Lettre de madame de *** à Madame la marquise de ** sur la formation des estres & la combinaison infinie des principes

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[s.n.] (La Haye). 1748. 18 p. ; in-4.
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Publié le : lundi 1 janvier 1748
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LETTRE
DEMADAM D-
A MADAME
LA MARQUISE DE"
Sur la formation des Eftres & la Combinaifon
infinie des Principes,
A LA HA r IL
M, DCC. XL VIII.
A
L E T T R E
oj¡o"":.:'.,
PE M A DAM E DE ***
A MADAME LA MARQUIS© DE***
Sur la formation des Eflres 0* la combinaifon infinie
- - des Principes. - ,.
J
E viens de -voir, Madame, dans l'Hiftoire générale des
Voyages de l'Abbé Prevôt * un jeu de la nature qui mé-
rite l'attention des Phyficiens. Voici le précis de ce
qu'il rapports. lante feîzjriti' ve , li cn
,
elle forme un on jeune 3
la dureté dune pierre femblable au fi
fort de terre on la elle ne l'en
qu'avec effort j enfin fa racine eft un ver qui diminue à mefure que
la tige croît.
s La caufe de cette triple conformation ne peut être éclaircie
que par le fecours d'Hermès, ainfi , Madame ; je l'invoque &
s 4*3 - *
.* Page i £ 2. tora. 3.
¿
le prie de m'infpirer pour que je puifTe vous expliquer ce plus–
iioméne.
Tous les mixtes procèdent de cinq principes, trois achifs Sc
deux paflifs fufceptibles de prendre routes fortes de formes fe-
Ion le lieu, où ils font dépotés, & où le développement s'en fait
par l'efprit univerfel qui anime tous les Etres.
Lorfque le Créateur a débrouillé le cahos,. & qu'il a entre-
pris l'ouvrage des fix jours, il a caradtérifé ces principes & atïigné'
à chaque forme la vertu perpetuelle de régénération.
Or la matiere ne peut par elle-même operer, ni fe mouvoir ;'.
il fuit que dans l'ordre de la création, elle a reçu la faculté d'ê-
tre mue par l'efprit univerfel ce feu cette ame du monde qufc
naçeoit fur les eaux, -'
L'on ne peut nier que le premier de chaque efpece a été tracé
par l'Eternel qui a aufIi difpofé les organes de chaque individu-
pour fa reproduction : au moyen dequoi ces organes ayant tou--
res les meures & les dimenfions nécefTaires pour préparer les-*
princi pes en quantités & qualités convenables dans l'agent ré-
générateur,. celui-ci: ne fait que le dépofer dans l'Uterus de fou
genre créé uniquement"pour- couver. & faire éclore l'embrion :
ainfi l'un & l'autre de ces agens ne font que des inftrumens aveu-
gles qui n'ont d'autre part à l'ouvrage, que de fuivre le mou-
vement déterminé par l'ouvrier fuprême ; ce fontfes, paroles in-
variables^ croiffiz.. & multiplie\chacun felon votre efpece ) & l'éter-
nelle difpofition des principes & du feu' 3 qui operent feules^,
telle, ou telle conformation: Donc que le mâle & la femelle,
ne concourent à 1 edifice de leurs femblables que comme um
moule artiflement formé pour rendre la matiere qu'on y jette
entièrement femblable au modele imaginé “& à la qualité U
quantité choifies &, fixées par l'Artifte..
Tout ce 1,1 eji en haut, félonfermes efi femblable à ce qulcfl
en bas. il y a une correfpondance mutuelle perpétuelle & refi
jgedive entre, tous les corps contenus dans la (Ehere du monde
3
A ij
ils fe communiquent leurs émanations : l'air en efl: leréceptable*
le communicateur commun & le feu, l'agent général.
Les Philofophes qualifient l'homme de Michrofcome par le
rapport qu'il a avec l'univers, qu'ils appellent Machrofcome :
En effet dans l'un comme dans l'autre, toutes les parties qui en
idépendent ont des relations réglées, intimes de continuej ; fans
*juoi ils ne pourroient fubfifter.
