Lettres sur l'histoire. Esquisse historique sur l'état de l'Europe, depuis le traité des Pyrénées jusqu'à celui d'Utrecht / , par Henry Saint-Jean, lord vicomte Bolingbroke, traduites de l'anglois. Tome premier. Sur l'étude & l'usage de l'histoire [-Tome second. Esquisse historique de l'état de l'Europe depuis le Traité des Pyrénées jusqu'à celui d'Utrecht]

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[Paris, veuve de Noël Pissot] M. DCC. LII.. 1752. 2 t., front. ; in-8.
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Publié le : samedi 1 janvier 1752
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t ÊTTRES
SUR L'HISTOIRE*
PAR HENRY SAINT-JEANi
LORD VICOMTE
jB.OLINGBROKEf
Traduites de l'Anglois»
TOME SECOND.
E/quife hiporique de l'état de PEu-
rope depuis le Traité des Pyrénées
lufqu'a celui d'Utrecht.
M.DCC. LII.
TABLE
PU TOME S-ECOND,
.LETTRE septième ,'Efqtdfe hljlo'
riquede {état de depuis
le Trdité des Pyrénées en Jt6j5>
jufqiià L'dnnée 1688.
LETTRE huitième continuation du
même fujet depuis i688jufqu'en
LETTRES
Tome IL. A
LETTRES
SUR L'HISTOIRE.
LETTRE SEPTIE'ME y
E/quife kijîorique de r état de V Europe
depuis le Traité dcsPyrenéeseniôjp
jufqu'à l'année 1688.
La premiere obfervation que je
ferai fur notre troifiéme période de
l'Hiftoire moderne, c'eft que, comme
l'.attention & l'inquiétude des Puif,
fances de l'Europe eut principalement
pour objet, pendant la premiere dg
FIL
ces périodes, l'ambition de Cbarles-î
Quint qui réaniflbit en fa personne
toute la puiffance de la Maifon d'Au-
triche, & enfuite fefprit turbulent, la
cruauté & l'intolérance de Philippe II
fon fils; & comme l'ambition de Fer-
dinand II & de Ferdinand III s'at-
tira la même attention & caufa la
même inquiétude pendant la féconde
période ces deux Empereurs ne vi-
fant à rien moins, qu'à exterminer le
parti Protestant., & fous ce prétexte
àfubjuguer toute fAllemagne; ainfi
l'affaire principale de l'Europe, pen-
tiant la plus grande partie de la pé-
riode préfente a été de mettre oppo-
fition à l'accroiffement de la puiflance
ce la France, ou pour parler plus pros
prement, à l'exorbitante ambition de
la Maifon de Bourbon.
SVR y
Le projet d'afpirer à la Monarchie
aniverfelle fut imputé à Charles-
<2uint,auffi-tôt qu'il commença à don-
mer des preuves de fon ambition &
de fa capacité le même projet fut in>-
putéà Louis XIV, auffi-tôt qu'il com-
mença à fentir fa propre force & la
foibleffe de fes voifins. Je crois qu'au-
cun de ces Princes ne fut porté ni par
les flateries de fes Courtifans, ni par
les appréhenfons de fes adverfaires,
à fe repaître d'un projet auffi chimé-
rique que celui-là fauroit été, à pren-
dre même les termes de Monarchie
univerfelle dans le fens faux qu'on
lui donne fi fouvent & je me trom-
pe très-fort fi l'un ou l'autre étoit d'un
caraâere ou dans une pofition à l'en-
treprendre. L'un & l'autre avoient
fort à cœur d'élever de plus en plus
4 Lettré VIL
leurs familles & d'étendre leur empi-
re; mais ni l'un ni l'autre n'avoit cette
ambition déterminée & hafardeufe
qui fait le Conquérant & le Héros.
Cependant ces allarmes furent don"
nées fagement & prifes utilement
On ne fauroit les donner, ni les pren-
dre trop tôt quand il-s'éleve des Pui£>
fances comme celles-là; parce que
fi de telles Puiffances font affiégées
de bonne heure par la politique com-
mune &la vigilance de leurs voifins,
chacune d'elles à fon tour pourra dans
fa force faire une fortie & gagner un
peu de terrein mais aucune ne fera
capable de poafler loin fes conquêtes,
& beaucoup moins de confommer en^
tierement les projets de fon ambi-
tion.
Outre foppofirion que Charles-
SVk îHlSTOI R£. J
Tome IL B
Quint rencontra en différentes occur-
rences de la part de notre Henri VIII,
felon les différentes boutades de l'hu-
meur où il fe trouv.oit de la part des
Papes felon la diverfité de leurs inté-
rêts particuliers & de la part des
Princes d'Allemagne, felôn les occa-
fions ou les prétextes que la Religion
ou la liberté civile leur en fournirent;
dès le commencement de fon Regne,
il eut en François I un Rival & un
ennemi, qui ne défendit point fa cau-
fe d'un air ni d'un ton à faire pitié*,
comme nous avons vu de nos jours la
Maifon d'Autriche mandier du fecours
pour fes Etats aux portes de tous les
Palais de l'Europe. François I joua le
principal rolle dans fes querelles, en-
tretint fes Armées à fes propres dé-
• In forma paupa-'u.
