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Lignes de fronts. Le roman de guerre dans la littérature africaine

De
342 pages
Thème pratiquement ignoré jusqu’ici par la recherche africaniste, la guerre occupe pourtant une place importante dans la production litttéraire africaine moderne. En choisissant cet angle, Désiré Nyela et Paul Bleton font non seulement preuve d’une certaine audace théorique, mais parviennent à mettre en lumière les grandes lignes de forces de la littérature subsaharienne. Ils montrent entre autres comment le récit de guerre procède d’une double origine décalée, culturelle et générique, qui explique en grande partie les contradictions auxquelles sont confrontés les auteurs. Voici donc une véritable introduction à une littérature atypique et injustement méconnue.
Désiré Nyela enseigne la littérature à l’Université Sainte-Anne, Nouvelle-Écosse ; il est l’auteur de nombreux articles sur la littérature subsaharienne.
Paul Bleton est professeur à l’Université du Québec à Montréal (formation à distance) : il s’intéresse aux genres de la littérature sérielle et à la fiction militaire.
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lignesdefronts Leromandeguerre  danslalittératureafricaine
Désiré Nyela et Paul Bleton
Préface de Jean-Godefroy Bidima
LesPressesdelUniversitédeMontréal
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Bleton, Paul  Lignes de fronts : le roman de guerre dans la littérature africaine  (Espace littéraire)  Comprend des réf. bibliogr. Ś ---- eISBN 978-2-7606-246-4 . Récits de guerre – Histoire et critique. . Littérature africaine – Histoire et critique. . Guerre dans la litt érature. I. Nyela, D ésiré. II. Titre. III. Collection : Espace litt éraire. ..   --
er Dépôt légal :  trimestre  Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide au d éveloppement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour leurs activités d’édition. Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Soci été de développement des entreprises culturelles du Qu ébec (SODEC). Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération canadienne des sciences humaines, de concert avec le Programme d’aide à l’édition savante, dont les fonds pro -viennent du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
 ĀÛ ĀĀĀ È ĀÈ 
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À Madeleine Ngalli Assomo, ma mère
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Page laissée blanche
pr éface
Des«lignesdefronts»  aux«lignesdhorizon»:  laguerreentrefaits,discoursetcr
éativité
1 «! Vous n’êtes pas à la mode Encore la guerre Un livre sur la guerre! » en Afrique ? Est-ce pour cautionner l’afropessimisme qui pense toujours que l’Afrique n’a plus rien de bon à vendre après avoir bradé sa culture sous forme de folklore en faisant mine d’ignorer l’exploitation de ses ressources naturelles ? Est-ce pour céder, après avoir décrit la désolation de la guerre, à la mode actuelle qui produit la consolation dans un monde où la détresse humaine, comme le dit Pierre Legendre, se vend 2 et se met en scène ? Ou alors, est-ce pour satisfaire aussi au goût du jour avec ses impératifs actuels aux peuples : « Prière de fairele devoir de mémoire… après celui de payer les taxes et les factures, et gare à vous, on vérifiera les copies avant la publication… À vos plumes ! » ? Pourquoi reprendre le thème de la guerre en Afrique ? Peut-être bien que cettere-priseon prendla guerre au mot en énumérant ses maux eton prendceux qui parlent de la guerre aux pièges qu’ils tendent au langage après avoir évité ceux tendus par la guerredu thème de la guerre par Désiré Nyela et Paul Bleton est unmoment inauguraldans la pensée littéraire africaine bouffie le plus souvent par sa bonne cons-cience (n’est-elle pas la littérature des opprimés et ceux-ci ont toujours raison, n’est-ce pas ?) et qui a oublié que l’exploration de nouveaux thèmes (non prévus dans les programmes des chaires de francophonie), la recherche de nouveaux territoires (qu’ignorent superbement les financements privés et publics) et le brouillage des conventions (que n’aiment pas du tout ceux qui financent la recherche) sont les trois moments forts pour toute histoire qui se veut consciente d’elle-même
