Lettres sur la contagion du choléra-morbus indien, par le Dr Rousseau,...

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impr. de Noël-Boucart (Épernay). 1866. In-8° , 17 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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DE LA CONTAGION l [n
DU
CHOLÉRA-MORBUS
^>~-^ X>B L'INDE
^tiè^fent^nvaincu que l'on ne se décidera à prendre
toutes^TeTniesures nécessaires pour borner les ravages du cho-
léra-morbus indien que lorsqu'on aura reconnu qu'il est conta-
gieux (1), je regarde comme un devoir, pour tous ceux qui
partagent ma conviction, de publier les faits auxquels ils la doi-
vent, et c'est pour remplir ce devoir, en ce qui me concerne,
que je me décide à.faire imprimer les lettres que j'ai écrites sur
ce sujet, l'une, le 28 août 18/|9, au journal l'Union médicale, et
l'autre, le 19 octobre 1865, à "M. le Ministre du commerce et
des travaux publics.
A MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF DE L'UNION MÉDICALE (2).
Épernay, le 28 août 1849.
MONSIEUR LE RÉDACTEUR,
Dans votre numéro du 25 août, vous parlez de l'espèce d'émeute
qui a eu lieu à Rochefort, émeute que vous attribuez aux idées de con-
(1) Si, dès 1832, la majorité des médecins eût reconnu que le choléra est
contagieux , et si l'on eût pr,is les mesures convenables pour en empêcher la
propagation, il existerait, eh ce moment, sur la terre, plusieurs centaines de
mille et peut-être même plusieurs millions d'hommes qui n'y sont pas.
(2) Cette lettre a été insérée dans len° du 15 septembre 1849 de l'Union mé-
dicale, et reproduite,dans le n° d'octobre 1849 de ia Gazette médicale de Stras-
bourg- tnnn
— 2 —
tagion et d'empoisonnement qui s'étaient répandues dans cette ville.
Je comprends parfaitement que les idées d'empoisonnement puissent
soulever une population ignorante contre les personnes accusées de
se prêter à cet empoisonnement, surtout si cette population n'aper-
çoit pas la cause de la propagation de la maladie qui la décime.
Mais je ne comprendrais nullement le soulèvement de cette popula-
tion, si elle savait que la maladie se propage par contagion, et que
ces médecins, ces soeurs de chariié qu'elle poursuit de sa haine
aveugle, bravent les plus grands dangers pour lâcher de sauver
ceux que le fléau a frappés.
Le seul inconvénient que l'on pût craindre en reconnaissant la réalité
de la contagion, ce serait une difficulté plus grande pour trouver des
garde-malades ; mais cet inconvénient même pourrait être évité si l'on
affirmait, ce qui est vrai, que le choléra ne se transmet pas par le
contact, mais seulement par la respiration prolongée d'un air infecté
à un degré suffisant, et que l'on peut presque toujours empêcher
l'atmosphère qui entoure les malades d'arriver à ce degré d'infection,
en les plaçant dans des locaux percés de nombreuses ouvertures, en
renouvelant souvent l'air, et en entretenant, autour d'eux et autour
de ceux qui les soignent, la plus grande propreté.
Intimement convaincu de la transmissibilité du choléra de l'homme
malade à l'homme sain, convaincu également que la vérité est toujours
moins dangereuse que l'erreur, je vous adresse un résumé des faits les
plus saillants parmi ceux qui, en 1832, ont détruit mes préventions
contre la contagion et m'ont forcé à la considérer comme démontrée.
Je serais heureux de vous les voir publier.
En avril 1832, le choléra se développa à Vertus, à vingt kilomètres
d'Épernay, après le passage d'un régiment venant dé Paris, et qui
avait logé dans cette petite ville. La maladie y fit un grand nombre
de victimes, mais y resta concentrée pendant assez longtemps. C'était
là que nous étions obligés d'aller l'observer pour nous mettre en mesure
de la combattre lorsqu'elle viendrait nous visiter.
Tout à coup nous apprenons que le choléra a paru à Hautvillers,
village situé sur une montagne élevée, à six kilomètres d'Épernay,
à vingt-six kilomètres de Vertus. Comment avait-il fait un trajet si
rapide et sans avoir marqué sa route par aucun ravage? Nous l'apprîmes
bientôt. C'était un mendiant d'Hautvillers qui, après être allé passer
deux jours à Vertus, était revenu chez lui, avait été pris le lendemain
du choléra, et en était mort dans la journée. Sa femme et sa fille
(qui n'avaient pas quitté Hautvillers) avaient été prises à leur tour, et
étaient mortes quelques jours après. Mais, avant elles, était morte, avec
_ 3 —
une effrayante rapidité, une voisine qui ayait enseveli le premier. Le fils
de cette dernière, qui av ait rapporté sa mère du bois, où sa maladie
avait commencé, avait été atteint à son tour. Pendant quelques jours,
il fut facile de suivre, de maison en maison, la propagation de la ma-
ladie , qui avait lieu en raison composée du voisinage et des rapports
des individus sains avec les malades. Bientôt le pays tout entier fut
envahi, et les investigations sur la transmission devinrent impossibles.