6 LETTRE FIL
pens combattit en perfonne à la tété
de fes Troupes, & quoique fa valeur
n'ait pas feule empêché Charles Quint
de fubjuguer toute fEurope ( comme
Bayle l'allure quelque part*), mais
qu'une multitude d'autres circonflan-
ces qu'il eft aifé de fuivre dans l'Hit,
toire y ayent concouru il contribua
néanmoins par fes vi&oires, & même
par fes défaites, à confumer la force
& à arrêter les cours des progrès de
cette Puiffances.
Louis XIV ne trouva point de Ri-
val de cette efpece dans la Maifon
d'Autriche & n'eut effeâivement au-
cun ennemi de cette importance à
combattre, jufqu'à ce que le Prince
Soit par une flatterie afifèûée foit parce
qu'il n'excelloit pas dans la Politique com-
me dans la Littérature.
SV& £ÎîzSTOIRE. 'f
B ij
d'Ôrange devint Roi de la Grande-
Bretagne ;&il eut de grands avantages
à plufieurs autres égards, qu'il eft né-
ceflàire de confidérer afin de porter
un jugement vrai fur les affaires de
l'Europe depuis l'an mil fix cens foi-
xante. Vous trouverez dans la con-
duite des deux Cardinaux Richelieu
& Mazarin, les premiers de ces avan-
tages & ceux d'où dérivèrent tous les
autres. Richelieu forma le grand
projet & pofa les fondemens
Mazarin fuivit le projet & éleva l'E-
difice. Si.je ne me trompe extrême-
ment, Monfieur, il y a peu de traits
dans l'hiftoire qui méritent plus votre
attention que la conduite que tint le
premier & le plus grand de ces Mi-
hiftres en pofant les fondemens dont
je parle. Conûderez comment il aida
8 LZTT XZ Vit
à embrouiller les affaires de tous cô*
tés, & à tenir la Maifon d'Autriche,
pour ainfi dire en échec comment
il entra dans les querelles de l'Italie
contre l'Efpagne (Fune concernant
la Valteline & l'autre concernant la
fucceffion de Mantoue ) fans s'y en-
gager aflêz avant pour fe difrraire
d'un autre grand objet de fa politique,
qui étoit de réduire la Rochelle, &
de défarmer les Huguenots. Obfervez
que des qu'il en fut venu à bout, il fe
tourna vers l'Allemagne pour arrêter
les progrès de Ferdinand. Tandis que
l'Efpagne fomentoit les mécontens à
la Cour & les troubles dans le Royau-
me de France par tous les moyens
poffibles, même en prenant des en-
.gagemens avec le Duc de Rohan pour
foutenir les Protcftàns Richelieu fa-
suit z'HlSTOIXE. 9
Biii
vorifoit le même parti en Allemagne
contre Ferdinand, & dans les Pays-
Bas contre fEfpagne. L'Empereur
étoit devenu prefque le maître en Al-
lemagne Chriftiern IV Roi de Dan-
nemark avoit été à la tête d'une ligue
dans laquelle les Provinces-Unies, la
Suede & la Baffe-Saxe étoient entrées
pour s'opposer à fes progrès; mais
Chriftiern avoit été défait par Tilly
& Walftein, & obligé à conclure un
traité à Lubec où Ferdinand lui don-
na la loi. Ce fut alors que Guftave
Adolphe avec qui Richelieu fit al-
liance, entra dans cette guerre & en
fit bientôt tourner la chance. Le Mai-
niftre François n'avoitpas encore en-
gagé fon Maître ouvertement dans la
guerre. Mais lorfque le Roi de Suede
eut été tué & la bataille de Nordin-
Io Lettre VIL
gue perdue; que les Hollandois s'im-*
patientèrent & menacerent de renou-
veller leur trêve avec l'Efpagne à
moins que la France ne fe déclarât
que la Saxe' fe fut retournée du côté
de l'Empereur & que le Brande-
bourg & tant d'autres eurent fuivi cet
exemple la Heffe perfîftant presque
feule dans l'alliance de la Suede; alors
Richelieu engagea fon Maître, & pro-
fita de toutes les circonftances que la
conjoncture lui fournit pour l'enga-
ger avec avantage. En premier lieu il
trouva un double avantage à s'enga-
ger C tard celui d'entrer frais dans la
mêlée contre un ennemi las & préfque
épuifé & celui dé céder à Fimpa-»
tience de fes amis fatigués qui pref-
fés par leurs néceffités & par le bsfoin
jjH'ils avoient de la France, donne-
spr z Htst o i ré: ïî
B iv
feht à ce Minüfre la facilité de pou-
voir dans tous fes traités avec la Hol-
lande, la Suede & les Princes & Etats
de l'Empire, fonder des droits & éta-
.blir des prétentions fur lefquelles il
avoit projetté l'aggrandiffement de la
France. La maniere dont il s'enga-
gea, & Pair qu'il donna à fon engage-
ment furent des avantages d'une au-
tre efpece, avantages de' réputation
& de crédit; cependant ils ne furent,
pas d'une petite conféquence dans le
cours de la guerre, & ils opérèrent
efficacement en faveur de là France
(comme il fe l'étoit propofé ) même
après fa mort lors & enfuite des
traités de Wefîphalié. Il colora fon
ambition des prétextes les plus plau-
fibles & les plus populaires L'Elec-
teur de Treves s'étoit mis fous la pro?
