Lettres sur l'origine des noms propres les plus répandus, par M. Bourdonné...

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A. Durand (Paris). 1863. In-8° , 48 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1863
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LETTRES
sur
pli -
L'ORIGINE DES NIS PROPRES
/r Ttn.
les
jlbs RlPANDUS.
Far M. Bourdonne,
Membre de plusieurs Sociétés savantes.
PARIS,
Librairie d'Auguste DURAND, rue des Grès-Sorbonne, 7.
-\ 1863.
On nous fait l'honneur de nous consulter par correspondance sur
la signification d'un grand nombre de Noms propres, mais il arrive
souvent que des personnes différentes proposent ou les mêmes questions
ou des questions qui rentrent les unes dans les autres.
Pour éviter de multiplier soit des réponses identiques, soit les
mêmes développements, nous offrons par la voie de la presse et sous
le titre de LETTRES, les solutions qu'on veut bien nous demander.
Yalence, octobre 1863.
BOURDONNÉ.
Note de l'Éditeur.
Avec la douzième Lettre paraUront la préface, et une table générale par ordre al-
phabétique des noms expliqués dans l'ouvrage. fnq.
©
Première Lettre
SUR
L'ORIGINE DES NOMS PROPRES
LES
PLUS RÉPANDUS.
SOMMAIRE.
Chégaray. — Col. —'Erasme. — Garibaldi. — Geneviève. — Grate-
loup (De ).— Lambert. — Mathilde. — Pancrace. —Panier.
Quélen (De).—Véronique.
CHÉGARAY.
Abréviation altérée de Etchegaray, dit lui-même pour le basque
Etcheagaraycoa, formé de etchea, maison le; de garay, haut, et de
coa, de, d'en; à la lettre, maison le haut d'en, d'en haut la mai-
son : DE LA MAISON D'EN HAUT1.
Les .accidents de terrain d'un pays montagneux donnent naturelle-
ment naissance aux dénominations de : maison d'en haut, maison d'en
bas, maison du coteau, etc., etc.
A l'exception des noms dus au christianisme ou à l'ancien voisinage
des Goths, tels que Iban, Jean; Betiri, Pierre; Edrigu, Rodrigue,
le Basque n'en a guère d'autres qu'un sobriquet : Bizagorriz, Barbe-
rousse j Beguichouri, Yeux blancs; Burubelza, Tète noire, ou un nom
1 La traduction littérale maison le s haut d'en, est inintelligible lue
à notre manière, c'est-à-dire de gauche à droite ; mais elle devient facilement
compréhensible quand on lit à l'orientale, de droite à gauche : d'en haut la maison.
Ce caractère de leur langue primitive confirme l'origine sémitique des Basques,
descendants des Phéniciens, qui, vers l'époque de Moïse, vinrent s'établir en Espa-
gne et exploiter entre autres mines celles que renfermaient les Pyrénées.
5 Le basque n'a pas d'inflexions particulières pour les genres.
4
emprunté de son habitation, qui elle-même a reçu le sien des circons-
tances de temps ou de lieu qui la font remarquer.
De etche, maison, varié en : etchea (avec l'article a, incorporé)
echea, echa, che, es,
Les dérivés :
CHÉGU. — Dit pour Echegut.
ECHEGUT. - De Etcheagutchi; gntchi, petit; littéralement, mai-
son le petit, petite la maison : DE LA PETITE MAISON.
ESCABASSE. — De Etcheacobasoa; co, de; basoa, le bois (du
bois la maison ) : DE LA MAISON DU BOIS.
ESCAFFRE. — Altération d'Escaber mis pour Escaberry, fait lui-
même de Etcheberry. - Voir ce dernier nom.
ESCHAPASSE. — Variante d'Escabasse.
ESCOBAR. — Contraction euphonique de Etchecopar.
L'Espagne a plusieurs familles de ce nom, devenu si fameux depuis
le casuiste Escobar-y-Mandoza.
ESCOBARD. — Altération d'Escobar.
ETCHART. — De Etcheacoartea; artea, le chêne (du chêne la
maison ) : DE LA MAISON DU CIIÊNE.
Nous retrouvons presque la même signification dans le nom HA-
RISPE, qui, formé de etchea, sous-entendu; de [haris mis en com-
position pour haritça, synonyme d'artea, et de pe, fait de azpiJ
sous; littéralement maison le chêne le sous, sous le chêne la maison,
répond à de la maison sous le chêne.
