cependant Napoléon Buonaparte s'était
avancé jusqu'auprès de Paris, au moment
même où ses troupes en sortaient. Il ap-
prit à Villejuif (à deux lieues de la capitale)
ce qui s'était passé. Alors il eut un violent
accès de fureur. Le départ de l'impéra-
trice l'avait déjà singulièrement contrarié
lorsqu'il en avait été instruit. Il retourna
sur ses pas pour pallier l'armée qui le
suivait, et tous les corps qu'il pourrait
y joindre. Amusé, ainsi que nous l'avons dit
plus haut, par le corps aux ordres du
comte de Winzingerode, qui le harcelait
avec quinze mille hommes de cavalerie, il
s'était aperçu trop tard que Paris allait
être attaqué par des forces irrésistibles ;
et laissant en arrière son armée avec la-
quelle, le 27 mars, il avait encore consumé
du tems dans un engagement assez vif
auprès de Saint-Dizier ( 56 lieues de Paris ),
quand on lui rapporta la nouvelle de la
prise de Paris : il accourait de sa personne
pour présider à sa défense.
Les armées alliées s'emparèrent aussitôt,
non-seulement des casernes de Paris , mais
encore de l'École Militaire ; ils armèrent
(30)
aussitôt les hauteurs dont ils s'étaient
emparés, et un corps considérable de
leurs troupes prenait poste sur la route
de Fontainebleau.
Cependant l'armée de Champagne, et
toutes les troupes à qui on avait; pu donner
des ordres, faisaient leur jonction à Fonj
tainebleau auprès de Napoléon Buona-
parte. En quelques jours, il s'y trouva une
armée petite, mais brave au plus haut
point. Tout annonçait la proximité d'une
affaire terrible ; mais les choses prenaient à
Paris une tournure faite pour nous délivrer
à jamais de tous nos maux. Le 31 mars
l'empereur de Russie, au nom de tous les
souverains alliés, fit afficher, à la lueur des
flambeaux, une déclaration qui invitait le
sénat français à pourvoir au gouvernement,
s'engageant à ne jamais traiter avec Napo-
léon Buonaparte ni aucune personne de sa
famille. On avait déjà fait hautement des
voeux, le matin, pour que l'occupation dé
Paris par les armées alliées fût le signal
du rétablissement des Bourbons. Cette
déclaration donna une nouvelle expansion
à ces sentimens, et l'on entendit de tous
(31)
les côtés des cris de vive le roi, vive
Louis XVIII ! Le sénat s'assembla comme
l'empereur Alexandre l'avait invité à le
faire, et le 2 avril il prononça la déchéance
de Napoléon Buonaparte et de sa famille,
comme ayant abusé de l'autorité qui lui
avait été confiée, et violé la constitution
qui l'avait nommé empereur. Le 6, ce
corps, qui terminait ses fonctions d'une
manière si respectable, rappela l'auguste
famille des Bourbons au trône de France.
Buonaparte hésitait à Fontainebleau; il
voulait ramener ses troupes sur Paris, et
feignit d'ignorer que le sénat lui eût ainsi
retiré le gouvernement
Un jour qu'il haranguait ses troupes
rangées en bataille devant la grille de son
château de Fontainebleau, les cris de
Paris ! Paris ! partaient de toutes parts.
Le maréchal Ney s'approcha de Napoléon,
et lui dit : « Vous n'êtes plus notre em-
pereur; vous ne pouvez plus commander
à ces braves; ils ne peuvent plus vous
obéir. Voici l'acte de votre déchéance,
prononcée par le sénat il y a trois jours
(le 2 avril). » Le 11 suivant, il déclara
(32)
solennellement dans un acte, que sa
personne paraissant être un obstacle à la
paix de l'Europe et à la tranquillité des
Français, il renonçait pour lui et ses
héritiers à la couronne de France.
