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Lettres de Benjamin Constant à Madame Récamier

De
276 pages

« 1er septembre 1814.

Voici le Mémoire ; ne me le renvoyez pas ; il pourrait se perdre, parce que je suis obligé de sortir. J’irai le prendre à l’heure que vous voudrez, et nous le lirons ensemble. Savez-vous que je n’ai rien vu durant cette vie, déjà si longue, et que vous troublez, rien au monde de pareil à vous ? J’ai porté votre image chez M. de Talleyrand, chez Beugnot, chez moi, partout. J’en suis triste et presque étonné.

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Benjamin Constant

Lettres de Benjamin Constant à Madame Récamier

PRÉFACE

......... Suprema voluntas   
Quæ mandat fierique vetat, parere necesse est.

 (L’empereur AUGUSTE.)  

Une volonté, ou seulement un désir exprime par ceux dont la mort nous sépare, m’a toujours paru sacré. C’est un engagement accepté, qui ne relève que de l’éternité, et dont rien ne nous délie. C’est un appel parti de la tombe, auquel nous devons satisfaire. En nous chargeant de ce qu’ils souhaitaient, ceux qui ne sont plus là ont compté sur nous ; ils ont espéré que notre âme, continuant la leur, accomplirait l’action qu’ils avaient résolue. Dans l’immobilité du sépulcre, ils se reposent sur notre activité qui leur survit, les ranime et les perpétue.

Il nous est permis de combattre les opinions et les sentiments des êtres que nous respectons le plus ici-bas ; tant qu’ils peuvent nous répondre, la lutte est un droit ; nous ne leur faisons pas violence, nous espérons obtenir leur assentiment par la persuasion. Mais quand ils ont disparu, il serait impie d’interpréter, de contraindre et de plier à la nôtre leur pensée, qui n’a plus de voix pour résister. Qui nous dit qu’être désobéis ne leur est pas une souffrance dont ils nous accusent ? Y eût-il pour nous préjudice, nous soumettre est un devoir. C’est là ce qui a constitué chez tous les peuples la vénération des morts.

Tel est le motif déterminant de la publication que je fais aujourd’hui. Celle qui m’en confia le soin a toujours porté jusqu’au scrupule le respect des morts ; conciliante et douce, par nature, elle savait défendre les amis qu’elle avait perdus avec une fermeté et un courage qui bravaient, à l’occasion, ses amis vivants. En remettant entre mes mains l’acte qu’on va lire, elle y fut décidée par les inimitiés privées et publiques qui s’acharnèrent un moment à la réputation de Benjamin Constant.

« Je donne à madame Louise Colet la copie des lettres de Benjamin Constant, me confiant à elle pour en faire l’usage qu’elle jugera le plus convenable à sa mémoire, mais avec la condition que ces lettres ne pourront être ni communiquées ni publiées qu’après moi.

Cette preuve de confiance étant toute personnelle, si, contre toute vraisemblance, je survivais à madame Louise Colet, la copie des lettres de Benjamin Constant me serait rendue et redeviendrait ma propriété.

Approuvé l’écriture,

Signé : J. RÉCAMIER.

17 juillet 1846. »

La volonté est expresse, elle est écrite, elle est signée par celle qui n’est plus ; les obstacles qui retardèrent l’exécution de cette volonté sont applanis et désormais impossibles ; ils ont été annulés par des publications antérieures qu’il est inutile de rappeler ici1.

Ces lettres furent revues par madame Récamier et annotées par moi, sous ses yeux ; j’écrivis, pour ainsi dire sous sa dictée, et d’après des documents qu’elle choisit elle-même, l’introduction qui va suivre.

 

LOUISE COLET.

Paris, septembre 1863.