ETCHA T - Dit pour Etchart, par la suppression si fréquente de r.
ETCHEBARNE — Pour Etcheacobarna; barna, le creux, le fond:
DE LA MAISON DU FOND.
ETCHEBERRY — Pour Etcheaberria ; berria, neuf, nouveau :
DE LA MAISON NEUVE.
ETCHECOPAR. — Fait de Etcheacopareta; co, de; pareta, la
pente, le versant, le coteau (du coteau la maison) : DE LA MAISON DU
COTEAU.
ETCHEGOYEN (D'). - D' mis pour de, particule extractive; Et-
chegoyen, de Etcheagoiaen; goia, hauteur; en, des (des hauteurs la
maison) : DE LA MAISON DES HAUTEURS.
ETCHELECU. — Pour Etcheacolecu; lecu, de lekkua, le séjour,
le repos (du repos la maison) : DE LA MAISON DU REPOS.
ETCHEMENDY. — Pour Etcheacomendia; mendia, la montagne
(de la montagne la maison) : DE LA MAISON DE LA MONTAGNE.
5
ETCHETO. — De Etcheattoa; ttoa, diminutif : DE LA PETITE
MAISON.
ETGHÉTO j. , ., Etcheto.
ETCHEVER p y I Variantes dA e ( Etcheto.
ETCHEVERRY j Vanantes de Etcheberry.
ETCHEVERTY. - Altération euphonique de Etchevertik; ver mis
en composition pour verria, dit pour berria, neut, nouveau; tik, du,
de la (de la neuve maison) : DE LA MAISON NEUVE.
GOYEN., — Abréviation de goyenèche.
GOYENECHE. — Variante euphonique de l'inusité Goyenetche, in-
version de Etchegoyen.
GOYETCHE. — Contraction de Goyenetche.
COL.
Abréviation de Nicol, dit lui-même pour : NICOLAS.
Aucun genre de mutilation n'a manqué à ce nom de Nicolas; sans tète,
il devient Colas; sans queue, Nicol; sans queue ni tête, Col.
Dérivés.
COLAR; ar, augmentatif celtique
COLARD; ard, augm. celto-teuton
: GRAND COL.
COLARDEAU; eau, variante relativement moderne de el, diminu-
tif : PETIT COLARD.
COLARDO. — Nom italien : COLARD.
COLART. — Variante de Colard.
COLAUD; aud mis pour aut, fait de ait, latin altus, haut, élevé,
grand : GRAND COL.
COLCHEN; chen, diminutif allemand : PETIT COL.
COLE. — Variante de Col.
COLEAU; eau mis pour el, dim. roman : PETIT COL.
COLERE; ère, du celtique er, augm. : GRAND COL.
Le champenois dit Collaire, dans le même sens.
COLET : PETIT COL,
COLETET
COLETIN
: PETIT COLET.
COLETTE. — Féminin de Colet : PETITE COLET.
COLIGNON. — Prononciation gauloise (gn pour n) de Colinon.
COLIN : PETIT COL. -
6
COLINARD; ard, augmentatif celto-teuton
COLINAUX; aux, du roman aus, latin altus
: GRAND COLIN.
COLINC; inc, nasalement de ic, diminutif celtique : PETIT COL.
Ic, varié en ik, se retrouve dans les noms bretons; tels sont : Alanik,
Albanik, Arzurik, pour petit Alain, petit Alban, petit Arthur.
COLINET : PETIT COLIN.
COLINETTE. — Féminin de Colinet : PETITE COLINET.
COLINON : PETIT COLIN.
COLIQUET. — Coliq, de l'inusité Colic, synonyme de Colet j et,
diminutif : PETIT COLIC.
Ce nom est le même, quant au sens, que celui de Coletet.
COLLARD t 1 Colard.
COLLARDEAU j pour f Colardeau.
COLLARDEY; ey, dim. celtique ) Syrwnymes de Collardeau.
COLLARDON; on, dji- m. roman
COLLART f Colart.
COLLAUD Colatid.
COLLAUD. Colaud.
COLLAUT Variantes de Collaud.
COLLE. ) Cole.
COLLE; é, altération de et, diminutif : COLLET.
COLLEAU — Pour Coleau.
