Lettre à M. Bryan Edwards,... en réfutation de son oeuvre intitulée "Vues historiques sur la colonie française de Saint-Domingue..." . par M. le colonel Venault de Charmilly,... avec M. le lieutenant-général Adam Williamson,...

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Impr. de T. Baylis (Londres). 1797. France -- Colonies -- 1789-1815 -- Ouvrages avant 1800. 234 p. ; in-4.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1797
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M.
ET DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DE LONDRES,
À LA
VUES HISTORIQUES
SUR LA COLONIE FRANÇAISE
PUBLIÉ EN MARS DERNIER.
PAR M. LE COLONEL VENAULT DE CHARMILLV,
CHEVALIER DE L'OKDHE ROYAL ET MILITAIRE DE ST. LOUIS,
COI:ON PROPRIÉTAIRE k ST. DOMINGUE,
ANCIEN MESURE DE L' ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE CETTE COLONIE;
CHARGÉ PAR LES MINISTRES DE SA MAJESTÉ BRITANNIttUE,
ET PAR,' LES HABITANS DE LA GRANDE-ANSE,
DE u_:gler, accepter ET SIGNER la capitulation four LA reddition DE la parti»
̃̃ Avec
M. LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL ADAM W1LLIAMSON,
LtEVlXWAKT-GOUVÉRNEUR DE LA JAMAÏaUE, ETC., ETC.
À LONDRES r
Impïml, pour I'Auteuh:, par T. Baylis, GrevHlé-Stre'et, Holbont-
Juillet-1791.,
E R R A T A.
Page Ligne
13 17 n'acquiererez lisez n'acquerrez.
19 denÂere les réunions lisez ces réunions.
21 16 presque toujours Usez presque jamais.
22 16 rappelles lusse, rappellî
25 24 le milice lises la milice.
26 3 il n'y avait par lisez pas.
29 1 de son maître lisez de leur maître.
32 dcrniere du texte ruiné lirez déshonoré.
33 26 vous nous séparons lisez nous nous séparons.
40 14 il eut du être foira il eût été.
41 11 que les hommes lisez que des hommes.
idem. 19 des grands enfans lises de grands enfans.
42 20 supprimez du rassemblement.
nfenr. 22 supprimez y.
43 22 de se pourvoir lisez à se pourvoir.
44 S son sort à venir lisex l'avenir. x
ibid. ibid. les maux lisez ses maux.
47 26 qu'ils n'en existaient pas Fiscs qu'il n'en existait pas.
ibid. 27 écrits lisez écrit.
53 1 les lers liscz les premiers.
55 8 étonnante lisez étonnant.
ibid. ibid. imprévue lies imprévu.
61 14 malgré leurs malheurs lises au comble du malheur.
73 dernière avoué lisez avouez.
74 8 rassemblé lises rassemblées.
85 22 possesson lisez possession.
89 19 renforcement lisez renfort.
91 28 confirment lisez confirme.
93 30 crées lisez créées.
99 26 éloigné lises éloignée.
108 24 quand il y a en lisez quand il y en a eu.
118 10 je les encouragais lisex je les encourageais.
143 dernière si conséquente lises si importante.
144 1 du malheur lisez au malheur.
156 demi. il n'y a jamais pu avoir lisez il n'a jamais pu y avoir.
162 14 comme lisez telle que.
175 4 avancé ici Tusz avancez ici.
ibid 23 quelqu'un lisez un homme.
1/6 2 fournies lisez conseillé.
180 19 servi à finir Usez à achever.
193 9 pour beaucoup de raisons lisez par, Sec.
211 iG toutes les pour couleurs lirex pour toutes les coulenra.
ibid 21 d'incapacité lisez de l'incapacité.
227 22 & tous les côtes lises toutes.
230 7 sur oe qu'elle il faire lisez sur ce qu'elle a à faire.
234 3 de n'avoir eu qu'à lises de n'avoir qu'a.
B
WONSÎËÏÏJt*
AYANT eu occasion de causer plusieurs fois avec vous sur
la Colonie de St. Domingue,je vous avais trouvé très-peu instruit de ses affaires, 8t'
assez mal informé des événemens qui s'y étaient passés. Je croîs même vous
l'avoir laissé entrevoir, lorsque vous me dites que vous pourriez bien un jour
écrire l'histoire de cette Colonie.
Dans -cette opinion, je n'avais mis aucun empressement i lice vos
Historiques sûr St. Dom'mgue. Mais le 28 Mars dernier, un Membre du Parle-
ment, chez lequel je dînais, m'apprit que j'étais nomme dans cet ouvrage, &
sur le désir que je montrai de connaître ce que vous disiez de moi, il le fit
apporter..
Je fus très-étonne que vous ayant été recommandé par un de vos intimes amis
(sans le lui avoir demandé}, que vous ayant en conséquence rendu visite par po-
litessel & vous ayant depuis rencontré plusieurs foischez un ami commun; je, fus
très-étonné de la manière dont vous avez introduit mon nom dans votre ou-
vrage. Je vous prie de croire qu'en y répondant, je ne fais aucune attention à
votre inconséquence. Plût-à-Dieu que je n'eusse à vous reprocher que de4
erreurs qui me fussent personnelles J'ai été bien plus affligé de voir avec
quelle ignorance ou quelle malice vous parlez de ceux qui ont conseillé aux
ministres de la Grande-Bretagne une des ,plus grandes des plus utiles opéra-
tions de la guerre actuelle.
Je me suis procuré votre ouvrage je crois donQ, Monsieur, qu'après l'avoir
lu, relu & noté, l'intérêt de la Colonie, mon honneur & celui des.braves & loyaux
habitans qui se sont donnés à l'Angleterre* exigent que j'y fesse une répons*
publique.
Entre les personnes qui, comme moi, ont présenté, proposé & conseillé' aux:
miristres du Roi l'avantage d'une opération sur St. Domingue, ü en est qui
répondraient certainement avec plus de talent à vos notes sur cette Colonie,.
mais ne voulant pas exposer leurs femmes $c leurs enfans à la vengeance d'un
peuple qu'on a rendu cruel; d'ailleurs attaqué plus directement qu'eux,. puis-
que vous me nommez & que vous avouez que j'ai été l'agent d'es habitant de la
Grande-Anse,, je relevé le gage «jue vous avez jette dans l'arène, & je me charge
en répondant à votre ouvrage d'en démontrer les erreurs & l'injustice dans beau-
coup de points principaux. Les lecteurs pourront, après ma réponse, juger les
principes & les raisons qui vous ont porté à écrire sur ce que vous ignoriez-
entièrement.
Comme je déclare au publie, & à vous, Monsieur, que plus qu'un autre j'ai
cherché à démontrer, à prouver & à persuader au Gouvernement de la Grande-
Bretagne, toute l'utilité dont il: serait pour elle de s'emparer de St. Domingue
il faut que je vous mette, & ceux qui liront ma lettre, on état d'apprécier, si
t'avais toutes les connaissances nécessaires pour parler de la Colonie d'une ma-
nière à mériter la confiance des ministres & aujourd'hui celle du public.
Après avoir fait mes premières études l'Université de,Paris, avoir beau-
coup voyagé en Europe, j'arrivai à St. Domingue au commencement de la
guerre d'Amérique. Quelques mois de séjour dans cette Colonie suffirent pour
m'en faire appercevoir toute l'importance. Né avec une activité difficile à
surpasser & favorisé d'une santé inaltérable, j'ai cherché à bien connaître .tout
§t. Domingue pendant un séjour de sept années consécutives, je l'ai traversé
en tous sens, j'y ai poursuivi plusieurs grands procès,, j'y ai administré de très-»
giands biens, j'y ai eu beaucoup d'affaires d'intérêt qui m'ont lié avec beaucoup
de colons & de propriétaires de presque tous les- quartiers; si vous ajoutez.
l'ambition de devenir un des plus riches habitans de la.Colonie, vous jugerez
peut-être que été plus que personne dans le,, cas d'étudier, les ressources de ses
divers quartiers, ainsi que les avantages dé ses diverses manuiaftures ayant en
( 3
outre connu presque tous les administrateurs militaires & civils, si vous joignez
à cela l'hospitalité généreuse des Créoles, & mon indépendance, vous penserez
aisément que tout m'a mis à même d'être un des habitans de la Colonie quit
la connaît le mieux sous tous les rapports..
Revenu en France à la fin de- la guerre dernière, j'y vis l'effet du poison que
les Français ont été chercher en Amérique je vis surtout avec effroi s'établir
cette secte phitantropique née à. Philadelphie & transplantée en Europe; je
rcvins en Angleterre,, j'y passai quelques mois, je partis pour la Jamaïque où je
restai quelques mois aussi..
Depuis ayant établi ou relevé plusieurs habitations pour mon compte, j'ai été
obligé de Connaître toutes les ressources. du commerce & l'étendue des affaires.
de la Côlonie charge de régler les comptes d'un des premiers entrepreneurs de
St. Domingue, avec M. de Marbois, j'ai été par un long séjour au Port-au-
Prince & au Cap, i thème de juger tout ce qui s'y est passé.
De retour sur mon habitation, il ne paraitra pas étonnant qu'au moment de la
révolution j'aie été nommé membre des assemblées de ma paroisse, de celle de la
province que j'habitais, & ensuite.député à l'assemblée générale de la Colonie.
Dès la première publication des droits de l'homme, je prévis avec les habi-
tans raisonnables & instruits, les malheurs de St. Domingue.
Habitant de la partie du Sud qui devait presque son établissement aux
Anglais & aux négocians de la Jamaïque, connaissant l'Angleterre par plusieurs.
voyages; j'ai de bonne heure tourné mes vœux vers son gouvernement pour
assurer le salut de St. Domingue ce sentiment ne m'a pas. abandonné un.
instant; dès les premiers moments de troubles je l'ai manifesté dans ma paroisse,
dans ma province & dans l'assemblée générale de Saint Marc où toutes mes
pensées & mes actions ont sans cesse été tournées vers les moyens d'en assurer
le succès.
Le torrent des idées révolutionnaires avait trop agité toutes les têtes pour ne
pas, forcer les gens les plus sages à se conformer aux circonstances; & je
t 4 )
l'avoue, je fus un de ceux qui eut l'air de croire à la possibilité d'une inde-
pendance absurde, la préférant pour les intérêts de la Colonie à l'idée, plus
absurde encore, d'une Colonie à sucre existant avec les prétendus droits de
l'homme. Malheureusement des personnes d'une grande influence dans'Sairnt
Domingue, entraînées par le souvenir des avantages qu'elle avait éprouvée &
le degré de prospérité où elle s'était élevée depuis le commencement de 1780,
jusqu'à la fin de la guerre d'Amérique, par le commerce des nations neutres,
espérèrent & prétendirent qu'elle pourrait exister indépendante sous la pro-
tection générale des puissances Européennes. Mon opinion a toujours été
que cela ne pouvait avoir lieu qu'il fallait que la Colonie fut sous la protec-
tion d'une métropole, & qu'elle devait se mettre sous la protection puissante
de l'Angleterre cette variété d'opinions arrêta tous mes plans & me força,
.comme bien connu par mes opinions, à m'embarquer sur le vaisseau le
Léopard, avec beaucoup d'autres habitans propriétaires sensés Et raisonnables,
afin de fuir les deux partis qui voyaient en nous, l'un, les ennemis de l'am-
bition qui le dévorait, & l'autre, les ennemis de l'anarchie qu'il cherchait
à établir dans nos superbes climats. Arrivé en Europe, je découvris bientôt
que la France était perdue, mais bien plus sûrement encore la Colonie, si une
puissance intéressée à sauver les siennes, ne venait son secours.
La nouvelle des malheurs arrivés à Saint Domingue, fut apportée en Europe
.par la Daphné. Je fus le premier & le seul habitant de Saint Domingue qui
vint en Angleterre vérifier cette nouvelle, & j'en trouvai la preuve dans 900
lettres qui me furent-remises par le Capitaine Gardner qui commandait cette
frégate.
.Je pense. que c'est l'époque de 17gi que vous citez j'eus alors l'honneur
de voir le ministre du Roi d'Angleterre. Dès ce moment, je proposai au gou-
vernement Anglais de sauver ses Colonies en sauvant Saint Domingue. Les
vérités que je lui dis alors, Sr que je lui ai souvent répétées depuis, sont con-
signées dans le Mémoire que je lui remis dans ce tems-là. L'es,prit révolution-
naire qui avait bouleversé toutes les têtes Françaises, fournit des raisons justes
& sages aux ministres Britanniques pour refaser une offre exprimée trop tard
*5 )
c
̃& devenue par l'incendie de Fa Colonie, par la diminution de Ses produits &
=de ses 'revenus, trop peu importante, pour s'exposer aux érônemens d'une guerre
avec- les Français. •
Je repartis pour Paris mais bientôt, en 1792, les malheurs de la France
&dù'Roi^ toie -firent chercher un asile en Angleterre-; dès-lors je prévis la
guerre prochaine, &-sahs cesse occupé du salut de mes compatriotes
& -de' la première Colonie ftlu monde, je renouvelât mes sollicitations
auprès du gouvernement Anglais; de concert» avec d'autres habitans,
je n'ai cessé de travailler à prouver aux ministres ,de la Grande-Bretagne
que s'ils ne sauvaient pas Saint Domingue, la Colonie la plus considérable
des<AntiHes, ils ne pourraient sauver- aucune des siennes.
