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Lettre à M. Victor Hugo

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BnF collection ebooks - "Monsieur, j'ai cru longtemps que ce qu'on appelle romantisme n'était que déraison, et que, par cela même, il était facile de se faire écrivain romantique. J'avais lu et relu, d'une part, les ouvrages littéraires qui depuis un siècle ou plus sont en possession de l'admiration générale, et j'avais persisté à les trouver beaux. J'avais médité, d'autre part, les œuvres de quelques écrivains de notre époque, qui s'intitulent la Jeune France."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


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À propos de BnF collection ebooks

 

BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

L’estime des uns ; les amères dérisions des autres. .

J.J. ROUSSEAU.

Monsieur,

J’ai cru longtemps que ce qu’on appelle romantisme n’était que déraison, et que, par cela même, il était facile de se faire écrivain romantique. J’avais lu et relu, d’une part, les ouvrages littéraires qui depuis un siècle ou plus sont en possession de l’admiration générale, et j’avais persisté à les trouver beaux. J’avais médité, d’autre part, les œuvres de quelques écrivains de notre époque, qui s’intitulent la Jeune France ; j’avais bien reconnu, par-ci par-là, surtout dans vos écrits, quelques idées peu communes, quelques tours de phrase piquants, quelques expressions neuves et partant originales ; mais je confesse que je les trouvais là, comme dans les productions des autres jeunes Français, vos imitateurs ou vos rivaux, en bien mauvaise compagnie. Cela me faisait exactement l’effet de deux ou trois personnages richement vêtus, qui font tache au milieu d’une foule couverte des haillons de la misère. Enfin, j’avoue que je mettais une sorte d’obstination à voir dans les auteurs qui ont illustré le dix-septième et même le dix-huitième siècle, abondance, richesse, luxe de génie ; et, dans ceux qui prétendent régénérer le dix-neuvième, quelques étincelles de ce feu sacré, rares, inattendues, et qui ne brillent qu’instantanément comme pour mieux faire ressortir la pauvreté, l’obscurité, le néant de cette littérature nouvelle dont le siècle des lumières, bon gré mal gré, doit s’enorgueillir.

Mais, j’ai lu la lettre, en manière de préface, que vous avez eu la condescendance de coudre aux charmantes poésies du jeune Dovalle, mort sans avoir le brevet de poète romantique, et aussi la préface d’Hernani, qui n’est que la répétition et le développement de la précédente. Cette lecture a commencé en moi une conversion que des réflexions lentes et profondes ont achevée.

J’éprouve d’abord le besoin de vous en rendre grâces, et puis le vif désir de me fortifier dans cette honorable apostasie, en vous soumettant les principes de ma nouvelle croyance, et en vous suppliant de me dire si j’ai bien compris cette importante Préface aux poésies de Dovalle déterminé que je suis à la prendre dès ce moment pour mon évangile littéraire.

Dans cette préface une grande pensée m’a frappé de prime abord : « Le romantisme n’est que le libéralisme en littérature. » Cet axiome a été comme un trait lumineux qui m’a fait embrasser, d’un seul coup d’œil, des choses que jusqu’alors je n’avais fait qu’entrevoir dans les ténèbres. Le voilà donc trouvé, me suis-je dit, le mot de cette difficile énigme ! Avec ce mot tout devient clair, tout, depuis la conception première d’un ouvrage romantique, jusqu’à son miraculeux succès ! Libéralisme littéraire ! Qui ne sera pas comme moi converti par la magie de ces paroles ? À part quelques vieux entêtés qui tiennent encore pour l’ancien régime politique, et conséquemment pour l’ancien régime en littérature, où sont les jeunes hommes, au nombre desquels j’ai encore l’avantage de compter, qui ne se prononceront pas sur-le-champ pour le régime nouveau, avec ses incommensurables conséquences ? Il faudrait n’être pas de son siècle.

Et ne pensez pas, Monsieur, que cette conviction soit, chez moi, aveugle ou irréfléchie. J’ai compris toute la portée de cet axiome, base du colossal édifice romantique ; j’ai vu toute la profondeur de cette belle pensée qui domine dans la Préface aux poésies de Dovalle, et je veux, pour coopérer au grand œuvre autant qu’il est en moi de le faire, démontrer que l’admiration de la jeune France pour la littérature libérale, est raisonnée autant que raisonnable, et qu’en nous faisant romantiques nous sommes loin de céder à un fol entraînement ; nous sommes, pour cela, beaucoup trop graves, beaucoup trop logiques, selon votre heureuse expression.

« Un grand mouvement, avez-vous dit, un vaste progrès s’accomplit dans l’art. Ce mouvement n’est qu’une conséquence naturelle, qu’un corollaire immédiat de notre grand mouvement social de 1789. C’est le principe de liberté qui, après s’être établi dans l’état, et y avoir changé la face de toute chose, poursuit sa marche, passe du monde matériel au monde intellectuel, et vient renouveler l’art comme il a renouvelé la société. »

Ô lumineux rapprochement, d’où la vérité jaillit brillante et victorieuse ! Cette révolution de 1789, par qui nous sommes tous légalement égaux ; par qui le plus humble citoyen, et qu’on ne croie pas que je raille en un tel sujet, marche coude à coude avec un duc et pair ; par qui le simple paysan a pu devenir, et est devenu, possesseur du champ qu’il arrosait jadis de sueurs stériles pour lui ; par qui, enfin, des milliers d’hommes auxquels le droit de propriété semblait être interdit sont devenus tout à coup propriétaires ; cette révolution, dis-je, s’opère maintenant dans le domaine de l’esprit comme elle s’opéra...

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