Napoléon reçut en dédommagement,
pour lui et sa famille, une pension de six
millions de francs, et la souveraineté de
l'île d'Elbe, dans la Méditerranée. Elle a
treize mille habitans, et trente-six lieues
de tour. L'île d'Elbe appartient à la France
depuis l'an 9 ( 1801 ), que le roi de Naples,
souverain de cette île, nous la céda en
toute propriété.
Napoléon partit de Fontainebleau le 20
avril à midi, escorté de quatre généraux
des puissances alliées '( un de chacune ),
et. vingt-cinq hommes de cavalerie. Le
général français Bertrand était seul dans
sa voiture. La voiture de Napoléon avait
six chevaux, et celle de chaque général
quatre. Il prit la route de Lyon, Avignon,
Aix et Saint-Rophau, département du Var,
où il s'embarqua le 28 avril ( à deux
cent dix-huit lieues de Paris ). On prit
partout la précaution de ne pas laisser
(33)
approcher le peuple de sa voiture; cepen-
dant, à Avignon, on ne put empêcher
qu'elle ne fût assaillie d'injures et d'apos-
trophes outrageantes. Tantôt c'était une'
veuve qui demandait son fils unique, mort
dans lès neiges de la Russie; tantôt c'était
un vieillard qui demandait vengeance dé
la mort de son enfant, traîné avec vio-
lence à six cents lieues. de Paris, et mort
sous la mitraille de l'ennemi, quoiqu'il
l'eût racheté trois fois de la conscription;
Les généraux étrangers qui descendirent
de voiture, rétablirent le calme avec beau-
coup de peine. A Saint-Canat ( Bouches-
du-Rhône ) , le peuple brisa les glaces de
sa voiture. Après cette dernière violence
il se déguisa en officier russe, et se mit
seul dans un cabriolet.
Un jour qu'il fut averti que dans uni-
petit - bourg le peuple était décidé aux plus-
grands outrages- envers lui, il dit aux qua-
tre généraux alliés : « Ne soyez point en
peine, je vais prendre les devants, pour
commander le dîner au milieu des mu-
tins. » Il arriva seul à la poste, après
avoir traversé le bourg. Il demanda l'hô-
3
( 34 )
tesse, et s'annonçant comme un officier
russe, il lui dit : « Madame, apprêtez un
dîner pour l'empereur Napoléon, pour,
quatre généraux et pour moi. » Â ces
mots de, l'empereur Napoléon, l'hôtesse
se répandit en invectives contre lui, di-
sant : « Oh! le tyran! qu'avait-il besoin
d'aller en Russie avec cinq cent quatre-
vingt-dix mille hommes ? Mon fils y a
péri victime, comme tant d'autres, de
la plus odieuse tyrannie ; et plus tard,
pourquoi fait-il sauter le pont de Leipsick,
abandonnant plusieurs milliers de Fran-
çais pour sauver sa personne toute seule?»
Napoléon, qui était très-fatigué de n'avoir
pu dormir depuis plusieurs nuits., la
tranquillisa de la perte de son fils et
dé plusieurs milliers d'autres; il appuya
même l'hôtesse, disant que Napoléon ne
pouvait,pas tout prévoir.
Il s enfonça dans le fond dune cham-
bre , où il dormit profondément sur un
canapé pendant quatre heures. Les géné-
raux le réveillèrent pour se mettre à table.
La société fut gaie : on but,à la santé des
Français. , des Bourbons , du gouver-
( 35 )
nement provisoire, des alliés et des trou-
pes. françaises. Napoléon parut très-gai ;
il anima la corivèrsatiqEt par les manières
les plus affables et les saillies que faisait
naître .le vin mousseux de Champagne.
Ils firent appeler l'hôtesse, à qui ils don-
nèrent trois fois la valeur du dîner. Au
même instant elle reconnut que l'officier 1
russe arrivé le premier, était. Napoléon.
lui-même. L'argent du dîner lui tomba-
de l'a. main , et elle s'évanouit. Revenue:
par les soins qu'on lui prodigua, elle' se
met à crier : Je suis perdue ! Mais Na-
poléon attendri la rassura de son mieux ,
lui fil donner vingt napoléons et disparut.