Les Français déclarèrent Ut guerre à l'Angleterre en Février 179& Alors
les soins de ceux qui s'étaient occupés de sauver les Colonies Anglaises &
Françaises furent écoutes. Ils avaient employé autant de zèle que moi, je
n'ai eu d'avantage sur eux que de mieux connaître la Colonie de Saint Do-
itiîngue'& de dire Voilà'ce qu'il faut faire, je le ferai, ou j'y périrai." C'est
aux ministres de la Grande-Bretagne à juger si j'ai été assez heureux pour
remplir mes promesses; ils ont bien voulu m'en assurer, & Sa Majesté elle-
même a daigné me témoigner la satisfaction qu'elle avait du zèle, & du dé-
vouement que j'ai mis 4 la servir.
C'est comme ayant conseillé, exécuté, ou vu exécutér, tout ce qui
i -a eu lieu à Saint Domingue depuis le moment où lës Anglais, à la tête
desquels fêtais, ont -pris possession de la Colonie, que je vais parler de ce qui
s'y est fait. Vous jugerez alors. Monsieur, si j'ai pu être mieux informé que
vous & beaucoup d'autres c'est donc comme témoin que je parlerai de
tout ce qui s'est fait depuis que les ministres m'ont chargé de leurs
'ordres en Juin 179», jusquesvers la fin de 1794 que j'ai quitté la Colonie
pour revenir en Angleterre c'est 1'époque qu'embrasse votre ouvrage, c'est
aussi vers la fin de ce tems que j'ai été chargé des pouvoirs des colons, pour venir
ici mettre aux pieds du Roi leurs vœux, pour solliciter de nouveaux secours,
& pour finir ce que j'avais si heureusement commencé,
( et )
Ce sera commt propriétaire très-instruit de tout ce qui regarde Saint Do-
mingue que je répondrai à votre ouvrage & que j'en montrerai les erreurs 8e
ce sera comme témoin très-aftif de tous les faits que vous avancez, que je
contredirai ce que vousdites s*y être passé depuis L'arrivée des Anglais.
Je n'attends pas de justice, Monsieur, d'un homme qui a oublié les devoirs,
sacrés d'un historien, pour calomnier des colons,, braves, généreux & reconnais-
sans, des étrangers malheureux qui- ont, avec fidélité, rempli & leurs promesses,
Et les devoirs que rhonneur autant que l'intérêt leur dirait.
Ce sera donc du public sage, qui voudra bien lire cette lettre, que j'atten^
drai la justice qui m'est duc ainsi qu'à mes compatriotes. Quelque soit ma sen-
sibilité pour votre injustice, la vérité & l'impartialité guideront ma plume, &
le public nous jugera.
*m* Le teneur trouvera imprimée 'en Lettre* Italiques^, %t traduits «a Fron-
cis, les articles de l'ouvrage auquel je réponds, avec la page
extraits.
P R È F A C E.
Page .:1.
preuves & de documtns emportons ayant moi-même
1791, &
y efantfomêdtt &Ù3om.<pùvtmti fourni des informations suivies depuis cette
D'APRES votre assertion, le lecteur pourrait croire que vous connaissez par-
faitement la Colonie qu'un long séjour à St. Domingue vous a mis à même.
d'étudier ses intérêt! politiques, son administration, son commerce, .ses produits
& toutes ses ressources,. de visiter-ses diverses manufactures, enfin qu'un séjour
de plusieurs années vous. a mis à même de rassembler dans les divers quartiers
de cette iolê immense, Us matériaux considérâmes dont vous parlez. La manière
équivoque dont vous faütes mention de wotre séjourdans cette trop malheureuse
Colonie, le ferait croire. Il fallait ne pas induire vos lecteurs en erreur, &.
dire le Pendant un séjour de quelques- semaines seulement que j'ai demeuré
enfermé dans la ville du Cap, aussitôt après la révolte des nègres en 17QI,
*< j'ai rassemblé dans un tenu de désordre & de troubles, les importans maté-
*•* riaux qui m'ont ïervi." Il fallait dire que vous. n'aviez rien vu par vous-
même il fallait dire que les habitans de la Colonie & de la ville étaient, lors de
votre séjour au Cap, divisés en plusieurs partis que vous ne parliez pas Fran-
çais, ou très-mal, &c. &c. Alors le lecteur se serait tenu en garde, contre ce
que vous avanciez, ou aurait mis votre ouvrage de côté.
( 8 )
Page 3, "̃"̃
-Et il vit (le Comte iEffingham) toute ?étendue du danger auquel seraient expo-
sées toutes les Isles des Indes Occidentales par un tel exeruple, si l'anarchie la plus
sauvage triomphait entièrement sur le Loti ordre, le gouvernement régrilier.
Pourquoi, si vous avez connu ce que le LprdEffihgham avait âpperqu, n'a-
'vez-vous pas posé la plume ? & pourquoi n'atvoir pas cherché à savoir si les
ministres n'avaient pas aussi bien vu que Sa Seigneurie ? pourquoi n'avez-vous
pas hésité les accuser de légèreté &
même, avez-v ous pu calomnier des colons malheureux qui, sortis-de dessous le
couteau des bourreaux,' bénissaient la nation bienfaisante qui les avait sauvés ?
enfin comment pouvez-vous calomnier ceux qui se sorit dévoués pour, leur
salut & pour l'intérêt de votre patrie ? c'est dès la 2e pagede votre ouvrage
que vos connaissances superficielles.paraissent accompagnées d'une légereté qui
-n'a, pas de nom. :•̃̃ -“• '-i'ik'Cl
Page 10.
Et dans toutes les compagnies (au Cap) on témoignait ouvertement & sans scrupule
ou retenue, un désir ardent que le Gouvernement Britannique envoyât un arme-
ntetit pour faire la conquête de VIsle., ou plutôt. pou? recevoir la soumission volon-
Mire, des habit ans.
'Depuis long-tems les habitans sages avaient apperqu tous les maux que la
publication des prétendus droits de l'homme produirait à St. Domingue & tous
leurs voeux étaient que l'Angleterre voulut s'emparer de la Colonie les scélé-
rats seuls s'y opposaient, & les barbares associés des amis des noirs empêchaient
qu'on ne la livrât. Vous avez entendu les voeux des habitans au désespoir, &
c'est vous qui les avez calomniés
( 0r)
D
Je ne cite pas cette circonstance (les égards qu'on avait pour l'auteur) par la vaine
ambition de montrer ma propre conséquence le lecleur des pages saivrntes en de-
couvrira l'application accorder quélqu indulgence
pour la confiance du gouvernement à attendre un prompt & heureux succès,
lorsque dans la suite on a cherché à porter les armes Britanniques contre ce mal-
heureux pays avec des moyens qui, sans 'cela, devaient être regardés alors comme
visuffisans pour l'objet en vue, ainsi qu'il a été malheureusement pi ouvé par la
Ce ne pouvait être à vous de
respect que l'on vous témoignait, vous n'y aviez personnellement aucun droit
mais l'on croyait voir en vous un homme envoyé par le Gouverneur de la
Jamaïque mes malheureux compatriotes voulaient transmettre par vous leurs
voeux à ceux qui pouvaient seuls les secourir.
Ce ne sont pasleurs vœux exprimes dans lé comble du malheur qui ont dû fixer
l'attention des ministres les circonstances, lorsque j'ai renouvelle mes sollici-
tations, étaient bien changées. La suite de mes réponses servira à détruire la
conséquence que vous tirez dé votre idée/ C'est pourquoi je m'abstiens de le
faire en ce moment.
Page 13.
Ils furent même accusts (les Espagnols) non seulement d'avoir fourni des armes,
& des provisions aux rebelles, mais encore de leur avoir livré, pour être égorgis,
un grand nombre de malheureux planteurs Français qui avaient cherché un
asile sur le territoire Espagnol, & d'avoir reçu des rebelles de î 'argent pour
prix de leur sang. Je crois cependant qu'on tia jamais prouvé ces dernières
( io )
La conduite des Espagnols dans cette circonstance a été prouvée à l'assemblée
législative par les pièces qui lui ont été apportées de St. Domingue depuis
les proclamations du Président ou Gouverneur de la partie Espagnole, les
assassinats des Gonaïves, & plus encore ceux du Fort-Dauphin, sans doute
ordonnés par eux, mais très-certainement exécutés sous leurs yeux, prouvant.
que l'on n'a rien avancé de trop,, & qu'il n'est aucune des atrocités com-
mises à St. Domingae dont oa ne puisse les accuser,. v
Page *5- .v, •
Ce Monsieur (M. de Cadush) fit à ma priere un petit mémoire sur drotigine 6f"&
progrès de la rébellion, & après neon retour en Angleterre, il me fit le plaisir de'
correspondre avec moi etst aur son autorité, que sont donnés plusieurs faits
Certainement M. de Cadush était très en état par ses talens & là connaissance;
qu'il avait de St. Domingue, de vous donner. de très-bons, mémoires sur la-
» Colonie mais vous n'ignorez point qu'il a appartenu à plusieurs partis, & vous
deviez dès-lors appiofondir scrupuleusement tout ce qu'ils vous a dit. Par-
exemple, pourquoi ne parlez-vous pas du commencement de la Révolution 1
St. Domingue opérée par M. de la Clievalerie ? l'habitant le moins instruit
vous aurait dit pourquoi M. de Cadusk n'aimait pas en parler. Vous
auriez dû connaître aussi l'accusation qui a eu lieu contre lui, dont ila'est par-
faitement défendu; mais cette circonstance grave faisait à l'historien prudent un.
devoir de se tenir sur ses gardes, & vous pouviez craindre que dans les notes
qu'il vous remettait, l'humeur, les chagrins, ou la vengeance, n'eussent guider
sa plume j'ai plusieurs raisons pour penser que ce que vous. dites sur les tra-
vaux de l'assemblée générale de la Colonie, vous a été donné par.M.de Ca-
dush je m'empresse de convenir que c'est îa partie de votre ouvrage la plus
exacte, & qui prouve les talens de celui qui vous le» fournis; mais les détails.
sont trop abregés & trop imparfaits pour les faire seula servir à. rhistoire,
manquent de tout ce qui est nécessaire, pour expliquer beaucoup de faits qui;
peuvent servir à fixer, à qui. doivent. être imputés les ravages de St. Domingue.
( Il )
Page 16.
De M, de Laire, Négociant distingué de la Fille du Cap.
Mais l'ami, aux connaissances duquel je suis redevable de mes principales infor-
mations à tous égards, est la personne. dont il est question dans la note en marge
de la page 112 de l'ouvrage suivant.
Si M. de Cadush a été en état de vous donner beaucoup de notes sur la Co-
lônie, il n'en est pas de même des deux autres personnes que vous citez. Vous
deviez vous informet de leurs principes & de leur conduite. Je ne dis rien de
celle du premier, homme modéré, quoique déinocrate, bon négociant il connaît
assez la partie du Nord,; il's'est mis promptement à l'abri des orages qui ont
tourmenté la Colonie en là quittant de bonne heure, & un des premiers.
Pour le second, vous deviez être plus en garde encore contre lui que contre
M. de Cadush je ne le nomme pas, par le même principe. d'humanité que
vous, car toute la colonie vous dirait comme moi; « Il fut lông-tems petit:
négociant; n'ayant vécu qu'à St. Marc, il ne. connaissait qy<* cette dépen-
dance, où. il était devenu propriétaire; révolutionnaire & démocrate par
goût, d'un caractère bilieux, .il a cherché sans doute dans ses notes àse venger
du mépris que les .habitans avaient pour sa conduite il était de votre devoir
de vous bien informer de ceux qui vous donnaient des notes, vous auriez facile-
ment eu connaissance de tout ce qui devait vous les rendre suspects vous le
verrez par les réponses suivantes je pourrai aisément tracer celles qui viennent
de chacun de tos prétendus amis..
Page 18-
"FeUes sont des sources d'où' fat tiré mes informations sue la fâcheux- événement qui
ont causé sa ruine (de St. Domingue). J'avouerai cependant franchement que si
cornue auteur j ai quelque crédit sur le public, je ri ai pas la certitude que cet
,( 12 )
ouvrage ajoute réputation. ferivain doit s'élever
vant la nature de son sujet, 6?<&«y cetUmcasion le tableau que je présenterai d
mes leéieurs n'a rien qui puisse déhéler leur imagination ou réjouir leur cœur.
Les lecteurs pourront juger,.d'après votre propre aveu, le peu de sagesse qu'il
y a eu à vous d'écrire sur de pareils documens, donnés seulement par trois
individus, & sur d'autres renseignemens recueillis pendant un séjour de quel-
''lues semaines dans une ville de la Colonie remplie de troubles.