COLLEAUX - Variante romane de Colleau.
COLLESSON Altération de Colson.
COLLET Coletet.
COLLETET ! Goletet.
COLLETTE. > Mis pour I Colette.
COLLIGNON t ) Colignon.
COLLIN ) [ Colin.
COLLINET U I : PETIT COLLIN.
COLLINEAU 1 COLLIN.
COLLING; ling, fils, en teuton : FILS DE COL.
COLLINOT. — Synonyme de Collinet.
COLLINS. — Abréviation de Collinson.
COLLINSON; son, fils, en anglais : FILS DE COLLIN.
COLLOD. — Variante de Collot.
COLLON. — Synonyme de Collin.
COLLOT. — Mis pour Colot.
COLLOTTE. — De colott, prononciation sonore (allemande ou
méridionale) de Colot.
COLOT : PETIT COL.
7
COLSENET : PETIT COLSEN.
Colsen, de Col, nom d'homme, et de l'ancien hollandais sen, fils,
veut dire fils de Col.
COLSON: son. fils. en anglais : FILS DE COL.
COULAR I Variantes f Colar.
COULARD i méridionales de I Colard.
COULARDOT : PETIT COULARD.
COULAUD. - Variante de Colaud.
COULAUX. — Coul dit pour Col; aux, du roman aus, latin altm:
(iRANfi nom,.
COULE Cole.
COULEAU > Variantes de < Coleau.
COULET ) ( Colet.
ÉRASME.
Latin Erasmus, du grec erasmos, amour, employé abusivement
pour erasmios, qui signifie : AIMABLE.
Le savant Erasme trouvait son nom mal fait. Aussi quand il tint sur les
fonts de baptême le fils de Jean Froben, son imprimeur, voulut-il que
l'enfant s'appelât Erasmius, reproduction plus exacte d'erasmios.
Dérivés.
ERASMES. — Variante romane d'Erasme.
Erasme, altéré en Elme, Erme, se revoit dans les noms de lieux
Saint-Elme, Saint-Erme, et dans l'expression « feu Saint-Elme. »
CrARIBALDX.
Génitif de l'italien Garibaldo, dit par abréviation pour Garibaldo-
Garibaldi1, Garibaldo de Garibaldo, Garibaldo fils de Garibaldo :
FILS DE GARIBALDO.
1 Les Italiens employèrent longtemps le double nom. Le premier était celui de l'in-
dividu; le second, celui de son père. Ils disaient Camillo-Camilli, Concino-Concini,
Gilileo-Galilei, pour Camillo fils de Camillo, Concino fils de Concino. Galileo fils de
Galileo. Plus tard, par abréviation, quand le nom du fils était le même que celui du
père, on sous-entendit le premier et l'on ne dit plus que Camilli, Concini, Galilei.
8
Garibaldo, latin Garibaldus, du teuton garibald, fait lui-même de
par, préfixe intensitif; de i inséré par euphonie, et de bald, hardi,
brave, vaillant, signifie très-brave, d'où il suit que Garibaldi répond à
très-brave, fils de très-brave.
Du teuton garbald, par le changement de gar en ger, et par celui
de bald en baud, bault, baut, baux, bold,
Les dérivés :
GERBAUD 1
GERBAULT Noms romans : ,
GERBAUT i v romans : TRES-BRAVE.
GERBAUX J
GERBEAUD. — Altération de Gerbaud.
GERBOD ) f Gerbaud.
GERBOT [ Variantes de i Gerbaut.
GERBOZ ] [ Gerbaux.
GENEVIÈVE.
Latin Genovefa, du francique Winowefe, lui-même formé de Vino
mis pour uuino, aimé, chéri, et àewefe, femme ; à la lettre, femme
aimée, et plus brièvement : AIMÉE.
Ce nom, qui s'est dit en roman Geneviefve, Génevion, Genevotte,
Gerveve et Ghenowif, est le même, quant au sens, que ceux de Didon
et d'Emma.
D'où les diminutifs familiers :
FAIK breton
JAVON i champenois
JAVOTTE en j français > : PETITE GENEVIÈVE
FAlK ¡ ! breton ¡
VIEVA J provençal
VIEVE J normand )
GRATELOUP (DE).
De, particule nobiliaire; Grateloup, village de Guienne : SEIGNEUR
DE GRATELOUP.