L'Abdomen eft comparée au globe terreftre 9 c'eft-là où
s'opere la putréfaction & la régénération ; c'eft-là où eft la four-
ce nutritive, la chaleur centrale , qui fe répand dans toute la
circonférence de l'individu par un nombre infini de conduits
Se de fibres jufqu'a la fuperficie , d'où le fuperflu s'éleve en in-
fenfible tranfpiration qui forme notre atmofphere.
Le Torax eft aflimilé aux régions des Planetes ; le cœur efl: au
centre du Michrofcome , comme le Soleil eft à celui du Mon-
de : C'eft du cœur toujours en mouvement que part le feu Ethe-
ré , qui donne la vie & l'activité ; il reçoit ce feu de l'air, par
l'interpofition des poulmons où il entre par la Trachée-artere.
La tête eft la troifiéme divifion de l'homme , c'eft le fiege
de l'ame où fe dirigent la reflexion, la penfée, la mémoire, le
jugement, & Faction : Elle contient des parties connues, ôc d'au-
tres impénétrables à la fagacité des plus profonds Anatomiftes
Les Philofophes confiderent ces dernieres parties comme le Ciei
,empiré , où l'on découvre le Firmament fans y rien compren-
dre. L'on adore ce qui eft au-delà , fans pouvoir s'en faire un
image ; nous le connoiffons néanhioins par Centinlent inné, par
révelation, par fes œuvres, qui furpaffent toute conception
humaine, & par fes graces dont toutes les cjréatjjres font perpé-
tuellement comb lées.
Si l'on examine par l'analife la conftitution des trois régnés,
Animal , uegetaC, & Minerai l'on trouve qu'ils contiennent
uniformément du fel y du foufhre , du Mercure de la terre 8c
de ¿',au i & que la différente cpmbinailon de leur mélange , de
4
leur proportion & de leur cuiffoïi , produit les différentes céti'-*
leurs, faveurs, folidités & molefles , en un mot la vardeté de
leur contexture & de leur venu ; L'on trouve encore par l ana-
life que l'eau contient le feu, l'air ôc la terre. La terre, le feti
l'eau ôc l'air ; Le feu, l'air, la terre & l'eau ; L'air le feu> l'eau
ôc la terre.
Toutes génerations s'opèrent par la putrefaâion , la putre-
fanion change la forme & produit un cahos; Alors par une-
fuite des Loix impôfées au premier jour par le Verbe y la lu-
miere fe fepare des ténèbres ; chaque principe divife dans la-
contexture des individus, fe réunit : Le (el incorruptible ren-
ferme dans fa ficcité le feu de nature fous la lorme de foulphre y
ôc l'air fous celle de Mercure: Il
Le furplus neft qu- e terre & eau mêlées d'impureté que le"
feu abforbe , ce qui refte & que les Artifies appellent foëces
eft refervé a quelques autres productions.
Tel eft le refultat de la putréfaction de tous les mixtes, c'êft
égalemerit le dernier terme de leur exiftence> ôc le premier de-
eue de leur conformation.- j
Les principes actifs ont pour origine les influences céleltes
qui pénètrent l'a terrd ou elles acquièrent la qualité éleiiieritai-
re ; & c\ {f par cette raifon que confondues &: incorporées dans
tous les mixtes , il y a entr'eux une correfpohdance incime.
La Ph y fi que Scholaftiqùe nie les influences, parce qu'elle^
ignore la nature de leur aiman ; elle nie pareillement le rap-
port des Planettes avec les métaux dont elle ne connoît pas la
com pofitioiï ; elle voit fans en comprendre la caufe que l'ai-
man attire le rer) elle le croit fans porter fes'idées ôc fes recher-
ches plus loin : elle affirme même n'eeft pas poflible de trou-
ver les aimans des autres métaux ôc des minéraux. La raifon de
cela eft qu'elle s'en rapporte à l'écorce, ôc qu'elle foumet tout"
au calcul plutôt què de s'appliquer à confulter la nature rar-r
l'analyfe.
"s v
Si l'Ecole opere fur les Mé-taux, elle les déchire par des cor-
*ofifs qui en rendent l'effet inutile, ou dangereux.
Elle nie qu'il y ait une matiere & un diflblvant univerfek
Newton, dont le fyftême efi la folie çpidémique du fiecle y.
a parlé d'attraction chimique fans la comprendre.
