Lettres d'un intercepté / par Armand de Pontmarin

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P. N. Josserand (Lyon). 1871. 287 p. ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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LETTRES
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INTERCEPTE
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ARMAND DE PONTMARTIN
<U BÉNÉF!CE DES BLESSÉS ET PmSONX!EM DE L'ARMÉE FRMC~SE
LYON
P.N. JOSSERAND Lm~AIRE-RDITEUR
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LETTRES
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INTERCEPTÉ
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CRITIQUE ROMANS NOUVELLES
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LETTRES
D'UN
INTERCEPTE
1
LA GUERRE ET LA CRITIQUE
Certes, rien de plus beau que l'enthousiasme
patriotique et guerrier. Si notre pauvre France
compte en ce moment six ou sept millions de chau-
MM~ tant mieux C'est préférable aux millions
plébiscitaires; mais la critique ne perd jamais ses
droits, pourvu qu'elle ne dépasse pas ses devoirs.
Des invités de Compiègne, des familiers du Palais-
Royal ont ouvert bravement le feu en attaquant
les dieux et les demi-dieux de l'Olympe officiel.
Nous qui sommes constamment restés à l'écart,
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
g
loin des grandeurs et des flatteries de ce monde,
nous serons plus respectueux et plus humbles. Se-
lon nous, si la. fortune a paru d'abord' inndèle a
nos armes, la faute n'en est ni au chef suprême,
ni au major-général, ni au Grouchy de 1870, ni au
précepteur dans l'embarras. Le vrai coupable, ou,
pour parler plus exactement, le véritable ~'g~a-
tore, c'est Rouget del'isie; c'est l'hymne néfaste,
trop connu sous le nom de Marseillaise.
Ce n'est jamais impunément qu'un grand peuple
s'inflige à lui-même d'impardonnables démentis.
Quoi vous nous dites, et je vous approuve,
qu'en face de ce péril imminent il n'y a plus de
partis, plus de castes, plus d'opinions, plus de dis-
sidences, plus de passé, plus de présent, mais un
immense battement de cœur vibrant à l'unisson
dans des milliers de poitrines et, pour interpréter
ce sentiment sublime, vous ne trouvez rien de
mieux qu'un air et des paroles que bon nombre
de vos défenseurs ne sauraient entendre sans son-
ger aussitôt à des scènes de scélératesse et d'hor-
reur Vous admirez au premier rang des héros,
des martyrs de cette formidable guerre, les Mac-
Mahon, les Vogué, les Gramont, les d'Ëspeuilles,
les Septeuil, les Bernis, les Sabran, les Dampierre,
LA GUERRE ET LA CRITIQUE
3
les Chevreuse, les la Tour-Maubourg; vous voyez
accourir de tous les points de la France de jeunes
gentilshommes qui ne demandent qu'à s'enrôler~
à se battre et à mourir; et quel accompagnement
donnez-vous a cette marche guerrière? L'écho
sinistre d'une époque abhorrée, où chaque refrain
de cette Marseillaise servait à exciter le zèle des
bourreaux et alternait avec le couperet de la guil-
lotine le cantique de l'échafaud, hurlé par les
Tricoteuses tandis que l'on égorgeait les grands-
pères et les aïeules de ceux qui se font tuer aujour-
d'hui pour vous
Républicaine, la Marseillaise rappelle des sou-
venirs effroyables. Bonapartiste, elle n'a pas de
sens; elle fait l'effet d'un vieux linge démarqué.
Je ne sais pas, je ne veux pas savoir quelle fut au
fond la pensée ou l'arrière-pensée de Rouget de
l'Isle. Mais en pareil cas, ce n'est pas l'intention
que l'on juge, c'est le fait. Pour quatre-vingt-dix-
neuf personnes sur cent, la M~<?!7~M' signifie
retour à toutes les violences démagogiques, à toutes
les passions révolutionnaires, aux plus sanglantes
images de l'anarchie et de la Terreur.. Hier
encore, tandis que les patriotes ou les dilettantes
parisiens, bien installés dans leur fauteuil d'or-
LETTRES D'UX INTERCEPTÉ
4
chestr.e, applaudissaient Faure ou M* Marie Sass,
nos bons villageois, ravis de voir la Marseillaise
réconciliée avec les gendarmes et la police, la
beuglaient sous les fenêtres du château et du pres-
bytère c'est si bon, en attendant mieux, de con-
trarier le propriétaire et de taquiner le curé
~a~M< ~Ma tata. Vous ne changerez pas la pré-
destination fatale de cet hymne souillé, non pas
seulement d'M~ sang !M~)Mr, mais du plus noble
sang qui ait jamais appelé sur un peuple coupable
l'expiation et le châtiment. Vous le légaliserez
peut-être; je vous défie de le laver. Au-dessous
de votre estampille, je retrouve la tache indélébile
des mains de lady Macbeth. Il fait songer à Fou-
quier-Tinville et à Robespierre'bien plutôt qu'à.
Dumouriez ou à Kléber. Il est du moins une arme
à deux tranchants, et le mieux affilé, le plus
empoisonné des deux n'est pas celui qu'il dirige
contre Pitt et Cobourg. Ces vils c~oo~, ces
ro~, ces ~z~M, ces perfides, ces coM~c<M,
dont le musicien-poëte fait une consommation si
prodigieuse, ce sont bien moins l'empereur d'Au-
triche, le roi de Prusse et l'impératrice de Rus-
sie, que les Français fidèles à cette royauté
de Louis XVI, qui seule aurait pu fonder la
LA C.UKRRE KT LA CRITfQUK
5
liberté véritable et conjurer d'liorribles cala-
mités.
Mais, au lieu de politique et d'histoire, voulez-
vous que nous fassions de la littérature? au lieu
d'évoquer les fils des Croisés, voûtez-vous que nous
raisonnions en fils de Voltaire? Alors je vous dirai
N'avez-vous pas honte, dans le siècle de Lamar-
tine, de Musset et de Victor Hugo, d'éterniser la.
vogue de ,cette poésie grotesque, bourrée de tous
les défauts les plus antipathiques à l'esprit fran-
çais ? Je ne connaissais de la -~y.~z7/<3M<? que le
refrain, cet insupportable sang M~Mr abreuvant
des sillons qui aimeraient mieux, hélas un autre
arrosage; mais, grand Dieu! depuis qu'on a pu-
blié en entier les six strophes de ce chef-d'oeuvre,
quelles découvertes intéressantes pour la prosodie,
le bon sens et la grammaire Jusqu'ici le poëme
de Guillaume Tell, par MM. de Jouy et Hippolyte
Bis, nous avait .paru le nec plus M~ra'du genre.
Erreur c'est du .Po~;<e~ et du M'eo?Me~<? en
comparaison des six strophes de Rouget de l'Isle.