Ï2 L ettt'i V 1-L
teftion de la France; & (fi je m'eff
fouviens bien ) il avoit fait cette dé-
marche dans un tems où l'Empereur
n'étoit pas en état de le protéger con-
tre les Suédois qu'il avoit raifon d'ap-;
préhender n'importe, le Gouverneur
de Luxembourg eut ordre de furpren-
dre Treves & d'arrêter l'Electeur il
exécuta fes ordres avec fuccès, & em-
mena ce Prince prifonnier en Bra-
bant. Richelieu faifit cette heureufe
circonftance il reclama l'Electeur
& fur le refus du Cardinal Infant, il
déclara la guerre. Le Roi de France
parut comme vous voyez l'ami
dommun de la liberté fon défenfeur
dans les Bays-Bas contre le Roi d'Et
pagne, & en Allemagne contre l'Erii-
pereur, auffi-bien que le protecteur
des Princes de l'Empire dont pltfc
sur ^Histoire» 13
fleurs avoicnt vu leurs Etats envahis
fans caufe légitime & dont les per?
fonnes n'étoient plus à l'abri de la
violence dans leurs propres Palais.
Toutes ces apparences furent con-
fervées dans les négociations à Munf
ter où Mazarin recueillit ce que Ri-
chelieu avoir femé. Les demandes que
la France fit pour elle-même furent
très -grandes mais la conjoncture
étoit favorable & elle l'éprouva au
dernier point. Nul rolle ne pouvoit
être plus flatteur que le fien à la tête
de ces négociations, ni plus morti-
fiant que celui de l'Empereur dans
tout le cours du traité. Les Princes &
Etats de l'Empire avoient été traités
par l'Empereur comme vafiaux la
France les détermina à traiter avec
lui dans cette occafion comme Sou-
Ï4- Lettre VIT.
verains, & elle les foutint dans cettè
réfolution. Pendant que la Suéde fem-
bloit ne s'intérefiér que pour le parti
Proteflant feul, & ne montroit aucun
autre objet, comme elle n'avoit au-
cune autre alliance la France afïeéra
de paroître impartiale aux Proteflans
comme aux Catholiques & de n'a-
voir d'autre intérêt à cœur que l'inté-
rêt commun du Corps Germanique.
Ses demandes étoient exceffives,mais
elles dévoient être remplies principa-
lement aux dépens des Domaines hé-
réditaires de l'Empereur ç'avoit été
l'art de fes Minières d'établir fur plu-
feurs expériences particulieres cette
maxime générale que la grandeur de
-la France étoit une fûreté réelle, &
feroit une garantie conftante pour les
droits & les libertés de l'Empire con-
SUR. £Hl STO 1RS* I£
tre l'Empereur; ainfi.il n'eft pas éton-
nant, cette maxime étant reçue, les
injures, les reflentimens & les jalou-
fies étant récentes d'un côté, & les fer-
vices, les obligations & la confiance
de l'autre que les Allemans n'ayent
pas été fâchés de voir la France éten-
dre fon empire du côté du Rhin, pen-
dant que la Suede en faifoit autant
du côté de la mer Baltique. Ces traités,
& la confidération & le crédit im-
menfe que la France avoit acquis par-
là dans l'Empire, ôterent le pouvoir à
l'une des branches de la Maifon d'Au-
triche de rendre à l'autre les fecours
dont elle lui étoit redevable dans la
guerre qui continua entre la France
& fEfpagne jufqu'au Traité des Py-
renées traité qui non feulement por-
ta à fon comble & affura la fupério-
']r6 Lettre VIL
rire de la Maifon de Bourbon fur celle
d'Autriche, mais qui fervit encore de
bafe au grand projet de réunir fous
la premiere les Monarchies de France
& d'E(pagne.
La troiGéme période commence
donc par un grand changement de la
balance de puiffance en Europe &
par l'attente d'un changement plus
grand encore & plus fatal. Avant que
de defcendre dans les détails que je
me propofe de rapporter du cours des
affaires & de la conduite *politique
des principales Puiffances de l'Europe
durant cette troifiéme période, per-
mettez-moi de jetter encore un coup
d'oeil fur la feconde: la réflexion que
je vais faire me femble importante,
& conduit à tout ce qui doit fui»
yre.
rox. lHtstotxs. ty
Les Hollandois firent leur paix fé-
parément à Munfter avec l'Efpagne
qui reconnut alors leur Souveraineté
& l'indépendance de leur Républi-
que les François qui avoient été
( après notre Elifabeth ) leur princi-
pal fupport, leur reprocherent vive-
ment ce manque de foi. Ils s'excufe-
rent de leur mieux, & en rendirent les
meilleures raifons qu'ils purent vous
trouverez tout cela, Monfieur, dans
les monumens de ce tems mais il me
paroit affez probable qu'ils avoient un
motif que vous n'y trouverez pas &
qui n'étoit pas propre à alléguer aux
François pour raifon ou pour excufe:
Les plus fages d'entre eux ne pou-
voient-ils pas confiderer dès-lors ( ou-
tre les avantages préfens que leur Ré-
publique retiroit de ce Traité) que la
x8 Ls t r x e VIL
puiflânce Impériale étoit abbatue »
que celle d'Efpagne étoit extrêmement
abaiffée que la Maifon d'Autriche
n'étoit plus que l'ombre d'un grand
nom & que la Maifon de Bourbon
s'avançoit à grands pas à un degré de
puiffance auffi exorbitant & auffi for-
midable que celle de l'Autriche l'avoit
été entre les mains de Charles-Quint,
de Philippe II & des deux derniers
Ferdinands ? Ne pouvoient ils pas
prévoir dès-lors ce qui arriva très-peu
d'années après qu'ils furent obligés
pour leur propre fureté de fecourir les
Efpagnols leurs anciens ennemis, con-
tre les François leurs anciens amis ?
