Lettre à un académicien sur la vie de B.-J. Labre,...

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Pichard (Bruxelles). 1783. Labre. In-12. Pièce.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1783
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SUR la Vie de BENOÎT-JOSEPH
LABRE , mort à Rome est
odeur de Sainteté ïe 16 Avril
1783.
A BRUXELLES,
Et se trouve, A P A RIS ,
Chez PICHARD, Libraire , quai, &
près des Théatins.
1781.
LETTRE
A UN ACADÉMICIEN,
Sur la Vie de Benoît-Joseph
LABRE, mort à Rome en
odeur de Sainteté le 16 Aviil
1783.
L E détail que vous me demandez,
MONSIEUR , fur le nommé LABRE ,
avec cette droiture de coeur que tout
le monde vous connoît, vous four-
nira plus d'un sujet de méditation
pendant votre séjour à la campagne,
où vous vous occupez moins des mer-
veilles de la nature , que de la toute-
puissance de son Auteur ; & vous
A ij
(4)
confirmera que le Ciel n'est pas tou-
jours muet fur les intérêts du Chris-
tianisme.
VOUS verrez qu'il s'agit d'un nou-
veau Saint qui nous retrace Lazare
canonisé par JÉSUS - CHRIST même
dans l'Evangile du mauvais Riche ;
& que Rome en baisant sa tombe , &
bénissant son nom, nous invite à con-
templer cet événement mémorable.
Le spectacle de la Religion n'est
famais plus frappant , que lorsque
Dieu venant à se jouer de la sagesse'
du siécle &j des grandeurs humaines ,
manifeste fa gloire dans le pauvre
qui sembloit un sujet d'abjection, &
qu'il démontre à l'Un.ivers que la
science comme la richesse est infini-
ment moins estimable à ses yeux
qu'un acte d'humilité.
. -Vérité surprenante , mais abso-î
lument; conforme à la manière dont
le suprême Légiílateur, vécut sur la
ferre. Qn ne le vit manier ni la spherç
( 5 )
ni le compas ; & n'ayant jamais écrit
que quelques mots fur la poussière ,
il nous apprit que tout ce que les
hommes écrivent n'a gueres plus de
solidité.
Cela déroute étrangement un Aca-
démicien accoutumé à n'estimer qu'un
problême, ou qu'une piece d'élo-;
quence; mais les opinions ne changent
pas la vérité; & d'ailleurs, malgré
toutes les belles phrases & les ingé-;
nieux sistèmes , les voies de Dieu né
seront jamais celles de l'homme, &
le simple Chrétien qui se répand dans
son immensité pour y découvrir une
vie future , sera toujours mille fois
plus sublime que le faux Sage qui
s'amalgamant avec la matière, se dé-
clare emphatiquement le collègue du
quadrupède 6c du reptile.
Benoît-Joseph LABRE , d'après lé
procès juridique ordonné par M. l'E-
vêque de Boulogne en France, selon
les intentions de Sa Sainteté, ôc que
A iij
t 6)
j'ai actuellement sous les yeux , na-
quit le 26 Mars 1748, dans la Pa-
roisse de Saint Sulpice d'Amettes dudit
Diocèse.
Ses père & mère Jean - Baptiste
LABRE, & Anne-Barbe GRAND-CIRE
actuellement vivans , déposent, avec
plusieurs autres témoins , dans l'acte
mentionné ci-dessus, en date du 5
Juin de la- présente année 1783, que
Benoît-Joseph LABRE, l'aîné de quinze
enfans dont il en reste encore neuf,
passa chez eux les douze premières
années de fa vie; que prévenu dès
son enfance par une grâce toute par-
ticulière, il faifoit des actes de piété
proportionnés à son âge , que crois-
sant chaque jour en sagesse devant
Dieu, & devant les hommes, de
manière à devenir le modelé de ses
frères , il se retiroit souvent à l'écart
pour répéter les chants de l'Eglise,
pour s'essayer à servir la messe, exer-
cice dont il se fit par, la suite un de*
( 7 )
voir assidu; que ne se permettant ja-/
mais rien qui ne fut marqué au coin
de la piété, il n'assistoit qu'à regret
aux divertissemens de son âge, qu'il
les abandonna même , fitôt qu'il fut
lire, afin de vaquer à des lectures
édifiantes , &profiter des entretiens
des personnes sensées qu'il préféroit
à la société de ses condisciples ;. que
toujours d'une humeur égale & d'un
esprit serein , il supportait tout avec
résignation , quelque chose qu'on pût
lui dire ; qu'auffi réglé dans son inté-
rieur que pieux à I'Êglise , il n'apprît
les élémens de la Religion avec la
plus vive ardeur, que pour y con-
former ses moeurs ; qu'enfin cet enfant.