Jamais on né vit pareil assemblage d'emphase, de
vulgarité, de niaiserie, d'incorrection, de plati-
tude. Il y a là de quoi enguignonner pour vingt.
ans un pays aussi spirituel et aussi lettré que le
LETTRES D'UN INTERCEPTE
6
nôtre. De gràce, si l'air vous semble entraînant,
si vous le croyez consacré par l'habitude et la rou-
tine, pourquoi ne demandez-vous pas à un de vos
jeunes poëtes d'y adapter d'autres paroles, sim-
ples, émouvantes, sincërement patriotiques, uni-
quement dirigées contre les Prussiens, pures de
tout antécédent et de tout solécisme?
Singulier contraste rapprochement bizarre
Il est difficile de ne pas découvrir, même
en évitant de les chercher, de tristes analo-
gies entre les souvenirs de 1814 et les désas-
tres qui nous ont foudroyés. Assurément, en
février et mars 1814, c'était bien contre les
potentats, les despotes, les autocrates du Nord,
qu'il s'agissait de surexciter l'esprit public, sans
compter la défroque de l'ancien régime que ces
tyrans semblaient rapporter dans leurs bagages.
Eh bien voulez-vous savoir quelle fut la Mar-
seillaise de ce temps-là, l'oeuvre de circonstance
chargée d'offrir au patriotisme d'alors ce que nous
donne aujourd'hui l'alliance de la Marseillaise
et de la Muette? Ce fut un opéra intitulé l'Ori-
flamme; l'(9~/7~~me/ c'est-à-dire un épisode
chevaleresque et monarchique, une date de'l'an-
tique royauté française, jetée à travers cette lutte
LA GUERRE ET LA CRITIQUE
7
suprême de l'Empire démocratique contre l'Europe
coalisée!
Je lis dans le Journal de l'Empire du 2 fé-
vrier 18-14':
« De longtemps on n'avait eu l'exemple d'un
succès pareil à celui qu'a obtenu ce soir l'opéra
l'Oriflamme. L'affluence était telle qu'on regrette
que nos théâtres ne soient pas aussi spacieux que
ceux des anciens, où une ville entière assistait
aux solennités nationales et venait s'y pénétrer
d'un même sentiment. Toutes les applications ont
été saisies avec transport; on a couvert d'applau-
dissements et fait répéter un air délicieux chanté
par Lays, et même un vers du récitatif:
La victoire est promise aux guerriers de la France.
« Il nous serait difficile d'exprimer à quel point
l'enthousiasme s'est manifesté lorsque le guerrier
portant l'oriflamme chante le refrain de trois
strophes qui deviendront populaires
Charles Martel fait briller l'oriflamme;
Il nous suffit pour conjurer le sort
Frémis, frémis, orgueiHeux Abdérame;
J) est parti, c'est l'arrêt de ta mort!
LETTRES D'UN J~TKRC.EPTE
8
« Il semblait, ajoute 'lejoura.diste, que tout
Paris savait déjà l'éclatante victoire que chacun
augurait et qui vient d'être remportée par Sa Ma-
jesté l'Empereur, etc., etc. (11 s'agit de la ba-
taille de Brienne.)
Cette dernière phrase m'amène à vous rappeler
que, pendant cette campagne de 1814, dont vous
connaissez le dénoûment, les bulletins de victoire
se succédaient avec autant de rapidité que d'éclat.
A chaque instant, les Parisiens étaient réveil-
lés et rassurés par le canon des Invalides. Ce qu'il
y a de curieux, c'est que ces bulletins, peut-être
excessifs, étaient à peu près véridiques; ils exagé-
raient, mais ne mentaient pas. < L'armée ennemie,
remarquait assez. maladroitement, l'autre jour, un
écrivain officiel, perdit, dans les quatre combats
de Champ-Aubert, Montmirail, Château-Thierry
et Vauchamps, trente-deux mille hommes, tués,
blessés ou prisonniers, et soixante pièces de ca-
non. Partout où Napoléon se portait de sa per-
sonne, la victoire, comme on disait alors, reve-
nait docilement se ranger sous ses aigles. Ses plus
inflexibles détracteurs rendent justice aux mer-
veilles stratégiques de sa campagne de France.
Si ce n'est pas une excuse, c'est une circonstance
LA'UKRRRHTLACRtTîQUE
9
atténuante. Quand on a le goût'tes batailles, il
faut au moins en avoir le génie.
Dans, un moment où les chefs-d'œuvre les plus
exquis de la littérature ne réussiraient pas à fixer
notre. attention, rien de plus attachant, de plus
émouvant, de plus irrésistible que cette collection
de vieux journaux où l'on peut suivre, heure
par heure, les alternatives de connance et d'an-
goisse, d'espérance et de frayeur, d'enthousiasme
et d'abattement qui signalèrent cette crise ter-
rible, si fertile en présages et en leçons. L'armée
est héroïque, l'effort prodigieux, le chef sublime;
les traits individuels de dévouement et de patrio-
tisme surabondent. On ne craint plus rien, on est
sûr du succès final et du triomphe < Le grand
mouvement national s'exécute de toutes parts; la
France se couvre de soldats et se hérisse de fer.
On ne peut .concevoir d'où viennent toutes les
troupes que nous voyons. Il semble qu'Antée ait
frappé la terre, et qu'il en sorte d'innombrables
légions, etc., etc. »
Vous tournez quelques feuillets, et, à la date
du l" avril, vous lisez avec une émotion poi-
gnante que cinquante-six ans n'ont! pas émous-
sée
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
in
« Les armées alliées ont fait leur entrée dans
la capitale par la rue du Faubourg-Saint-Mar-
tin. Sur toute la distance que ces armées ont
franchie, les acclamations se sont fait entendre
de toutes parts mais l'enthousiasme était porté
à son comble, aussitôt que les regards pouvaient
se fixer sur LL. MM. l'empereur Alexandre et le
Roi DE PRUSSE. Des cris d'allégresse s'élevaient
dans les airs on se précipitait aux pieds de la
personne auguste de S. M. l'empereur de Russie;
on pressait ses mains, ses genoux, ses habits, on
arrêtait son cheval. » Assez assez! n'est-
ce pas?
Hâtons-nous de le dire, et de le dire bien haut
rien de pareil ne serait possible aujourd'hui. Après
l'incendie de Moscou, la retraite de Russie, 1a
Bérésina, Leipsig, les stériles victoires de 1813
et de 1814, la France épuisée, haletante, agoni-
sante, ressemblait à ces malades qui accueille-
raient avec un pâle sourire leur ennemi mortel,
pourvu qu'il leur apportât un bouillon et une aile
de volaille. Nous n'avons pas encore souffert la
dixième partie de ce que sounrirent les contempo-
rain de Sacken, de Wellington et de Blücher;
et voilà, pour le dire en passant, ce qui a
LA GUERRE ET LA CRITIQUE
n
rendu plus inexplicables et plus effrayantes ces
levées en masse, ces mesures radicales, terreur
des mères, fléaux de l'agriculture, temps d'arrêt
de toute industrie et de tout travail, douloureuses
réminiscences de ces impôts de sang, qui ache-
vèrent, en 1814, d'épouvanter et d'exaspérer les
populations. Mais, s'il n'est pas permis de com-
parer ce qui n'est point comparable, il n'est pas
interdit de profiter des enseignempnts, des expé-
riences et des exemples.