J'espère qu'après la lecture de cette lettre, le public sera convaincu que vous
n'avez pas travaillé pour votre réputation, en publiant votre ouvrage sur la Co-
lonie de St. Domingue, si vous avez eu quelques .succès comme auteur, la ma-
nière dont je vais démontrer que vous lui en avez imposé cette fois, lui fera
craindre qu'avec quelques phrases agréables vous ne l'ayez trompé j précédem-
iment. ̃
Page la .V
Tout,:ce que je puis rlonc espéren, c'est que si ma narration peut amuser,- elle
puisse au moins instruire: elle exposera T ignorance lamentable d'une partie: des
réformateurs a&uels', l'affreuse méchanceté -qui, proposant avec empressement
:.des plans de perfetlion & des, projets de bonheur dans la vie humaine au-delà
,tics bornes prescrites par la nature, allument un' feu dévorant qui ne peut-être
:̃̃ éteint que par F effusion du sang humain..• ̃̃̃̃
Je ne pense pas que votre récit ;puisse intéresser; quand l'erreur & l'ignorance
sont les bases sur lesquelles il est écrit. Je suis bien certain au moins qu'il n'ins-
truira pas sur l'histoire de la Colonie. Plût-à..Dieu que, vous servant avec pru-
.dence du talent d'écrire assez agréablement que la nature vous a donné, vous
en eussiez fait usage pour instruire vos concitoyens sur les dangers des idées
nouvelles qtie les réformateurs cherchent à propager Vous.auriez bien mérité
de votre patrie, .vous auriez bien mérité de l'Europe si vous aviez cherché à l'é-
cîairer sur les projets ,& les plans de ces réformateurs t enfin vous mériteriez la
( 13 )
E.
reconnaissance de l'humanité, si vous aviez employé vos loisirs à défendre vos
compatriotes de la Jamaïque & des autres Colonies contre la rage des novateurs
qui, jouissant tranquillement en Europe de tous les avantages des grandes
sociétés policées appellent froidement le meurtre &. l'incendie sur 3 ou 400,000
familles blanches répandues. dans les Antilles, pour faire un essai en faveur
d'infortunés qui étaient heureux avant qu'on s'occupât avec. tant de. rage de
leur bonheur..
Ne pouviez-vous pas, Monsieur, au lieu d'ëcrire sur un pays que vous ne
connaissez pas, ne pouviez-vous pas, dis-je, écrire sur les crimes que vous
savez y avoir eu lieu,. & les ayant détaillés, dire aux novateurs ? Cessez à
présent vus expériences cruelles abreuvexrvous du sang que vous avez répandu
inutilement, mais n'en exigez pas davantage, & laissez Humanité chercher sous
les cendres dont vous avez couvert cette terre si. fertile, quelques reste; de
moyens pour sauver les malheureux, échappés aux sacrifices humains que vous
'♦ y avez commandés" Alors l'humanité entière eût admiré vos talens; votre
nom serait béni. par-tous les malheureux Créoles, & vous obtiendriez une gloire
réelle, que vous n'acquiérerez jamais en écrivant les contes qu'on vous a. faits,.
& que vous décorez du nom de Notes Historiques.
Page 22;.
Won ne croyepas cependant que je veuille assurer que dans cette circonstance rien ne
doit être attribué à la traite des Nègres: je méprise également, de cacher quel-
gue vérité que d'avoir recours au mensonge sans. doute que le nombre immense
À esclaves Africains, importés, annuellement à St. Dotningue fendant plusieurs
années avant 17 gl, avait porté la population des Noirs de la partie Fran-
faise, de. cette Isle, à un tel point qu'elle n'avait aucune proportion avec celle
des Blancs,
Si. vous aviez. bien connu, les événemens de- St. Domingue, vous auriez.
au, que les négres qui y ont été importés dans les années qui ont précédé,
la Révolution de France, Font sur-tout été dans la partie, du Sud, où les
14 )
nègres se sont révoltés les derniers; non, les Africains n'ont pas été les
premiers à prendre les armes ils n'auraient pu entendre les barbares philan-
tropes qui se sont baignés dans notre sang, ni en être entendus ils n'auraient
pu comprendre ces Mulâtres dont on avait fait fermenter les passions, toujours
prêtres à être excitées, à cause de ce mélange de deux sangs si divers qui coulent
dans leurs veines.
Non, disons-le, les Africains n'ont pas été les premiers à assassiner leurs
maîtres les nègres Créoles sont ceux qui, comblés de leurs bontés, ont été
séduits par les envoyés cruels qui voulaient voir le sang couler Paul Bélin,
Jean François, Maréchal, Toussaint & tant d'autres, étaient des Créoles. Que
les Amis des Nôirs apprennent à juger les hommes 1 qu'ils sachent que les mal-
heureux Africains étaient & sont encore tenus dans l'abjecqion par les nègres
Créoles, qui ne se familiarisent jamais avec eux; qu'ils sachent que les distinc-
tions & les préjugés existaient & existent encore plus parmi les négrës que
parmi les blancs qu'ils sachent qu'une négresse Créole n'accordait jamais ses
laveurs à un nègre d'Afrique appelle par elle du nom de Bossai qu'un nègre
Créole ne mangeait pas, & ne mange pas encore à présent avec un Africain
Que les Amis. des Noirs, que les philantropes étudient, & expliquent le
cœur humain, s'ils le peuvent, mais que jusqu'à ce qu'ils puissent rendre raison
de ses inconséquences, ils épargnent notre sang & celui des malheureux nègre:
qui ne connaissent de vrais malheurs que depuis qu'ils sont séparés de leurs
maires
Voilà, Monsieur, les objets sur lesquels vous pouviez écrire, & comme colon,
& comme homme il ne fallait pas pour cela rassembler beaucoup de mémoires
& de notes critiques, il ne fallait qu'avoir un cœur sensible, & vous rappeller
que vous êtes vous-même propriétaire dans les Colonies.
Page 23.
Ayant donc indiqué tes motifs qui m'ont engagé à écrire ?ouvrage suivant, ainsi
que les sources o/i fat puisé mes matériaux, avec le but que f espère remplir par
(dite publication, iï ne me reste gu'à le soumettre aujugement de mes hdeurs.
( 15 )
5e ne vois pas l'utilité dont votre récit peut être, quand même il serait exaft
les principes & les causes des événemens n'y sont pas assez développes; les
sources dans lesquelles vous avez puisé ne sont pas assez pures vos projets
en écrivant restent & resteraient inconnus aux lecteurs, si ceux que vous cher-
chez à faire condamner ne répondaient pas à vos calomnies, & s'ils ne cher-
chaient à trouver les raisons 'de votre partialité. Je m'engage par ma réponse
vous prouver que vous auriez pu ne pas Publier un ouvrage comme celui que
vous avez soumis au lecteur; par léquel on ne peut rien apprendre, où tien
n'est approfondi, & dans lequel aucune réflexion morale ne dédommage des
.erreurs que vous y avancez, mais qui découvre partout la légereté de son auteur,
son ignorance des fait3, même son ignorance géographique, & le dessein de
calomnier un peuple de Colons malheureux.
HISTOIRE DE ST. DOMINGUE.
Chap. I. Page 2.
je présume qu'il faut attribuer au peu de faveur que ?état du mariage reçoit dea
mœurs nationales (Françaises), que les gens de couleur abondent dans toutes les
Isdes Françaises dans une beaucoup plus grande proportion que les Blancs, que
dans celles de la 'Grande-Bretagne.
SI vous aviez parcouru la Colonie, vous auriez découvert quelle était la
la raison pour laquelle il y a plus de gens de couleur dans les Colonies Fran-
caises que dans les Colonies Anglaises; vous l'auriez vu dans la richesse de la
'Colonie, & dans la manière dont tous les ouvriers y sont payés vous l'auriez
vu dans la différence des administrateurs des biens de St. Domingue & des
administrateurs des biens dans les Colonies Anglaises) sur-tout vous l'auriez
vu dans la manière d'y faire le Commerce.
( 16 )
Vous auriez appris qu'à 9t Domingue les. Procureurs & Gérens d'habitations
étant très-bien & très-çherement payés, (beaucoup reçoivent le dixième des.
produits nets des habitations,, d'autres.le dixième des produits en payant le
dixième des. frais d'exploitation, ou. des pertes,) des jeunes gens bien nés,
élevés avec soin, mais peu riches étaient envoyés à St. Domingue, afin, d'obtenir
de ces places les Gérens, avec des moyens de fortune considérables, avaient
plus de soin de leurs enfans avec les femmes de couleur; & très-souvent
ils tes faisaient élever en. France en leur donnant la liberté. Les femmes
de St. Domingue ont généralement beaucoup d'enfans..
Les femmes de couleur,, à,. mesure qu'elles s'éloignent, dé la couleur noite
n'étant pas sans agrément, les ouvriers, les capitaines de navire, & toute la
classe d'hommes qui ne font qu'un court séjour dans les Colonies, s'attachaient
plus qu moins à elles, & leur laissaient en les quittant une partie des bénéfices
qu'ils avaient fait eux-mêmes.
Dans les Isles Anglaises du Vent, ce sont les Irlandais que l'on préfére pour
Gérens;. à la. Jamaïque* ce sont les Ecossais généralement- qui administrent les.
habitations: élevés les uns Mes autres dans une grande médiocrité & avec la
plus sévère économie, ils arrivent dans les Colonies avec l'espoir d'y faire une
fortune bornée, ils ont des. appointemens fixes, ils n'ont pas les ressources
multipliées que les appointemens. des Procureurs & Gérens Français leur don-
nent pour faire des spéculations les propriétaires dans St. Domingue étant
maîtres d'une grande étendue de, terrains, permettent très-généralement aux
Procureurs Gérens d'avoir autant de. troupeaux de moutons,, de. chevaux,
de juments, de. mulets & de, bestiaux qu'ils veulent Qu peuvent en élever,. Il
n'en est pas ainsi des Gérens Anglais, il-- leur est prescrit, de, n'avoir r
qu'une telle quantité d'animaux pour leur usage toutes les provisions
arrivent d'Europe pour leurs besoins & ceux de l'habitation,¡ par là. ils
ont peu. d'occasions de, connaître les spéculations que des moyens acquie
leur permettraient de faire. Ils ont peu, ceux, d'entretenir une filJe libre.;
& encore moins de donner la liberté à, leurs, enfans, s'ils vivent avec une
exlave le maître, se contente d'en faire des ouvriers, &c.Mais ils restent
Attachés l'habitation 8c sont heureux, .parce,, quel? Gèrent, qui succède rend.\
( 1i )
F
aux erifahs de son prédécesseur les soins & les services qu'il espere' pour lèâ
siens.
Voilà une partie des cames principales qui font qu'il y a beaucoup de gens
de couleur dans les Colonies Françaises une-autre encore, c'est la quantité des
grandes villes qu'il y a à Saint Domingue on le jugera quand on réfléchira
qu'il y avait quatre villes qui avaient régulierement toute l'année un spectacle
passable, & que deux ou trois autres villes avaient des salles de théâtre où. les
acteurs des autres villes venaient de tems en tems.
Ces villes étaient labitées par beaucoup de négocians riches, par les auto-
rités militaires & civiles, par les garnisons dont les régimens appelles coloniaux
étaient fixement attachés à Saint Domingue, ensuite par les officiers des navires
marchands qui faisant leur vente eux-mêmes, devenaient habitans ayant maison,
magazins, chevaux, pendant une certaine quantité de mois toutes ces per-
sonnes entretenant des Mulâtresses libres, cela contribuait à augmenter beau-
coup le nombre des gens de couleur.
Une autre cause de la population des Mulâtres, c'est que ceux-ci pouvant
posséder des habitations comme les Blancs, il y avait entre eux beaucoup plus
de mariages que dans les Colonies Anglaises, parce que le propriétaire Blanc
qui voulait avantager ses enfans de son vivant, les mariait, & leur donnait
tout le bien qu'il voulait, ce qu'il n'eût pu faire par testament, les lois Fran-
çaises ne permettant pas d'avantager ses enfans naturels.
Disons aussi que les femmes de couleur sont en général plus élégantes
dans les Colonies Françaises, que dans les Colonies Anglaises, ce qui les rend
sans doute plus attrayantes; que la richesse de la Colonie contribuait à cela,
parce qu'on faisait pour elles plus de sacrifices qu'on n'en pouvait faire dans
les Colonies Anglaises.
Voilà ce que vous auriez vu, si vous aviez fait un séjour assez long dans la
Colonie pour en parcourir les diverses habitations & pouvoir parler des
mœurs des habitans. Il y avait cependant plus de personnes blanches des
deux sexes mariées à Saint Domingue que dans les Colonies Anglaises,
CI'. )
parce que lu propriétaire» y étaient résidons tu bien plus grand nombre
qu'ils ne le sont dans les Isles Anglaises. Je ne veua pour exemple que celui
très-vrai que vous rapportez vous-même, que dans les 85 membres de l'assem-
blée de St. Marc qui s'embarquerent à bord du Léopard, 64 étaient mariés,, &
avaient entr'eux 183 enfaas Blancs.
Page x.
A St. Domingue., le nombre des Blancs était estimi monter à 3O,O0O, celui dès-
Mulâtres à 24,000 dont 4,700' étaient un état dr porter la armes; ta par
conséquent, comme un peuple distinS,, animé d'un esprit de corps, ils étaient
tris-formidables.