Je penfe qu'ils pouvoient le foupçon-
ner. Notre Charles I n'étoit pas un
grand Politique, & cependant il pa-
rut s'appercevoir que la balance de
SPK zHlSTOIRX, 19
puifiance tournoit en faveur de la
France quelques années avant les
Traités de Weftpbalie: il refufa d'être
neutre & menaça de prendre parti
pour l'Efpagne fi les François fui-
voient le projet d'afûéger Dunker-
que & Graveline, comme il avoit été
concerté entr'eux & les Hollandois,
en conféquence d'un Traité de par-
tage des Pays-Bas Efpagnols que Ri-
chelieu avoit négocié. Où Cromvel
ne s'apperçut pas de ce changement,
de la balance de puiflance long-tems
après lorfqu'il étcit beaucoup plus
vifible ou Pappercevant, des vues
d'intérêt particulier l'engagerent à
agir contre l'intérêt général de l'Eu-
rope. Cromwel fe joignit avec la
France contre l'Efpagne- Il eft vrai
qu'il y gagna la Jamaïque & Dunker-
2O Lettre VIL
que; mais il réduifit les Efpagnols4ani
la néceffité de faire avec la France une
paix qui a troublé la paix du monde
pendant près de quatre-vingt ans &
dont les conféquences ont prefque
réduit de nos jours à la mendicité la
Nation qu'il avoit autrefois réduite
en fervitude. Il y a une Tradition
que Cromwel étoit en Traité avec
l'Efpagne & prêt à tourner fes armes
contre la France lorfqu'il mourut. Si
ce fait étoit certain quelque peu de
vénération que j'aye pour fa mémoire,
j'aurais quelque regret qu'il fût mort
fi tôt. Mais quelles que furent fes in-
tentions, nous devons lui imputer en
grande partie le Traité des Pyrénées
Je la tiens de gens qui avoient vécu de
ce tems-là & je crois qu'elle venoit de
Thurlo.
ïtrxz'HzsTOTSA Il
Tome il! C
& fes fatales conféquences. Les E£-
pagnolsabhorroient la penfée de ma*
rier leur Infant- à Louis XIV ce
fut fur cet article qu'ils rompirent la
négociation que Lionne avoit com-
mencée & vous reconnoîtrez, Mon-
fieur, que s'ils la reprirent enfuite &
offrirent le mariage qu'ils avoient re-
fufé auparavant, la ligue de Crom-
Wel avec la France far le principal
motif de cette variation dans leursré-
folutions.
Le point précis auquel la balance
de puiffance tourne, eft ( comme ce-
lui du folftice dans l'un ou l'autre Tro-
pique ) imperceptible à une observa-
tion commune; & dans un cas com-
me dans l'autre il faut qu'il fe fafle
quelque progrès fuivant la nouvelle
pÛreétion avant que l'on s'apperço^
as LETTRE Vil.
ve du changement Ceux qui font du
côté qui baifle ne reviennent pas
facilement des préjugés habituels d'u-|
ne fupériorité d'opulence ou de puif-
fance, d'habileté ou de courage, ni
de la confiance que ces préjugés ins-
pirent ceux qui s'élévent ne fentent
pas non plus leurs forces & ne pren-
nent pas incontinent cette confiance
qùlune expérience heureufe leur donne
par la fuite; enfin ceux qui ont le plus
d'intérêt a veiller aux variations de
cette balance fe méprennent fouvent
de la même maniere & en conféquen-
ce des mêmes préjugés, ils continuent
craindre une puiffance qui n'eft plus
en état de leur nuire, ou à n'avoir au-;
Car dans la balance politique au con-
traire de toutes les autres,le côté qui fe yuide
baifle & celui qui fe remplit s'élève.
SPX zHlSTOZ KEi 2%
Cij.
tune appréhenfion d'une puifîànce qui
devient de jour en jour plus formida-
ble. L'Efpagne vérifia la premiere ob..
fervation à la fin de la feconde pério-
de, lorTque fiere & pauvre, entrepre-
nante & foible elle fe croyoit tou-
jours en état de lutter contre la Fran-
ce la France vérifia la feconde ob-
fervation au commencement de la
troifiéme période, lorfque la triple
alliance arrêta le progrès de fes ar-
mes, ce que des Ligues beaucoup
plus confidérables ne furent pas capa-
bles de faire par la fuite; les autres
principales Puiffances de l'Europe ont
à leur tour vérifié la troifiéme obferf
fervation dans chacune de fes parties
pendant tout le cours de ces mêmes pé»
riodes.