La première condition pour qu'un élan national
soit unanime et décisif, pour qu'un mouvement
populaire soit invincible et fécond, c'est qu'il y ait
entre le gouvernement et la nation une commu-
nauté parfaite de sentiments, d'intérêts et d'idées;
c'est que le gouvernement inspire au pays une
affection et une confiance sans bornes. En mars
1814, cette condition n'existait plus existe-t-elle
en août 1870 ? La question est trop délicate. Au
lieu d'appuyer sur ce terrain glissant, où les
patriotes de Saverne 1 peuvent seuls manœuvrer
à l'aise, j'aime mieux finir par quelques anecdotes
inoffensives, qui ne m'écarteront pas de mon sujet.
i M. Edmond About.
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
12
Après 1830, Adolphe Nourrit compromit la
limpidité de sa voix de ténor à force de chanter
la Marseillaise. Prenez garde, mon cher
Nourrit, lui dit le noble duc de Fitz James, la
Marseillaise ne vous portera pas bonheur. Et
l'on sait, en effet, quelle fut, peu d'années plus
tard, la fin tragique de l'illustre artiste.
Vers 1840, la pacifique monarchie de Juillet
crut devoir répondre à je ne sais quelle velléité
patriotique et martiale, provoquée soit par l'épi-
sode Pritchard, soit par le retour des cendres de
Napoléon. Elle autorisa, elle démusela la Mar-
~Ma~Prenez garde, sire! dit le comte
Molé la Marseillaise ne vous portera pas bon-
heur. Huit ans après, Louis-Philippe perdait
une partie imperdable, avec tous les atouts dans
la main.
En 1848, Rachel, dans tout l'éclat de sa jeu-
nesse et de son talent, voulut flatter les passions
populaires, dont elle n'avait pas besoin. Elle se
mit à chanter ou plutôt à déclamer la Marseil-
~<?, dans un entr'acte des Horaces ou d'AM~ro-
MM~!<e. Aussitôt nous lui dîmes tous,.dilettantes
ou critiques, avec une touchante unanimité
« Prenez garde, Melpomène la M<7r~e!7~e ne
LA GUERRE ET LA CRITIQUE
13
vous portera pas bonheur » Des ce moment,
elle perdit l'exquise mesure, l'art infini des nuan-
ces, l'incrovable justesse de ton, qui avaient fait
son succès. Bientôt le caprice du public lui sus-
citait une rivale; Rachel, aigrie, exacerbée,
malade, frappée au cœur, allait- mourir au Can-
nât et il suffit d'avoir visité la villa Sardou pour
savoir ce qu'a dû' être cette ~mort désespérante et
désespérée
'Et moi aussi, dans cet article volontairement
retardé de trois semaines, de peur de mêler une
note dissonante et pessimiste à l'enthousiasme des
premiers jours, je voulais dire, chapeau bas, a
nos seigneurs et maîtres Prenez garde, la
Ma~'eï'M~~g ne vous portera pas bonheur
'J'aurais été prophète je ne suis qu'historien, et,
je l'espère bien, historien provisoire. Puisse-je
être bientôt convaincu de mensonge par Trochu
et Palikao, par Bazaine et Mac-Mahon
D'autre part, un provincial spirituel (il y en a
encore quelques-uns) me disait hier « Voyez à
quoi tient la destinée des empires S'il y avait
eu, dans les urnes plébiscitaires, presque autant
de non que de CM! cette guerre était impossible.
M. Émile Ollivier, avec cet aplomb qui lui a si
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
14
mal réussi, s'est écrié du haut de la tribune « Le
plébiscite est la revanche de Sadowa! » Non le
plébiscite a été le prologue de Wissembourg, de
Wœrth et de Forbach, ou, pour parler la langue
des joueurs, cette campagne de Prusse en France
est le paroli, le banco du plébiscite.
Sire, répondait Michaud à Charles X qui
lui reprochait son mutisme à la tribune, j'ai dit
trois mots ils m'ont coûté trois mille francs je
ne suis pas assez riche pour continuer.
La France n'a dit qu'un monosyllabe, et il lui
a coûté beaucoup plus cher
12 août 1870
Cet article, publié dans la Gazette de fmMce du 12 août,
avait été écrit la véille de nos premiers désastres. Un senti-
ment de patriotique réserve en fit retarder la publication.
APRÈS SEDAN
Des hommes qui n'avaient jamais été républi-
cains peuvent-ils se croire victorieux le jour où
la République est proclamée ? Je réponds hardi-
ment oui, quand cette République remplace un
gouvernement pourvu de tous les défauts ou plutôt
de tous les vices qui peuvent abâtardir, énerver,
corrompre et nnalement détruire un grand pays.
Le régime qui vient de tomber avait trouvé le
moyen de frelater les trois éléments dont se com-
pose tout gouvernement applicable aux sociétés hu-
maines la force, l'autorité et la liberté.
La force, toujours odieuse, lorsqu'elle n'est pas
nécessaire, devient à la fois détestable et mépri-
sable quand elle n'est pas franche, quand ses
II
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
16
déguisements et ses subterfuges font songer sans
cesse à Guillot le sycophante, au -loup devenu
berger. Elle a besoin d'éblouir les imaginations
pour dompter les volontés, et si on la voit recourir
à la ruse, elle achève de démoraliser ceux qu'elle
opprime; elle leur demande de se laisser trom-
per, et de mettre leur conscience de moitié
dans leur servitude. Quand Napoléon Buonaparte
se réservait le droit de nommer lui-même les
candidats au Corps législatif, la France savait, du
moins, a quoi s'en tenir. Bon gré, mal gré, entre
deux bulletins de victoires, elle s'en remettait au
despote du soin de penser, d'agir, de vouloir et
de choisir pour elle. Mais quand l'homme du
2 décembre nous envoyait par dépêche des cham-
bellans ridicules dont nos paysans ne pouvaient
pas même prononcer le nom, quand ces misérables
courtisans du suffrage universel nous arrivaient
brevetés, patentés, estampillés, et quand l'urne
électorale se changeait, à leur profit, en un gobe-
let d'escamoteur, l'injure était plus sanglante,
parce qu'elle partait de plus bas l'oppression
était plus suffocante, parce qu'elle nous faisait
complices de son mensonge.
L'autorité, l'autorité morale, bien différente de
APRES SEDAN
n
la force et mille fuis plus ef.icace pour la sécurité
des peuples, est justement ce qui ale plus manqué
au second Empire. C'est qu'elle ne se crée pas en
un jour ou en une nuit, à l'aide d'un expédient,
d'un attentat ou d'une aventure, au nom d'intérêts
que l'on rassure un moment pour les trahir et les
désespérer plus tard. Il lui faut des origines plus
pures, des racines plus fortes, des principes plus
solides, quelque chose comme un lien de famille
entre celui qui gouverne et ceux qui obéissent.