Je ne dois pas omettre de dire que, dans le moment où la maladie
sévissait avec le plus d'intensité à Hautvillers, deux petits rentiers qui y
étaient fixés quittèrent leur maison, dont ils fermèrent portes et fenêtres,
pour aller, à une vingtaine de lieues, demander l'hospitalité à un de
leurs amisj dans un pays où le choléra n'avait pas pénétré. Lorsqu'ils
apprirent que, depuis deux mois, le choléra avait abandonné Hautvil-
lers, ils se hâtèrent d'y revenir et de rentrer dans leur maison; mais
ils furent presque immédiatement frappés de la maladie, et mou-
rurent tous deux.
D'un autre côté, je dois dire aussi que, dans ce même pays si cruel-
lement maltraité, des personnes qui donnaient aux cholériques des
soins assidus et d'autant plus pénibles que jamais elles n'avaient soi-
gné aucun malade, furent entièrement préservées ou n'eurent que de
légères indispositions.
Une femme d'Épernay, voulant surveiller la culture de quelques
vignes qu'elle possédait a Hautvillers, alla y passer deux jours dans le
moment où le fléau y avait atteint son maximum d'intensité. Elle
revint ensuite à Épernay, fut prise d'un choléra-morbus peu intense et
guérit.
Bientôt deux voisins très-rapprochés de son habitation tombent
malades et meurent en quelques heures. Un troisième est pris assez
gravement (il a guéri plus tard). Sa fille tombe malade et meurt; sa
femme tombe malade ensuite et meurt également.
Alors le quartier tout entier se trouve rapidement envahi, et l'on cesse
de pouvoir y suivre la marche du mal. Seulement on remarque que ceux
qui viennent, de quartiers sains, soigner leurs parents malades dans le
quartier infecté, tombent ordinairement malades à leur tour au bout de
peu de temps.
Bientôt une ambulance fut établie dans un lieu bien aéré; les malades
y furent transportés dès les premiers symptômes du mal, et la propa-
gation cessa d'avoir lieu de la même manière, pour recommencer
plus tard dans un petit nombre de familles qui avaient conservé leurs
malades dans leurs maisons.
Ici, comme à Hautvillers, beaucoup de personnes, notamment à l'am-
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bulance, ont soigné des malades sans être atteintes, du ne l'ont été que
légèrement (1).
Quelquefois aussi on a vu le choléra se développer dans des quartiers
éloignés/sans qu'on pût constater de rapports entre les personnes
affectées ainsi, et d'autres individus malades antérieurement.
A Champillon, village très-rapproché d'Hautvillers, je n'ai pu
suivre de la même manière la propagation du mal ; mais presque con-
stamment son apparition chez un seul individu m'annonçait son dévelop-
pement successif chez tous ou presque tous les membres de la même
famille ; et je pouvais le prédire d'autant plus sûrement, que les
maisons étaient plus malpropres, plus étroites et moins bien aérées.
On pourra juger de cette extension dans chaque famille, quand je
dirai que j'y ai soigné quatre-vingt-dix-huit individus appartenant à
trente-six familles. Sur ce nombre, dix huit sont morts, les uns après
avoir été soignés, les autres presque sans l'avoir été, parce qu'ils étaient
tombés malades clans l'intervalle de mes visites, quoique j'en fisse deux
par jour et que je les fisse toutes deux fort longues.
Pendant que le choléra-morbus sévissait à Champillon et Cumières,
villages très-rapprochés d'Hautvillers, Dizy, qui en est un peu plus éloi-
gné, en était encore exempt. Mais une femme de ce dernier pays va
à Cumières donner des soins à son gendre, et revient tomber malade à
Dizy, où elle meurt. Une voisine tombe malade et guérit ; son jeune fils
tombe malade à son tour et guérit également.
Une autre femme tombe malade sans rapports évidents avec aucun
cholérique et ne communique pas la maladie autour d'elle.
Mais bientôt le choléra se développe dans une autre famille. La
mère est la première affectée ; puis le père, puis la fille, puis le gendre,
puis le frère du gendre qui demeurait dans une autre maison, mais était
venu donner des soins à son frère ; puis la mère de ces deux jeunes gens.
Enfin le père et une soeur, composant tout le reste de la famille,
ressentent aussi de légères atteintes.
Cette famille occupait deux maisons distantes l'une de l'autre de plus de
cent pas, et dont l'une était basse et humide, tandis que l'autre était
située dans un lieu élevé, mais n'était pas percée d'un nombre suffisant
d'ouvertures.
(1) Je pourrais ajouter que moi-même j'en ai été quitte pour une cholérine
sans vomissements ni crampes, quoique j'aie passé la plus grande partie de mon
temps près des cholériques et que j'aie eu à supporter des fatigues excessives
qui n'étaient pas tous les jours interrompues par un petit nombre d'heures de
repos au lit. toais je crois pouvoir attribuer cette quasi-immunité à ce que j'ai
suivi un régime assez sévère, et surtout à ce qu'en allant d'une commune à une
autre, je respirais un air pur eu presque pur, qui détruisait en grande partie
l'effet des miasmes aspirés dans la localité que je venais de visiter.

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