Quand Louis XIV prit l'adminif;
S| LETTRE Vlïi
tration des affaires en fes propres
mains vers l'an 1660 il étoit dans la
fleur de fon âge, & av oit les avanta-
ges de la jeuneffe & ceux de l'expé-.
rience tout enfemble, ce que lésPrin-
ces ont rarement. Leur éducation effi
généralement mauvaise Celle de
Louis XIV avoit été auffi mauv-aife
que celles des autres Princes à tous
égards, à l'exception d'un feul. Il plai-;
fantoit quelquefois lui-même fur fon
ignorance, &. il y avoit dans fon ca-
ra&ere d'autres défauts provenant de
fon éducation qu'il ne voyoit pas.
Mais Mazarin l'avoit initié de bonne
heure dans les myfteres de fa politi-
que il avoit vû pofer une bonne par-
Ceft pour cette raifon que la naifîânce
Royale, qui chez les autres Peuples donne
un droit au Trône, en donnoit une exclu-
fion abfoiue paimi les Mammelus,
svn z'H/sfoiKx. 2f
Ciij
tie des fondemens fur lefquels devoit
être élevé l'édifice de fa grandeur fu-
ture & comme Mazarin finit l'ouvrage
commencé par Richelieu, il avoit les
leçons de l'un & l'exemple de tous
les deux pour s'inftruire; il avcpt ac-
quis l'habitude du fecret & de la mé-
thode dans les affaires de lâ réferve
de la difcrétion de la décence &de
la dignité dans le maintien s'il n'a
pas été le plus grand Roi on peut
dire au moins que jamaisperfonne n'a
repréfenté fur le Trône avec plus de
Maj^flé. Il ne manquoit aucunement
de cette efpece de courage que l'on
appellecommunément bravoure(quoi-
qu'au milieu de fes plus grands triom-
phes, il ait été accufé d'en manquer )
ni de cette autre efpece de courage
poins éblouiflant & plus rare, de cette,
*5
réfolution calme, ferme, inébranlable
qui femble moins dépendante de la
complexion du corps & que fon ap-
pelle pour cette raifon, courage de
l'efprit; il avoit très certainement
l'un & Pautre & j'en pourrois ap-
porter pour preuves des anecdotes in-
contefiables il étoit en un mot fort
fupérieur à tous lesPrinces avec qui il
eut à faire quand il commença à gou-
verner. Il étoit environné de grands
Capitaines formés dans les guerres pré-
cédentes ;& degrandsMiniftres formés
à. la même école que lui-même. Ceux
qui avoient travaillé fous Mazarin
travaillèrent fur le même plan fous
lui & outre qu'ils avoient les avan-
tages du génie & de l'expérience fur
la plupart des Miniftres des autres
Pays ils avaient encore d'autres
SPR Vf
Ç>M
avantages fur ceux qui pouvoient leur
être égaux ou fupérieurs, celui de ferr
vir un Maître dont l'autorité abfolue
étoit établie, & celui d'une fituatioa
dû ils pouvoient déployer toute leur
capacité fans contradiction fituation
bien différente de celle ( par exem-
ple ) où votre bifayeul fe trouva placé
dans ce même tems en Angleterre, &
Jean de Wit en Hollande. Entre les
Miniftres François Colbert mérite
qu'on en faffe une mention particulie-
re en cette occafion, parce que ce fur
lui qui augmenta extrêmement les ri-
chefles & conféquemment la puif-
fance de la France par l'ordre qu'il
mit dans les Finances & par l'encou-
ragement qu'il donna au Commerce
& aux Manufactures. Tel eft le fol, le
terroir la fituation de laFrance, l'iç-'
3.8 Lettre FIL
telligence, l'industrie, la vivacité de
fes Habitans, elle a fi peu de befoin
des productions des autres Pays, &
les autres Pays ont tant de befoins réels
ou imaginaires de fe fournir de ce
qu'elle produit, que lorfqu'elle n'eft
pas en guerre avec tous fes voifins
que fon repos intérieur eft affuré &
que radminiftration de fon Gouver-
nement fe rend un peu fupportable
elle ne fauroit manquer de s'enrichir
aux dépens de ceux qui commercent
avec elle & de* ceux même qui n'y
commercent point directement. Ses
colifichets, fes modes, les folies & les
extravagances de fon luxe coûtoient
l'Angleterre vers le tems dont nous
parlons approchant de huit cens mille
livres flerling par an, & aux autres
Nations à proportion. Colbert fut ti-
29
ter tout le parti poffible de ces cir-
conflances avantageufes, & en même-
tems qu'il rempliffoit l'éponge de la
Nâtion il apprenoit à fes fuccefleurs
à la prêter fecret qu'il fe repentit
dit-on d'avoir découvert quand il
vit les fommes immenfes qu'abforboit
continuellement le goût infatiable de
fon Maître pour la magnificence. Tel
étoit le caractère de Louis XIV, &
tel croit Fécat de fon Royaume au
commencement de cette troifiéme,: pé-
riode. Si fa puiffance étoit grande;
fes prétentions l'étoient encore d'a-
vantage. Il avoit renoncé & autorifé
l'Infante à renoncer à tous fes droits à
la fucceffion d'Efpagne dans les ter-
mes les plus forts que la prévoyance
du Confeil d'Efpagne pût imaginer.