Elle ne va. pas sans la certitude d'un droit acquis,
d'un bon exemple, d'une tradition consacrée, d'une
vertu originelle qui tempère le commandement en
le plaçant au-dessus du contrôle. Hélas contem-
porains des révolutions et des coups d'État, nous
ne connaissons plus que parouï-dire cette autorité
morale dont Royer-Collard, il y a trente-cinq
ans, signalait déjà la désuétude comme une de
nos calamités. Elle est morte, le jour où les Pa-
risiens, prélu'dant à. de nouveaux malheurs par de
nouvelles fautes, ont banni les vrais bienfaiteurs
de la France, les Bourbons de la branche aînée
elle ne reviendrait qu'avec eux.
La liberté. ce mot sublime suffirait à condam-
ner et à flétrir Louis Buonaparte, s'il n'avait
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
18
mérité d'autres condamnations, d'autres flétris-
sures. Il avait essayé de l'étouffer dans ses brutales
étreintes; elle n'a pas voulu de ses décevantes
caresses. Après l'avoir dépouillée, il lui demandait
l'aumône la noble vierge a refusé de jeter sa
dernière obole dans le casque du faux César. C'est
le châtiment des organisations viciées par les dé-
bauches et les excès, que les aliments les plus
sains, les remèdes les plus infaillibles se tournent
contre elles en poisons. Il eût été profondément
immoral que ce régime, né dans l'ombre, pût sup-
porter le grand jour, que cette œuvre de violence
et d'arbitraire pût s'acclimater à l'atmosphère libé-
rale. L'Évangile l'a dit on ne cueille pas des
figues sur des ronces. Il y a des prédestinations
fatales qui s'imposent jusque dans les efforts tar-
difs que l'on fait pour leur échapper. Entre le nom
de Buonaparte et la liberté, le défaut d'attraction
était tel que le mariage essayé in e~c~gMM'~ n'a
servi qu'à faire mieux éclater les antipathies. Je
ne sais rien de plus pitoyable que ce ministère du
2 janvier, créé pour la paix et aboutissant à la
guerre à travers d'agaçantes alternatives de
concessions et de bon plaisir, de tentatives et
d'avortements, de réformes et de routines, de
APRÈS SEDAN
19
commissions paralysées par les bureaux, de phrases
sonores démenties par les faits, de contradictions
permanentes entre la tribune qui disait plus
de candidatures officielles! et les préfectures obs-
tinées aux plus pures traditions du gouvernement
personnel ministère de malheur, d'illusion, de
mensonge et de mort, que le coup de revolver de
l'infortuné Prévost-Paradol dénonçait d'avance
aux mitrailleuses de Reichsoffen et de Forbach
C'est pourquoi, si j'avais été ce qu'à Dieu
ne plaise en situation de donner un conseil,
j'aurais dit au second Empire Ne forcez pas votre
vocation et votre nature. Chargé de la peau du
lion, n'y ajoutez pas les reliques d'Armo'dius et de
Thrasybule vous êtes assez ~e<? sans cela Res-
tez ce que votre nom, votre origine, vos instincts,
vos œuvres, vous condamnent à être. Imitez les
chevaliers des temps héroïques, auxquels vous
ressemblez si peu vivez et mourez dans votre
armure L'absinthe prétorienne vous vaut mieux
que le vin pur du citoyen. Mieux valent pour vous
les affirmations insolentes de Rouher que les pé-
riodes mielleuses d'Émile Ollivier. L'un vous
laisse les apparences; l'autre vous fera perdre les
réalités. La raison du plus fort est encore quelque
LETTRES D'U. INTERCEPTÉ
20
choc quand cUe s'imposa; f;)Ie n'est plus rien
quand elle se discute.
Aussi et c'est là que je voulais en venir
remarquez ce trait caractéristique sur lequel nous
devons d'autant plus insister que M. de Bismark
parait être d'un avis contraire.
Louis Buonaparte a régné quatre ans de plus
que son oncle (même en comptant le Consulat);
neuf ans de plus que Louis XVIII treize ans de
plus que Charles X; quinze mois de plus que
Louis-Philippe seize ans de plus que la seconde
République. En outre, il a possédé, dans une pro-
portion tout autre que les gouvernements anté-
rieurs, la faculté de se faire des créatures à l'aide
de prodigalités qui ne lui coûtaient rien et dont
les additions définitives ne sont pas encore réglées:
on ne connaît que les soustractions.
Eh bien! après Fontainebleau, après Waterloo,
après Sainte-Hélène, il y a eu, hélas pour
notre malheur!– des bonapartistes que la société
et le libéralisme d'alors n'ont pris que trop au sé-
rieux. La chute de Charles X a laissé intacte,
dans les âmes et dans les familles d'élite, une
fidélité qui dure encore. Les orléanistes, après
février, n'ont pas désespéré, et les hommes du
Al'RKSSEDAK
21
4 septembre me feraient taire, si je disais que les
malheurs de la République de 1848 avaient décou-
ragé leurs convictions républicaines. Au con-
traire, trouvez-moi, quatre semaines après la
capitulation de Sedan, un seul bonapartiste, c'est-
à-dire, entendons-nous bien, un seul homme
intelligent etsérieux, Français de cœur et d'esprit,
conservant une espérance de restauration impé-
riale vous ne le découvrirez qu'a Charenton. Le
procès est jugé la sentence est sans appel. L'irré-
vocable et l'irréparable ont mis cette fois les
scellés sur toutes les portes des Tuileries. Ce n'est
pas un état normal interrompu par un accident;
c'est un accident supprimé pour revenir à l'état
normal. Ce n'est pas un arbre.foudroyé, dont les
racines restent encore vivaces dans les profondeurs
de la terre c'est une branche pourrie qui se dé-
tache et se pulvérise.
Maintenant, que gagnent les peuples à accepter,
à subir ou à choisir des gouvernements d'aven-
ture sans cesse suspendus entre la nécessité de
réussir toujours et la certitude de tomber au
premier échec ? Ce sera le sujet d'une prochaine
lettre.
29 septembre 18iO.
SI PERGAMA
Les désastres qui nous accablent, les périls qui
nous menacent, prouvent tout ce qu'ily a de fatal,
pour les peuples, à accepter ces gouvernements
d'aventure, qui n'ont et ne peuvent avoir qu'une
raison d'être le succès.
Restons dans le domaine des généralités. Évi-
tons les noms propres, même celui qu'un récent
anniversaire rapprochait encore de nos cœurs.
Supposons seulement un souverain de race royale,
appuyé sur la tradition et le droit, étroitement
lié à la nation par une loyale réciprocité de de-
voirs, par cette longue série de souvenirs, d'ora-
ges, de prospérités, de malheurs, de victoires,
de revers, qui fait de l'histoire d'une monarchie
l'histoire d'un peuple et de dix siècles.
III
SI PERGAMAI..
23
Ce roi sera-t-il impeccable ou invincible, à
l'abri de ses propres passions ou des caprices de la
fortune? Assurément non il pourra être poussé
à une guerre malheureuse par la force des cir-
constances, par une erreur d'optique ou par ce
qu'on est convenu d'appeler /'<~<M national.
La guerre débute mal. On a étourdimentcalculé
les préparatifs, les approvisionnements, les pro-
portions numériques on perd, coup sur coup,
trois batailles, que nous nommerons, si vous ,le
voulez, Wissembourg, Forbach, et Reichsoffen.