LES Blancs à St. Domingue,. tant les propriétaires d'habitation que ceux tenant
maison, étaient portés à 30,800 mais dans ce nombre vous auriez. dû dire que
les deux régimens coloniaux du Cap & du Port-au Prince,& le corps d^artillerie.
n'étaient pas compris, non plus. que ceux qui tenaientà la marine royale; surtout
les équipages des navires marchands,^ une quantité d'ouvriers, comme maçons;.
charpentiers & autres, qui changeaient sans cesse de quartier & n'étaient jamais
portés sur les recensemens. Sans exagérer, on peut assurer que la population*
blanche, existante habituellement St. Domingue, montait à plus de. 50;000-
personnes, dont plus de 16*000 formaient les milices blanches de la Colonie,.
(& ce n'était pas la totalité de ceux qui étaient ea état dë porter les armes
tous les gens de justice, les médecins & chirurgiens en étant exemptés,.ainsi que-
ceux attachés aux administrations. soit marine soit militaire & généralement
tous les marins tenans au commerce d'Europe).
Certainement cette population ne devait- pas regarder comme formidable
4,700 Hommes de Couleur, en état de porter les armes, disséminés dans toute»
les paroisses de la Colonie, sans chefs, sans magtzins, 8c sans énergie:. ils ne
l'ont jamais été jusqu'au moment malheureux où,les Blancs ont cessé d'être unis,.
alors ils ont acquis la force que les* partis divers qui les ont employer leur ont
donnée) ils n'ont jamais pu rien faire seuls; sans leur' jonction avec les
nègres, ils eussent été promptement détruits, car ils sont bien moins bravel
f 19 )
qu'eu» « on avait voulu les laisser faire, il n'existerait pas un homme
de couleur dans tout St. Domingue, & j'ai des preuves que, si on ordonnait
aux nègres d'en délivrer la Colonie, te serait une opération bientôt faire,
dont ils se chargeraient avec joie. Les Mulâtres n'ont été dangereux que par la
division des Blancs, & parce que. leur scélératesse est mille fois plus cruelle &.
plus barbare que celle. des négres, Créoles, où Africains..
Page z.
Bt (les gowerneurs généraux) passaient des lois, nommaient à tous les emplois
vaeens+SS disttihuient la terres de la- couronne comme- ils le jugeaient à propos.
ïl eit étonnant qu'un coton distant de St. Domingue seulement dè 30 lieues,
puisse avancer UN fait si complètement faux dans tous ses points, jamais un
général? n'a Fait une seule loi, elles étaient toutes envoyées de France seulement
on se plaignait que le conseil enrégistrait souvent comme loi, une simple lettre
du ministre de la marine mais jamais les ordonnances pures-& simples des géné-
raux & intendans n'ont eu force de loi que pour quelques objets de police &
toujours provisoirement. Vous avez mal' connu la vanité'& les prétentions
des deux conseils de la Colonie, ainsi que celle des sénéchaux & juges inférieurs,
elle ne leur eût jamais permis de souscrire aux lois arbitraires .d'un gouverneur.
Les généraux ne nommaient anx offices vacans que provisoirement on peut
bien penser que les ministres de la marine en France étaient attentifs à ne pas
perdre les occasions de placer. leurs créatures; quelquefois seulement le choix
du général était confirmé par le ministre, mais plus souvent il ne l'était pas.
Pour obtenir dès concessions de terre, il fallait se soumettre à. dés frais &
à des formalités nécessaires & préalables, & elles étaient toujours obtenues par
celui qui les avait remplies le premier;: c'ëst avoir ignoré les lois les
plus simples de la Colonie que d'en parler. autrement.. Si vous avez
voulu parler des Douvelles concessions dès habitations ou terrains réunis à
la couronne, vous avezja plus grande raison mais il faut dire que les réunions
(se )1
étaient regardées, dans laColonre, comme un vol fait au premier concessionnaire,
& quoiqu'il soit arrivé quolquefois que celui qui avait poursuivi la réunions ne
l'ait pas obtenue, beaucoup plus souvent elle lui était accordée.
Page
Le peuples n'avait aucune proteâiion assurée consre Valus d'un pouvoir aussi
extravagant qu'il était excessif.
Il n'y a, Monsieur, que la plus grande prévention, & la plut profonde igno-
rance qui puissent vous avoir avancé un fait aussi aux. Jamais les colons n'au-
raient pu vivre sous un joug aussi tyrannique & cependant d'un trait de plume
vous réduisez dans l'état de soumission le'plus absnrde une Colonie entiere. Je
vous défie de citer un seul .fait à l'appui de votre assertion, excepté celui de
l'embarquement du conseil, & cette mesure dans le tema a sauvé la Colonie de
l:anarchie. Le gouverneur, l'intendant étaient fournis aux mêmes lois que
les autres habitans, dans toutes les discussions relative» à des affaires, à des
propriétés, ou à. des habitations.
Page 3.
Il êtiit,en effet (le Gouverneur) un prince, absolu, dent la volonté, généralement
parlant, constituait la loi il avait le pouvoir a" emprisonner qid que et fut
da v la Colonie pour des causes dont lui seul était juge..
Ceci est aussi faux que le précédent articule il est vrai que le gouverneur-gé-
néral accordait aux créanciers des ordonnances qui obligeaient le propriétaire dé-
b.iteur de se rendre auprès de .lui mais pour quelle raison ? Les habitans de St.
Domingueétaienten général riches, braves & accoutumés à commander en maîtres
à leurs nègres il en résultait que, loin d'être les esclaves d'un despote, comme
vous le prétendez, ils étaient souvent disposés àiie se soumettre à aucunes lois; que.
les juges n'étaient point obéis, & peu d'officiers inférieurs de la justice osaient se
( 21 )
G
présenter chez un habitant; il en résultait que la justice avait peu de moyens de
les faire obéir à ses jugemens. Comme presque tous les Français à St. Domingue
étaient militaires & tenaient à l'honneurde cetétat, l'usage avait établi que, sans
officiers de justice, lorsqu'un habitant refusait d'obéir à un jugement ou à une
sentence, ou de payer ses créanciers, le général envoyait une ordonnance au
commandant de son quartier, qui la faisait de suite passer à l'habitant celui-ci
se faisait un point d'honneur de se rendre sans hésiter, seul & promptement,
auprès du gouverneur; il lui représentait ses raisons alors si elles n'étaient
pas approuvées par lui, il ordonnait à l'habitant de prendre des arrangemens
avec la justice ou avec ses créanciers, & de garder les arrêts en ville sur sa
parole d'honneur s'il y avait des plaintes graves contre l'habitant, on l'en-
voyait dans une prison militaire où il était traité avec tous les égards possibles.
Dans certains cas, des personnes, qui avaient eu quelques duels, & qui, par
leur habitude de se mal conduire, étaient dangereuses pour le repos de la
Colonie, ont reçu l'ordre de s'embarquer pour France mais ces ordres n'ont
presque toujours eu lieu que sur la demande des habitans eux-mêmes, & bien
rarement.
Page 3.
D'un autre côté, aucun arrit de toute autre autorité quelconque n'était valable
sans f approbation dit gouverneur, de faron qu'il avait le pouvoir d'arrêter le
cours de la justice civile & criminelle, & de tenir l'une & l'autre dans une
dépendance esclave de sa volonté.
Il y a, Monsieur, une suite continuelle d'erreurs dans votre ouvrage qui est
4ans exemple comment ignorez-vous que les juges supérieurs, les procureurs
généraux, les procureurs du Roi faisaient emprisonner journellement les con-
damnés, & tous les débiteurs autres que les grands propriétaires d'habitation. Ils
n'avaient jamais besoin de la sanction du gouverneur, c'est une erreur absurde;
il n'avait pas plus de droit d'arrêter un jugement des cours de justice. Je vous le
répete, Monsieur, vous connaissez bien peu les prétentions & la tenacité des
( M )
3
cours de magistrature Française; si vous croyei qu'elles eussent soutfert utt
tel abus trop souvent, au contraire, elles se plaisaient à embarrasser la roue du
gouvernement pour faire ressouvenir de leur pouvoir jamais les gouverneurs
ne se mélaient de la justice criminelle ils n'assistaient presque jamais aux
conseils, (suivant le droit qu'ils avaient d'y représenter la personne du Roi,)
que pour les causes qui intéressaient l'administration de la Colonie.
Note, Page 4.
Tous ces officiers (les Lieutenans de Roi, Majors de Plaee, &c.) dépendaient entiere-
ment du pouvoir civil, & nt reconnaissaieni povr supérieur que le gouverneur-
général qui pouvait les renvoyer quand il lui plaisait il est nécessaire aussi
d'observer que les conseillers étaient très-incertains de conserver leurs plates.
Je marche d'erreurs en erreurs comment nlexplïqueï-voas pas à tos lec-
teurs ce qu'étaient les Lieutenans de Roi vous leur auriez dit qu'ils étaient
des officiers militaires qui ne pouvaient rien avoir à faire avec le pouvoir civil
ils commandaient les garnisons & les milices; mais, hors ce qui regardait le
service militaire, les procureurs du Roi & les sénéchaux leur auraient rap-
pelles qu'ils n'avaient aucune autorité sur eux, ni sur les habitans.
Vous avancez, Monsieur, encore un fait faux, en disant que les Lieutenant
de Roi pouvaient être renvoyés par les généraux vous auriez dû savoir qu'ils.
recevaient leur commission du Roi comme le général recevait la sienne de lui
& vous deviez savoir que, dans le militaire, sous l'ancien gouvernement Fran-
çais, il fallait faire le procès à un officier pour le priver de sa commission t 8s
par là on peut juger votre négligence car le premier officier Français, à qui
vous en auriez parlé ici, vous eût empêché d'écrire une erreur révoltante pour
le leéteur le moins éclairé si à Londres où vous avez été à portée de vous ins-
truire si aisément, vous avez négligé de le faire, combien plus vos lecteurs
doivent-ils penser que vous avez da le faire peut ce qui s'est passé à 2D0ft
lieues de vous ?
( 23 )
Votre observations sur les conseillers est aussi fausse, ils recevaient leurs provi-
sions du Roi comme les officiers militaires leurs brevets le gouverneur ne pou-
vait rien sur euje. individuellement. Ils étaient soumis à la discipline de leur
compagnie pour ce qui regardait leurs fondions, & du reste leurs droits étaient
les mêmes que ceux des autres habitans de la Colonie.
Page 5.
Sept membres suffisaient pour enttndre' les causes d'appel, mais un mot du gou-
verneur-général suffisait pour reidre inutiles les droits les plus justes-, & l'on
assure (je ne prétends pas dire avec quel degré de vérité) qu'outre leur entiere
dépendante du pouvoir exécutif les nombres de ces cours étaient notoirement &
honteusement lâche capables il'être
Je livre à rindignftion de tout lecteur honnête, un auteur qui, sans- preuves,.
ose attaquer des. cour.$ de justice respeâabks, & qui se livrant sans examen, sans.
réflexions aux mensonges d'individus qu'elles avaient peut-être flétris, ose écrire
un pareil paragraphe; qu'aurait-il à répondre à un de ces juges qui l'interpelle-
rait de donner même des raisons probables de son assertion ? & s'il l'attaquait en.
réparation î malheureusement, l'auteur serait dans la même situation pour beau-
coup d'autres parties de son ouvrage ou il avoue, comme il le fait ici, qu'il ne
sait pas la vérité de ce qu'il risque d'écrire.
Page 5.
Les officiers des troupes réglées & des milieu étaient nommés- par le gouverneur^
général, mais sujett â être approuvés, ta confirmés par le Soi. La milice ne
recevait aucune paye quekongut.
On peut docilement trouver plus de légèreté & d'inconséquence réunies à-
la-fois 1 il n'y a qu'on instant que vous disiez que les officiers' supérieurs, tel»
que des Lieutenans de Roi, Majors de Place, &c. étaient amovibles à la volonté
du gouverneur qui nommait à tous les emplois enfin qu'il était, suivant vous,
< 24 )
'Un grince absolu ici, vous avouez que la nomination de tous les officiers des
troupes soldées & de milice était soumise à la sanétion du Roi, dont le brevet
était nécessaire; comment arrangez-vous ces deux faits si opposés, & surtout
comment les placez-vous si rapprochés l'un de l'autre i
Lx milice ne recevait aucune paye, parce qu'elle était composée des habitai»
libres de toutes les couleurs qui devaient défendre leurs quartiers, & qui ne
pouvaient être forcés à en sortir, encore moins de la Colonie.
Page 6.
Qui était toujours (le gouverneur-général) choisi dans ? armée de terre.
C'est encore une erreur. Le gouverneur était souvent pris dans la marine,
tels que M. le Comte d'Estaing, M. le Prince de Rohm, officiers supérieurs dans
ce corps, M. le Marquis de Vaudreuil, qui a été nommé gouverneur-général de
St. Domingue, & d'autres; enfin, dans les derniers tetas, au moment de la révo-
lution, M. de Peynier, chef d'escadre, était gouverneur-général de la Colonie
cela prouve la superficie de vos connaissances vous avancez tout sans examen,
indifférent si vous trompez ou non votre lecteur.
Page 6.