Grateloup est formé de grate mis pour grat, variante du celtique
grach, hauteur, et de Loop, nom d'homme ; d'où il suit que De Grateloup
répond à seigneur du village de la montagne de LOllp.
9
Grateloup est en effet sur une élévation.
Si la famille de Grateloup avait mieux connu la valeur de son nom,
elle n'aurait pas adopté pour armes parlantes « un loup dont une main
gratte le dos. »
LAMBERT.
Latin Lambertus, du teuton Landbert, formé de land, terre, pays,
patrie, et de bert, renommé, célèbre, illustre; à la lettre, célèbre (dans
sa) patrie. : GLOIRE DE LA PATRIE.
Le Lambert des Teutons était le Patrocle des Grecs.
Dérivés.
LAMB. — Abréviation de Lambert.
Lamb s'est dit pour Lambert, comme Gilb, Herb, Rob se sont dits
pour Gilbert, Herbert, Robert.
Le scandinave et l'anglais emploient encore lamb dans le sens
d'agneau, mais alors il vient du teuton lamm, dérivé du sanscrit lal,
bégayer, et signifie bègue.
LAMBARD. — Pour Lambart.
LAMBART. — Variante de Lambert, par le changement de e en a.
Bard, bart sont des variantes de bert. Nous avons Albard, Gilbart,
Robart, pour Albert, Gilbert, Robert.
LAMBEL; el, diminutif : PETIT LAMB.
LAMBELET
LAMBELIN
et, in, diminutifs : PETIT LAMBEL.
LAMBER. — Abréviation
LAMBERD. — Variante
de Lambert.
LAMBERD1ERE. — Nom de lieu devenu nom de personne : QUI
EST DE LAMBERÍHÈRE.
Lamberdière, de Lamberd, et du roman ière, latin aria, du celt-
ibère erria, terre, habitation, signifie propriété de Lamberd.
Les noms de biens ruraux formés d'un nom d'homme suivi de ière,
semblent être particuliers au centre de la France. C'est ainsi qu'on y
appelle Martinière (maison de Martin), ce que dans le sud on appelle
Martignac, et dans le nord, Martincourt, Martinville ou Martigny.
LAMBERS. — Variante romane de Lamber.
LAMBERTERIE. — Synonyme de Lamberdière.
LAMBERTIE. — Pour Lamberty.
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LAMDERTJN
LAMBERTON
in, on, diminutifs : PETIT LAMBERT.
LAMBERTY. — Du latin Lambertus : LAMBERT.
LAMBERTZ. — Variante romane de Lambert.
LAMBIN. — Latin Lambinus, formé de Lamb, nom d'homme, et de
inus, diminutif; littéralement, petit Lamb : PETIT LAMBERT.
Ce nom propre est devenu appellatif depuis l'époque (XVIe siècle)
où professait au Collége de France le célèbre Lambin, savant d'une
vaste érudition, mais qui assommait ses auditeurs par la multiplicité et
la longueur de ses remarques.
LAMBINET : PETIT LAMBIN.
LAMBLA I AH' 4- A 1 Lamblat.
LAMBLAIN f AlteratIOns de Lamblin.
LAMBLARD. — Contraction de l'inusité Lambelard, formé de
de Lambel, nom d'h., et de ard, augm. celto-teuton : GRAND LAMBEL.
LAMBLAT. — Lambl dit pour Lambel ; at, du diminutif latin atus :
PETIT LAMBEL.
LAMBLAUX; aux, du roman alz, fait du latin altus, haut, élevé,
grand : GRAND LAMBEL.
LAMBLÉ. — Altération de Lamblet.
LAMBLET 1 r Contt ractr ions A de Lambelet.
LAMBLIN ContractiOns de l Lambelin.
LAMBLING; ling, fils, en teuton : FILS DE LAMB.
LAMBLOT; ot, dim. français j j.
LAMOLOU d. gascon : P TIT L MBRL.
LAMBLOU; ou, dim. gascon
LAMBON j |
LAMBOT i : PETIT LAMB.
LAMBOTIN : PETIT LAMBOT.
LAMBOTTE. — De lambott, prononciation sonore de Lambot.
LAMBOU. - Altération flamande de Lambert.
LAMBOUN; oun, diminutif provençal 1 PETIT LAMB
LAMBQUIN; quin, de kin, dim. anglo-saxon j PETI ¡.