Que fera le souverain ? La paix. Les hommes
du métier lui diront que ces défaites sont irrépa-
rables que les illusions peuvent être encore plus
funestes dans l'avenir que dans le passé que,
dans une armée.vaincue, le nombre des morts et
des blessés ne signine rien en comparaison du
découragement, des sourdes colères, de l'indisci-
pline, du désordre matériel et moral des survi-
vants qu'il en est d'une campagne mal commen-
cée comme d'une partie mal engagée ce n'est
pas en la continuant avec rage, malgré des chan-
ces de plus en plus mauvaises, que l'on peut se
rattraper; c'est en se résignant aux conséquences
.immédiates d'un échec et en se réservant pour'
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
24
une revanche qui se fait rarement attendre sans
quoi, ce 'qui n'était d'abord -qu'une perte peut
devenir une ruine.
Le souverain dont je parle n'hésite pas; il ne
peut pas hésiter. Que craindrait-il? Il sait qu'une
paix, même onéreuse, n'ébranle nullement son
trône, n'affaiblit pas le pacte séculaire qui l'unit
à la nation. C'est une douleur à supporter en
commun, une page triste à ajouter' à des pages
brillantes Pavie après Marignan, Malplaquet
après Rocroy, Rosbach après Fontenoy rien de
plus.
Voilà ce qui se serait passé en France, vers le
10 août, si nous n'avions pas eu une dynastie de
hasard, d'expédient, d'aventure, de coup d'État,
de contrebande et de rencontre. C'était le. vrai
moment de traiter dela paix. Mon cœur se serre
quand je calcule tout ce que nous aurions épar-
gné, en évitant ces huit semaines d'agonie. Que
dis-je, calculer? C'est impossible; l'Académie des
sciences tout entière n'y suffirait pas il faudrait
multiplier les zéros et les chiffres, comme les grains
de sable de la plage, comme les feuilles d'automne
chassées par le vent
Des torrents de sang inutilement versé.
SIPERGAMA!
25
2
La capitulation'de Sedan, unique dans l'his-
toire des humiliations d'un grand peuple.
La gloire de nos meilleurs généraux compro-
mise, aux dépens de la discipline et peut-être de
l'avenir. de notre armée.
Les inexprimables souffrances de nos prison-
niers, de nos places de guerre, des provinces
envahies par l'ennemi.
Une masse énorme de provisions et de muni-
tions tombées au pouvoir des Prussiens..
Paris même en admettant les chances les
plus favorables défiguré, mutilé, ruiné, perdu
pour la civilisation, les lettres, les arts, l'indus-
trie, pour ces colonies étrangères de Russes,
d'Américains, de nababs, qui venaient y dépenser
leurs fabuleuses richesses.
Un tiers de la France n'offrant plus qu'un amas
de décombres, des spectacles de désolation et de
deuil; ces délicieux bords de la Seine, delaMarne,
de l'Oise, transformés en déserts où fume l'in-
cendie, où sévit le pillage, où gronde le canon,
où les bois calcinés ressemblent à des repaires de
bêtes fauves, où régnent l'épouvant?, le désespoir
-et la mort..
Tous nos châteaux historiques profanés les
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
26
dalles du palais de Versailles retentissant sous
l'éperon des uhlans Guillaume ou Bismarck
couchant dans le lit de Louis XIV.
Même dans les départements non envahis, l'in-
quiétude des populations, le malaise universel,
la baisse de tous les produits, la stagnation des
aûaires, l'abandon des cultures, le néant des
transactions, la disparition des capitaux, la rareté
de l'argent, les angoisses du commerce, amenant
un total de pertes et de non-valeurs qu'on ne
peut chiffrer à moins d'un MILLIARD TOUS LES CINQ
JOURS.
Les exigences pécuniaires delaPrusse (j'aurais-
honte de parler des autres) s'accroissant logique-
ment de semaine en semaine, à mesure qu'elle
dépense davantage et qu'elle nous croit plus
désunis ou plus affaiblis.
Etc., etc., etc., etc.
Et remarquez que je ne compte ni la révolution
improvisée sous le coup des dépêches de Sedan, ni
la République, toujours suspecte aux finances, ni
les menaces de la démagogie, plus fatales que tout
le reste aux fortunes publiques et privées.
Qu'en dites-vous?
Voilà ce que nous aurions épargné, si le pays
SI PERGAMA!.
27
se fût trouvé dans une situation normale, si la
paix avait été faite à son vrai moment, le surlen-
demain de Reichsoffen et de Forbach.
Mais Louis Buonaparte ne pouvait pas la faire.
Il savait que cette paix, onéreuse, sinon humi-
liante, serait pour lui la déchéance; que sa sou-
veraineté équivoque et fragile, sans liens, sans
traditions, sans droits, sans principes, sans raci-
nes, née d'un souvenir de gloire, d'une promesse
de paix et d'une coalition d'intérêts, allait périr
au moment où il était prouvé qu'il n'avait su que
donner la guerre, trahir les intérêts et déshonorer
la gloire. Pour s'y résigner, il lui aurait fallu un
effort d'abnégation, de patriotisme, dont son
âme tortueuse était incapable. Au lieu d'encom-
brer l'armée de sa défroque impériale, il devait
esquisser rapidement, avec le roi de Prusse, les
préliminaires de la paix, revenir à Paris, convo-
quer les grands corps de l'État, avouer ses fautes,
en appeler d'un vain amour-propre national aux
droits de l'humanité, au salut de la France,
abdiquer, et poser lui-même les bases d'une Répu-
blique qui, dans ces conditions, eùt été un gou-
vernement, et non pas un chaos. A ce prix, peut-
être eût-il obtenu de l'histoire une sorte de réha-
LETTRES D'UN IKTERCEPTK
28
bilitatio~ approximative ou négative. Une l'a
.pas fait, parce que, s'il l'eût fait, il eût manqué
à la logique de sa situation, de son règne, de son
caractère, de sa vie.
Ce que je dis de l'ex-empereur pourrait se
dire aussi'delà. Républiquedu 4 septembre, œuvre
de surprise et de colère, escamotée plutôt qu'éta-
blie, éclose à la surface des populations irritées au
lieu de sortir des profondeurs du suffrage popu-
laire. Ici, je me tais, non par pe~r du citoyen
Cluseret, mais parce que nous ne devons rien
ajouter aux embarras d'hommes courageux et
honorables qui luttent contre l'impossible et
ont assumé une responsabilité formidable. Mieux
que moi, ils savent que le terrain risque, à tous
moments, de se dérober sous leurs pas; ils savent
tout ce qui leur manque pour pouvoir soutenir la
guerre, conclurela paix, rassurer les esprits, défen-
dre l'ordre, réprimer les violences, asseoir le gou-
vernement, suppléer à l'insum.sance des moyens
d'action par l'influence morale, éviter d'aggraver
par les agitations intérieures des périls de plus en
plus imminents. Ils savent, enfin, que nous som-
mes dans une épouvantable impasse, et que nous
ne pourrions nous en tirer qu par un miracle
SIPERGAMA!
29
2.
de la providence. Ce miracle, le méritons-nous?