Pendant que la basse classe des Blancs jouissait des mêmes avantages des proprié-
taires riches, par cette distinction insurmontable que la nature elle-mime a
lisiblement morgue entre les habitant Blancs & les Noirs," & de leur impor-
tance nécessaire dans un pays, où par lagrande disproportion des Blana aux Noirs,
la sûreté commune des premiers dépend entièrement de leurs efforts réunis.
Pourquoi au lieu d'écrire sur une histoire que vous ne connaissez pas, n'avez-
vous pas développé ce principe, que vous avouez que la nature a tracé elle-même,
de la supériorité nécessaire de tout ce qui est Blanc dans les Colonies surtout ce
( «* )
H
qui tient ou vient de l'esclavage ? En développant ce principe véritable comme
il le doit être, vous auriez vérité la reconnaissance éternelle de votre patrie, Se
de toutes les familles blanches des Antilles mais il fallait réfléchir & travailler
sur votre propre fonds, vous avez mieux aimé habiller à votre façon les contes
même les plus absurdes c'est ce que l'on continuera, de voir dans tputes les,
pages suivantes de cette lettre.
Page 7..
Je n'entends seulement qu'expliquer en partie fef non défendre la conduite des Bhncs
de St. Domingue envers les Gens de Couleur, dont la condition en effet était
u pire que celle, de ceux de la même classe dans les Colonies Anglaises ce qu'au
u cun principe d'exemple ou de raison ne pouvait justifier
Je vous interpelle de donner au public les preuves de ce que vous avancez,.
.& j'appelle sur vous, Monsieur, l'indignation de tous lès honnêtes gens, si
vous ne le faites pas. Etablissez sur d'autres preuves que votre simple assertion
les mauvais traitemens des Blancs envers les Mulâtres, ou je donne comme
preuve de la grande ignorance avec laquelle tout votre ouvrage est écrit, ce que
vous avancez, que la condition des Hommes de Couleur était plus malheureuse
dans St. Domingue que dans les Islès Anglaises, je le nie, & j'en appelle au:
lecteur impartial voici la vérité.
L'Homme de Couleur libre à St. Domingue jouissait de tous les droits qui
constituent véritablement la liberté de l'homme en société il pouvait hériter,
vendre, acquérir jusqu'à quelque valeur que ce fût tester, se déplacer, quitter
la Colonie, y revenir, témoigner, déposer pour ou contre les Blancs, & les gens
de sa couleur il pouvait se marier, transmettre la liberté à ses enfans il avait
enfin tous les droits des Blancs: il montait le milice comme eux, il n'était pas
payé, (eux non plus ne l'étaient pas). Quelle était donc la différence entre les
hommes libres de Couleur & les hommes libres Blancs ? la voici l'usage &
depuis la loi avait prescrit que les Blancs formeraient des compagnies de milice.;
( 26 )
2
que les Métis, les Quarterons, les Mulâtres monteraient ensemble & que les
Nègres libres, les Grifs, & \t%Marabous, formeraient d'autres compagnies que ces
compagnies seraient commandées par des officiers Blancs. Il n'y avait par de
lois qui défendissent que les Hommes de Couleur fussent juges, ni avocats, mais ils
n'avaient jamais en l'idée de demander à l'être. La loi ne défendait pas aux Blancs
d'épouser des Femmes de Couleur, ni aux Hommes de Couleur d'épouser des
'Blanches, l'usage seul & le préjugé faisaient toute la loi. Dans le service sé-
paré des milices consistait toute la différence qui, par le fait de l'usage, dis-
tinguait civilement & militairement les Hommes de Couleur des Blancs; ajoutez-
y le préjugé que l'origine laissait dans l'opinion des Blancs.
Comme les Colonies Françaises n'avaient pas assemblées coloniales; jamais
leurs droits n'avaient été discutés & jamais la nécessité de la question de fixer jus-
qu'à quelle génération le préjugé devait durer n'avait été élevée. Que le lecteur
observe que laColonie était comme tout le peuple Français, sous un gouvernement
monarchique & militaire, où par conséquent la noblesse est nécessaire & où elle
était nombreuse cette derniere cause est la plus vraie de celles que l'on peut
donner pour la prolongation du préjugés qui se perpétuait contre des sangs mêlés
de familles en familles, quelques riches qu'elles fussent devenues. Observez que
l'usage devenu loi, disait seulement que l'Homme de Couleur monterait dans
la milice séparément des Blancs. Le lecteur peut, d'après ce qui vient d'être
dit, juger les avantages des Blancs, & les désavantages des Hommes de Couleur
des Colonies Françaises.
Voyons maintenant dans les Colonies Anglaises quel est le sort des Hommes
de Couleur. Ils ont comme ceux des Colonies Françaises le droit de se marier,
de transmettre la liberté à leurs enfans, de vendre, acquérir, tester; mais non
d'hériter que jusqu'à 2,O0Ol. ils ne pewbent être lé moins que suivant le
degré de.leur couleur. Si l'homme est avili,' c'est dans cette circonstance.. Ils
montent la milice séparément; ils ne sont ni juges ni commandans, ils peuvent
seulement à la quatrieme génération être membres de l'assemblée coloniale,
niais jusques-là, il n'y a pas d'avantage en leur faveur. Toute la différence est
au désavantage de l'Homme de Couleur dans les Colonies Anglaises, puisqu'il
su peuf hériter ni être témoin, sans être soumis à de» conditions inconnues dans
( 27 )
les Colonies Françaises. Quelles sorti donc les lois de la Colonie de St. Do-
qui dans le traitement des Hommes de Couleur ne pouvaient être justi-
fiées par l'exemple ou par la raison ? Un auteur qui sans preuves avance -un
fait faux, pour le fairé servir d'àccuèatïon contre des hommes malheureux.
métite-t-il quelque confiance ? j'en appelle aux lecteurs.
Page 7.
A bien des égards leur condition était même plus dégradante i^ plus misérable que
celle des Itfêgres esclaves d'aucunes Colonies des Indes Occidentales.
Ma, tâche devient de momens en tnomens plus pénible. Je pose .un instant
la plume; les faits ci-dessus rapportés démontrent la fausseté de cette alléga..
tion. Il faut bien l'attribuer à une profonde ignorance pour n'y pas voir une
mauvaise foi insigne, & criminelle. Dans l'indignation que me cause cette
phrase, je me contente de prier les lecteurs de se rappefler que vous êtes partie
intéressée contre St. Domingue en votre qualité de Planteur de la Jamaïque, &
que vous ne leur donnez aucunes preuves -de vos choquantes & absurdes
assertions.
Page 7.
Les Hommes de Couleur 'libres dans toutes les ïsles Françaises, Quoique délivrés
du joug des individus, étaient néanmoins regardés comme la propriété du public^
(s 'comme tek exposés aux caprices à la tyrannie de tous ceux que le hazard de
la naissance avait placés au-dessus d'eux. Ils étaient traités pgr le Gouvernement
Colonial en esclaves, dans toute du ternie, étant obligés, quand ils
-avaient atteint Uge viril) de servir fendant trois ans dans un établissement mili-
taire, appellé la Maréchaussée.
datnais rien de semblable n'a existé j'en appelle à tous ceux qui ont été
dans les Colonies Françaises les Hommes de Couleury étaient aussi libres que
les Blancs.'
( as
J'ai déjà dit que tous les Hommes de Couleur libres étaient obligés ainsi-que
tous les Blancs de servir dans la milice vvilà le service public auquel ils
étaient soumis mais il y avait pour chaque paroisse une. brigade de cavalerie.
d'Hommes de Couleur, appellée Maréchaussée dans les villes & grands
bourgs, ces brigades étaient nombreuses, mais dans les petites paroisses,
elles n'étaient que de quatre hommes; ces cavaliers avaient une paye, ils étaient
commandés par des brigadiers Hommes de Couleur,. mais les officiers supé-
rieurs étaient Blancs.
La I re partie de ce que vous dites ici est, très-vrai & j'aurais tort de ne pas
saisir dans votre ouvrage une occasion si rare de rendre hommage à votre véra-
cité mais déjà, malgré moi, cet hommage est interrompu, car le reste est ab--
solument faux jamais les Maréchaussées n'ont été détruites elles existent-
même encore à présent..
Page 7.
M consistait (le corps de Maréchaussée), en certaines, compagnies J'itiffinterie qu'on
employait principalement comme chasseurs pour purger les'bois des. Nègres.
Murons. Cet établissement fut clazzs la suite très-sagement, dissous & les com-
pagnies licenciées, tarce que les Mulrîtres acquéraient, en communiquant entr' eux
les connaissances des idées $v>i intérêt' sommun d'une force réunie qui com-
mençait à les rendre formidables à ceux qui les en'ployaient,.
On peut voir par ce que j'ai dit, qu'une des causes de, la population nom-
breuse des Hommes de Couleur de St. Domïngue, était que les ouvriers, les
marchands passagers, les officiers des navires de commerce, les gérens nom-
breux qui étaient souvent déplacés, enfin que tous, les Blancs qui faisaient quel-
que séjour sur les habitations, prenaient ce qu'on appelle dans les Colonies une
ménagère (c'est-à-dire une femme pour soigner leur chambrè & leurs effets)
souvent ces femmes devenaient mères; la fortune de ces Blancs n'était pas
suffisante pour acheter leurs enfans du propriétaire, & payer encore au gouver-
nement les droits établis pour obtenir la ratification de la liberté, alors ils se
( 29 )
bornaient à acheter leurs enfans de son maître. Les habitans qui les avaient
vendus continuaient à les nourrir, à les élever, à les garder sur leurs habitations
avec la bonté naturelle aux Colons on leur y faisait apprendre un métier qui
devait être plus que suffisant pour les faire vivre, lorsqu'ils auraient atteint l'âge
de 20 ans. 'A cet âge, l'ancien maître sollicitait du commandant la permission
de les placer dans la Maréchaussée, ou la garde à cheval des paroisses; ils y
avaient une paye, qui, se prenait sur les droits appelles municipaux après trois
années de service dans ce corps, le Roi accordait le droit £3 gratis à celui qui
avait lait son tems, la ratification de sa liberté, qui coutait aux autres Hommes
de Couleur, ou à leur père & mère, des sommes considérables.
regarder comme une vexation
était réellement un bienfait la rat1ncation gratis de la liberté & la
paye de la paroisse, il y avait une rétribution accordée aux brigadiers & cava-
liers,, sur la prise des négres Marons, &c. &c.
Il y avait un autre service à pied, fait par les Hommes de Couleur, qui était
spécialement destiné à la police des villes, ainsi que pour le service des conseils,
ou des jurisdi citions ils avaient les mêmes avantages que les cavaliers de Maré-
chaussée ces places étaient fout aollicitées. Comment d'après cela prétendez-
vous, Monsieur, que les hommes libres étaïent traités dans les Colonies Fran-
çaises comme les esclaves dans le sens le plus rigoureux 1 où sont vos preuves ?
vous ne pouvez démentir des faits évidens & constatés par tous les réglemens.
J'ignore où vous avez pu apprendre le conte ridicule des craintes qui avaient
fait dissoudre les brigades de Maréchaussée, où il y avait d'ailleurs presqu'autant
de négres libres que de Mulâtres. Je puis vous assurer qu'elles se sont géné.
ralement bien comportées, qu'elles ont subsisté jusqu'au moment de la
dissolution du gouvernement de la Colonie, & qu'elles ont été généralement
ndemandées par les habitans de St. Domingue depuis que les Anglais en ont
pris possession.
( 3O >
2
Après l'expiration de ce ternie, ils étaient sujets, fendant une grande- partie 4
l'année, au fardeau des corvées, espece de travail destiné réparer les grands:
chemins, dont la fatigue & les peines étaient insupportables. Ils étaaent en-
outre obligés de servir dans la milice de la province ou du [quartier auquel $?
appartenaient, sans solde ou pension quelconque; dans cavalerie ou
suivant le dois de î officier commandant, étant encore obligés de se fournir i
leurs frais d'armes, de munitions & dtaceoutremens les revues étaient fré-
quentes & la rigueur avec laquelle ks lieutenants, majors, & -du
Roi exerçaient leur autorité dans ces occasions, omit dégénéré dans une 'tyrannie;
Voilà encore une erreur inconcevable- & sans excuse,' par la facilitt que tous
aviez à vous instruire. Par la description que. vous faites des corvées, vous en
déclarez les fatigues insupportables, exjirês pour rendre ^éux^qui fe's faisaient
éprouver plus odieux; mais que penseront
être en état de juger que vous ignorez, totalement, ce. qu'étaient lescbVvécs à
St. Etotnihgue ? Jje vais en donner rexplic^tion»
• Tbus les» nabirans étaient oblïgêsi d'énvoyèt
de trois journées par tête d'esclaves portés sur le recensement .des habi-
tations: il* étaient? emptoyicS le' pièdifee.
