Lettre de M. Linguet au Comité patriotique de Bruxelles. - A S. M. l'Empereur et Roi. A Bruxelles, de la Bastille, le 2 novembre 1789

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Impr. patriotique ((S. l.,)). 1789. In-8° , 24 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1789
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DE
A U COMITÉ
PATRIOTIQUE
DE BRUXELLE S,
DE L'IMPRIMERIE PATRIOTIQUE
1 789.
AU COMITE
DE BRUX.EL LES.
Ce 13 Décembre , (lendemain d'un pur
qui sera mémorable à jamais dans vos
Faftes. j
MES SIEURS,
U and je n aurois pour vous adresser une
expédition de la piece ci jointe, G1 pour
la communiquer au Public, d'autre mo-
tisque le defir de rendre en vos Personnes,
un hommage à la liberté naissante 3 & au.
Peuple Généreux qui l'a fi miraculeufe-
ment . reconquise , personne assurément ■&£
pourroit m'en blâmer. Les réclamations
contre la tyrannie ne peuvent trop tôt êtr&
portées devantses deflruBeurs,
Vous ne me direz pas ce que m'a répon-
du encore le 4 de ce mois, le Chef de ladmi
niftration oppressive dont DIEU , & votre
Epée ont enfin débarraffé ces Provinces ;
A 2
(4)
que ces petits détails font au dessous
de vous, qu'il y a eu cinq cens citoyens
enlevés dans le même teins , traités com-
me moi, qui ont peut-être souffert plus,
que moi, & QUI NE CRIENT PAS SI HAUT.
Vous ne croirez pas que la multiplicité
de ces crimes en soit la justification.
Sans doute avec le tems se déploieront
les voix de toutes ces victimes de la plus
monftrueuse aristocratie qui ait jamais
existé ; (i) sans doute avec le tems on
(i) Ces expressions ne paroitront. pas trop for-
tes quand les détails de l'administration des Pays'
Bas Autrichiens, fur-tout depuis quelques année s ,
feront bien connus, & ils ne tarderont probable-
ment pas à l'être. On ne tardera pas fans doute 'à
révéler au public les procédés de ce que l'on ap-
pelloit ici le Conseil Royal; c'est-à-dire l'associa-
tion de six, ou sept misérables intriguans, fans
talens, fans moeurs, fans naissance, fans fortune
(LÉGITIME), qui avoient trouvé moyen d'ac-
caparer la confiance du Prince , commé tant d'au-
tres choses , de se fabriquer à eux-mêmes les
titres d'un pouvoir illimité jusqu'à l'extravagance,
(témoin F Edit des Intendant, ou Capitaines des
Cercles) & qui n'ont cessé d'en user pour bra-
ver, pour tromper, pour désespéier les peuples,
en compromettant en tout sens le nom, la digni-
té, les, droits réels du Prince, à quoi ils n'ont que
trop bien réuni.
( 5 )
demandera , on séra justice de ces for-
faits réalisés . accumulés fous prétexte
a.une conspiration imaginaire , avec une
impudence , une cruauté,, & une -légè-
reté tout-à-la-fois dont Thistoire n offre
point d'exemple.
Les atrocités mêmes que la vôtre re-
proche avec trop de raison au Duc d'Albe,
à ses complices, font d'un aùtre gen-
re : elles étoient affreuses : mais elles
nannonçoient pas le inéme mépris des
hommes , des loix; ce n est qu'en ap-
parence qu'elles ont été plus sanglantes.
Si leurs successeurs , nos contemporains ,
n'ont pas donné autant -d'occupation aux
bourreaux, c'est le tems'qui leur à man-
qué plutôt que la volonté; d'ailleurs ils
11 ont que trop prouvé leurs dispositions
pour les assassinats.
Un lâche gazettier, longtems vil organe
da gouvernementheureux ; qui iemô'is
dernier en infultoit encore avec indignité,
en calomniait les victimes, ÇiJ & qui
(1) Le Journal Général de l'Europe, plus connu
dans ces Provinces fous le nom de Feuille d'HER-
VE, un des.plus insolens, .un des plusinfidelles ré»
pertoires hebdomadaires de l'Europe , un de ceux
qui exigent le moins de talens. Tous ses articles de
A 3
(6)
voudroit aujourd'hui fe gliffer fous les
France ne sont que la copie littérale d'un bulletin,
de Paris : aussi font-ils bien faits , & ce font les
feuls qui ayent Le mérite du style avec celui de
l'exactitude.
Tous ceux où il est question des affaires des
Pays-Bas , des détentions de Bruxelles, dans
ces derniers tems,& de çe qui y avoit rapport,
font un tissu de faussetés quant aux affaires en
général, d'outrages envers les particuliers inté-
Tessés, & de calomnies, dont plusieurs réfléchies ,
hasardées de sang - froid : de ce genre est celle
qu'il s'est permise contre moi, en observant
» que M. Linguet étoit d'autant r plus coupable
» qu'il avoií toujours été bien traité du Gouver-
» nement, & PENSIONNÉ de l'Empereur, &c. »
Je n'ai jamais été ni pensionné, ni coupable, le
Gazettier ne pouvoit être de bonne foi dans Terreur
íuxhpension, puisque dans les N° 97, & 102. des
annales , que je lui envoyois alors en échange de
fa feuille, j'ai consigné la dénégation formelle de
ce fait, & de toute espèce de relation pécuniai-
re, entre le Souverain, ou son Gouvernement, &
moi.