Louis. XVIII entra dans Paris le 3
mai 1814, au milieu d'une fête qui an-
nonçait la plus grande allégresse. La
bonté des Bourbons fait déjà oublier les
plus grandes calamités passées.
Il arrivait d'Angleterre, d'où il ne ces
sait de prier pour le bonheur des Français.
3*
(36)
Nouvelles authentiques de Napoléon ,
datées de Porto Ferraïo, le 18 juin 1814.
NAPOLÉON a pris possession de plusieurs
îles inhabitées, limitropes de l'île d'Elbe :
il a aussi conclu des traités de commerce
avec les autres îles les plus voisines et avec
les états barbaresques.
La nouvelle monnaie porte d'un côté
l'effigie de Napoléon , et de l'autre
l'inscription suivante : Napolceo I, impe-
rator atque rex, ubicumque felix. Isola
dElbaj i8i4- En français : Napoléon,
empereur et roi, heureux partout. ( J. de.
Paris, du 9 juillet 1814 )
Le pavillon blanc parsemé d'abeilles
flotte sur les forteresses de l'ile.
Nouvelle conquête de Napoléon en
juillet 1814 , estimée 2,000,000.
LE prince Borghèse passant à Milan le
15 juillet 1814, pour se rendre à Rome,
racontait à tout le monde la prise de sa
fortune par son beau-frère, souverain
(37 )
de l'île d'Elbe. Le prince Borghèse qui
était gouverneur général des départemens
au-delà des Alpes (comprenant le Pié-
mont, Gênes, les états romains, etc.),
fut obligé de renoncer à son gouverne-
ment, parce que, d'après le nouvel ordre
de choses, chaque prince d'Italie reprit
ses propres états. Ce gouverneur général
fréta un bâtiment pour son compte, des-
tiné au chargement de ses effets, meubles
précieux, or, argent, bijoux, tableaux
rares, bibliothèque précieuse, et, en un
mot, tout ce qu'il avait. Le bâtiment
sortit du port par un beau tems, quand
tout-à-coup la violence des vents força le
capitaine de relâcher à Porto - Ferraïo,
capitale de l'île d'Elbe,
Napoléon faisait dans ce moment la
visite du port. Il envoya ses gens pour
demander le nom du bâtiment qui station-
nait dans'le golfe.
Le capitaine, interrogé, dit que ce bâ-
timent, d'une riche cargaison, appartenait
au prince Borghèse, qui le destinait pour
Civita Vecchia ( on prononce Vekia ) , pour
de là être déchargé, et le chargement
(38).
transporte a Rome ou le prince allait faire
sa résidence. Bon, dit Bonaparte, tous ces
ffets m'apartiennet, c'est moi qui les ai
payés le prince Borghèse me doit encore
la dot de ma SOEUR qu'il a abandonnée.
Albrégé de la description de l'île d'Elbe,
Elle est située à 4 lieues de l'Italie sur
les côtés de la Toscane , 13 lieues de file de
Corse, 45 de Rome 85 de Naples , 230
de Paris. Elle était habitée avant la fon-
dation de Rome. (Voyez plus haut sa cir-
conférence et sa population.) Le plus long
jour y est de15 heures (à Paris 18).
On y trouve toutes sortes de métaux ,
et même d'or et d'argent. La mine de fer
la plus abondante est celle de Rio, près
de lacôté maritime, vers le levant; elle a
des racines qui s'étendnt à plus d'un mille
d'Italis , trois quarts de lieues de France
Elle est profonde et très-ancienne, puis
qu'on l'exploitait du toms des Romains.
L 'île manque de bois, de manière à ne
pouvoir pas en fournir pour y fondre le
minéral : on le transporte sur les côtes
de la Corse et ailleurs.
(39)
Les Romains y, occupaient un très-
grand nombre d'ouvriers pour y exploiter
le marbre, dont il y a encore une très-
grande variété.