N'importe quoiqu'il eût confènti à
30 Lettre VIL
ces renonciations vous reconnoï»
trei Monfieur par les Lettres de
Mazarin & par d'autres; Mémoires,
qu'il agiffoit dès le commencement
fur un principe contraire ce qu'il
avoua bien tôt après. On croiroit
qu'une telle puiffance & de telles pré-
tentions auroient dû donner inconti-
nent fallarme au retie de l'Europe.
Philippe IV étoit caffé & fur fon dé-
clin comme la Monarchie qu'il gou-
vern oit un de fes fils mourut, autant
que je puis m'en fouvenir, durant les
Négociations qui précédèrent le Trai-
té de 1660 & celui qui lui reçoit-,
qui a été le Roi Charles II, languit
plutôt qu'il ne vécut depuis le berceaa
jufqu'au cercueil. Le danger imminent
de l'union de deux Monarchies telles
que la France & l'Efpagne étant donc
tPX 3?&IST0IS£i %t
pour ainfi dire palpable quarante ans
durant on imagineroit que les prin-
cipales Puiflànces de l'Europe curent
conftamment en vue durant ce même
tems les moyens de la prévenir; mais
il n'en fut pas ainfi. La France fe con-
duifît fort méthodiquement depuis
l'an 1660 jufqu'à la mort de Char-
les II Roi d'Efpagne elle ne perdit
jamais de vue Con grand objet, la fuc-
ceflîon de toute la Monarchie Efpa-
gnole & elle accepta le Testament
du Roi d'Efpagne en faveur du Duc
d'Anjou. Durant tout cet intervalle,
elle ne perdit pas une occàfion d'ac-
croître fâ puifrance en attendant celle
de réunir dans fes prétentions. Les
deux branches de la Maifon d'Autri-
che n'étoient pas en fituation de for-
mer une oppofition confidérable â fes
12 Lettxe VII.
projets ni à fes entreprîtes. La Hoir
lande qui étoit de toutes les autres
ï'uiffances la plus intéreffée à s'y op-
pofer, fe trouvoit alors agitée par
deux fautions qui l'empêchèrent de
fuivre fes vrais intérêts. La bonne po-
litique vouloir qu'elle fît tous fes ef-
forts pour s'unir étroitement & inti-
.mement avec l'Angleterre après le
rétablifiement du Roi Charles; elle fit
tout le contraire. Jean de Wit gou-
yernoit à la tête de la faétion de Loti-
venflein, & comme ce Parti étoit in-
téreCe à tenir bas la Maifon d'Oran-
ge, il cultiva l'amené de la France &
négligea cclb de l'Angleterre. L'al-
liance entre notre Nation & les Pro-
vinces Unies fut renouveliée je crois
en 1662 mais ceux-ci avoient fait
peu auparavant avec la France une
suit z'Histozxx. 33
Ligue défenfive principalement fur
la fuppofition d'une guerre prochaine
avec l'Angleterre. La guerre devint
bien têt inévitable CromWel avoit
châtié les Hollandois pour leurs ufur-
pations dans le Commerce, & pour
les outrages & les cruautés qu'ils
avoient commifes, mais il ne les avoit
pas corrigés la même audace conti-,
nua de la part des Hollandois les
mêmes refièntimens de la part des An-
glois, & la querelle des Marchands
devint la querelle des Nations. La
France prit parti en cette guerre pour
la Hollande, mais le peu d'affiflance
qu'elle lui donna fit connoître alfez
clairement que fon intention étoit de
voir ces deux Puiflances consumer
leurs forces l'une contre l'autre, tan-
dis qu'elle étendroit les conquêtes dans
34 Lettre Vil-
les Pays-Bas Efpagnols. Son irrup-
tion fübite dans ces Provinces obligea
de X7it à changer de conduite. Juf-
ques-là il avoit été attaché à la Fran-
ce de"la maniere la plus étroite, il
avoit fait fervir fa République à tous
les deueins de Louis XIV & avoit
renouvelle avec le Maréchal d'Eilra-
des un projet de partage des Pays-
Bas Efpagncîs encre la France & la
Hollande projet formé long-tems
auparavant & dont Richelieu avoit
fait ufage pour flatter l'ambition des
Hollandois & les engager à prolon-
ger la guerre contre l'Efpagne pro-
jet abfolument femblable à celui dont
on les a bercés par les fameux Préli-
minaires & l'extravagant Traité de
la Barriere en 1705) & qui les a en»
gabés à continuer par un motif d'am-;
IV R L'HISTOIRE. 35*
bition une guerre dans laquelle ils
étoient entrés avec des vues plus rai-
fonnables & plus modérées.
Comme les intérêts particuliers des
deux de Wit empêchèrent cette RC-
publique de fe tenir fur fes gardes
contre la France auffi-tôt qu'elle au-
roit dû le faire, de même la politique
mal entendue de la Cour d'Angle-
terre, & les'vues courtes & l'humeur
prodigue du Prince par qui elle étoit
gouvernée,donnerent de grands avan-
tages à Louis XIV pour avancer fes
projets. Il acheta Dunkerque; & vous
favez Monfieur, combien on cria à
cette occafion contre votre illuflxe bi-
fayeul comme s'il eût été feul ref-
ponfable de ce fait, & que fon intérêt
particulier y eût été mêlé. J'ai entendu
feu notre ami M. George Clarté citer
%6 L E T T X S VII.
un témoin ( qui étoit au defliis de tout
reproche, mais dont je ne puis me
rappeller le nom à préfent ) qui affu-
roit plufieurs années aprés la mort de
Mylord Clarendon que le Comte de
Sandwich lui avoit avoué que lui-
même, entre plufieurs autres Officiers.