1^- Vbyef 'indiquait: les réparations faire au commandant
qui lüi Mit éMilfeJàî
Tes ordres'
s'y rendaient souvent; un habitant, officier des milices de la
nommé par le commandant du quartier pour aller vérifier l'appel des négrçSi
& maintenir l'ordre parmi eux; tous les habitans étaient obligés, de quelqu,
( 31 )
eouîeur qu'ils fussent d'envoyer à la corvée, & les nègres des Mulâtres tra-
vaillaient mêlés avec ceux des Blancs bans distinction un Homme de Couleur
était nommé par le commandant pour accompagner l'officier de milice dans l'ins-
pection des travaux, & lorsque celui-ci avait fait l'appel des nègres, il envoyait
au commandant, par l'Homme de Couleur de service, la liste des délinquans
souvent il l'envoyait lui-même chez les divers habitans les avertir qu'il manquait
des nègres à leur contingent. Ces hommes n'étaient aux ordres des officiers
de milice que pour cette opération leur service durait une semaine comme
celui dé l'officier de milice, à la fin dé laquelle ils étaient l' in & l'autre rein-
placés. Voilà toute la peine qu'avaient les Hommes de Couleur à là Corvée,
8t' je dêclâre sur mon honneur que depuis 20 années je né les ai pas vu y faire
d'autre service ils avaient le droit de s'y faire remplacer comme les officiers,
car il n'y avait jamais qu'un tifftciér de milice commandé pour là corvée, comme
il n'y avait aussi jamais qu'un habitant de couleur dé planton par semaine, & il
fiait indifférent qui que de fufc
Je déclare encore que tous lès hommes libres, de quelque couleur que ce soif*,
habitans de St. Domingue, étaient obligés de servir dans la milice, comme c'est
l'usage dans les Colonies Anglaises, excepté les gens de loi, les médecins, chi-
rurgiens, &c. &V Xes troupes de inilice, quelque fût leur couleur, n'avaient
aucune paye chacun était par la loi obligé de se pourvoir d'armes, d'uniformes,
&c. suivant la compignie dans laquelle il servait, ce qui était. absolument au
choix des habitans; les riches montaient dans la cavalerie, & les autres dans
l'ïnïariterie. tien était de même des Hommes de Couleur qui choisissaient
dans quelle arme ib voulaient servir, &' leur inclination personnelle était
presque toujours pour là cavalerie. Vous êtes, Monsieur, bien mal informé,
même des détails les plus simples; il n'y avait, en tems de paix ou de
guerre, qttùne revue de milice toits lès 'trou mois, c'est-à-dire, quatre revues par
année, & elle était la mérrie & avait lieu lè même jour pour tous les habitans
]ÎDres, de quelque couleùi qu'ils fusseilf.
( -3» )
Page 7-
11 leur était défendu de remplir aucune charge publique, ,ou de confiance, & même
aucuns emplois, quelque feu considérables qu ils fassent on ne leur permettait
même pas dexercer les professions pour lesquelles on croit qu'il est nécessaire
d'avoir une banne éducation. Toutes les places militaires ou de la marine, toutes
les fondions du clergé SI de la magistrature étaient exclusivement réservées aux
Blancs. l'n Mulâtre ne .pouvait être ni prêtre, ni avocat, ni médecin, ni chi-
rurgien, ni apothicaire, ni maître d'école, la dlstmcHott des couleurs ne finit'
sait pas même, comme dans les ,Isles Britannique!, avec la troisième génération.
Il n'y avait aucune loi positive, ni d'usage qui accordât à aucun descendant d'A-
fricain, telle éloignée que fût son origine,, les privilèges dont jouissaient les
Blancs la tache du sang était ineffaçable jusqu'à la postérité la plus reculée.
Par cette raison, aucun Blanc, qui avait le moindre respeSpour son honneur
:n'épousait une Négresse ou une Mulâtresse', s'il t eût fait, il eût perdu toute
considération, & il se serait entièrement ruine.
Je m'empresse d'avouer que ce que vous dites ici, est en partie vrai;
(pour vous prouver, Monsieur, le chagrin que j'éprouve d'étre' si souvent
obligé de vous contredire) mais il n'y avait pas de loi positive qui rendit les
Mulâtres incapables de ces emplois & de ces professions. Avant la Révolution,
ils n'avaient jamais songé au prétendu malheur de ne pas les remplir, puisqu'ils
n'y avaient pas été préparés par l'éducation nécessaire. Ils étaient par recon-
naissance respectueusement soumis aux lois, disons plutôt aux usages, sous
lesquels ils av aient reçu la liberté. Ce n'est que depuis très-peu d'années, de.:
puis que la secte des novateurs a détruit tous les liens qui servaient de base à
la société, qu'ils ont désiré de nouvelles lois aucune de celles qui gouvernent
le monde ne repose sur des bases plus légitimes que celles qui ont porté les Co-
lonies Européennes dans les Antilles, surtout St. Domingue, à un degré de pros-
périté dont l'histoire ne nous fournit point d'exempte.
( 33 )
K
Lorsque les propriétaires Européens ont quitté leur patrie pour alter habite»
les Isles de }a Zone Torride, & qu'ils ont placé leurs capitaux dans l'acquisition
des bras dont ils avaient besoin de s'aider dans leurs établissemens, ils ne l'ont
fait que soùs la sanction des lois de leur métropole si la mort a frappé tant de
victimes parmi eux, au milieu de leurs travaux, si par les peines & les soins de
ceux qui- 'ont échappé à tous les dangers, les métropoles sont arrivées au
degré de puissance où elles sont parvenues par l'effet des avantages du com-
merce des denrées Coloniales, viles ne peuvent attaquer la dartre que les fa-
milles blanches ont achetée de leur sang; fc toutes les lois qui fixent leurs
propriétés sont aussi respectables, aussi sacrées que celles en vertu desquelles les
propriétaires Européens possèdent leurs terres & leurs maisons chercher à
détruire ou à changer ce droit, c'est vouloir annuller le premier principe qui
constitue le droit social de toutes les réunions d'hommes.
En admettant même que les nations Européennes ont le droit de faire dans
leur constitution les changemens qui leur conviennent, aucune n'a le droit de
,dire à ses Colonies nous voulons régler à 1500 lieues de chez nous ce qui -coti-
vient le mieux à la nature de votre propriété, & changer à notre gré les baSes
de votre contrat social."
Vous pouviez, vous deviez, tomme Colon vous-même, employer tous vos
lalens à défendre nos droits, & dire aux peuples Européens Il Si vos principes
changent, vous pouvez nous proposer de les adopter; mais si plus même de juger
.ce qui maintient notre propriété & conserve notre -existence £s? celle de nos
familles, nous refusons de changer les bases de notre établissement, rendues
*• invariables par leur nature & par la nécessité, alors nous cessous d'être le
« même peuple, nous cessons d'être vos concitoyens, nous cessons d'être partie de
Ici votre empire, vous nous séparons, nous brisons tous les liens qui nous unissaient
vous.
Ce droit est incontestable, & si les lois de l'esclavage sont d'absolue nécessité
dans les Antilles, les métropoles ne peuvent avoir le droit de les changer sans
notre volonté. C'est dans cette nécessité absolue de l'esclavage, dans les Colonies,
qu'il faut chercher l'origine des lois, dès usages, des préjugés sur les Gens de
Couleur. Ils ne doivent leur existence qu'à la bonté de ces habitans Blancs
t 34 )
qui, après leur avoir donné la vie, les ont retire de l'esclavage auquelîes loi»
les avaient soumis. Certainement ceux- qui ont parcouru, en observateurs ins-
truits, les Colonies, ont vu que les préjugés des Blancs envers les Gens de
Couleur sont légitimes, puisqu'ils sont fondés sur les lois de ta. sûreté person-
nelle ils ont vu que le Mulâtre n'a regu la liberté que soua la condition tacite
qu'impose ce que les Européens appellent un préjugé il savait qu'il ne com-
manderait pas son pere qui fut son maître, & qu'il ne le jugerait pas. Si le
pacte fait entre le maître & son esclave, qui est si avantageux à cederqieF;,
u*eut pas dû être exécuté à toujours, il n'aurait jamais commencé. Les Hommes,
de Couleur seraient restés dans l'esclavage,. & les propriétaires. ne les auraient
pas comblés de bienfaits en les faisant participer à leurs droits, & enn'en ex-
ceptant que ceux qui. doivent,maintenir la subordination parmi ceux qui restent
esclaves.
Vous auriez pu, Monsieur, employer vostalëns à prouver combien il était
important dans les Colonies à. sucre de maintenir la subordination parmi les
diverses classes de leurs habitans, &r prouver qu'il fallut que ce qu'on appelle
ici des préjugés, fussent bien utiles, qu'ils fussent même bien nécessaires, puis-
qu'il n'y a aucun propriétaire Blanc qui ait cherché dans aucun tems à les.
détruire, quelqu'ait été son attachement pour ses enfans de Couleur: vous.
auriez pu, Monsieur, prouver que la générosité des Créoles eût détruit ces
préjugés, s'il eût dépendu d'eux mais ils. sont d7absolue nécessité pour les
Nègres qui haïssent & méprisent les Gens de Couleur en les jalousant au lieu
que les Blancs, tout en. les distinguant d'eux, les aimaient & les comblaient
de biens.
Enfin vous auriez pu prouver, Monsieur, que le plus grand nombre de ce
peuple nouveau, appellé Hommes de Couleur, ne doit son existence, (en grande
partie), qu'à l'hospitalité généreuse des Colons vous auriez pu démontrer que
si les préjugés n'eussent pas existé, le propriétaire aurait été forcé de renoncer
au plaisir de faire le bien; vous auriez pu & dû, en exposant ce qui arrive
souvent, mettre les lenteurs Européens, qui sont si peu instruits.sur lés.Colanies
& sur leurs usages, en état. de juger par eux-mêmes.
( 35 )
a
Par exemple, heurtez-vous pas pu dire aux prétendus philantropes, qui ont
eherché& qui ont réussià nous plonger le poignard dans le coeur, que l'étranger
lequ dans une habitation avec cette bonté franche & hospitaliere, si générale à St..
Domingue, cédait souvent aux influences du climat, & aux agaceries d'une jeune
Négresse de quinze ans, que devenu père d'un Mulâtre, il recevait eri don sort
enfant à condition qu'il ferait ratifier sa liberté par le Roi. Si aucun pré;jugé'
c'avait existé dans la Colonie, & si cet enfant eut été conduit'eh Europe Se élevé:
avec soin si, ce qui est très-rare, il en avait profité; à dix-huit ou vingt ans
de retour dans la Colonie, devenu l'égal de son maître ou de ses successeurs chez
lesquels se trouverait sa mere restée esclave, & devenue dans cet intervalle mere-
de deux ou trois enfans Noirs, il en résulterait que cette Négresse, âgée de 36»
ans, lorsque son fils en aurait 20, serait dans la force de l'âge & encore en état de
travailler avec ses deux ou trois enfant Mais quelles seraient les conséquences
pour les Colonies, si le Mulâtre devenu libre eût pu aussi devenir commandant
de son ancien maître ? supposons qre cette mere encouragée par l'état de son.
enfant Mulâtre, eût, par sa mauvaise conduite ou par celle de'ses enfans,. attiré
sur elle ou sur eux des punitions nécessaires au maintien de l'ordre que le
philantrope réponde, qu'aurait fait le Mulâtre fils de la Négresse, s'il était le
juge ou l'officier commandant du maître de sa mere ? où s'arrêterait le ressen-
timent de ce fils,. que le philantrope juge quelles. conséquences il résul-
terait pour le repos des Colonies- d'un pareil ordre de choses ? & qu'il nous
dise quelle serait la conduite des freres, des sœurs, des neveux, des cousins,.
enfm de toute la parenté d'un Mulâtre libre pouvant être le champion de ses-
parens
Entre beaucoup d'autres circonstances que je pourrais citer, qui prouvent lia
nécessité d'une classe intermédiaire dans les Colonies, je me bornerai à celle-ci.
due l'homme sage,& vraiment bon médite sur cet exemple, & que l'homme
impartial, qui étudie ,lé cœur humain, juge si les préjugés qui séparent les
Hommes de Couleur des Blancs, ne sont pas des préjugés utiles, puisque sans
eux le, Blanc n'aurait pu donner une seule liberté sans se créer un ennemi.
Alors, cette race nouvelle n'eût jamais existé, parce que se reproduisant parmi
les Noirs, dès la premiere génération, elle a perdu la plus grande partie de la.
(36 )
couleur qui la distinguait du Nègre. L'homme généreux qui accorde un très-
grand bienfait, & qui n'y met qu'une légere condition, nécessaire à sa sûreté
Se celle de sa famille, peut-il être blâmé ? & celui qui- reçoit un aussi grand
don que la liberté, n'est-il pas tenu d'obéir à cette condition qui ne fait souffrir
que sa vanité qui ne devrait pas exister, sa couleur lui rappellant sans cesse le
bienfait que les Blancs lui ont accordé ? Que le philantrope digne de ce nom,
que l'homme vraiment ami des hommes, juge à présent ce que les Européens
appellent un préjugé 1
Voilà, Monsieur, ce que vous auriez pu développer, plutôt que de copier
des mémoires faux ou exagérés. L'immense fortune de beaucoup d'Hommes
de Couleur dans tous les quartiers de la Colonie prouve, mieux que tous les
raisonnemens, combien ils étaient réellement heureux & protégés.