Les malfaiteurs de l'Italie y travaillent
continuellement aux mines.
En 1559, on tira de lîle trois colonnes
de granit qui sont d'une hauteur, saris, pa-
reille, si ce n'est celle de Trajan à Rome.
L'île renferme une grande quantité
d'aimant de deux espèces; l'une sert aux
médicamens, et l'autre à attirer le fer et
à faire des boussoles, instrument sans le-
quel les marins se perdraient en mer. La
boussole est une aiguille' aimantée qui se
tourne toujours du côté du nord, de telle
maniéré qu' on. la puisse placer.
L'île foutnit aussi' de l'amiante ; formé
de,filamens' qui .^ressemblent à du fil blanc
et qui ne brûlent jamais, pas même dans
lès feux les plus ardens, dussent-ils y rester
huit jours et plus.
L'amiante , . qui par malheur est rare
et d'un grand prix, sert à faire dés che-
mises aussi belles que la soie , et des ta-
bliers de cuisine, que l'on ne lave jamais,
(40)
si gras et si sales qu'ils puissent être ; on
les jette au feu pour les nettoyer : alors ils
deviennent plus blancs que la, neige, sans
se consumer à la quarantième fois pas,
plus qu'à la première.
Les Romains, qui conservaient les cen-
dres des morts dans des urnes, se servaient
de draps de ce fil pour les envelopper et
les jeter au feu. Les os se réduisaient en
cendres; cependant la chaleur ne brûlait
pas le plus petit de ses filamens.
C'est aussi de l'amiante que l'on met
dans les briquets physiques de vingt-cinq
sous, et dont les allumettes sont d'une
trempe -différente du soufre.
On s'en sert encore pour faire des pots
d'argile parce qu'ils se brûlent moins, et
qu'ils ne cassent pas aussi facilement.
L'île produit des plantes que l'on ne
trouve point ailleurs, du vin , de l'huile,
des fruits de toute espèce et d'un meilleur
goût que tous les autres. Il y a des can-
tons où la mine de fer est la seule occu-
pation des habitans; et si elle est inter-
rompue, ils souffrent, aussitôt toutes les
horreurs de la faim. On y trouye des
(41 )
figuiers d'Inde, qui ont jusqu'à la hau-
teur de vingt-cinq pieds, quoique sor-
tant de dessus des rochers arides. La
cochenille se plaît sur leurs feuilles.
Il n'y a point de rivières; mais seule-
ment des ruisseaux d'une très - bonne
eau, qui font aller quelques moulins. On
y trouve aussi quelques sources d'eaux
minérales.
La chair des animaux y a un meilleur
goût que partout ailleurs; ce qui provient
des herbes odoriférantes dont ils se nour-
rissent.
Les quadrupèdes sauvages sont : les
sangliers, les martres et les porcs-épics,
qui par leur forme ronde et leur peau
remplie de pointes, n'ont besoin que de se
rouler par terre pour sectéiaire de leurs
ennemis. L'île a aussi un grand nombre
de serpens dangereux; ce qui rend le
séjour des campagnes désagréable et' fort
a craindre.
La pêche du thon n'y manque presque
jamais;
Les Elbois sont doux, hospitaliers et
robustes ; .ils aiment la chasse et la pêche.
( 42 )
Si leur territoire est menacé, ils se font
tous soldats. Le peuple de cet île est su-
perstitieux, ignorant, mais pas vindicatif.
Les Elbois préfèrent le poisson aux yé-
gétaux ; ils font du pain avec des châ-
taignes. Leur langage est un patois dérivé
du toscan.
L'ile ne renferme que deux petites
villes : Porto-Ferraïo et Porto-Longone,
à deux lieues l'une de l'autre.
La première est une jolie petite ville ,
sur une pointe de terre fort élevée. Elle a
trois mille habitans.
Son port peut recevoir des vaisseaux
du plus haut bord.
