Lettre explicative d'un électeur de Paris à quelques électeurs de département , sur les réunions, les séances, les discours et les votes des membres de la chambre des députés. (30 avril)

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librairie centrale (Paris). 1829. France -- 1824-1830 (Charles X). [23] p. ; in-8.
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Publié le : jeudi 1 janvier 1829
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LETTRE
EXPLICATIVE
D'UN ELECTEUR DE PARIS
A QUELQUES
ELECTEURS DE DÉPARTEMENT.
Rue du Paris, n. 8.
LETTRE
EXPLICATIVE
D'UN ÉLECTEUR DE PARIS
A QUELQUES
ÉLECTEURS DE DÉPARTEMENT,
SUR
LES RÉUNIONS, LES SÉANCES, LES DISCOURS ET LES VOTES
DES MEMBRES
DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.
Si la France le savait!
PARTS.
A Là LIBRAIRIE CENTRALE,
PALAIS-ROYAL, GALERIE NEUVE D'ORLÉANS , N°s 1,190, 191, 49.
1829.
LETTRE
EXPLICATIVE
D'UN ÉLECTEUR DE PARIS
ÉLECTEURS DE DÉPARTEMENT.
Paris, la 30 avril 1820.
LA presse périodique n'est pas si bien affranchie, dites-vous,
Messieurs, qu'elle puisse, même dans le cercle modestement
agrandi par la loi du mois de juillet 1828, imprimer tout ce que
celte loi,a ordonne pas de taire.
Les journaux les plus hardis ont des scrupules que vous ne pou-
vez concevoir : fréquemment leur manière de s'exprimer sur le
pouvoir, sur les personnes et sur les choses , est tellement ambi-
guë , vague et détournée , qu'en vain vous cherchez à qui ou de
qui ils parlent, et de quoi il s'agit: tout échappe ou plutôt rien
n'arrive à votre intelligence; leurs phrases mystérieuses sont pour
vous des énigmes sous mot, des espèces d'hiéroglyphes dont les
Champollion de département ne donnent que laborieusement une
explication peu satisfaisante.
A la distance où vous êtes de la capitale, les expressions même
les plus claires présentent des obscurités. Par exemple, le Cons-
titutionnel et la Quotidienne se plaignent, en des termes peu dif-
férens et avec une amertume presque égale, la Feuille dévote des
tiédeurs et des négligences des députés royalistes, et le journal
patriote de la paresse et de l'incurie d'une partie des membres qui
siégent à la gauche du président : vous vous demande» comment
des hommes, matineux et sobres en province , à Paris déjeunent
si tard et dînent sitôt, qu'entre deux repos il leur reste à peine
quelques momens pour vaquer aux fonctions législatives; que
jamais ils n'arrivent d'assez bonne heure pour obtenir la parole
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sur les questions où ils s'étaient tant vantes de se montrer diserts.
Vous ne connaissez des réunions Grange-Battelière, cour Man-
dar, rue de Rivoli, Agier, Raves, etc., que les noms, Mais si ces
noms disent assez à nous, gens de la capitale , ils apprennent peu
de choses aux. habitans de Rouen, de Bordeaux, de Lyon, de
Toulouse, de Marseille, de Strasbourg; et pour le reste de la
France, Rivoli, Agier, sont tout aussi mystérieux que le fameux
Abracadabra,
Les questions qui se rattachent à la loi départementale et à la
loi communale sont aussi, pour vous, d'indéchiffrables logogriphes,
depuis celle relative aux Icares chargés par M. Martignac de mul-
tiplier et de mêler les détours du labyrinthe de l'administration,
jusqu'à celles qui touchent à un débat de priorité qu'il était si
facile de prévenir. Vous en êtes encore à savoir, l'accusation de
l'ancien ministère ne devant pas être soutenue cette année, pour-
quoi elle a été reproduite dès les premiers jours de la session.
Vous demandez à tout venant : Qu'est-ce que l'échancrure du
centre gauche? Qui a causé la levée de boucliers de l'extrême
droite? A quelle occasion M. Benjamin Constant s'est cru obligé
de défendre le libre arbitre parlementaire et d'envoyer à la
chambre le bulletin de sa santé? A quoi ont abouti les coquette-
ries des hommes de la gauche pour les hommes de la droite dans
la composition du bureau? Quels signes décèlent la scission du
ministère en deux lobes égaux ? etc., etc. Voilà, Messieurs, bien
des questions ; n'exigez pas, à l'égard de toutes, satisfaction com-
plette. Je suis sur le théâtre, je vis avec les acteurs, mais je n'en-
tends pas tout ce qui se dit, je ne vois pas tout ce qui se passe
derrière le rideau sur la scène et dans les coulisses, et puis tout
ce que je sais, je ne peux pas l'écrire , même à vous. Il est des
questions auxquelles les moins empêchés ne répondent que par
gestes, par des hochemens de tête et des haussemens d'épaules.
Dans de certaines circonstances et sur certains faits, nous au-
tres Parisiens nous ressemblons à ces courtisans de Catherine II,
qui parfaitement instruits du coup d'apoplexie dont elle venait
d'être frappée, s'observaient en silence, ou s'interrogeaient, se
répondaient avec mystère , s'approchaient pied à pied, toujours
de front, et qui, arrivés ensemble au point délicat, s'arrêtaient,
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se regardaient, sans oser prononcer ces terribles mots : l'impéra-
trice est morte. Prenez donc mes lettres pour ce que je vous les
donne, sans m'imposerl'obligation de me conformer à l'ordre
des temps et à l'analogie des matières. Ce que je me propose n'est
pas de prouver, c'est d'expliquer.
RÉUNIONS.