Page 9.. .̃-̃ ̃̃̃̃ <•̃̃' ̃•̃'• .̃
Un Homnte de Couleur qui poursuivait en justice un Blanc (circonstance qui
arrivait très-mrement) devait avoir bien des droits pour pouvoir obtenir sa
conviâlion..
Les cours de justice étaient remplies de procès sur des droits de propriétés
entre les habitans Blancs & les Mulâtres libres, & la justice leur était rendue
comme aux Blancs; car on doit savoir que le pere & les pàreris Blancs des
Hommes de Couleur les prorégaient toujours & souvent les soutenaient dans des
prétentions injustes, qui occasionnaient beaucoup de procc 1,
̃̃̃̃-̃̃ ̃̃ Page 9.1
Pour marquer encore plus fortement la destination entre ces deux classes, la loi avait
ordonné que, Ú un Homme libre de Couleur osait frapper un Blanc, de quelque
condition qu'il fût, sa main droite ocrait èoupée, tandis qu un Blanc pour la même
offense envers un Mulâtre libre était renvoyé en payant une amende trh-insi-
( 37
L
La loi la plus ancienne de la Colonie prononçait effe&ivement la peine dont
vous parlez, mais je dois dire que dans tout le tems que j'ai demeuré à St.
Domîngue,je n'ai pas eu connaissance que cette offense soit arrivée plus d'une
fois c'est après la campagne de Savanah. On avait pour la premiere fois, très-
impolitiquement, enrégimenté les Hommes de Couleur; c'est une des grandes er-
reurs de M. le Comte d'Estaing. C'est à cette faute qu'en doit fixer la premiere
cause des malheurs de St. Domingue. Un Mulâtre qui avait été sous officier
dans son corps, jouant au billard avec un petit Blatte, lui donna le premier
plusieurs coups de la queue dont il se servait pour jouer le Blanc porta sa
plainte en justice. Le commandant du Petit-Goave en ayant été informé par
le juge, fit mettre l'Homme de Couleur en prison pendant huit jours, pour
traiter l'affaire militairement &. empêcher -que les juges fussent obligés d'en
connaître, & l'affaire n'eut aucune suite. Pendant un très-long séjour à St.
Domingue avant la Révolution, c'est la seule fois que j'ai eu connaissance
qu'un Homme de Couleur eut osé frapper un Blanc.
Je dois dire que plusieurs fois j'ai vu des Blancs envoyés en prison pour avoir
frappé des Hommes de Couleur, & moi j'ai obtenu aisément cette justice pour
un Mulâtre qui avait été maltraité par un Blanc.
Je répete ici, que les Hommes de Couleur libres étaient d'autant moins vexés
qu'ils étaient toujours protégés par les familles blanches de leur pere qui les
aidaient dans toutes leurs afiaires.
Page 9.
Pour diminuer l'horreur de ces détails. -on peut dire avec viril! que les des
habitons Blattes avaient beaucoup adouci la rigueur de leurs lois; ainsi dans
V exemple ci-dessus cité, l'horreur universelle qui aurait suivi T exécution de la
peine prononcée, rendait la loi nulle. C'était des moeurs <£s? non les lois qui em-
péchaient l'exercice d'un pouvoir si odieux & si dénaturé.
( 38 )
Vous auriez dû observer que ces lois avaient été établies dans un tems ou la.
Colonie était faible & ne pouvait que difficilement se conserver par ses propre»
moyens, que k force de l'opinion était alors encore plus nécessaire. Pendant
20 ans que j'ai habité St. Domingue, jamais je n'ai connu qu'un seul Hommes
de Couleur puni pour avoir frappé un Blanc, & je répete que dans beaucoup
d'occasions des Blancs ont été punis pour avoir frappé des Hommes de Couleur,
surtout des matelots & des petits Blancs. Mais puisque vous convenez que la.
loi était tombée en désuétude, pourquoi la citercomme une preuve de l'état
d'avilissement dans lequel étaient les Mulâtres, puisqu'au contraire l'oubli de la,
loi prouve que les sentimens étaient changés à leur égard,par la faiblesse naturelle
mais trop réelle que les Blancs avaient en général pour les Gens de Couleur 1
Page 10.
Mais ce qui servait la plus à contribuer à protéger les liens ds Couleur, c'était h
privilège qu'ils avaient de pouvoir,acquérir & posséder des biens jusqu'à une
valeur illimitée plusieurs d'entr' eux avaient des habitations tris-considérables
& rargent avait tant d'influence dans toute la Calorie que plusieurs des grand»,
officiers de l'administration ne se faisaient pas de scrupule de devenir seccetement
leurs pensionnaires; ceux donc qui parmi les Gens de Couleur étaient assez heu-
reux pour avoir les moyens de gratifier la vénalité de leurs supérieurs, étaient.
assez assurés de n'être point molestés mais cette circonstance même les exposait
d'une manière plus marquée à la haine & à l'envie des Blancs de la classe infé-
rieure.
Lorsqu'on écrit l'histoire,, peut-on avancer une accusation de cette nature, sans
en donner des preuves ? lorsque surtout on accuse des personnes qui par leur
rang devaient avoir été & étaient généralement choisis parmi les honnêtes gens
& parmi ceux que l'opinion publique n'a pas frappé d'anathème. Je peux
assurer que depuis 20 ans aucun des administrateurs n'a. été accusé de l'infamie
dont l'auteur- les charge si gratuitement.
»0 )
Siaisrily a un inconvénient qui accompagne ce système & qui doit nécessairement
accompagner tous ceux du même genre; c'est que la plupart '-de ses règlement
(dit Code Noirfne snnf pas applicables à là nature & la situation des Colonies-:
d'Amérique. Dans fes pays où F esclavage est établi, le grand, principe qttit
fait la forée du gouvernement est la crainte, ou le sentiment de cette puissance
absolue & nécessaire qui, ne laissant aucun choix dans les aclions, détruit toute'
question de droit. Il est inutile de dire que celà est & doit absolument être le
cas dans tous les pays ou l'ésclavge est établi. Tous les efforts pour donner des
droits positifs à des Hommes dans cet état, comnze entre des autres classes
d'hommes, est donc vouloir faire accorder des contradictions évidentes, & assem-
bler des principes qui n'admettent aucune combinaisons
Voilà ce que vous auriez dû parfaitement développer comme Colon, comme
propriétaire d'esclaves, vous deviez employer vos talens à établir le besoin du
systême existant dans les Colonies vous deviez, en démontrant sa nécessité,
défendre vos.compatriotes contre. les calomnies de ceux qui, depuis dix années,
txavaillent à les ruiner en prouvant la vérité de ce que vous avancez: que
vouloir avoir des Colonies sous d'autres lois que celles établies, c'est vouloir
rassembler des principes incohérens; alors vous obtiendriez l'estime des hommes
sages & justes,. & vous auriez des droits éternels à la reconnaissance des Colons.
Il vous était si facile,. Monsieur, de répondre aux-déclamations dé la secte
des Amis- des Noirs, & de rassurer les hommes sensibles & vertueux qu'elles ont
égarés, en leur présentant un tableau vrai de, la condition des esclaves dans
nos Colonies en-opposition avec celle de ces mêmes hommes en Afrique, &
j'irai plus loin encore, avec la condition des journaliers & des paysans en Europe.
Que ne disiez-vous ce qui se passait en Afrique, avant que les Européens n'allas-
sent chercher des Négres pour les transporter dans nos Colonies, ce qui s'y
renouvelle.toutes les fois qu'une longue guerre maritime en Europe suspend la
traite ? Que n'offriez-vous à.vos lecteurs le contraste des malheureux sujets des
petits tyrans qui couvrent l'Afrique, engagés dans des guerres continuelles ? Que
( 4ô )
ne parliez-vous des prisonniers inhumainement massacrés par le vainqueur avant
que les Européens n'eussent aborde ces contrées, & de ces mêmes prisonniers
transportés aujourd'hui aux Antilles sur unehabitation dont le maître, intéressé
à leur conservation, veille sans cesse pour lui, supplée à la prévoyance que la
nature a refusée aux Négres, les environne de jouissances qui les attachent au
nouveau pays qu'ils habitent & adoucissent les regrets qui reportent toujours la
pensée de l'homme vers la terre qui lui donna le jour, un maître enfin qui est
une Providence pour ses esclaves ? Ces faits sont vrais pour les Colonies Fran-
çaises, & vous assurez (je ne sais trop à la vérité sur quel fondement) que les
Négres sont mieux traités dans les Colonies Anglaises. Eh bien Monsieur,-
il fallait,raconter les faits ils auraient eu pour le grand nombre des leéteurs
un.peu plus d'intérêt que les abstractions métaphysiques des Amis des Noires ils
y xé oondent assez victorieusement.
Sans doute, Monsieur; il eût dû être satisfaisant pour vous de convaincre les
/Jlmis des Noirs & tous les philantropes Européens de l'injustice & de l'exagéra-
tion des craintes que leur inspire le seul mot d'esclavage, en les mettant à porté
de comparer le sort des cultivateurs libres d'Europe avec celui des cultivateurs
esclaves des Colonies. Vous auriez calmé leurs sollicitudes en leur montrant le
Nègre assuré de sa subsistance & de celle de sa famille, soigné dans ses maladies,
-exempt d'inquiétude & voyant arriver la vieillesse sans le délaissement & la
rnisere soumis au travail, il est vrai, mais consolé dans le repos par des jouis-
sauces-que ne troublent point les craintes de l'avenir.
A St. Domingue, le Nègre avait un jardin particulier sur lequel il plantait des
vivres pour se nourrir: mais si une longue sécheresse ou d'autres accidens
1'-exposaient à en manquer, le maître le nourrissait avec sa famille. Il y avait sur
toutes les habitations un magazin de vivres pour les tems de disette; il y avait
aussi sur chaque habitation un hôpital fourni des meilleurs médicamens & un
médecin qui venait deux ou trois fois par semaine, plus souvent quand cela
-était nécessaire. En travaillant à son jardin un quart d'heure par jour, le Nègre
pouvait nourrir des cochons, des volailles, &c. &c. On lui permettait d'avoir
odes jumens qui, mêlées avec celles de l'habitation, lui donnaient un produit
annuel qui lui appartenait en toute propriété.
*i ) )
M,
Si à ces vérités de fait vous aviez ajouté quelques observations sur là nature
physique de lapeau du nègre qui lui donne-sur les Blancs un avantage ina-
préciàble pour le travail, la transpiration ne traversant que difficilement le
tissu cellulaire & graisseux que son épidèrme couvre,, il conserve l'humide
nécessaire à son sang n'est point sujet aux maladies inflammatoires &
putrides qui attaquent & font périr les-BlancSy surtout les Européens chez les»
quels l'humide -radical, est moins retenu, ce qui rend son sang plus inflamma-
ble; si vous. aviez appelle l'attention de vos lecteurs sur le caractère moral:
du nègre, vous auriez, convaincu les-hotatnes d,e. bonne, foi Ie. qu'à: défaut
d'indigènes, les nègres étaient les seuls hommes proprets aux travaux qu'exi-
gent les établissemens Européens dans les Antilles 2°. Que les hommes à peine
eivilisés, obligés à un travail continuel sous un climat qui en éloigne sans
cesse, dans un ̃ nombre qui n'a aucune proportion avec les ordonnateurs de
ce travail, que les nègres, dis-je, devaient par nécessité être esclaves vous
auriez ainsi place les peuples & les gouvernemens .Européens dans la position
vraie où la nature des choses les a rais relativement à leurs Colonies des
Antilles c'est-à-dire, dans l'alternative de renoncer absolument aux avantages
qu'ils, en. retirent, ou d'y maintenir l'esclavage..
