Lettre sur la réforme icarienne du 21 novembre 1853. Réponse du citoyen Cabet à quelques objections sur cette réforme...

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l'auteur (Paris). 1854. In-16, 16 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1854
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LETTRE
SUR
RdWRME ICARIËH.
'•'■•SÇ 21 NOVEMBRE 185g.
I8€»|»osisê du citoyen Cabet
QUELQUES OBJECTIONS StR CETTE RÉFORME.
Prix : 15 cent, — Par la Poste, 20 eent.
CHEZ L'AUTEUR, 3, RUÉ BAILLET ;
ET CHEZ TOUS LES MBRAIRES.
Juin 1854.
CITOYEN,
Votre lettre du 19 février, au Bureaulcarien à Paris, me remplit
de surprise et de douleur, parce qu'elle est pleine d'erreurs
sur nos principes de la part d'un homme qui, depuis longtemps,
était cerrespondant du Populaire et d'Icarie, qui avait déclaré
adopter complètement les doctrines ïcariennes, qui avait pris
"l'engagement de les défendre et de les servir, qui l'avait fait
d'abord avec zèle, et qui, devenu subitement et secrètement
hostile semble faire aujourd'hui de la propagande contre Icarie
comme il en faisait auparavant en sa faveur.
Et c'est au sujet de mon dernier écrit sur la Réforme Ica-
rienne, c'est contre cette Réforme, proposée par moi, comme
nécessaire dans l'intérêt du Peuple, longtemps discutée dans
l'Assemblée Générale des Icariens, adoptés et votée par eux
presqu'unanimement comme une nécessité, que vous dirigez vos
attaques, en sorte que vous attaquez, à la fois, la Réforme Ica-
rienne, les Icariens et moi, vous si longtemps notre correspondant
et notre ami !
C'est probablement par suite de ces attaques, que F..., qui venait
de loutvendre, pour venir en Icarie, d'annoncer son départ d'en-
voyer son apport, a subitement changé de résolution sous prétexte
de sa santé et a mis le Bureau dans l'embarras en réclamant son
apport, qu'il a fallu lui rendre le lendemain du jour qu'il nous était
envoyé en Amérique, et c'est probablement aussi par suites des
mêmes attaques, que B , qui venait aussi de tout vendre et qui
avait déjà envoyé ses malles au Havre, les aurait fait revenir et ne
serait pas parti lui-même si G , qui consentait à donner 700 fr.
pour compléter son apport, avait voulu consentir à lui payer les
irais du retour de ses bagages.
Vous déclarez vous-même que la Réforme vous dégoûterait de
yenir en Icarie.
— 3 —
Et quand je me dévoue {je puis bien le dire puisque c'est
vrai) depuis si longtemps pour trouver le moyen de suppri-
mer la misère, quand je m'impose tant de sacrifices, quand
je brave tant de persécutions et tant de calomnies, je suis
entravé par ceux-là mêmes qui devraient le plus me seconder!
Ah que ma tâche est difficile ! qu'il me faut de résignation, de
persévérance, de courage, d'énergie et de dévouaient dans toute
la force du mot !
Puisse l'amour de l'humanité me donner la force de surmonter
tous les obstacles !
Qu'est-ce donc que la Réforme Icarienne que vous attaquez,
et qijels sont les motifs de vos attaques ? Voyons !
Désolé de voir le genre humain toujours et partout si mai-
heureux, j'ai longtemps cherché la cause de ses malheurs et le
remède à ses misères. Après de longues études, de longues médi-
tations, une longue expérience des affaires politiques et sociales,
j'ai pensé que ce remède ne pouvait se trouver que dans le com-
munisme, et j'ai composé le Voyage en Icarie pour exposer un
système de communauté basée sur la fraternité, la solidarité,
l'égalité, la liberté et l'unité. Pendant p '
une large propagande, soit pour conver
trines icariennes, soit pour la prépai
mon système. Toute ma propagande av
tion et la moralisalîon du Peuple : je
ment et la fraternité, l'association et l'i
cipline, la tempérance et l'économie;
été si bien accueillie à Lyon, comme ai
ouvriers lyonnais établir un jeûne lca.ru
leurs tables afin de pouvoir augmente:
truction.
Quand la persécution nous a forcés à émigrer en Amérique,
pour y réaliser Icarie, j'ai bien prévenu que, pendant l'époque
de fondation, nous aurions nécessairement à supporter des pri-
— h —
valions et des gênes, des fatigues et des dangers ; j'ai dit
notamment qu'un minimum d'apport en argent, etc., était indis-
pensable, qu'il y avait beaucoup d'autres conditions d'admission;
qu'il fallait être "travailleur, jeune et robuste, frugal et tempérant,
j'ai dit surtout qu'il ne fallait pas de dépenses inutiles, pas de
liqueurs fortes et pas de tabac, pas de chasse ni de pêche comme
partie de plaisir. Tout le monde généralement a approuvé,
accepté, promis ; et nous sommes partis pour fonder Icarie sur
ces bases dans les État-Unis d'Amérique.