INTRODUCTION

INTRODUCTION ÉCRITE EN 1845 SOUS LES YEUX DE MADAME RÉCAMIER ET D’APRÈS DES DOCUMENTS COMMUNIQUÉS PAR ELLE

Plus d’une étude a été faite sur Benjamin Constant. Un de nos célèbres critiques1 semble avoir épuisé toutes ses finesses d’aperçus pour nous peindre cette noble et intéressante figure ; il nous initie aux premières passions de Benjamin Constant, à ses relations avec madame de Charrière, puis à son admiration naissante pour madame de Staël, qui se transforma bien vite en un sentiment plus tendre et devint enfin un orageux amour. Soit discrétion, ou faute de documents pour continuer l’analyse de cette nouvelle phase de la vie intime de l’illustre publiciste, après maintes remarques ingénieuses sur ce cœur mobile, sur cet humoriste et charmant esprit, l’éminent critique a conclu, un peu aventureusement peut-être : que Benjamin Constant n’est plus à connaître désormais, qu’il sort de là tout entier, confessant le secret de sa nature. Or, à l’époque où Benjamin Constant rencontra madame de Staël et cessa d’aimer madame de Charrière, il avait vingt-sept ans ! Est-ce à cet âge que le cœur n’a plus rien à apprendre des passions ? Est-ce que ce jeune homme fantasque, railleur, sceptique, et encore tout empreint de l’esprit d’ironie et d’incrédulité du dix-huitième siècle, en commençant la vie, ne peut pas devenir le politique convaincu, le philosophe spiritualiste de l’ère nouvelle qu’enfanta la Révolution ? Est-ce que son esprit, se modifiant en ce sens, n’a pas dû naturellement influer sur son cœur, et rendre ses sentiments, en amitié comme en amour, plus sérieux et plus profonds ? Déjà, quand il connaît madame de Staël, son émotion s’élève, son cœur s’agrandit ; il se dépouille auprès d’elle de sa légèreté d’esprit, et l’âge ne fait qu’ajouter à ses facultés aimantes et passionnées.

Nous l’avançons hardiment, parce que les lettres que nous publions aujourd’hui en sont des preuves irrécusables : l’amour le plus vrai, le mieux senti, celui qui remua dans son âme le plus de souffrances, de dévouement, de généreuse exaltation, fut l’amour qu’il ressentit au déclin. Jusqu’ici cet amour a été peu ou mal connu ; on ne saurait l’apprécier que sur le témoignage même de l’homme qui l’éprouva, comme il a été fait pour le sentiment que lui inspira madame de Charrière ; mais dire que de ce premier sentiment ressort tout entier le cœur de Benjamin Constant, c’est comme si, jugeant tout Jean-Jacques sur madame de Warens, on retranchait madame d’Houdetot.

Il nous semble qu’on pourrait reprocher aussi un autre genre d’inexactitude à ceux qui jugent Benjamin Constant d’une manière trop rigoureuse d’après sa carrière politique et ses écrits. Tous les hommes d’imagination sont enclins par nature à s’occuper un peu trop d’eux-mêmes, à décomposer leurs sentiments, à les interpréter en tous sens et à nous les transmettre ainsi fractionnés et altérés. Le plus souvent on s’efforce de paraître meilleur qu’on ne l’est en réalité ; mais parfois aussi, quand le caractère y dispose, on est sceptique et sévère envers soi-même comme envers autrui ; on se voit en mal, et on se peint de même ; on fronde jusqu’à ses qualités ; on les passe au creuset de la réflexion, pour y chercher l’alliage qui souvent n’y est pas, et que trop de délicatesse d’examen y fait apercevoir : et de cet abus d’une perspicacité exigeante résulte la peinture inexacte d’un cœur qui, à force d’interroger scrupuleusement ses sentiments, se plaît à se dénigrer, à se faire mauvais à plaisir. Il est bon de connaître nos faiblesses pour les vaincre, mais il n’est pas bon de se complaire à les étudier et à les décrire ; on court risque de cesser d’en être révolté, et de s’y habituer à force d’en nourrir son esprit. C’est là le type d’Adolphe, en qui peut-être on a trop voulu constater la nature de son auteur.