Enfin, vous. aurieZv pu dire que les nègres étaient des grands enfans avec les
besoins de. l'homme fait; si vous servant des talens que la nature vous a
donné, vous en eussiez fait usage pour les observer, vous auriez découvert
aisément dans leur ame toutes les passions des enfans légers, inconstant
vains, timides, peureux, jaloux, bons,. généreux, sans prévoyance, .supersti-
tieux, toujours conduits par l'impression du .moment; ils joignent à cela les
vices des esclaves, paresseux, gourmands,, voleurs,, menteurs, vindicatifs
comme tous.les êtres faibles, .l'injustice les désespère. Vous auriez prouvé en
tout que cette race d'hommes est naturellement bonne que. si la nature lui a.
refusé l'attention, Ja, réflexion, l'observation, la persévérance, & tous les avan-
tages qui rendent les Blancs supérieurs, à eux, elle a tout, fait pour eux du côté
du climat, des avantages physiques, & même du coeur; car elle leur a donné
cette sensibilité pour les femmes qui fait oublier tant de malheurs & h plus
vif amour pour leurs enfans qui leur rend tout supportable Vous auriez pu
prouver, Monsieur, que si le? nègres ont ces avantages sous le. climat, .& .sur
i 4B )
les sablés fetûlans de l'Afrique, quoique sbiîs le gôuwràeméht bâ^bârè & tîés-
potique des petits tyrans dé cette entrée leur %ânfaé\ïr -eiHbîen
<«lâns<Iè$ XMoniés à sucre, où l'air, bien que «eus «ncliiïJât sans
cesse ïâfrwe'W par les brises régulières* & OÙ, ayant fiàî ûti
civilisation) ils jouissent d'une partie des avàntUgeS
perdre céûXâeledr cérftrëèi. Wus auriez bien ëtàWi lëiîr état en ÀfHqtlè,
-& te celai <âdtft Ils âtflférèëè,
'vous 'auriez pu ftièttiré lèé justes, dans ta
ae «âécidër tf^r
avait peu d'hommes ';plus ^IftSrafemeat lieùré^x quelle
Colonies. ̃ •̃' -••=;- ̃ '̃^̃ y^-i
dans les prîndpâm TËuit$ië>ijfe:;léV âi'beaûccîtfp
observes; àUdah âùfânt qïïë l'Àsi^^térie
'd'hommes 'qui fesaietit^isitë'Sj à leur \éniBi-
gnâge surtbût que j'appellerai pour prouver que le lésAntîïles
«St moins malheureux que la plupart -êés ^Ek^opéèîis^-iffi'èst^pîtis
esclave comme il l'était dans
tyran barbare dont ta volonté fait toute la loi, & dont les fantaisies font
les principes qui n'est pas
tre Itti-îîïêttie par l'intérêt
Daiïs les Colonies, le nègre y «st esclave rpàr le aîot, !tnais H "est bfen plus
ééelliÉtneflt ce qu'«'n
dont l'intérêt est attaché nôn seulement à son '-existence, maïs encore à son
bonheur sous les lois tf'uh ïbûmis aux lois de son
de ropinibn
publique. Le nègre est de 'plus 'sbus les lois ^«craies qui veillent aie rhetire
l'abri de la violence '& de la cruauté
Si le fecleûr àp'prënâ que dans la
Emilie de son maître, y est elles,
alors .ce nf est plus avec l'habitant baifbare de
c'est avec toute la classe des journaliers & ouvriers non-propriétaires d'Europe
1
qui à
l'inégalité de leurs moyens de force, d'adresse, d'esprit, de santé, qui a voulu
fàjjpôchïts'sëntleé
éwé? pl«sïfortviu,[ba!it
"des siens! c'est
-fiassent
'k papes»,1 Jbs;.«Bau» fié
Que les
''Palier bu manœuvre Européen, jouit plus par les lois de la société des biens
pourvoir^,
cette quantité
par le climat qu'il
plaisirs peu connus des paysans --fraîcheur sont pour
jouissances'. Le frofd si affireux en Eu-
Tope lui est l'année auprès
en été, dans les pourvoir contre l'avenir fâcheux
que le paysan apperqoit dans l'hyver qui s'avance.
Le maître du nègre est à
celle de sa famille il est à l'abri des mauvaises récoltes, des disettes, il faut
qu'il soit iiourrJ!&: i'il-eit obligé ïdè s'en occuper, sur
y penser. j
celle dé sa Emilie, ioasnm
t3irnat
;a£surée.
• Si le nègre est malade, un médecin, attaché à l'habitation* lui assure. les soins
d'une véritable bienveiMance. Les meilleurs drogues, les meilleurs remèdes, la
nourriture la plus convenable, l'hôpital le plus commode assurent au nègre que
l'intérêt de son maître se joint à son humanité pour veillera sa santé, & pour
que les soins les plus utiles lui soient prodigués sans inquiétude sur sa fa-
mille^ son soit à xenir pas les maux.
Le climat est favorable au il n'est jamais excessif.
La privation du travail assurée pour le
propriétaire dans les Colonies; est pour, lui un
jour de bonheur sans mélange de peines, Si le nègre ne peut travailler,
il est nourri, soigné, entretenu comme s'il eut travaillé, & cela avec d'autant
plus de soin que son défaut- de travail devient une perte réeUe pour son maUrtt
qui augmente par chaque moment que sa
Le nègre n'a.aucune notion des idées qui' tourmentent les phijantropes le
mot de liberté est indifférent pour lui dans le sens & l'acception qu'on lui
donne en Europe il sait qu'il est maître^ occupé
du sien dans la conduite de son habitation; il voit les inquiétudes de son maître
plus grandes. qu,ç les siennes. Il est soumis par habitude, par l'usage^ par sa
faiblesse aux lois les plus simples de la société il veut en être protégé,, la con-
dition est son tFavail, lljle donne avec joie, pour, jouir, d'un bonheur, réel i) à
l'abri des premiers besoins, il jouit ^veç ivresse du plaisir qu'il préfère atout;
ilestné jia.de quoi
se procurer autant 4e. femmes que ses goûts le lui ordonnent, il aim? ses, enfans
avec adoration. Après aypir. joui de la v|e; pendant sa
s'avancer une vieillesse exempte d'inquiétudes, & jamais accompagnée de ces
r«;spec^ent beaucoup fojm ne
il voit sa, famille s'augmenter sans inquiétudes, jusqu'au dernier mstant de sa
enfans v|eill|BSse
( 45 ) )
N
recevra de sa réconnaissance, les récompenses & les bienfaits qu'ils auront
mérité par leurs services Les journaliers des Colonies sont heureux dans tous
les tems de leur vie, la vieillesse surtout est pour eux un port tranquille.
Je laisse mes le&eurs sensibles comparer entre le paysan & le nègre.
Les plus simples observations sur l'homme, prouvent qu'il est né esclave du
besoin, du travail, & par là de la société. Le climat, la constitution individuelle
ont apporté des changemens entre les diverses sociétés, mais elles ont toutes, ou
plutôt ou plus tard, adopté les mœurs & les usages qui leur conviennent le
plus. Les Colonies des Antilles étaient arrivées à un degré de prospérité qui
prouve que le régime qui y était suivi était le mieux calculé pour leur bonheur,
& que les abstractions & les calculs moraux sont souvent absurdes quand on
les compare avec l'expérience.
Page Il.
Je me bornerai donc simplement à observer ici que dans toutes les Lies Françaises^
les esclaves ne sont en général, autant quefai pu le remarquer, beaucoup mieux
ni beaucoup plus mal traités, que dans celles soumises à la Grande-Bretagne
s'il y a quelque différence, je crois quelle corniste, en te que chez les Français,
le Nègre est mieux vêtu, que chez les Anglais sa nourriture est plus substan-
fièlle. Quant à Tidie qui a prévalu que lu Colons F.-anfais ont pour leurs
Nègres plus d'humanité, plus de bonté, je sais par moi-mime qu'elle est destituée
.de fondement.
Dites donc au public sur quoi vous avancez que les notions prévalentes Se
généralement admises, que les Français traitent les nègres plus humainement
que les Anglais, sont fausses. Donnez vos preuves vous avez trompé vos
leéteurs tant de fois qu'il ne suffit pas pour les convaincre de dire ce que vous
pensez.
Vous dites que vous savez par vous-même que l'opinion généralement reçuc
est dénuée de fondement: c'est donc par des observations personnelles; quand &
ou les avez vous faites, puisque vous n'avez demeuré St. Domingue que pendant
(
quelques jours, sans avoir pu aller sur une habitation, personne ne pouvant alors
sortir de la ville ? Vous ne prétendez pas donner à vos lenteurs comme exactes
les observations que vous auriez pu faire pendant votre séjour dans une ville en
désordre détaillez donc ce que vous savez en l'appuyant sur des preuves mais
puisque vous avez imprimé votre ouvrage sans les avoir fournies, je suis obligé
d'appeUer l'attention de vos lecteurs sur votre continuelle légereté, à accuser,
décider sur votre simple assertion, & à vous livrer encore au jugement qu'il a.
dû déjà porter de vous.
Si vous voulez savoir pourquoi lès Français traitent mieux, & avec plus àt
bonté, leurs Négres, en voici quelques raisons. 10. Les propriétaires résident
beaucoup plus chez eux que les propriétaires Anglais; par là ils connaissent;
plus leurs Négres. 2°. Leur terre leur fournissant de plus. grands produits,
ils sont plus riches: vous devez savoir que l'homme riche est plus porté
répandre autour de lui. 3Q. Les gérens Anglais étant moins payés que les
gérens Français, ont moins de moyens de faire la dépense que les gérens Fran-.
gais font à St. Dbmingue. 4°. Dans cette Isle, les Planteurs étant grands tere
riens, abandonnent plus de terrain à leurs Nègres pour leurs jardins particuliers,-
avec l'eau dont ils ont besoin pour les arroser. Si vous ajoutez à cela que le
caractère national rend les propriétaires Français plus communicatifs avec leurs,
Négres que les propriétaires Anglais vous trouverez très-aisément pourquoi il,
est généralement reconnu que les nègres des Colonies Françaises sont traités
avec plus de bonté par leurs maîtres qui. vivent plus habituellement sur leurs
propriétés, que par les maîtres Anglais à qui leurs nègres sont inconnus, parce-
qu'ils résident pour la plupart hors des Colonies..
Page 1 I..
Cependant tout homme de bonne foi lue les circonstances ont mis à même, de coimaUre-
la eonditian des Nègres des filet Françaises & de la comparer, celle des
paysans de plusieurs parties de l'Europe, pensera y* ils ne- sont point du ¡bulla,'
portion la plus malheureuse du genre humain.
(4? )
Ail total] si: la vit humaine, dans son état le plus parfqit, ti'est qu'une combinaison
de maux & de si nous considérons, comme relativement, bonne, la con-
dition d'une soeiété politique Jans laquelle, nfalgr'ê de nombreux désavantages,
la-classe se procure avec aisance une nourriture saine où l'air de
gaieté & du contentement semble animer toutes lés classes du peuple» où
nous voyen S'desvil ilesopulentes, des marchés abond ans, un commerce étendu,
une culture s'accroissant journellement il faut convenir que le gouvernement
de la partie Française de &t. Domingue (quelques soient les causes cachées aux-
quelles on puisse l'attribuer) n'était pas tout-à-fait aussi mauvaise dans la pra-
ligue, que yuelques-zines des circonstances qu'on a cüées pourraient donner lieu,
'de le penser avec tous les abus, provenans de la licence, de la corruption des
moeurs, à>l du système d'esclavage, la balance était évidemment en safaveur &
en dépit des maux politiques & des plaintes particulières, les signes de ,la pros-
^périté publique étaient visibles par. toute, la Colonie..
J'ai déjà donné ci-dessus les raisons dé ce que vous avancez. Vous auriez
mnieux fait d'écrire. sur ce sujet, puisque vous aviez. des talens, & ppisqqe la^
force.de la vérité vous arrache l'aveu que j'ai cherché à développer.
Pourquoi vouloir juger, vous, étranger à St. Domingue; les lois -qui vous
sont inconnues, & au lieu de vous en fier aux observations qu'une faibleexpé-
rience vous a permis de faite, chercher à établir une théorie idéale pour :on-
venir que les faits sont contre cette même théorie ? La prospérité de la Colonie
de St. Domingue, que wous avez appcrçue & que vous convenez être visible,
partout, devait vous prouver qu'il y avait erreur dans les notes que vous possé-
diez pourquoi les avoir traduites, & n'avoir pas attendu du tems & de vos soins
à vous instruire à trouver les causes cachées dont vous parlez ? vous auriez aisé-
ment découvert qu'ils n'en existaient pas; mais que c'est vous qui étiez absolu-
ment trompé sur tout ce que' vous avez écrits sur St. Domingue puisque la
prospérité de la Colonie tenait à des causes publiques & naturelles, soit du sol:
soit des lois & df l'industrie de ceux qui l'habitaient..
6(
Chap. II.Page 14.
:Les assemblées si tinrent malgré le gouverneur l'ony prit des résôlutions relativex
au droit. qu 'avaient les Colons de députer aux
conséquence des députés au nombre Je la.
On aurait dû vous dire qu'il n'y eût que très-peu d'assemblées .pour élire les
,députés de St. Domingue aux états-généraux; que beaucoup d'habitans vou-
laient que l'on considérât d'abord s'il était utile d'en avoir .pour ce sujet que
beaucoup de propriétaires protestèrent contre cette nomination (je suis un de
ceux-là), que des listes vinrent toutes faites d'Europe & qu'elles furent signées
en secret qu'il y eût seulement 4,000 noms d'écrits dont plus de moitié n'avait
pas été signée par les personnes elles-mêmes. On aurait dû vous dire que les
sages, & surtout ceux de la partie du Sud, ne voulaient pas que l'on
envoyât de députés aux états-généraux, parce que cela était directement
opposé aux intérêts de la Colonie .qui, ayant encore beaucoup de dettes, n'avait
pas besoin de payer celles de la France ils savaient très-bien que 18 députés
étaient trop peu nombreux pour influencer les délibérations d'une .assemblée
qui,- nous sachant.ridies, nous aurait taxes sur notre réputation. Voilà ce qui
engagea beaucoup de propriétaires à protester contre les listes qui coururent
dans la Colonie & qu'un habitant envoyé exprès de Paris colportait St. Do-
mingue. Quand on écrit sur la Révolution d'un pays, il faut la connaître
dés son origine.
Page 17,
(Quelques-uns étaient des jeunes gens envoyés à Paris pour Imr éducation d'autres"
étaient des hommes qui avaient une propriété considérable.
Malheureusement il y avait beaucoup trop de plaintrs à faire de la part 4g

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