Mais, par suite de beaucoup de circonstances, surtout pendant
mon voyage en France en 1851, l'usage du tabac s'est maintenu,
établi, généralisé, les nouveaux venus fumaient comme les anciens;
ceux qui n'avaient pas l'habitude la prenaient ; non seulement on
prisait et fumait, mais encore on chiquait; beaucoup fumaient et
chiquaient partout et toujours ; et si l'on avait pas arrêté le torrent,
tous les hommes, même les femmes et même les enfans, auraient
prisé, fumé, chiqué, et le Peuple Icarien serait à perpétuité un
Peuple priseur, fumeur et chiqueur.
Or, celte habitude universelle et perpétuelle du tabac est-elle
nu progrès, est elle conforme h la raison, est-elle bonne pour un
Peuple, surtout pour un Peuple modèle et pour l'Humanité toute
entière ? Non, mille fois non ! Le tabac n'est ni nécessaire, ni
utile, il est nuisible et très nuisible à la santé ; c'est un poison qui
agit lentement mais fatalement ; c'est une-dépense énorme, qu'on
pourrait employer utilement ; c'est une habitude malpropre, sale,
dégoûtante ; c'est dangereux pour le feu ; c'est du sensualisme,
du matérialisme, deTégoïsme contraire à la fraternité; c'est un
abus qui justifirait et qui entraînerait tous les autres abus et
tous les vices ; c'est un esclavage qui rend incapable de conquérir
l'indépendance et la liberté ; en un mot, par ses conséquences
matérielles, intellectuelles et morales, le tabac est à mes yeux
l'un des plus grands fléaux de l'Humanité : je l'ai démontré dans
ma récente brochure [Tempérance) ; et mon ancienne conviction
à cet égard, corroborée par les autorités les plus respectables, et
— 5 —
manifestée depuis bien longtemps, est devenue si énergique que
je considère la propagande contre le tabac comme l'un des plus
grands services qu'on puisse rendre au genre humain.
Que vous ayez, vous, Cit. F , une opinion différente et que
quelques autres préfèrent votre opinion à la mienne, libre à eus
comme à vous : mais, avec ma conviction, m'était-il permis de ne
pas proposer la Réforme Icarienne contre le tabac, etc.?
Dans ma position, n'était-ce pas un devoir pour moi? N'auraît-
ce pas été faiblesse ou lâcheté de tolérer un abus que je croyais
funeste ?
J'ai proposé la réforme, en prenant tous les ménagemens rai-
sonnables avec les anciens qui avaient l'habitude et qui déclaraient
ne pouvoir s'en délivrer, et je n'ai proposé l'interdiction qu'à l'é-
gard des anciens qui n'avaient pas l'habitude, et à l'égard de ceux
qui n'étaient pas encore autorisés à partir de France, et qui au-
raient été prévenus assez longtemps à l'avance. (Réforme Ica-
rienne, art. 12.)
Et, après une longue discussion pendant beaucoup de séances,
la Réforme sur le tabac qui n'était que le retour aux premiers
principes, aux premières conditions, aux premiers engagemens, a
été adoptée par les Icariennes à l'unanimité, et par les Icariens
à la majorité de 104 voix contre 17 sur l'appel nominal.
Et une adresse, rédigée par une commission tirée au sort, et
signée par 132 citoyens et 88 citoyennes, a confirmé cette adop-
tion.
Et vous avouez que beaucoup d'Icariens, à Lyon, ont applaudi
à cette réforme, que la masse l'a approuvée, pensant (avec rai-
son) qu'il fallait bien qu'elle fût utile puisque le Cit. Cabet l'avait
crue nécessaire et que l'Assemblée générale, qui était sur les
lieux, l'avait acceptée ; vous avouez que ce n'est qu'une minorité
qui désapprouve à Lyon, et que vous en faites partie.
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Et vous m'envoyez un manuscrit du Cit. J qui discute habi-
lement tous les inconvéniens du tabac, qui le proscrit comme «ne
peste et qui applaudit avec enthousiasme à la Réforme, manus-
crit d'autant plus précieux qu'on peut le considérer comme
le testament d'un mourant, attendu que son auteur est mort le
lendemain.
Enfln vous désapprouvez et vous dites que, si vous aviez été
présent dans l'Assemblée, vous auriez combattu. Mais vous voyez
bien que d'autres, dix-sept, ont combattu dans l'Assemblée pour
le tabac : est-ce que vous prétendez que vous auriez été plus fort,
par votre raison et votre éloquence, que ces dix-sept et que toute
l'Assemblée ?
Vous dites que le vote de l'Assemblée prouve que, désor-
mais, pour être admis en Icarie, il faut être prêt à dire que le
noir est blanc.
Oh! oh! cit. F , n'êtes-vous pas trop hardi, quand vous
accusez le cit. Cabet, l'Assemblée générale et la grande majorité
des Icariens à Lyon de prendre du noir pour du blanc, et de
n'être tous que des aveugles, tandis que vous seul seriez clair-
voyant ?
Est-ce que vous n'avez pas adopté mon système, mes principes,
ma doctrine? Est-ce que vous me trouviez aveugle alors? Est-ce
qu'on ne voit clair que quand on voit comme vous ? Est-ce que
vous vous prétendez infaillible ?
Et pourquoi repoussez-vous la réforme? Parce que vous la
trouvez destructive ou restrictive de la liberté : voilà le grand
mot lâché !
Mais est-ce que vous voulez la liberté illimitée, absolue, sans
intelligence, sans raison, sans égard à la question de possibilité
ou d'impossibilité, sans respect pour la liberté d'autrui?

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