& Miniftres, avoit opiné pour la vente
de Dunkerque. Leurs raifons ne pou-
voient pas être bonnes, fofe le dire,
mais on en devine aifément plufieurs
qui pouvoient être plaufibles alors.
Un Prince comme Charles II, qui au-
roit fait pour de l'argent autant de
mauvais marchés qu'aucun enfant pro-
digue, fe trouvant ainfi appuyé, nous
pouvons compter qu'il étoit abfolu-
ment déterminé à vendre; & quelle
que fut l'opinion de votre Bifayeul
je puis bien prononcer d'après ma
propre
sVR l'Histoire. 37
Tome il D
propre expérience que la part qu'il
eut à la conclufion du Traité de vente
n'eft pas une preuve qu'il eût opiné
pour la vente. Quand la réfolution de
yendre fut une fois prife à qui pou-
voit-on vendre ? Aux Hollandois ?
Non ce parti auroit été aa moins
aufli imprudent, & dans ce moment
peut-être plus odieux que l'autre. Aux
Efpagnols ? Ils n'étoient pas en état
d'acheter; & fi bas que leur puiffance
fût tombée la maxime dominante
étoit encore de s'y oppofer. J'ai quel-
quefois fongé que les Efpagnols qui
furent forcés à faire la paix avec le
Portugal & à renoncer à tous leurs
droits fur cette Couronne, qnatre ou
cinq ans aprés auroient pû être en-
gagés à prendre cette réfolution dès-
lors, fi on leur eût propofé pour con-
38 Lettre VIL
dition le recouvrement de Dunlcer^
que fans aucuns frais; & que les Por-
tugais ( qui malgré leur alliance avec
l'Angleterre & les fecours indirecte
que la France leur fourniffàit, fe trou-
voient peu en état, fur-tout depuis le
Traité des Pyrénées de foutenir la
guerre contre l'Efpagne, ) aurôient pû
être engagés à payer le prix de Dun-
kerque pour un auffi grand avantage
que la paix actuelle avec l'Efpagne
& l'extinction de toutes prétentions
étrangères fur leur Couronne mais
cette fpéculation fur des événemens
paffés il y a fi long-tems ne fait pas
grand-chofe à notre fujet. Je reviens
donc, & j'obferve que malgré la ven-
te de Dunkerque & les attachemens
fecrets de notre Cour à celle de Fraiï--
ce, cependant l'Angleterre fut lapre*
S V R i'H I S T 0 1 R£. $$:
Dij
taïere à prendre l'allarme quand
Louis XIV envahit les Pays-Bas EC-
pagnolsen i66j &la triple alliance
fut l'ouvrage d'un Miniftre Anglois.
Il étoit tems de prendre cette allarrne
car du moment que le Roi de France
alléguoit un droit au Comté de Bour-
gogne, au Duché de Brabant & à
d'autres portions des Pays-Bas, com-
me dévolus à la Reine fa femme par la
mort de fon père Philippe IV il le-
voit le mafque entièrement. Il y eut
des volumes écrits pour établir &
pour réfuter^ce droit prétendu. Vous
voudrez fans doute prendre çoonoif*.
fance d'une controverfe qui a em-
ployé tant de plumes & tant d'épées
& je crois que vous jugerez qu'il étoit;
affez hardi aux François de conclure
des coutumes qui rigloisnt fordre des
ao Lettre VIL
lucceflîons particulières en certaines
Provinces au droit de fuccéder à la
fouveraineté de ces Provinces & de
foutenir la divifibilité de la Monar-
chie Efpagnole avec la même bouche
qui étoit accoutumée à foutenir l'in-
divifibilité de la leur quoique les
preuves fuffent précifément auffi bon-
nes dans un cas que dans l'autre &
que la Loi fondamentale de Tindivi-
fibilité fut au moins auffi bonne en Ef-
pagne, que tant cette même Loi q :e
la Loi Salique pouvoient l'être en
France. Mais quoiqu'il pût convenir
aux Ecrivains François & Autrichiens
d'entrer dans de longues difcuffions
& d'appeller en cette grande affaire
au reile de l'Europe, 1 Europe avoit
une courte objeftion à faire au plai-
doyer des François qu'aucuns fo-
sur z Histoire- 41
T>ù)
pnifmes, aucuns détcurs de chicane
ne fauroient éluder. L'Efpagne avoir
accepté les renonciations comme une
fureté réelle; la France les avoit don-
nées comme telles à l'Efpagne & en
effet au refte de l'Europe fi elles n'a-
voient pas été données ainfi & prifes
de même les Espagnoles n'auroient
pas marié leur Infante au Roi de
France à quelque extrémité qu'ils
euffent pu être réduits par la prolon-
gation de la guerre; ces renonciations
étoient des renonciations à tous droits
quelconques, à toute la Monarchie Ef-
pagnole & à chacune de fes parties
les Provinces reclamées alors par la
France en étoient des parties les re-
clameur, c'étoit donc reclamer le tout;