Il faut avouer pourtant que Benjamin Constant était un de ces cœurs toujours prêts à médire d’eux-mêmes, et portés à traduire le doute qu’ils ont de leur propre valeur, par un tâtonnement dans la vie qui fait aboutir les intentions les plus droites à de déplorables incertitudes : « Je trouvai, a-t-il dit quelque part, qu’aucun but ne valait la peine d’aucun effort »

Quand de pareilles natures ont essayé de se déprécier elles-mêmes, soit dans la causerie parlée, soit dans la causerie écrite des lettres intimes, il faut se garder de les croire entièrement ; et si l’on veut arriver à une appréciation vraie et équitable de ces cœurs ardents et mobiles, on doit réunir et peser leurs émotions diverses.

Dans la carrière politique de Benjamin Constant, comme dans sa vie privée, la contradiction n’est souvent qu’apparente. Les idées le préoccupaient plus que les hommes ; en restant fidèle à ses idées, il pensait le rester aussi à ses opinions, oubliant trop qu’on le jugerait d’après ses actes.

Comme doctrine, sa politique est restée immuable. Durant sa longue opposition qui s’essaya au Tribunat2, qui continua d’année en année, qui fut un moment interrompue par la révolution de 1830, et qui recommençait lorsque la mort l’arrêta, c’est toujours le même homme. Il n’a varié que dans l’attitude et s’est mépris sur les moyens d’action. La doctrine qui le guide s’égare parfois dans l’espérance impossible d’être adoptée par des gouvernements incompatibles avec elle. Mais, pour qui veut y regarder attentivement et sans parti pris, Benjamin Constant fut incorruptible dans son attachement à la cause libérale, dans sa foi ardente au droit, à la justice, à la raison, à la perfectibilité de l’humanité3. Pendant quinze ans, on le vit à la tête de cette imposante lutte parlementaire que la liberté soutint contre la Restauration.

Ces quinze ans de stabilité de conduite l’absolvent de quelques variations apparentes. On oublie trop vite en France les dévouements glorieux ; l’esprit de dénigrement est trop prompt à rabaisser les grandes renommées. Il faut voir l’ensemble de la vie d’un tel homme et ne pas s’ingénier aux détails.

On a reproché vivement aussi à Benjamin Constant la mobilité de ses sentiments religieux, dont on prétend retrouver les preuves dans son Histoire des religions. Ici encore, comme en amour, comme en politique, il est de bonne foi dans ses changements. De ses convictions temporaires on ne saurait conclure qu’il ne fut pas convaincu. Nourri, tout enfant, de l’esprit des encyclopédistes, il fut d’abord systématiquement incrédule ; plus tard, en étudiant à fond dans l’immense bibliothèque de Gœttingue l’histoire de toutes les religions, il se rallia à la nécessité des cultes successifs. Il en trace un tableau plein de déductions ingénieuses et claires ; avec une synthèse plus ferme, il aurait pu faire de son livre l’Esprit des religions, comme Montesquieu fit l’Esprit des lois. Le soume et l’ardeur de M. de Bonald et de M. de Maistre manquent à Benjamin Constant. Sa foi ne vient pas de la même source. Sceptique au début, puis tolérant, il finit par reconnaître l’utilité des religions et par constater leurs bienfaits4. C’est beaucoup pour un esprit philosophique.

Revenons à ses sentiments intimes. Il avait été séduit par madame de Charrière ; ébloui et dominé par madame de Staël ; il fut pris tout entier par l’ineffable beauté et la douceur tranquille de madame Récamier. Il l’avait connue à Coppet, auprès de son amie, et touché, dès lors, peut être épris mais discrètement et retenant pour ainsi dire son cœur, il avait tracé d’elle le portrait suivant5 :

« Parmi les femmes de notre époque que les avantages de la figure, de l’esprit ou du caractère ont rendues

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