LAMBRE 1 Lambrec.
LAMBREC | AbrévIatiOns de i Lambrecht.
Lambre, hameau du Dauphiné, est un nom d'homme devenu nom
de lieu.
LAMBRECHT. — Variante euphonique de l'allemand Lamprecht :
LAMBERT.
LAMBRECHTS; s, initiale de sohn, fils, en allemand : FILS DE
LAMBRECHT.
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LAMBRETON. — Lambret dit pour Lambrecht; on, diminutif :
PETIT LAMBRET.
LAMBREZ. — Variante romane de Lambre.
LAMBRICH. — Altération de l'inusité Lambreicht, variante de
de Lambrht.
LAMBRIÈRE. — Nom de lieu devenu nom de personne : QUI EST
DE LAMBRIÈRE
Lambrière, de Lambri mis pour Lambry, et du roman ère, abré-
viation du celtibère erria terre, habitation, signifie propriété de Lambry.
LAMBRIGOT. — Lambrig, variante euphonique de Lambrich; ot,
diminutif : PETIT LAMBRIG.
LAMBRON : PETIT LAMBRE.
LAMBRY. — Variante euphonique de Lambrich.
LAMBS; s, initiale de l'allemand sohn, fils : FILS DE LAMB.
LAMBY. — Variante, par le changement de u en y, du flamand
Lambu : LAMBERT.
DE LAMBEL. — De, particule filiative : FILS DE LAMBEL
Notre de est à la fois le génitif et l'ablatif des Latins.
DE LAMBERT. — De particule extractive ; Lambert, village de
Provence : QUI EST DE LAMBERT.
DELAMBERTERIE. — De extractif; Lamberterie (voir ce nom) :
QUI EST DE LAMBERTERIE.
DE LAMBERTYE. — De, primitivement filiatif, depuis nobiliaire;
Lambertye, altération de Lamberty : SEIGNEUR LAMBERTYE.
La famille de Lambertye appartient à la noblesse du Périgord.
DELAMBRE. — De extratif; Lambre (voir ce nom) : QUI EST DE
LAMBRE.
DE LAMBILLY. — De, primitivement filiatif, depuis nobiliaire;
Lambilly, nom d'homme : SEIGNEUR LAMBILLY.
Lambilly, de Lamb (Lambert), et de illy, du diminutif latin illus,
signifie petit Lamb.
Les armoiries de la famille de Lambilly font partie du blason de la
Bretagne.
SAINT-LAMBERT. — Nom de plusieurs villages devenu nom de
personne : QUI EST DE SAINT-LAMBERT.
De même que les Grecs avaient converti Patrocle en Cléopâtre, les
Teutons convertirent Lambert en Berland.
Le nom Berland, qui est assez répandu, se retrouve dans Huberland
(IIu berland, Hugues' Berland), c'est-à-dire : Hugues Lam-
bert.
12
MATHILDE :
Latin Mathildis, nom d'origine teutonique, formé de Ma, mis en
en composition pour man, don, présent ; de thild, altération, par le
changement de c en t, de child, enfant, et de is, du latin ix, termi-
naison féminine; à la lettre, enfant donnée, fille donnée, fille dont la
naissance est un présent : DIEUDONNÉE.
Ce nom, dont le teuton est Manchild, qui s'est dit en bas latin
Machtildis, IJfanechildis, Mahildis, Mangenhildis, Mathildis, etc.;
en roman Machauld, Manéchilde, Manehould, Manehoust, Magenhilde,
etc., etc., est le même, quant au sens, que ceux de Chimène, Dorothée,
Gudule, Jeanne, Joséphine, Mercédès, Simonne, Théodora et Ximena.
Dérivés.
MAHAUD.
MAHAULT.
MAHAUT.
MENEHOULD.
Variantes romanes de Mathilde.
En roman, Mathilde était généralement considéré comme le féminin
de Mathieu, ce qui s'explique par la ressemblance de forme et de fond
qui existe entre ces deux noms, puisque le dernier vient de l'hébreu
mathiah, don du Seigneur.
PANCRACE.
Latin Pancratius, grec Pagcratiastês (prononcé pancratiastês),
formé de pagcratias, dérivé de pagcration, pancrace; de t, article,
et de l'ancien grec es, homme, signifie : L'HOMME DU PANCRACE.
