Lettre à Mr **** sur l'établissement d'une banque nationale ([Reprod.]) / par M. Monneron,...

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[s.n.]. 1789. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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THE FRENCH REVOLUTION
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LES ARCHIVES DE LA
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LETTRE
A -J^B. • •
SUR L'ÉTABLISSEMENT!
BANQUE NATIONALE,
Par M. Monjserof, Député d'Annonay.
A ij
t' LETTRE
A M'
SUR L'ÉTABLISSEMENT
d'une
BANQUE NATIONALE.
Gutta cavat lapidem, non vi, sed sœpè cadendo.
Versailles i" Août 1789-
Il m'a été impossible, Monsieur, dans notre
dernière conversation, de vous développer
toutes les raisons qui me font désirer l'éta-
blissement d'une Banque nationale per-
mettez-moi de revenir sur ce sujet.
Cet établissement contre lequel vous m'a-
vez paru si opposé, est, par son importance,
digne de vous occuper, digne de la médita-
tion la plus profonde.
Je suis certain que vous êtes de bonne foi,
quoique votre opinion soit entièrement con-
traire à la mienne et, comme je puis me
rendre le témoignage d'avoir la même bonne
foi, si je ne réussis pas à vaincre votre ré-
pugnance à dissiper toutes vos craintes, à
(4)
vous ramener enfin à changer, de sentiment,
je me flatte du moins que je vous prouverai
mon desir de saisir la vérité sans laquelle
il est impossible de prétendre à'cohvaincrç
personne.
Je n'ai pas la préemption de croire que
je traiterai un sujet aussi intéressant avec ce
charme qui fixe l'attention, avec cette clarté
qui la soulage; mais je suis persuadé que pour
un esprit aussi bon, aussi juste que le vôtre,
il suffit de vous présenter des idées, pour vous
en faire concevoir de nouvelles. Les'miennes
ne différeront peut-être des vôtres que par
la manière dont je les rendrai, et par l'appli-
cattion que j'en ferai.
Quand je vousti cité l'exemple de la Ban-
que d'Angleterre, vous m'avez fait l'aveu
que ce royaume ne devoit le degré de puis-
sance où il est parvenu qu'à sa Banque
nationale et vous m'avez dit que ce qui
.convenoit à un pays ne convenoit pas à un
autre. Cela est vrai quand des circonstances
locales assurent seules le succès d'une opé-
ration. Mais je ne conçois pas que ce qui
est bon par sa propre essence que ce qui
doit prospérer par cette seule cause soit
exclusivement applicable a l'Angleterre, et
,ne puisse être exécuté en France.
(5)
Aiij
Vous ne m'avez pas fait sérieusement, sans
dqjjte l'objection que c'étoitime suite de cet
esprit d'anglomanie, qui me rendoit l'apôtre
d'une Banque nationale. Quoi! parceqne les
Anglois ont adopté les premiers un établis-
s.ement sage, d'une éternelle utilité, s'ensuit-
il que les François se refuseront à jouir des
marnes avantages par la seule raison qu'ils
ne seroient que copistes ? En ce cas pour-
quoi imitons-nous les Anglois et nous mon-
trons-nous leurs rivaux dans le commerce
Avec plus d'apparence de raison vous
m'avez fait, Monsieur, une autre objection.
Les suites fâcheuses de cet établissement que
nous connoissons sous le nom de système,
vous font redouter tout ce qui peut en rap-
peler l'idée et vous n'hésitez même pas à
conclure que ce qui est arrivé en se
renouvellerait en ou un peu plus tard
si l'on créoit une Banque nationale aujour-
d'hui.
Je conviendrai avec vous, Monsieur, qu'en
général c'est une excellente manière de juger
les choses, «que de s'appuyer de l'autorité de
l'expérience cette regle est presque toujours
sûre, quand il est question des effets résul-
tants des hassions mais elle est sujette à des
exceptions lorsque d'autres causes ont une
(6)
action assez puissante pour modifier ces
mêmes passions.
Les François de sous de certains
rapports sont à une distance' si énorme des
François de 2 720 qu'en vérité toute compa-
raison entre eux, n'est pas admissible, pour
en tirer la conséquence qu'ils agiroient de
même dans des circonstances pareilles. A
l'époque de ils étoient, sur la question
présente pour ainsi dire sans expérience
à celle de 1 78c) ils ont cette expérience du
passé ils ont, pour en profiter une grande
masse de lumières acquises ils ont une
grande sagacité pour découvrir en tout les
vrais principes ils ont enfin une grande
justesse dans l'application de ces mêmes
principes à leurs actions. Avec d'aussi
grands avantages, leur marche est assurée
toute carriere à parcourir leur est ouverte
ils peuvent tout entreprendre et quand ils
seront sages,, ils ne seront jamais arrêtés
que par les limites que la nature elle-même
a mises à toutes choses.
S'il étoit possible de supposer, Monsieur,
que les François de 178,9 sont en tout sem-
blables aux François de 1720 il ne seroit
pas douteux qu'une Banque, fût-elle même
sous le nom de Banque nationale éprouve-
A iv
roit le même sort que la Banque royale
Law.
Les historiens les plus instruits en traitant
des événements de la régences, avouent que
le système de Law étoit bon en lui-même,
mais dangereux en ce qu'il offroit trop d;e
facilités pour en abuser en effet on en a
abusé et tout ce qui depuis pouvoit en re-
tracer une. image même imparfaite, étoit,
par cette seule raison et sans autre examen,
proscrit.
Cette époque de 1720, si singulièrement
désastreuse pour une infinité de particu-
̃ liers l'a-t-elle été autant pour la nation ea
général d'oserois croire que non, et qu'elle
doit à cette violente épreuve le précieux
avantage d'avoir tourné plus particulière-
ment ses vues vers le commerce.
Avouez, Monsieur que, sans l'exemple
de vous ne seriez nullement effrayé
de l'établissement d'une Banque nationale
en Vous savez cependant que les mê-
mes remedes, selon les circonstances, pro-
duisent des effets différents. Quoiqu'il soit
vrai que des milliers de familles aient été
plongées dans la douleur, pareequ'il yaep
une Banque royale en n'en soyez pas
moins sûr que la nation entière trouverait
f 8 )
la fin de ses maux présents et les moyen
une prospérité future, en adoptant, en iy8(>,
une Banque nationale. En l'une étoit
l'ouvrage d'uh seul homme périssable
comme lui; en l'autre sera l'ouvrage
de la nation il sera durable comme elle.
Pourriez-vous douter des avantages et de
la réussite de cet établissement, quand vous
avez sous les yeux l'exemple des succès
d'une Caisse d'Escompte ? Elle est en petit
une Banque, vraiment le typé'de celle à créer
pour l'usage de la nation entiere.
On ne peut nier que la Caisse d'Escompte
ne soit un établissement utile, quoique borné
à n'être avantageux qu'à la seule ville de Pa-
ris et cependant n'a-t-il pas éprouvé les plus
vives oppositions avant d'être autorisé ? N'a-
t-il pas été en butte aux plus grandes con-
trariétés dans son origine ? A différentes
époques n'a-t-il pas été exposé à des crises
plus ou moins violentes ? Mais il est de l'es-
sence de ce qui est bon en soi même de
surmonter tous les obstacles le temps qui
bientôt détruit les ouvrages mal construits,
consolide ceux qui ont été élevés dans de
justes proportions.
J'ai toujours eu l'intime persuasion que
cet établissement étoit non seulement utile,

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