Lettre à M. Bellart, procureur-général à la Cour royale de Paris, sur son réquisitoire du 30 juillet contre les journaux de l'opposition

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Fortic (Paris). 1825. 16 p. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1825
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A M. BELLART,
PROCUREUR GÉNÉRAL
SUR SON RÉQUISITOIRE
LES JOURNAUX DE L'OPPOSITION.
Chez FORTIC libraire, rne de Seine, n° 21
PICHARD quai Conti; *>
LETTRE
A LA COUR ROYALE DE PARIS
DU 30 JUILLET,
CONTRE
PARIS,
DELAUNAY, au Palais-Royal;
PONTHIEU, au Palais-Roy^
JE suis affligé, ainsi que tous les gens raisonnables,
de l'indiscrétion des journaux incriminés qui sous
l'apparence d'attaquer des abus réels, paroissent en
vouloir aux choses respectables auxquelles ces abus
sont attachés. 11 est à. craindre qu'en faisant dégénérer
la liberté de la presse, qui tient essentiellement à la
nature du Gouvernement représentatif, en une licence
répréhensible, on ne fournisse des prétextes aux enne-
mis de nos libertés pour nous ramener sous le joug de
cette odieuse censure, qui est l'instrument le plus dan-
gereux du despotisme. Mais en s'élevant contre un
vice déplorable, il faut éviter de se jeter dans une au-
tre extrémité dont les suites ne seroient guère moins
fatales. C'est en gardant un juste milieu entre les deux
excès que les grands magistrats au ministère desquels
vous avez succédé, se sont illustrés, et dont les noms
LETTRE
A M. BELLART,
PROCUREUR- GÉNi'JlAL
A LA COUR ROYALE 11E PAEIS
SUR SON RÉQUISITOIRE
DU 30 JUILLET
LES JOURNAUX DE L'OPPOSITION.
MONSIEUR,
CONTRE
sont encore si chers à toute la France. Retiouve-l-on
leur langage, leur ton de dignité et leur zèle éclairé
pour le maintien de nos anciennes doctrines dans votre
réquisitoire? C'est ce que je me propose d'examiner
dans cette lettre avec une franchise qui méritera sans
doute voire estime, si elle ne peut obtenir votre suffrage.
Vous réduisez, monsieur à quelques esprits
extrêmes, à quelques réveurs ascétiques les ennemis
des libertés de l'église gallicane, et vous prétendez
que leurs efforts pour les renverser, ue sauroient leur
faire courir aucun danger. Mais pouvez-vous vous dé-
guiser que l'ultramontanisme nous enveloppe de toutes
parts? in ipso vivimus, movemur, et sumus. C'est
l'âme du monde qui agite toute la masse c'est en s'y
dévouant dans une congrégation fameuse dont vous
vous déclarez l'apologiste, et dont les ramifications
embrassent toute la France, que la jeunesse peut es-
pérer de l'avancement, et que l'ambition peut se pro-
curer des emplois lucratils et s'y maintenir. Quel
puissant moyen de propagation
L'ultramontanisme est consacré par une bulle (auc*
torem fidei ) qui a renouvelé et confirmé la condam-
nation des quatre articles de 1682, lesquels forment la
base de toute notre doctrine traditionnelle. Or, cette
bulle n'est-elle pas regardée dans tout le nouveau
clergé comme un décret dogmatique, auquel on doit
la même croyance qu'à ceux des conciles généraux
en matière de foi? Delà, ces maximes proclamées par
le journal officiel de ce même clergé, que Ynllramon-
tanisme désigne le plus légitime attachement au Saint-
Siége, que le gallicanisme est la marque distinctive
du jansénisme^ que les mesures adoptées en France,
pour contenir les prétentions romaines dans les limi-
tes, que vous nous dites être si bien connues, ont
pris leur source dans l'esprit clu protestantisme et dans
celui d'opposition contre le Saint Siège (i).
Cet ultramontanisme, dont vous semblez ignorer
les progrès, respire dans nos nouvelles liturgies, dans
les thèses de théologie, dans tous les livres les plus en
vogue, dans ceux surtout qu'on recommande presque
exclusivement dans les établissemens de l'éducation
ecclésiastique. N'est-ce pas son esprit qui a dirigé la
rédaction du nouveau bréviaire de Paris? On ne s'est
pas borné en y adoptant, pour le canon de prime de
la fête de Saint Pierre, le décret d'union du con-
cile de Florence dont on a supprimé la clause qui
règle l'exercice de l'autorité pontificale par la forme
établie dans les saints canons; on y a fondé la canonisa-
tion du pape Pie V, sur le zèle intrépide avec lequel il
soutint les droits du Saint-Siège; par l'extension donnée
àlatropfameuse bulle in cœna Domini et par la pu-
blication de cette autre bulle regnans in~excelsi§ qui,
en déliant les sujets de la reine Elisabeth de leur serment
de fidélité consomma le schisme d'Angleterre pro-
cédé, nous dit le journal breveté de la cour de Rome,
dans lequel il faut bien se garder d'avouer qu'il ait
excéclé (2). Observez qu'avec l'introduction de cette
nouvelle liturgie, a coincidé une thèse présidée par,
(i) L'Ami de la Religion et du Roi, 10 juillet 1819,,
(2) Le même, n° y3i pog, 27G.
le doyen de la faculté de théologie, où nous lisous
que le pape Grégoire VII a également mérité d'être
mis au rang des saints, par ses efforts pour détrôner
l'empereur Henri IV (1); et l'on voudroit eneorenous
persuader que la doctrine contraire au premier des
quatre articles est surannée même au-delà des monts
(2), tandis qu'elle est notamment enseignée parmi
nous dans la liturgie de la première ménopole, et
dans les thèses solennelles de la capitale du royaume!
Eh bien, Monsieur, persisterez-vous à soutenir qu'il
n'y a que des rêveurs ascétiques qui enseignent la
doctrine contraire à l'autorité et à la sûreté des rois; -3
qu'il n'y a aucun danger à présenter aux fidèles,
comme faisant partie de l'office divin, ces légendes où
l'on accoutume insensiblement le peuple à ne voir que
des actes de religion et des titres de sainteté dans les
attentats sur la puissance temporelle, que les deux
papes proposés à notre vénération ont portés à de tels
excès?
Est-il élonnant, d'après d'aussi grandes autorités,
que cette doctrine infernale se reproduise, d'une ma-
nière plus ou moins explicite, dans la plupart des
livres qui sont le plus en vogue dans tous les établis-
semens de l'instruction publique, dirigés par les nou-
velles corporations et surtout dans les séminaires?
On se contente dans les uns d'enseigner que îa décla-
ration des quatre articles ne présente que des opinions
(i) La France catholique, XI" livraison, pu;. 224.-
(2) Principes de l'Eglise gall., pag. 62.

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