Les Anglais s' y sont défendus long-
temps et avec opiniâtreté en1802. Ils la
défendaient pour le duc de Toscane.
En 1537 , un duc de Florence obtint
Porto-Ferraïo des seigneurs de Piombino.
Il y fit bâtir la ville et le fort pour se
mettre à l'abri des corsaires.
Après bien des années, on en a fait
une des plus fortes places de l'Europe.
Le' gouverneur de là ville décidait du
civil et du militaire.
(43)
Porto-Longone, petite ville de quinze
cents habitans , est située sur la côte orien-
tale de l'île, dans une situation inaccessible.
Elle, faisait partie du département fran-
çais de la Méditerranée.
Les français en prirent possession en
1801, d'après le traité fait avec le roi de
Naples. On n'y commerce qu'en poisson.
Elle fut bâtie en 1611, par ordre d'un
roi d'Espagne.
Les Français la prirent sur eux en 1646.
Les Espagnols la reprirent en 1650. Elle
est à trois lieues de Piombino, qui est sur
la côte d'Italie.
Il y a encore quelques petits mauvais
Itôurgs et villages, que l'on trouve sur la
carte de l'île, par M. Tardieu , gravée
depuis deux mois.
L'île d'Elbe fut habitée d'abord par les
Etrusques : elle se gouverna par ses pro-
près lois. Elle fut ensuite soumise tour-à-
tour aux Carthaginois, aux Romains , et
dévastée par différens peuples. Elle eut
plus de vingt-cinq sortes de maîtres , de-
puis, les tems, les plus reculés jusqu'à
celui qui y est a présent. Elle fut aussi
(44)
vendue et achetée un grand nombre de
fois. Elle fut même soumise par le fils
naturel d'un pape ( Alexandre VI ), puis
rendue et reprise par d'autres. Les Turcs
la pillèrent et la saccagèrent deux fois;
à la seconde tout ce qui put marcher fut
conduit en esclavage chez les Turcs.
Une femme, qui fut aussi souveraine
de cette île, payait tous les ans au roi
d'Espagne Ferdinand une tasse d'or de la
valeur de 5,125 fr. Ferdinand devait la
lui conserver.
Rio , chef-lieu du canton de Porto-Lon-
gone, est une bourgade de 1,800 habi-
tans. Ses environs sont très-peu cultivés.
On s'y occupe exclusivement des mines
de fer : elles offrent un résultat extrême-
ment lucratif, puisqu'elles donnent jus-
qu'à 85 pour cent d'un excellent fer qui
peut être comparé à celui de Suède et de
Sibérie.
Barberousse, Turc des plus célèbres,
saccagea Rio, emmena en esclavage tous
les habitans, jusqu'aux enfans les plus en
bas âge : il ne laissa que les vieillards.
Campo , village de 1,700 habitans, est
( 45 )
dans le même canton. Campo-Livieri est
un village dont les habitans , à l'inverse
du canton ci-dessus, ne vivent que de leurs
champs et de leurs vignes.
Les petites bourgades de Saint-Jean,
Saint-Hilaire, Saint-André Pornante -, ont
des vignobles qui donnent un produit
assez considérable pour le pays. Sur la
côte du golfe de Porto - Ferraïo, il y a,
des salines d'un grand revenu. C'est pour
cette cause que les souverains s'en empa-
raient toujours. Le sel se prépare sans
que l'on ait besoin de bois.
C'est la chaleur du soleil qui le cuit. De
grands marais disposés exprès reçoivent
l'eau de la mer de son flux. Cette eau
y séjourne aussi long-tems qu'il est né-
cessaire, par le moyen des écluses qui
l'empêchent de sortir ; l'eau s'y calcine et
forme des blocs de sel qui pèsent deux ou
trois livres. Comme l'Océan est plus salé
que les autres mers, en Allemage et
dans la Pologne, le sel ne vient point de
cette manière, il s'y trouve dans les en-
trailles de la terre.