tout aimable fut extrêmement cher à
ses parens ? par la manière dont il leur
obéit, & dont il les édifia.
A ce témoignagne, d'autant moins
suspect que les père & mère de
LABRE vivent de leur bien, jouissent
dans leur pays de la meilleure repu-
A'iv
iation, se. trouve joint le certificat du
fieur d'Ha'notet de Cangi, Curé de
Boyeval qui dépose que Benoît-Joseph
LABRE ayant été son Ecolier depuis
l'âge de cinq ans jufqu'à sept & dé-
mi, s'acquittoit déjà de ses petits
devoirs (Tune manière exemplaire ,:
qu'il étoit doué de toutes les bonnes
qualités , & qu'à raison des grandes
espérances qu'il concevóit de lui, il
n'a cessé, depuis l'espaçe de vingt-huit
ans, de s'en informer. N
François - Joseph Forgeois, Do-
mestique dudit sieur Hanoíet, dé-
clare qu'ayant montré à lire & écrira
au jeune Benoît pendant deux ans &
demi, il le ravissoit par fa piété ,
par fa douceur , par son empresse-
ment à apprendre, surtout les é émens
de la Religion.
L'attestation du sieur Barthelêmi-
François de Brue , Maître d'Ecole à
Nédon,ne relevé pas moins ses ver-
tus, II déclare, étant interrogé júridi-
(9)
quement sur les circonstances de la
jeunesse de Benoît LABRE, que tout
le tems qu'il fréquenta son école pour,
apprendre l'arithmétique, il s'y dis-
tingua par sa docilité , sa douceur ,"
sa piété, son zèle à profiter des le-
çons & des avis de son maître , de
sorte qu'il ne dit &í ne fit jamais riea
qui pût le contrister.
Lorsqu'il eut atteint l'âge de douze
ans, il passa chez le Curé d'Erain son
oncle paternel, à dessein d'apprendre
le latin. On ne pouvoit mieux l'adres-
ser, C'étoit un digne Pasteur, tout
entier aux devoirs de son état, & qui
n'enracina pas moins la Religion dans
le coeur de son neveu par ses exem-
ples , que par ses instructions.
11 y demeura six ans & demi ,
c'est-à-dire jusqu'à la mort de ee bon
Curé, qui ravi de voir le jeune Be-
noît aussi plein d'ardeur pour la scien-
ce du salut, ne cessoit de l'admirer.
Les Sermons du P. le Jeune de
A y
( 10 )
l'Oratoire, vulgairement nommé le-
P. Aveugle , parce que ce Mission-"
naire vraiment Apostolique perdit la
vue dès l'âge de trente-cinq ans, 8c
ne discontinua pas de prêcher, de-'
,vinrent la lecture chérie du pieux
LABRE. II distingua cét Ouvrage ,
pommelé livre le plus capable de
remplir l'ame , & de briser le coeur.
Si le style avoit moins vieilli, le P.
le Jeune feroit au premier rang pour
son éloquence , comme il le fut pour
fa sainteté. L'on sait que singulière-
ment honoré du Cardinal Bichi qui
le servit à table pendant une mission;
que sans cesse consulté par M. de la
Fayette, Evêque de Limoges , il
mourut' dans cette ville , tellement
respécté, qu'on se rendit en foule sur
son tombeau.