car fi les renonciations n'étoient pas
capables d'annuller les droits prove-
42 Lmttre VU.
nans de la fucceflîon de Philippe IV-;
pere de Marie Thérèfe, elles- ne pou-
voient pas annullcr ceux qui lui re-
viendroient, à elle où à fes enfans
après la mort de fon frere Charles II,
jeune homme mal fain, & qui alors
même étoit en un danger aftuel de
mort; carla petite vérole s'étoit jointe
à toute cette complication de maux
qu'il avoit apportés avec lui en venant
au monde. Vous voyez Monsieur
combien la fatale perspective de l'u-
nion des deux Monarchies de France
& d'Efpagne menaçoit de près le
genre humain; & cependant je ne me
rappelle pas que l'on ait rien fait pour
la prévenir, qu'il y ait eu feulement
une garantie donnée, ou une déclara-
tion faite pour affermir la validité de
ces. renonciations & pour en.aLrurer
l'effet.
svz z* Histoire. 4J
Div
Ileft vrai que la triple Alliance ar-
rêta le progrès des armes de la Fran-i
ce & produifit le Traité d'Aix-la-
Chapelle mais l'Angleterre, la Suedé
& la Hollande, Pui fiances contractan-
tes en cette alliance, ne femblerent pas
porter leurs vues', & en effet ne les
portèrent pas plus loin. La France
garda une grande & importante par-
tie de ce qu'elle avoit furpris, ravi ou
acheté ( car ce feroit parler trop im-
proprement que de dire qu'elle eût
conquis), & les Efpagnols furent obli-
gés de compter pour gagné tout ce
qu'ils fauverent. La Branche Alleman-
de d'Autriche avoit beaucoup perdu
de fa puiffance & de fon crédit fous
Ferdinand III, qui avoit été réduit
fort bas par les Traités de \7eftpha-
iis ,Comme je Pai déjà dit. Louis XIV"
'44 Lettre VIL
conferva pendant plufieurs années l'af-
cendant que ces Traités lui avoient
donné fur les Princes & Etats de
l'Empire la fameufe Cap:r lation fai-
te à Francfort lors de l'Election de
Leopold ( qui fuccéda à Ferdinand
vers l'an 1657 ) fut le fruit des in-
trigues des François '& la France
fut regardée comme la feule Puif-
fance qui pût racifier & alfurer effi-,
cacement fobfervation des conditions
que fon y ftipula. La Ligu: du Rhin
ne fut pas, je crois, renouvellée paffé
l'an 1666', mais fans renouvellement
formel, cependant quelques uns de
ces Princes & Etats perfifterent dans
leurs anciens engagemens avec la
France, tandis que d'autres en pre-
n iient de nouveaux dans les occur-
rences particulieres félon qu'ils 35
svn l'Histotre. 4T
Croient difpofés par leurs intérêts
particuliers ( quelquefois très che-
tifs ) & par les EmiiTaires de la Fran-
ce en toutes leurs petites Cours; en-
fin les Princes d'Allemagne ne pa-
rurent aucunement allarmés des pro-
grès de l'ambition & de la puiffance
de Louis XIV, & contribuerent au
contraire à encourager l'une & à af-
fermir l'autre. Les chofes. étant en
cette fituation la Branche Alle-
mande fe trouva peu en état d'affif-
ter Ja Branche Efpagnole contre la
France, foit dans la guerre qui fut
terminée par le Traité des Pyrénées
ou dans celle dont nous parlons ici,
cette courte guerre qui commença en
l56j & fut terminée par le Traité
d'Aix-la-Chapelle en 1668. Mais ce
,ne fut pas cela feulem:nt qui mit alors
46 Lettre VI L
fEmpereur hors d'état d'agir aveë
vigueur dans la caufe de fa Famil-j
le & fi la Maifon d'Autriche a tou-:
jours été depuis ce tems un pefant
fardeau pour tous fes Alliés il faut
een prendre à la bigoterie & la
cruauté fon inféparable compagne
auffi bien qu'à la tyrannie & l'a-
varice de la Cour de Vienne qui
occafionna dans ce tems là & a
toujours entretenu depuis desrdi-
verfions prefque continuelles des ar-;
meslmpériales,lorfquelles auroient pu
être oppofées efficacement à la Fran-:
ce. Je veux parler des troubles de
Hongrie quelque chofe que l'on en
ait pu dire dans la fuite ils furent cau-
fés originairement par les ufurparions
& les perfécutions de l'Empereur &
quand les Hongrois furent traités de.
J V R l?IîlSTOIRE. 4*7
rebelles pourlapremiere fois, il n'y
avoir d'autre raifon pour les appeller
ainfi, que parce qu'ils ne vouloient pas
être enclaves. La domination de l'Em-
pereur étant moins Supportable que
celle du Turc, ces peuples infortunés
ouvrirent une porte à ce dernier pour
infefier l'Empire, au lieu de faire de
leur pays ce qu'il avoit été long-
tems, une barriere contre lapuiflance
Ottomane. La France devint une Al-
liée fure quoique fecrete, des Turcs
auffi-bien que des Hongrois, & elle
y a trouvé fon compte,en tenant rEm-
pereur en des allarmes perpétuelles de
ce côté pendant que de l'autre elle
ravageoit l'Empire & les Pays-Bas
ainfi nous vimcsily a 32 ans,les Armées
de France ôcdeBaviere en pofTeffion de
Pa£a\r & les mécontens de Hoa-

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