Lettres adressées par M. Leprince à l'assemblée générale du district de S. Victor. [Au sujet d'inculpations dirigées contre lui. 17 décembre 1789 et 24 janvier 1790.]

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impr. de Chardon (Paris). 1790. In-8° , 15 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1790
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ESSIEU & CHERS CONCITOYEN.
Un Mémoire a paru, figné Guillotte, dans
lequel je fuis grièvement inculpé.
Vivant dans Unë retraite écartée, qui n'étoit
guère connue que de mes amis , j'aurois
négligé une justification inutile pour eux : mais
chargé de vous représenter à la Commune, jê
dois me difculper, non pas pour moi, mais
pour vous. Vous ne devez point avoir à rougir
du choix que vous avez fait.
Le sieur Guillotte me reproche d'être arif-
tocrate , d'être entré dans ses querelles avec
fon frere pour entretenir leur division, de vivre
A ij
(4)
féparé de ma femme , & enfin de n'avoir
adopté votre District, que pour servir ma ven-
geance contre lui.
Je dois distinguer dans cette accusation ce
qui attaque mon civifme, d'avec ma vie pri-
vée ; vous n'attendez pas fans doute de moi
des détails fur l'intérieur de ma maison. Eh !
qu'importent à la chofe publique les malheurs
domestiques que je puis avoir éprouvés ? Ce
qui lui importe, c'eft qu'au milieu des crises
qui nous ont agités, j'aie donné des preuves
de patriotifme, que je ne me sois jamais écarté
de ses principes , & que j'aie concouru à la
défense commune.
Dans les journées des 12, 13 & 14 Juillet,
lorsque l'aurore de notre liberté étoit encore
obscurcie par les orages, je me fuis présenté
au District le plus prochain. J'ai offert mes
services ; j'ai envoyé mes armes, en un mot ,
j'ai partagé votre dévouement (*).
(*) J'ignorois alors de quel District je pouvois être,
de S. Victor, ou de S. Marcel. Dès le 12, j'avois fait
passer à M. Acloque, Préfident de celui de S. Marcel ,
mes deux fusils ; l'un a été perdu , & l'autre ne m'a
été renvoyé que brisé. Enfin dans mon incertitude,.j'ai
fait monter la garde dans les deux Diftricts , & offert
(5)
Quant à mes principes , s'ils n'euffent pas
été purs, si je n'avois été animé par l'amour
de la Patrie & de mes Concitoyens , vous n'au-
riez pas jeté les yeux fur moi, pour concourir
à la destruction de l'ancien régime.
On me reproche d'être ariftocrate, & d'im-
prouver une révolution à laquelle vous savez,
Meffieurs, que j'ai pris, part dès l'origine : mais
fi ce reproche étoit fondé, si je voyois avec
peine les François s'agiter pour la liberté , qui
me forçoit à venir au milieu de vous ? Ne pou-
vois-je pas, enveloppé dans mon prétendu
épicurifme , attendre en paix les événemens?
Je me fuis montré ; j'ai partagé les, dangers &
l'anxiété publique. On le fait, & ne pouvant
accuser ouvertement mon patriotisme, on em-
ploie des voies détournées & criminelles, pour
Je rendre douteux & suspect*
On me reproche d'occuper des places à la
Cour. Certes, voilà la première fois que l'hon-
neur d'appartenir à Sa Majesté & à la Famille
Royale, a pu donner lieu à noircir les inten-
tions d'un Citoyen. S'il fuffifoit d'un tel motif,
pour se voir dévoué àl'animadverfion publi-
que , combien de personnes respectables fe
mainte fois mon service personnel dans celui de S. Vic-
Sor , lorsque je l'ai reconnu pour le mien.
A ijj
trouveroient compromifes avec moi. Je pour-
rois faire fentir ici les conséquences graves de
l'imprudente dénonciation du sieur Guillotte.
Mais je m'arrête, & le refpect qui vient pofer
des bornes à ma défenfe, auroit dû l'arrêter
lui-même dans de pareilles inculpations.
Cependant quel est cet homme qui se fait
le Chevalier de la, Patrie, & qui fe permet
d'attaquer les Citoyens dans des opinions qu'il
leur prête? Eft-ce un de ces mortels éclairés,
dont l'ame forte & courageuse a soupiré long-
tems dans l'attente de la liberté ? Eft-ce un,
de ces enfans. du génie, dont les écrits ren-
versant les. préjugés , ont pofé les premières
bases de la révolution ? Eft-ce enfin une de
ces victimes infortunées de l'ancienne adminif-
tration, qui lèvent vers, le Ciel des mains al-
légées du poids de leurs fers? Non fans doute.
Eh ! quel eft-il donc ce nouvel amant de la;
liberté? C'eft un homme dont les places, les
pensions & l'exiftence ont toujours dépendu,
de la Police.
Les grandes révolutions qui. changent la face;
des Empires, produifent auffi dans la fortune,
des particuliers des révolutions qui ont des
singularités piquantes.
Dans la confusion des rangs, le sieur Guil-
lotte s'eft élevé. D'Infpecteur de Police , il

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