Le pancrace était la réunion de la lutte et du pugilat.
Mais comme pagcration, de pag, tout, et de cration, fait de cratos,
force, veut dire toute la force, parce que cet exercice gymnastique
réclamait en effet toute celle de l'athlète, pagcratiastês s'est employé
par hyperbole pour vainqueur dans tous les combats; d'où il suit que
Pancrace devenu synonyme de vainqueur, répond exactement à notre nom
de Victor.
Dérivés.
BLANCHAIS. — Variante euphonique de Planchais.
BRANCASSION. Nasalement du vieil italien Brancatio, altéra-
tion du latin Pancratius : PANCRACE.
BRANCE. — Variante euphonique de Branche.
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BRANCHARD. — Branch mis en composition pour Branche; ard,
augmentatif celto-teuton : GRAND BRANCHE.
BRANCHAT; at, diminutif : PETIT BRANCHE.
BRANCHE. — Du roman Branchs : PANCRACE.
Nous avons en Provence le petit hameau de Branche; en Touraine, le
village de St-Branchs: ce sont des noms d'hommes devenus noms de lieux.
BRANCHER; er, augmentatif celtique : GRAND BRANCHE.
BRANCHEREAU; eau, variante relativement moderne de el,
diminutif : PETIT BRANCHER.
BRANCHU. — Dit pour Branchy, par le changement de y en u.
BRANCHY. — Nom bourguignon : PANCRACE.
DE BRANCAS. — En italien Dé Brancacci, formé de dé, des, et
de Brancacci, pluriel de Brancaccio dit pour Brancatio; à la lettre,
des Brancaccio, de la famille des Brancaccio; c'est-à-dire : DE LA FA-
MILLE DES PANCRACE.
Les Brancacci étaient une illustre famille napolitaine qui soutint
constamment en Italie le parti français, et dont un des membres vint
se fixer en Provence vers 1381, sous le règne de Charles VI.
Les armoiries de la maison de Brancas figurent dans le blason du
comtat Venaissin.
Brancas est encore le nom d'un hameau du Languedoc.
DE BRANCE. — Variante euphonique de De Branche.
DE BRANCHE. — De, particule extractive; Branche, nom de lieu
(voir Branche) : QUI EST DE BRANCHE.
DE SAINT-PLANCHEZ. -De, extractif; Saint-Planchez mis pour
Saint-Planchers, village de Normandie : QUI EST DE SAINT-PLANCHERS.
Le Nivernais a le village de Planchez.
Planchez est une altération de Planchers, dit en roman pour l'inusité
Plancher, lui-même variante de Brancher, par le double changement
de b en p et de r en 1.
LEBRANCHU. — Contraction de Le Branchu.
LE BRANCHU : LE PANCRACE.
MALBRANCHE. — Du roman mal, mauvais, méchant, et de Bran-
che, nom d'homme; mauvais Branche : MAUVAIS PANCRACE.
On avait Malbranche pour Mauvais Branche, comme Maldidier, Mal-
gontier, Maliean, pour Mauvais Didier, Mauvais Gontier, Mauvais Jean.
MALBRANCQ.
MALEBRAKCHE.
MALI EBRANCHE.
MALLEBRANCQ.
Variantes de Malbranche
14
Dans Malbrancq, brancq est mis pour branck, prononciation italienne
do branch.
PLANCHAIS. — Non roman : PANCRACE.
PANIER.
Du roman paonier, latin pavonarius, formé de pavon mis en compo-
sition pour pavones, paons; de ar, synonyme de l'ancien latin or, homme,
et de ius, terminaison qui supplée au génitif, à la lettre, homme des
paons, homme des plumes de paon : CHAPELIER EN PLUMES DE PAON.
Le paonier était un chapelier qui confectionnait pour les dames des
coiffures surmontées de plumes de paon1.
Dérivés.
P AGNIER.! P t. t gauloise, gn pour n, ) d, e n Panier.
PAGNIER. } n Prononci• ation ] ( romane et zfe rançai• se e amer.
PANIE. j romane et française )
PANNIER. — Du roman paonnier, variante de paonier.
QDÉLEN.
Du celtique kélen, houx, signifie : DU HOUX.
Beaucoup de personnes doivent leur nom soit à l'ancien usage de
planter un arbre à la naissance d'un enfant, soit à l'arbre près duquel
se trouvait leur habitation. De là les noms de Poirier, Pommier, Pru-
nier, etc., dits pour du Poirier, du Pommier, du Prunier.