Tourner contre la religion de paix et de charité,
contre l'Eglise désarmée, des fureurs enveni-
mées par le succès des Prussiens persécuter des
évèques, des couvents, des religieuses et des
prêtres, est-ce un bon moyen de fléchir les colères
divines, ou, pour parler un langage plus ter-
restre, de maintenir en France ce bon accord
sans lequel nous perdons notre dernière chance
de salut? A bientôt la réponse. Aujourd'hui,
hélas ce n'est plus Monte-Cristo ou Rocam-
bole c'est notre chère et noble patrie que nous
laissons en danger de mort, quand nous écrivons
la vieille formule La suite prochainement.
10 octobre 1870
PREMIER NUAGE
J'essayais, l'autre jour, d'indiquer comment, à
force de rompre avec les principes de droit et
d'hérédité, à force d'accumuler révolutions sur
révolutions, un peuple arrive à se préparer, pour
les moments de crise suprême, une situation ter-
rible qui centuple les périls et anéantit les moyens
de salut. Aujourd'hui, je voudrais montrer com-
ment ce même peuple, ou, si l'on veut, cette
démocratie, en persécutant la religion et l'Église,
commet un acte non pas d'impiété ceci lui
serait, hélas bien égal mais de lèse-patrio-
isme.
Point de phrases, n'est-ce pas ? A quoi bon ? A
quoi bon discuter, quand on ne parle pas la même
IV
PREMIER NUAGE
31
langue ? A quoi bon rappeler à ces vainqueurs
héroïques de moines et de religieuses que la reli-
gion est la seule puissance capable de raffermir et
de rasséréner les âmes aux heures de désastre et
d'écroulement universel que la patrie céleste est
le seul asile où puissent se réfugier les cœurs brisés,
déchirés, meurtris par les douleurs de la patrie
terrestre, et que, dans ce naufrage absolu de tout
ce qui fait aimer la vie, il ne reste plus que deux
classes de citoyens à qui il soit possible de garder une
parfaite quiétude les citoyens bandits, décidés à
profiter de l'anarchie, du chaos, voire de l'appro-
che des Prussiens, pour faire leurs petites affai-
res, et'les chrétiens, préservés de l'angoisse et du
désespoir par la certitude des promesses divines ?
Non, cet ordre de sentiments et d'idées n'est pas
de nature à fléchir ces esprits enivrés d'igno-
rance et de haine, pourris de mauvaises lectures,
endoctrinés par des ma! très plus coupablesqu'eux,
tristes ou hideux produits des passions de la dé-
magogie, des chimères du communisme, des avor-
tements de la République, des corruptions de
l'Empire, du contraste irritant des souffrances
populaires avec le luxe insolent des enrichis, des
courtisans et des parvenus. Raisonnons autre-
LETTRES D'UX INTERCEPTÉ
32
ment; il n'y a, il ne peut y avoir'entre ces
hommes et nous qu'un seul point de contact
l'horreur de l'invasion, le désir. ardent de voir
la France délivrée de ses ennemis, la volonté de
tout sacrifier aux vrais intérêts de la défense
nationale. C'est sur ce point unique que nous pour-
rons peut-être nous entendre.
L'immense majorité des Français est catholi-
que. Ah! je sais ce qu'on va me répondre la
grande majorité de ces catholiques est indiffé-
rente, et bon nombre de ces indifférents est hos-
tile. Soit. Tout ce que je vous prie de m'accor-
der, vous qui abusez de cette formule agaçante,
si cruellement démentie par l'attitude de certaines
provinces et de presque toutes les villes envahies
par les Prussiens « La France va se lever comme
un seul homme » c'est que, pour justifier cette
métaphore, il faut que ce seul homme, fait d'une
dizaine de. millions, ne soit pas tiraillé en sens
contraires; que son cœur ne soit pas d'un. autre
avis que son cerveau, et que ses jambes n'ail-
lent pas à gauche, quand sa tête veut aller à
droite. Oui, la France abesoin de tous ses enfants,
du zouave pontifical, rendu à son pays par l'o-
dieux guet-apens italien, aussi bien que du bel-
PREMIER NUAGE
33
esprit du boulevard Montmartre; des compagnons
de Cathelineau et de Stofflet tout autant que des
lecteurs du Siècle; des paysans bretons qui disent
leur chapelet non moins que des loustics d'esta-
minets qui ne savent pas ce qu'ils disent.
Maintenant, qu'est-ce qu'un catholique? Vous
vous ngurez sans doute un homme hébété par
des pratiques superstitieuses, abruti par l'in-
fluence des prêtres, incapable d'idées généreuses
ou élevées, et, par conséquent, indigne de concou-
rir à la défense du pays, qui sera probablement
mieux défendu par les buveurs d'absinthe, lestri-
poteurs de Bourse, les agioteurs du passage de
l'Opéra, les épicuriens de coulisses, les habitués
de cafés chantants et de boudoirs, et générale-
ment les hommes préparés à la lutte, à l'abné-
gation, aux privations, aux sacrifices, par le culte
invétéré des jouissances matérielles.
Non le catholique, c'est le noble et vaillant
coreligionnaire des Montalembert, des Lamori-
cière, des Dupanloup, des Ozanam, des Lacor-
daire, des Ravignan, des Bonald, des Joseph de
Maistre, des Chateaubriand, c'est-à-dire des
hommes qui, dans notre siècle, ont le plus honoré
la naturehumaine. Etes-vous effrayé deces grands
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
34
noms? Vous faut-il une explication plus catégori-
que ? La voici, en quelques lignes admirables,
écrites tout récemment par un de ces jésuites
que vous insultez < La religion se présente
au catholique avec un caractère de vie, d'actualité,
de présence intime et réelle dont rien ne peut
donner l'idée à l'incrédule. Pour le catholique, la
divine personne du Christ est aussi présente
qu'elle l'était aux disciples qui vécurent avec lui
sur les bords des lacs de Palestine ou dans les
bourgades de la Galilée. Ses relations avec chacun
de nous sont aussi multipliées et aussi person-
nelles que l'étaient alors ses relations avec cha-
cun d'eux. Il vit dans l'Église; il prie, il attend,
il aime, il se donne dans l'Eucharistie. Il pardonne,
il console, il bénit dans les sacrements. Les sen-
timents d'amour, d'espérance ou d'appréhension
que la religion suscite dans l'âme du catholique
reposent sur des objets qui, bien qu'invisibles, lui
sont, par la foi, aussi présents et aussi familiers
que les plus présentes et les plus familières réa-
lités de la vie. » Rien de plus vrai, et je
regrette de ne pouvoir citer en entier cette belle
Le R. P. Escalle. ~<M~M Religieuses.
PREMIER NUAGE
35
page. Essayez donc d'ôter au catholique cette
condition permanente de force, de tendresse,
d'activité morale ce ressort de toutes ses actions
visibles, dirigées par l'invisible guide; cette vie
intime de la conscience et de l'âme, étroitement
liée à la vie extérieure; que lui laisserez-vous?
le vide;' et ce vide, ô puissants démolisseurs, avec
quoi le remplirez-vous ?
Maintenant comptons.