( 46 )
L'évaporation, de là mer n'y ayant pas
lieu, parce ,qu'il,y fait trop froid, Dieu,
qui pourvoit à tout, leur a fait' trouver
des mines de sel dans leurs montagnes, à
quarante pieds de profondeur. Ces mines
de sel occupent plusieurs milliers, d'ou-
viers , dont-la plupart ne voient le jour
qu'une fois la semaine, qui est le jour du
repos. Leur cuisine est dans les entrailles
de la terre , où sans feu il ne pourraient
pas résister, à une si grande profondeur.
( Voyez les livres de physique. )
Nous avons des mines de sel, en France
dont les unes viennent par l'évaporation
du soleil, comme en Provence; les autres
pat l'action du feu',-comme celles de ..la
ville de Salins , ville du département du.
Jura. (8100 hab.)
Dans la ville même croît une abondante
source d'eau salée, qui fournit du sel non-
seulement à la province que l'on appelle
les Vosges; mais encore à la moitié de la
Suisse : il est plus blanc que celui qui
se fait par l'évaporation du soleil ; l'éva-
poration du feu se fait par des dépenses
( 47 )
énormes en bois et en chaudières d'une
immense grandeur.
L'île dElbe, comme nous l'avons, dit,
est plus ancienne que. la fondation de
Rome, qui date de l'an 75a avant Jésus-
Christ. Cette Rome fut pillée et* ravagée
six fois : 1°. par les Gaulois Sénohois, 3gb
ans avant- Jésus-Christ ; 2°. par. Alaric;
roi des Goths, 410 ans après Jésust-Christ,
5°. par Genseric, roi des Vandales, 455
ans' après Jésus-Christ ; 4°. par Odoacre ;
roi des Hérules , 475 ans après Jésus-
Christ; 5°. par Totila, en 546 ; 6° par .
Charles-Quint , roi d'Espagne , l'an, 1527.
Elle se gouvernait par ses souverains
particuliers avant d'être soumise par les
Carthaginois et les Romains; elle fut dé-,
vastée par différens peuples après la chute
de cet empire. Les Pisans, petit peuple
d'Italie; furent aussi maîtres de cette île,
l'an 1100. Deux cents ans après, les Génois
la prirent aux Pisans, et la vendirent aux
Lucquois pour 'la modique somme , de
8,5oo liv. qui font aujourd'hui 53,000 fr.
Les Pisans la reprirent sur les Lucquois,
et leur argent fut perdu.
(48)
Le fils du pape Alexandre VI la conquit
aussi, après avoir été gouvernée par deux
souverains, successeurs de cette veuve qui
en payait la rente avec une tasse d'or.
Les deux principales forteresses de l'île
sont occupées par des troupes françaises*
et alliées : une escadre anglaise y est con-
tinuellement en station aux alentours.
Dans le mois' dernier , il partit de
Lyon pour l'île d'Elbe un certain nombre
d'artistes et d'ouvriers de différens genres
d'industrie : ils y avaient été demandés
par le souverain lui-même.
LA LANTERNE MAGIQUE
DE LA RUE IMPERIALE,
VOYEZ , Messieurs , voyez, Mesdames.
Entrez ; il n'en coûte rien pour lé spec-
tacle. Allons ; placez - vous ; j'espère que
Vous serez contens.
Voici , d'abord, voici une grande île
de la méditerranéen Voyez-vous ce petit
homme qui s'embarque pour venir en
France avec toute sa famille. Comme
il est pauvre ! comme il est maigre !
Voyez comme le capitaine du vaisseau
lui demande de l'argent, et comme il
promet de le payer sur les brouillards de
la Seine.
Voyez t voyez comme ce petit homme
s'engraisse peu-à-peu avec du fromage
de Brie ; et lorsqu'il est devenu un peu
plus gras qu' il n'était , voyez comme
il arrive de Brienne à Paris s'engraisser
davantage. Voyez comme le roi Louis XVI
ordonné qu'il soit reçu à l'Ecole Militaire
4

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