1 Paonier et paonnier se disaient encore de celui qui avait soin des paons dans les
maisons princières.
On voit par le livre des Métiers d'Étienne Boileau, que dans le XIIIe siècle il exis-
tait à Paris :
Les Chapeliers de fleurs, ou Fleuristes, qui dans la belle saison tressaient des cha-
peaux de fleurs naturelles ;
Les Chapeliers de feutre, ou Feutriers;
Les Chapeliers de coton, ou Bonnetiers;
Les Chapeliers de paon, ou Paoniers, qui étaient les plumassiers de l'époque ;
Les Feserresses de chapiaux d'orfrois, ou Faiseuses de coiffures brodées d'or et de
perles, les modistes d'aujourd'hui.
Le capel, chapel ou chapiau était une coiffure quelconque : chapeau proprement
dit, bonnet ou couronne. Nous avons conservé le diminutif chapelet, petite couronne,
pour désigner un cercle de grains enfilés.
15
Dérivés.
QUELEN. — Dit pour Quélen.
QUÉLENNEC. — Nom de lieu devenu nom de personne : QUI EST
I)E QUÉLENNEC.
Quélennec, de quélenn mis pour quélen, houx, et de ec fait du celtique
cg , forêt, signifie forêt de houx; d'où il suit que Quélennec répond au
nom français De la Houssaie.
QUÉLIN. — Nom d'un village de Bretagne devenu nom de per-
sonne : QUI EST DE QUÉLIN.
Quélin est une altération de Quélen.
QUELLAIN. — Autre altération de Quélen.
DE QUÉLEN. — De particule nobiliaire ; Quélen, domaine de la
Basse-Bretagne : SEIGNEUR DE QUÉLEN.
La famille de Quélen, une des plus anciennes de l'Armorique, a pour
devise : En peb amzer Quélen (En tout temps Houx), double allusion
au vert persistant et aux pointes aiguës de l'arbrisseau dont elle porte
le nom.
DE QUÉLIN. — De particule extractive : QUI EST DE QUÉLIN.
DE QUELLENNEC. - De particule nobiliaire; Qùellennec mis
pour Quélennec; à la lettre, seigneur de la Quellennec : SEIGNEUR
DE LA HOUSSAIE.
VERONIQUE.
Latin Veronica, de Ver mis en composition pour vera, vraie, véri-
table, réelle; de onica, fait lui-même de onic inversion de icon, image,
et de a, terminaison féminine, signifie : VÉRITABLE IMAGE.
La véronique est l'image de la face de J.-C. montant au calvaire,
empreinte sur le voile qu'une femme lui présenta pour essuyer sa figure.
La peinture représente cette femme agenouillée, tenant déplié devant
elle un linge qui reproduit les traits de N. S.; de là le nom de Véro-
nique transporté de l'image à la personne.
Le roman a dit :
Venice, Venise, d'où le hameau de Sainte-Venise. —Venisse, appli-
qué aussi aux hommes, d'où Venissac et Venissat, petit Venisse.
La personnification de la véronique n'est pas la seule erreur dont nous
soyons redevables à la peinture ou à la statuaire.
Ne voyons-nous pas sur nos verrières Adam et Eve avec un nombril?
Deux peintres se disputaient à ce sujet dans l'ancienne église de
16
Saint-Hilaire de Paris, et l'adversaire du nombril maltraita grièvement
son confrère. Le premier avait certainement raison dans sa critique,
mais il eut tort de donner des coups de poing.
Saint Jérôme dit que Moïse descendant du mont Sinaï avait la face
cornue, c'est-à-dire resplendissante. On peignit bien vite Moïse avec
des cornes lumineuses, et le vulgaire resta persuadé que le front du
législateur des Hébreux était armé de cornes.
Le nom Christophe signifie porte-Christ. On fit de saint Christophe
un géant qui portait sur ses épaules l'Enfant-Jésus, et nul n'aurait douté
de la vérité du fait.
Il était de convention, au moyen âge, qu'un martyr, lorsqu'il avait
été décapité, fut représenté soutenant sa tête par les deux mains réu-
nies sur la poitrine. De là l'opinion qui voulait que saint Denis,
après son supplice, eût porté la sienne depuis Paris jusqu'au lieu où
se trouve aujourd'hui la ville placée sous son invocation.