Retranchez, si vous le voulez, les neuf dixièmes
des catholiques de France, comme n'étant catho-
liques que de nom. Supprimez les femmes, les en-
fants, les vieillards, les infirmes nous aurons
encore au moins cinq cent mille hommes valides,
énergiques, animés des sentiments qui font les
soldats invincibles; car il se résument,, suivant la
magninque parole de Montalembert, dans un su-
prême effort de l'homme vers quelque chose de
plus grand que lui. Or, c'est quelque chose, dans
les circonstances actuelles, que cinq cent mille
combattants; la moitié de ce million, qui suffi-
rait à couper les communications prussiennes,
à couvrir le Midi et le Sud-Ouest, à délivrer
Metz~â dégager Bazaine, et à prendre entre deux
feux l'ennemi campé sous Paris; cinq cent mille
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
36
combattants, que l'on peut caractériser, en quel-
ques mots « Ils préfèrent leur patrie à tout, à
leur fortune, à leur vie, à leur bien-être, à leurs
affections personnelles mais ils préfèrent leur
religion à leur patrie, ou plutôt leur patrie et
leur religion ne font qu'un, et frapper l'une, c'est
détruire l'autre. »
Comprenez-vous à présent persécuteurs des
couvents, de l'enseignement libre et de l'Église,
le mal que vous faites à votre pays, à votre propre
cause, en dehors de toute question de dogme,
de sentiment, d'honneur, d'humanité et de jus-
tice ? Vous découragez de la défense nationale
des hommes qui vous sont nécessaires. Ne dites
pas que vous pouvez vous en passer; l'évidence
parle contre vous. Voici une comparaison qui
saute aux yeux et qui doit vous taquiner quelque
peu. Il est de notoriété publique que les départe-
ments les plus indifférents en matière de religion
sont ceux qui entourent Paris tous, libres-
penseurs de village, n'entrant à l'église que le
jour de leur naissance et le jour de leur mort,
pour se faire baptiser et enterrer. Il semblait aussi
qu'ils dussent être les plus intéressés à la défense,
les plus aisément ennammés au contact du patrio-
PREMIER NUAGE
37
3
lisme parisien. Hélas! nous voyons le contraire
Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, l'Oise, le Loir-
et-Cher, l'Aisne, la Somme, le Loiret, se défen-
dent à peine ou se sont à peine défendus. Les
principales villes ouvrent leurs portes; les
paysans s'enfuient. Chartres et Amiens reçoivent
les mobiles avec une sorte de consternation et de
colère, semblables à la femme de Sganarelle, à
qui il plaisait d'être battue. Au contraire, on
pourrait croire que les braves enfants de la Ven-
dée et de la Bretagne n'ont aucun intérêt direct
dans cette lutte. Ils savent que les Prussiens pos-
sèdent trop à fond le génie de la réquisition et du
pillage pour aller partager leur pain de blé noir
et leur piquette de cidre. Eh bien! vous les verrez
au feu, si vous. y êtes, ce qui n'est pas sûr. Le
seul détail qui pourrait les refroidir, ce serait
d'apprendre, avant de se battre pour la France,
que la France, quand il l'auront sauvée, aura
cessé d'être chrétienne.
Car c'est là que je dois en revenir, comme
conclusion de cette lettre. Pour sauver cette
France agonisante, nous sommes prêts à nous sai-
gner aux quatre veines, à accepter avec joie
tous les sacrifices, mais à une condition c'est
LETTRES D'UN IKTERCEPTË
38
qu'il y aura encore une France c'est qu'on n'y
aura pas détruit, profané ou menacé tout ce qui
nous attache à la terre natale. Or,laFrance n'exis-
terait plus, le jour où, nos églises fermées, nos
autels brisés, nos prêtres outragés, nos sanctuai-
res pillés, notre foi blasphémée, on ne rencontre-
rait plus dans ce qui fut la France que des Prus-
siens rapaces et des démagogues athées une four-
milière et une pétaudière; l'uniforme noir et le
drapeau rouge; la couleur du deuil et la couleur
du sang.
5 octobre 1870.
Je désire ardemment me tromper, et je bénirais
le ciel si chaque phrase de cette lettre était dé-
mentie, quand elle paraîtra, par de grands succès,
annoncés autrement que sous cette formedubitative
etconditionnelle, trop fertile en mécomptes Cent
mille Prussiens auraient été mis hors de combat
par trois gardes mobiles. Deux francs-tireurs,
embusqués dans un bouquet de bois, auraient tué,
d'un seul coup de fusil, le roi Guillaume, le prince
royal, le prince Frédéric-Charles et le comte de
Moltke. M. Thiers reviendrait de Saint-
Pétersbourg, ramenant dans ses malles deux cent
mille cosaques, qui vont exterminer les Prus-
siens.
La viande & si abondante à Paris,
LES ILLUSIONS
V
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
40
que Véfour vient d'abaisser de 75 centimes le
prix de ses beefsteaks et de ses entre-côtes.
Les Prussiens, séduits par la douceur des paysans
du Loiret, auraient donné à chacun de ces bra-
ves gens cinquante thalers. M. de Bismark,
mieux renseigné ou mieux conseillé, nous a~a~
offert la paix aux conditions suivantes cession à
la France de la rive gauche du Rhin Toul et
Strasbourg reconstruits aux frais de la Prusse;
la Confédération des États allemands s'engageant
solidairement à nous payer quatre milliards si
gnature du traité de paix à Berlin, occupé jus-
qu'au 1" janvier 1872, par l'armée de Bazaine.
Etc., etc., etc.
Dans tous les cas, mes remarques garderaient
leur sens philosophique, et il est malheureuse-
ment. bien difficile de supposer que, si elles sont
vraies le 7 octobre, elles seront fausses le 15.
Un des traits caractéristiques de cette abomi-
nable guerre, c'est notre persistance à nous faire
illusion, malgré les faits, malgré l'évidence, en
dépit de notre intérêt le plus urgent, aux dépens
de notre seule chance de salut, alors que notre
expérience, notre raison, notre patriotisme même,
devraient parler plus haut qu'un vain amour-
LES ILLUSIONS
41
propre. La question, je le sais, est délicate et dan-
gereuse. On risque, en y touchant, de froisser
des fibres saignantes, de soulever des colères en-
névrées par le malheur, de heurter le sentiment.
public, d'encourir d'injustes soupçons, d'être ac-
cusé dé tiédeur ou de froideur sur le chapitre de
cette fameuse défense nationale dont on parle tant
et qui se précise si peu. N'importe il y a plus de
courage à dire la vérité qu'à la dissimuler ou a.
la taire. Prêcher contre l'illusion, ce n'est pas
conseiller une lâcheté, c'est conjurer un péril.