Et quant au prétendu crime, un conteur de
nouvelles qui fur l'enlévement violent d'un ci-
toyen, se permet de le présumer crimmel, de pré-
senter au public des réflexions propres à agraver
des préjugés défavorables, & à flétrir d'avance
l'infortuné dont on étouffe,la justification, est lui-
même le plus criminel, & le plus méprisable des
hommes.
II a également insulté Mad. la Duchesse d'Urfel
& les autres citoyens auffi injustement compro-
drapeaux de la liberté triomphante, vie ne .
par un retour, involontaire à ses anciens
engagemens, de hasarder ïéloge dé la dou-
ceur de l'administrationfugitive : » Dans
» une lutte de trois années, dit-il, en-,
« tre l'Autorité la Nation, la main
« du bourreau n'a été levée sur perfon-
» ne » (1) Mais , misérable adu-
lateur, c'est quelle étoit levée sur tout
le monde ; cesl quelle n a pas eu le tems
défi baiffer; âefique les soldats en ònt
fait l'office.
A dater feulement de Janvier 17,8S..»
qu'on fonge que le 11 de ce mois, jour ,
à jamais, & bien tristement mémorables'
le, Ministre exigeant une prévarication J
d'un corps de Magistrats investis fur leurs ■
sièges par une troupe menaçante 3 leur
écrivoit qu'il ne leur donnoit que deux:
heures, après quoi il employeroit contre'
eux les canons & les bAyonnetes; que
dans. le méme. moment on les employait
en effet fur la Grand'Plaee, contre un
peuple, également désarmé ; qu on y -af
mis par cette abominable, inquisition. S'il échappé
aux plaintes juridiques, aux trop équitables pourr
suites que motiveroient ses libelles périodiques, il
ne le devra fans doute qu'au mépris qu'il inspire.
(1) N ° . 148 , pag. 271;
(8)
faffinoit- de sang froid , à coups de fufit
vingt citoyens dont tout le Crime étoit d'a-
voir regardé marcher des soldais ; & que
pendant ces menaces, & ces exécutions,
les chefs du civil du militaire étoient
occupés à répéter les ..pas d'un ballet qui
a eu lieu chez le premier, le lendemain*
Qu'on fonge que ces massacrés toujours
opérés fur- une foule fans armes, ont suc-
ceffivement parcouru de mois ep. mois,
la méme année 3 Anvers, Malines^Cou-
vain
Qu'on fonge aux boulets rouges de Gand
aux rôtisseries,-,, aux autres -exécrations
commises dans cette ville lè mois., demie ri
aux préparatifs multipliés depuisrfix fe-
maines fous nos yeux , fans mifière fur
leur destination., pour incendier' Bruxel-
les ; à: la. promesse notoirement .faite au
soldat dupillage de cette Capitalepro-
meffe qui n'a été ni defavouée,ni re-
tractée ■ promeffe a laquelle le Gouver-
nement a toujours fi bien tenu qu'il n'a
fait aucun exemple, aucune recherche-
même, des vols militairement effectués
à Gand , quoique les scélérats ènrégunen-..
tés qui s'y ètoient gorgés \de, butin l'ayent
ouvertement Rapporté ici & qu'ils ayent
joui ouvertement, publiquement, de l'aveu,
de leurs chefs, de-cesirichesses passage-
c 9 >
rës & sanglantes, avec unscandalebien
digne de leur origine.
Qu'on fonge aux menaces consignées,,
dans des placards IMPRIMÉS , de détruire
à Bruxelles à coups de- canon, toutes les
maisons d'où, on laifferoit-tomber des
pierres, ou QUELQUE CHOSE DE- SEMBLA-
BLE , & de mettre le feu- à tous les vil-
lages ou un seul particulier se permet-
trait l"ombre 'd'une résistance aux sli-
pendiaires en uniforme qui viendroient-
les ravager.
Qu'on fonge au procès, commencé
inftruit, contre-le martir fortuné de là li-
berté, contre le restaurateur de la Na-
tion, à l'effort tenté encore au nom de
l'Autorité civile en Juillet dernier pour
flétrir ce nom de Vandernoot que la;
gloire (y la reconnoiffance consacrent déja.
à l''immortalité
Qu'on fonge à cette multitude de cï-
toyens plongés aux termes d'un EDIT »
fans forme nï figure de procès, en Oílo -
bre dernier dans les cachots ; soumis dans
presque toute la.durée de Novembre à
une jointe militaire, à un CONSEIL DE
(I) Du 19 Octobre 1789.

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