Enfin les lois de la perspective étaient souvent si mal observées, que
plusieurs cavaliers semblaient n'avoir qu'une seule et même monture.
D'où'le conte des quatre fils Aymon : Renaud (le fameux Renaud de
Montauban), Alard, Guischard et Richardet, qui, armés de pied en
cap, chevauchaient par monts et par vaux surj^fl^^dextrier.
1, ,
ÀGEX, TYP. J. PASQtIER.
Deuxième Lettre
SUR
L'ORIGINE DES NOMS PROPRES
LES
PLUS RÉPANDUS.
SOMMAIRE.
Elmire. — Émérence. — Filâtre. — Floque. — Gabriel. — Herbert.
Irma. — Isidore. — Merle. — Nini. — Octave. — Ozanne.
- Pantalon. — Remi. — Sabatier. —
- Scholastique. — Sicard,
ELMIRE.
Espagnol Elmira, fait de l'arabe elemyrhé, lui-même formé de el,
article; de emyr, chef, prince, et de hé, terminaison féminine : LA
PRINCESSE.
Ce nom est un de ceux que doivent aux Arabes nos voisins d'au-
delà des Pyrénées.
EXftÉRENGE:
Latin Emerentia, formé de emerenti mis en composition pour eme-
rentis, méritant, qui mérite, qui est digne, et de a, terminaison fémi-
nine, signifie : MÉRITANTE.
I Dérivés.
ÉMÉRANCE Altérations A i Émérence.
1 ÉMÉRANCIENNE j AlteratIons de j Émérencienne.
EMERENCIENNE — Latin Emerentiana, formé d' Emerenti,
abréviation d'Emerentia, et de ana féminin d'anus, terminaison qui
jointe à un nom de personne indiquait primitivement l'adoption, mais
qui depuis s'est employée comme simple diminutif affectueux; à la lettre,
Emerentia l'adoptée, petite Emerentia : PETITE ÉMÉRENCE.
18
IIÉMÉRENCE I 1 Émérencc.
HÉMÉRENCIENNE j Autres altérations de j ( Éméreucc.
HTïht?iM\/fthr~H~LiI\(jt!tM7\M~\p L Ém6rencicnnc_
-. -.. - - -
Cette dernière orthographe est due a 1 erreur qui attribuait le radical
emer au grec hêmera, jour.
FILATRE.
Nom roman, latin filiaster, formé de fili mis en composition pour
filius, fils, et de aster, terminaison qui éveille une idée de rapproche-
ment, de ressemblance, et qui se rendrait par quasi, presque, à peu
près; à la lettre, presque fils : GENDRE1.
Plus tard, la terminaison âtre passa du sens atténuatif au sens dépré-
ciatif. On crut qu'elle venait d'atrum, noir, par extension vilain, laid,
hideux, méchant, mauvais, et l'on traduisait mentalement filâtre par
vilain fils, mauvais fils. C'est alors qu'on imagina de remplacer le prétendu
atrum, laid, par son opposé beau, et que l'on dit beau-fils, et par
analogie beau-père, belle-mère, belle-fille, au lieu de parâtre, marâtre,
filiâtre, filliâtre encore en usage dans les provinces du Midi.
Dérivés.
AUFILIATRE. — Au pour aie; a, particule fiIiative; le, article;
littéralement, fils de Le Filiâtre : FILS DU FILIATRE:
FEILLATRE, dit pour Feuillâtre.
FEUILLATHE. — Variante angoumoise de Filâtre.
FIAT. — Altération de l'ancien provençal fiastre : FILATRE.
FIATTE. — De fiatt, prononciation méridionale de Fiat.
FILASTRE. — Ancienne orthographe de Filâtre.
FILHASTRE ! provençal )
FILIAT languedocien ( poiir Filâtre.
F ILIATRE dits en < roman > pour Filâtrc.
FILLASTRE i i ancien provençal
FILLA TRE [ roman J
t Filâtre est un de ces vieux mots dont la perte est regrettable, car il offre une
signification touchante et délicate que nous avons remplacée par une idée quelque peu
grossière, puisque gendre, latin gener, de genere, engendrer, n'a d'autre sens que ce-
lai qu'exprimerait evgendreur, si ce terme était français.

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