Lettre sur le plébiscite de 1870. Aux électeurs du canton est d'Oloron-Sainte-Marie. (Signé : E. Carrère.)

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impr. de Vignancour (Pau). 1870. In-8° , 14 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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LETTRE
SUR LE
PLÉBISCITE DE 1810.
AUX ÉLECTEURS
DU
Canton Est d'Oloron-Sainte-Marie.
PAU
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIE É. VIGNANCOUR.
1870.
AUX ÉLECTEURS
DU
Canton Est d'Oloron-Sainte -Marie.
MES CHERS CONCITOYENS,
Dans quelques jours vous allez être appelés à exprimer
votre avis au sujet des réformes que le Gouvernement pro-
pose d'apporter à la Constitution , qui nous régit depuis dix-
huit ans. L'avenir de la France, la paix intérieure de ce
grand pays et par suite le développement calme et prospère
de tous nos intérêts dépendent absolument du sufrage de la
nation. Jusqu'ici, lorsque la voix du peuple devait se faire
entendre et dicter une volonté souveraine en imposant ses
choix, nous assistions tous à ce spectacle : d'une part, l'ad-
ministration , se lançant dans l'arène électorale, cherchait à
l'aide des nombreux moyens dont elle dispose à obtenir le
triomphe du candidat qu'elle préférait : c'était le règne des
candidatures officielles. D'autre part, l'opposition , pour pro-
— 4 —
tester contre ce système ou bien aspirant au renversement
de l'Empereur et de son gouvernement, s'efforçait avec non
moins d'énergie d'attirer à elle les votes des électeurs. Les
exagérations des uns expliquaient et déterminaient celles des
autres. Mais cette lutte parfois acharnée avait quelque chose
d'affligeant; et la liberté du sufrage était exposée à recevoir
de regrettables atteintes. Le nouveau ministère , institué par
l'Empereur, le 2 janvier dernier, l'a si bien compris, qu'un
de ses membres les plus éminents , M. Ollivier, ministre de
la justice, n'a pas hésité à déclarer du haut de la tribune
du Corps législatif, que désormais le Gouvernement renon-
çait au système des candidatures officielles. Mais cet abandon
si solennellement formulé aux applaudissements de tous les
coeurs vraiment libéraux doit-il avoir pour conséquence de
désarmer l'opposition? Assurément non: l'opposition a dans
tous les pays son utilité et sa raison d'être. Elle restera donc
debout et animée tantôt par la haine ou la rancune, tantôt
par ces convictions loyales que l'on peut avoir le droit ou
le devoir de combattre, mais qui méritent le respect de tous;
elle luttera avec d'autant plus de confiance qu'en face d'elle
ne se rencontrera qu'un adversaire désarmé.
De cette situation nouvelle découlent de nouveaux devoirs
et c'est ce qu'il importe que nous comprenions bien tous.
Jusqu'ici nous avons su plus ou moins dans le cours de
notre vie déclarer et faire la guerre aux divers gouvernements
qui se sont succédé en France. Mais, en dehors de l'oppo-
sition, notre histoire n'offre que de bien rares exemples où
l'on voie des citoyens, amis de l'ordre tout en étant de
chauds et sincères partisans de la liberté, se réunissant sans
l'initiative, sans le secours, sans la protection du pouvoir
régnant, et organisant à l'aide de leurs seules forces une
ligue destinée à apprécier, à combattre ou à soutenir les
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divers intérêts qui s'agitaient autour d'eux. Pour parvenir à
ce but., nous devons avant tout, être capables d'avoir une
volonté qui nous soit propre. S'il en était autrement, nous
serions toujours à la merci du premier venu, qui, usant de
telle ou telle cause d'influence, dominerait notre esprit et
nos résolutions. Mais l'exercice de la volonté n'est possible,
n'est légitime, n'est eflicace qu'à la condition d'être accom-
pagné de l'intelligence de ce que l'on peut utilement vouloir.
Aussi les conseils sont-ils un véritable et impérieux devoir
de la part de tout citoyen qui, par ses lumières et son expé-
rience est en situation d'éclairer avec indépendance et désin-
téressement. Désormais, en pareille matière, le gouvernement
n'aspire plus à vous servir de guide, et cela, afin d'éviter
le reproche d'avoir pu porter atteinte à votre liberté d'appré-
ciation : voilà pourquoi, usant de cette initiative qui appartient
à tout électeur et m'autorisant de mon amour pour le bien
du pays, de mon dévouement pour vous tous, du mandat
enfin que vous m'avez confié le jour où j'ai eu l'honneur
de devenir votre représentant au Conseil général, je viens
vous donner avec une entière impartialité toutes les expli-
cations de nature à vous permettre de déterminer la réponse
que vous aurez à faire au prochain plébiscite.
Si cet exemple est bon , comme je le crois, puisse-t-il être
imité. Que tous ceux qui se sentiront dans le coeur assez de
patriotisme pour entreprendre une tâche au bout de laquelle
se trouve l'accomplissement d'un grand devoir civique, n'hé-
sitent pas un seul instant : qu'ils fassent entendre leur voix
avec l'inébranlable volonté d'être avant tout sincères. La
lumière se fera ainsi, votre bon sens tracera la route, et
alors tombera ce soi-disant reproche que le suffrage universel
est aveugle.
Quel est le régime gouvernemental que par votre vote

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