Il y aurait à le nier de l'ingratitude ; les leçons mises en pra-
tique par l'actuelle majorité de la chambre, elle les a reçues des
majorités précédentes. Electeurs, élus, tous ont été ou sont singes
des hommes de la droite. Les réunions aux hôtels de préfecture
de messieurs les électeurs bien pensant ont servi de modèle aux
réunions des électeurs constitutionnels dans les salons de la ban-
que et du commerce; celles-ci ne sont venues qu'après celles-là.
Les comités directeurs n'ont été que des comités imitateurs; l'at-
taque a devancé la défense, comme l'épée a précédé le bouclier
Je ne sais si ce M. Piet, d'appétissante mémoire , qui a fondé
son immortalité sur sa cuisine, est le premier auteur des réu-
nions préparatoires; je crois bien que rassemblée des Feuillans, que
celle des Clichiens avaient le même but et le même principe que
la réunion Piet ; mais sans remonter au-delà des deux restaura-
tions , tout porte à croire que, si les gentilhommes ne s'en
étaient pas avisés, les hommes dits du tiers n'y auraient jamais
songé; c'est parce que l'on s'est réuni rue Thérèse, qu'on se
rassemble maintenant rue de Rivoli.
Aussi bien dans la chambre héréditaire que dans la chambre
élective, le besoin mutuel de s'entendre, de se concerter, a
rapproché et groupé les hommes des mêmes opinions. Chacune
de ces réunions a pris le nom de la rue où elle a fait élection de
domicile, ou de l'hôte qui l'a reçue.
( 8 )
RÉUNION USEZ.
Ainsi le duc d'Usés qui, moins par les étincelles de son esprit
que par les flamèches de son opinion, peut être considère' comme
le Labourdonnaye de la chambre héréditaire, a donné le nom
de réunion Usez à la société de nobles pairs qui se rassemblait
chez lui : cette réunion n'existe plus. Au moment où M. de Vil-
lèle fit. ouvrir à ses soixante-seize élus les portes du paradis de
la pairie, celles du purgatoire de M, d'Usez furent fermées. Pour
y être admis il ne suffisait pas d'avoir d'aussi bonnes opinions
que celles du duc, il fallait être aussi bon gentilhomme que lui,
et le moyen? À la mine, à la tournure, aux manières, aux dis-
cours de sa seigneurie, peut-être ne la prendriez-vous pas pour
une des plus nobles personnes de France, cependant elle l'est,
ou croit l'être, et là-dessus je n'ai dessein ni de la contredire,
ni de la détromper. Les pairs nouveaux n'apportaient à la cham-
bre haute aucun nom historique» Comment un seigneur tout
plein des temps où les ducs avaient des gentilhommes à leurs
gages, n'aurait-il pas vu avec rougeur une recrue qui jetait au
milieu de la noblesse de race et d'épée, la noblesse de robe et
de savonnette? Des dispositions de l'oeuvre philosophique du roi
Louis XVIII, la première est celle pour laquelle M, le duc d'Usez
se sent le moins de sympathie; si quelque cas ligitieux l'y con-
damne , pour lui c'est bien assez d'avoir, en première, en seconde
instance, à subir l'égalité devant la loi, sans accepte/ cet outrage
dans ses propres salons; sans exposer le lustre baronnal d'un Croï,
d'un Clermont-Tonnerre, pairs et ducs, à être coutaminé par
l'approche roturière du pair Olivier, du pair Lapanouse, du
pair Chifflet ou du pair Corbière
RÉUNION DE BEAUSSET, CARDINALE,
Ou des Cardinalistes.
La réunion Beausset, cardinale, ou des cardinalistes, n'était
pas seulement composée de cardinaux et. de pairs ecclésiasti-
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ques, comme vous pouviez le penser, d'après les noms qu'elle a
reçus de son fondateur, le cardinal de Beausset, On voyait plus
de têtes tonsurées dans la réunion Usez que dans la réunion des
cardinalistes, bien que celle-ci ait été beaucoup plus nombreuse,
et qu'au moment où elle est devenue réunion Mortemart, elle
fût composée de plus de cent membres; maintenant, vous le
savez, le successeur de M. de Beausset est ambassadeur en Russie,
la réunion est à peu près dissoute. De ses débris se sont formées
deux réunions, plutôt expectantes que délibérantes ; l'une chez
M. de Véiac, l'autre chez M. de Sémonville, , le grand référen-
daire.
Les cardinalistes sont des royalistes constitutionnels; ils ac-
ceptent la Charte, mais plusieurs la voudraient circonscrite sur
le terrain du double vote, et n'ayant pour contrefort que des
institutions aristocratiques. Cette réunion comptait des hommes
de talent et d'esprit; il y en a partout où se trouvent des Mor-
temart.
RÉUNIONS BARBE-MARBOIS ET CHOISEUIL.
Dans ces deux réunions on n'admet que des constitutionne's
purs. La Charte y est interprétée selon les expressions de la dé-
claration de Saint-Ouen, et dans le sens véritablement libéral.
Là, point d'arrières-pensées, point de pas rétrogrades vers les
abîmes du! bon vieux temps, et surtout point d'ambitions per-
sonnelles; tous les argumens, tous les votes sont pour le pays.
Si M. le duc de Choiseuil n'avait pas un nom si connu, une
fortune si indépendante, un si noble caractère et tant d'anté—
cédens honorables, nos parrains politiques l'auraient nommé
radical; la démangeaison leur en est venue , maïs ils n'ont osé
s'y frotter : il est des célébrités en face desquelles la calomnie
recule.
RÉUNION DE LA RUE DE RIVOLI.
C'est dans des maisons particulières, qu'à l'instar de la réunion
Piet, se sont formées les réunions Ternaux, Gévaudan, Lafitte.

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