Illusions au départ On eût dit que nous allions
à une 'promenade militaire, à la conquête du
grand-duché de Gerolstein ou de la principauté
de Monaco. La plus légère objection, blasphème
Demander si nous étions prêts, c'était parler en
poltron et en traître. MM. Thiers et Jules Favre
en savent quelque chose, eux que l'on invoque
aujourd'hui comme des sauveurs, et qui furent
alors dénoncés à l'indignation publique. Cette
illusion préventive, trop conforme au caractère
français, était en outre surexcitée par la presse
impérialiste et par ces funestes journaux a
.M~'OM, qui, après avoir, en temps de paix, gan-
gréné la société et démoralisé la littérature,
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
42
s'amusaient, dans un intérêt de boutique, à rendre
la guerre aussi menteuse qu'un roman de Gabo-
riau ou de Ponson du Terrail.
Illusion après les premières défaites Trois
corps d'armée étaient détruits, d'énormes approvi-
sionnements tombés entre les mains des Prus-
siens le prestige deMac-~Jahon amoindri l'em-
pereur convaincu d'aveuglement, d'imprévoyance
et d'ineptie les soldats criant à la trahison la
discipline compromise pour tout le reste de la
campagne; les troupes françaises, à qui le suc-
cès est plus nécessaire qu'à d'autres, perdaient
cent pour cent de leur valeur; l'ennemi, sur notre
territoire, inaugurait le régime des réquisitions
en nature et en argent. Bagatelles ce n'était
pas la peine d'en parler un léger avertissement,
une épreuve sans conséquence où allaient se
retremper'la vigueur de nos résolutions et la for-
tune de nos armes. 11 nous restait trois fois plus
que le nécessaire pour venir à bout de messieurs
les uhlans. Et en avant la Marseillaise, chantée
par M. Faure, lequel, j'en conviens, eût assuré
notre triomphe, si les victoires se décidaient par
les barytons, et non par l'artillerie
Illusion pendant ce mois si pénible et si lourd
LES ILLUSIONS
43
qui va-de Forbach à Sedan. Chaque jour, une
magnifique nouvelle, qui s'évaporait le lendemain,
sans qu'il fut même possible de s'informer de ce
qu'elle était devenue. Illusion, que j'avoue
avoir partagée, au sujet de ces déniés de
l'Argonne, de ces passages des Ardennes et des
Vosges, resserrés entre des hauteurs à pic, et où
il suffisait, disait-on, de quelques centaines de
francs-tireurs pour anéantir toute une armée
Illusion à propos de la résistance des villes alsa-
ciennes, lorraines et champenoises, des paysans
du Bas-Rhin, de la Moselle et de la Marne,
qui devaient donner d'héroïques exemples à tou-
tes nos populations urbaines et rurales Illusion,
d'après laquelle nos ennemis auraient été d'au-.
tant plus découragés qu'ils voyaient le succès
dépasser leurs rêves, d'autant plus affamés qu'ils
commençaient à s'engraisser au détriment des
pays conquis, d'autant .plus exposés à s'enfuir
vers Berlin qu'ils étaient 'plus près d'arriver à
Paris. Quelquefois, l'illusion prenait des formes
que l'on pourrait appeler plaisantes; si notre si-
tuation comportait autre chose que la douleur, les
larmes et le deuil. C'est ainsi que j'ai lu, de mes
propres yeux lu, dans un journal du 9 septembre,
LETTRES D'UN INTERCHt'T~ I~
44
que la saison y~o~ygM~e approchait à grands
pas, et allait nous délivrer des Prussiens. Le
9 septembre la saison par excellence dans notre
malheureuse France, dont 1s climat même cons-
pire pour ses ennemis. Un peu plus tard, on
représentait comme menacés de toutes les variétés
de rhumatismes et de sciatique les soldats de
Guillaume, forcés de coucher sur la dure, à la
belle étoile et cela au moment où, maîtres de tous
les environs de Paris, ils pouvaient, à leur choix,
loger chez le bourgeois ou dans les innombrables
casernes de Courbevoie, de Rueil, de Saint-Ger-
main, de Compiègne, de Rambouillet, de Ver-
sailles et autres lieux!
Illusion partout et toujours, jusques au coup
de tonnerre de Sedan.
Après cette catastrophe inouïe, croit-on que
les yeux se dessillent ? Non. L'illusion change
alors de terrain, et se rattrape sur l'intérieur.
Ce qui nous perdait, c'était l'Empire ['Empire
tombé, la République proclamée, la France se
6
gouvernant elle-même, les choses allaient changer
de face et nos lauriers reverdir. Hélas on sup-
primait à plaisir trois petits détails le premier,
c'est que, étant données nos habitudes bureau-
LES ILLUSIONS S
45
3
cratiques, un changement radical de gouverne-
ment, même pour aller du mal au mieux, entrai-
nait forcément une perte considérable du temps
le plus précieux qui ait jamais été compté à un
peuple pour s'achever ou se sauver; le second,
c'est que la République, dont je suis loin de mé-
dire, éveille immédiatement une idée de emue-
ménage, de désobéissance, de désordre, de dislo-
cation générale, peu favorable à l'unité et au
succès des opérations militaires le troisième
enfin, c'est que l'illusion de 1792 est peut-être la
plus décevante de toutes; que cet éternel refrain:
« Nous sommes les fils des hommes de 92 peut
aller de pair avec celui-ci « La France se levant
comme un seul homme. »
On s'obstine à oublier, non seulement que notre
pays, énervé par les dix- huit années du régime
impérial, amolli par des habitudes de bien-être,
perverti par le culte. des jouissances matérielles,
ne ressemble plus à cette jeune et ardente géné-
ration de 1792, poussée par un invincible instinct
vers des destinées nouvelles; mais que la guerre
se faisait alors dans des conditions toutes diffé-
rentes de celles d'aujourd'hui que les lenteurs
et les hésitations de l'ennemi permettaient aux le-
LETTRES D'UN INTERCEPTÉ
46
vées en masse de s'organiser et de s'aguerrir avant
de combattre que cet ennemi, commandé à la
diable d'après des méthodes surannées, ignorait
complètement la topographie de nos provinces
dont chaque officier prussien a maintenant une
carte dans sa poche; qu'il n'y avait alors ni che-
min de fer, ni grandes routes, ni routes départe-
mentales que le pays, couvert de bois et de fu-
'taies, sans communication d'un point stratégique
à un autre, se prétait merveilleusement à une
guerre de partisans contre les armées régulières
que ces armées, au lieu d'être parvenues, comme
aujourd'hui, à cette précision mathématique qui
les a fait qualifier d'horlogerie à mitraille, en
étaient encore à l'enfance de l'art, et que dès
lors, la bravoure, le chez-soi, l'élan patriotique,
l'initiative individuelle ou collective, le sentiment
de la défense nationale, n'avaient pas à se briser
contre la supériorité numérique, l'exactitude des
plans de campagne, les prodiges de la force aidée
par la discipline et la science.
Que d'illusions en moins de trois mois sans
compter celles que j'oublie ou dont le détail nous
mènerait trop loin! Que de déceptions, aigries,
envenimées par cette colère trop naturelle chez
DESILLUSIONS
47
uri peuple habitue à la victoire et enclin à s'en
prendre de ses malheurs à tout et à tous, excepté
à lui-même Et, dans ces déceptions, traduites
en langue démagogique, exploitées par les pas-
sions révolutionnaires, que 'd'éléments de calami-
tés nouvelles
7 octobre 1870.

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