L'Abbé l'Avocat, dans ion Dic-
tionnaire , en parle comme d'un de
tes hommes Apojloliques & extraordi-
naires qui la Providence suscitepour te
salut des Fidelles ; & après avoir, dit
qu'on venoit quelquefois de cent
lieues à dessein de se mettre fous fa
direction, il ajoute que ses Sermons
font capables de convertir les hom-
mes les plus endurcis, & que les per-
sonnes qui ont du talent pour la
Chaire , & qui n'ont pas la fausse dé-
licatesse de se rebuter de quelques
comparaisons trop populaires, & de
quelques termes inusités, y trouve-
ront un riche fonds de pensées, de
sentimens ,. & d'instructions. Le cé-
lèbre Massillon s'en servit avec le plus
grand succès.
D'après cela, l'on ne sera pas sur-
pris que dans de semblables Ou-
vrages qui opèrent fur le coeur de
tous ceux qui les lisent , LABRE y
ait puisé ( comme le dit son oncle
le sieur Vincent, Curé d'Epesse ) l'a-
mour de la pénitence, & le goût des
v;érités éternelles. Aussi craignit-il
vivement, à la mort du Curé d'É-
A vj
rain, qu'en vendant sa bibliothèque
on ne vendît cet Ouvrage précieux
qui contient dix volumes, & qui fai-
soit ses délices.
Tout le'sems qu'il passa chez ce
vénérable Pasteur, le rendit plus fer-
vent que jamais. U avoit tant d'hor-
reur pour les plus petits larcins , qu'il
eût mieux aimé mourir d'inanition,
que de détacher un fruit du jardin ,
quoiqu'il y en eût de bien capables
de le tenter. On se souvient que dès
l'âge de quatre ans, il se désoloit d'a-
voir pris un hanneton , parce qu'on
lui faisoit croire que c'étoit un vol.
Convenez, MONSIEUR, que ce trait
seroit trouvé merveillexix dans les
Confesiions de Jean-Jacques Rouffeau,
que vous nommez avec beaucoup de
îusteffe des platitudes relevées en brode-
rie , & qu'il paroîtra. puérile à bien
des Lecteurs, parce qu'il se trouve
dans la'Vie d'un Saint. Voilà comme
on juge au milieu d'un monde où l'on
(13)
est entraîné par la mode , & par
l'enthousiasme pour tout ce qui tient
à l'irréligion.
Quand le Curé d'Erain se vit au
lit de la mort, le jeune Labre eut soin
d'attacher à son rideau lés Pfeaumes
de la Pénitence, afin qu'il s'en péné-
trât avant de mourir, comme avoit
fait Saint Augustin.
Paul Viroux, ancien Domestique
dudit Curé, proteste dans lé procès
verbal, que le jeune LABRE se tenoit
presque toujours dans un cabinet pour
lire, & pour prier, qu'il pratiquoit
dès-lors avec beaucoup de rigueur
tous les jeûnes prescrits par l'Eglise ,
qu'il fréquentoit tous les mois les
Sacremens, qu'il suivoit exactement
l'exemple de son digne oncle, visitant
comme lui très-souvent les pauvres 9
les assistant par tous les moyens pos-
sibles, jusqu'à aller cherdier dans la
campagne, lorsqu'ils étoient malades.,
4es herbes propres à nourrir leurs
(14)
bestiaux. Ce qu'il fit surtout avec beau-
coup de zèle , pendant une maladie
épidémique qui désola le .pays.
On lit dans la déposition de M.
Vincent, Curé d'Epesse , autre oncle
de Benoît Labre ,& digne d'être cru
plus que personne, à raison de ses
éminentes vertus , que son neveu qui
vint demeurer- chez lui, se rendit
recommandable par la plus grande
douceur , surtout à l'égard d'un Etu-
diant qui prenoit à tâche de le moles-
ter , qu'il ne. s'en plaignit jamais, &
qu'il aima mieux , pendant Fhy ver $
souffrir notablement du froid, que
de s?exposer à: lui répondre ; qu'il se
faisoit alors un plaisir de s'exercer aux
cérémonies de TEgiise, & qu'il sui-
vit des Lazaristes remplis de Pesprit
de Dieu, qui vinrent prêcher une
mission, de manière à ne pouvoir
s'en séparer.
II ajoute qu'il avoit un jugement
solide i une mémoire heureuse parfai-

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