Il prétend , ainfi que fes fe&ateurs, qu'il y a deux fortes d'at-
fractions. *
Unne qui fuit le rapport du quarré 3 de la- difiance inv-erfe.
L'autre augmente , comme le febe de la difiance diminuée.
Voila un éblouifiant galimatias pour un Syftématiquc fi van-
té , qualifie d:e Philojophe j d'homme divin. Qu'il foit parfait Geo-
metre , grand Aftronôme, j'y confens ; mais pour Philofophe,
je le nie : il n'a jamais, non plus que Defcartesconnu la na-
-
, Les Philofophes connoiffent & prouvent l'atiraction produite
parla MagHefoe & la manere de même genre ; c'cA une fuite de
u ,b
a rcndarlce nacureUe qu'ont les mcmes principes a s'unir.
Newton prétend une attraction univerf-eile la
attire indiftin&ement vers fon centre, tout ce quieftfur fa fur-
face,, félon les rapports du quarré &- du Cube ci-deflus expliques,
Les Philofophes afifrment au contraire que la terre &: tous*,
les corps folides d? l'univers nagent dans l'air qui les foutient cn4
ïaifon de fon étendue y & du poids de leurs mafTes- refpe&ives.-'
Ainfi la. terre y par exemple f etr puiffame-nt preflee de toute part*
Il efl: prouvé par plufieurs experiences ++ que cette preffion di-
ïe6te d'un poids relatif à la mafle & a l'étendue, influe fur uii
folide de fix pieds, de près de quarante milliers : ainfi un hom-
me couché ou de bout, occupant fur la furface du Globe en..-
viron fix pieJs cubes, les quarante miliiers qui pefent- fur lui r
ou qui le preflent de toutes parts l'écraferoient fi ce poids d'air
n'était contre-balancé par la portion élauique de cet air qui
* Mei-cure ds-Frahce, Janyier 17i8.P - -
** Borelli Nevventi &c. 1 v
6
refide en lui : Les pierres du foie d'une tour fort élevée feroient
pulvérifées par le poids immenfe de celles qu'elles foutiennent
fans un femblable empêchement.
Si la terre attiroit vers fon centre tous les corps indifferament,
il s'enfuivroit que les principes qu'elle contient dans fon fein
ne pourroient s'élever à la fuperficie ; que tous les Végétaux qui
la décorent, qui s'alimentent de ce qu'elle tranfpire , &; s'é-
lèvent jufqu'à l'extrémité des branches des Végétaux, ne pour-
roient porter la vie &: la fécondité aux plantes, elles ne tranfpi-
reroient pas ; & chaque corps céleftes ayant une femblable at-
tradtion centrale, ne pourroient repandre comme ils font dans
l'air, leurs émanations; ils feroient privez d'une correfpondan-
ce mutuelle ; ce qui cil entièrement contraire à la constitution ,
d'un tout dont toutes les parties doivent néceffairement être con-
rinues& communicatives, demême que dans les êtres particuliers
qui en font l'image ; dans l'animal , ce font des matieres folides,
le fang, la lymphe , &c. qui en font la liaifon ; le feu de nature ,
donne le mouvement ,&: opère la circulation, la nutrition, 8;'
enfin l'infenfible tranfpiration par impulfion.
De ces obfervatipns il fuit, 19,. Qu'il y a attraaion des prin-
cipes de même genre. 2. o. JnlpuIGon réciproque de tous les corps.
3°. Qu'il n'y a point de vuide , & que les efpaces font remplies
d'air ou d'autres fluides qui permettent le libre paffao-e aux
émanations, aux matieres fpbtiles & à toutes les vercus féparées
du cahos.
L'école voit tous les jours avec indifférence ces vérités briller
à fes yeux , elle découvre par les experiences de l'Abbé Nolet
1êAttraction & la répulfion, ôc que la matiere qui s'échape du globs
de Téledricité par des lignes divergentes, eil: auffi-tôt remplacée
par des lignes convergentes, & que cette matiere fe communi-
que aux perfonnes éleârifées par impulfion , & non par attrac-
tion, ce qui prouve en même tems qu'il n'y a pas de vuide, *
f Voyez le Mercure fur l'EIe&ncité ; gerçure de Juillet 1717.

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