Extrait de la publication
10ngseiltsonfred
et de ses limites. Nous avons ici un livre qui parle de la guerre avec une espèce de métarécit ; c’est undiscours sur le discours de la guerre. Ce n’est pas un discours canonique qui condamne et indique une éthique avec la suffisance que nous connaissons aux moralisateurs, c’est un discours modeste qui ne parle de la guerre que par lesmédiations des discours, afin de voir comment ce fait social qu’est la guerre inaugure ou pro-meut une esthétique. Cette modestie épistémologique se traduit par le privilège que les auteurs accordent à la notion wittgensteinienne d’air de famille. En somme, au lieu de définir et de délimiter un genre qui serait issu des discours sur la guerre, les auteurs utilisent la notion d’air de famille, notion qui indique par un même mouvement l’apparente-ment et la singularité :
C’est pourquoi, au concept de genre, nous avons préféré celui d’air de famille, emprunté chez Ludwig Wittgenstein. Concept bien plus rentable, dans la mesure où il a permis de regrouper des textes épars autour d’un fil rouge : la guerre […] fédératrice de cette hétérogénéité romanesque, qui va du narratif épique au narratif romanesque ; des récits de guerres de conquête (constitution des grands empires, conquêtes coloniales) aux récits du génocide, point culminant de la guerre comme chaos civil. Air de famille comme concept dual, intégrateur à la fois de l’apparentement et de la singularité. (Conclusion)
La leçon que nous pouvons déjà tirer de cette utilisation de Wittgenstein est que la singularité n’est pas l’insularité et que la guerre ne se pense qu’avec les phénomènes connexes comme les génocides ; en d’autres termes, les phénomènes historiques n’exposent leur singularité que pour faire mieux ressortir leur pluralité constitutive. Celle-ci indique, en suivant Nyela et Bleton, que l’histoire des successions et des harmonies doit être réinterrogée et mise en perspective par ce phénomène pluriel qu’est la guerre. Pour le philosophe et juriste Hugo Grotius, dans son livre publié en  et dédié à « Louis XIII, Roi très Chrétien des Francs et de Navarre » et intituléLe droit de la guerre et de la Paix, l’étymolo-gie de la guerre fait appel à la notion de la dualité et par conséquent à la pluralité ; « le motbellumdescend d’une expression ancienne,duel-lum[…] et deduis, bis. Le motduellumvient deduobus… c’est ainsi que les Grecs avaient tiré d’un terme qui désignait la multitude, le mot 3 polemos». Si on entreprend de présenter cette recherche inaugurale dans le champ de la littérature africaine francophone, il faudrait quand
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préface  1 1
même soulever le fait que préfacer un livre est toujours risqué et un véritable échec : soit,on reditce que les auteurs ont si bien exprimé en l’aplatissant et le lecteur qui est toujours vigilant (lui qui a parfois la réponse à tout… curieuse habitude, ô cher lecteur !) s’en rend bien compte assez vite, soit alors, on reste à la périphérie du livre pour déjà ennuyer le lecteur avec nos propres préoccupations et ressassements en prenant le livre à préfacer comme alibi, soit enfin « on drague le lec-teur»avec des mots-valises et des clichés qui flattent ses instincts en lui faisant comprendre que le texte qu’il va lire est transparent. Que faire ? Nous suivrons le conseil de Wittgenstein en étant bref, car « le danger d’une longue préface, c’est que l’esprit d’un livre doit s’y montrer et ne 4 peut y être décrit ». Et au lecteur, je conseillerai la définition que Barthes donne du texte, celui-ci est untissage, ce qui veut dire que toute lecture exige une ascèse ; autrement dit, pour entrer dans ce livre, il faudrait renoncer aux raccourcis (et à l’illusion, sans arrière-pensée, du déjà-vu) et adopter une attitude ascétique. L’ascète écoute plus qu’il ne parle et rumine plus qu’il ne vomit ! Mais s’il nous faut résumer ce livre, il faudrait retenir qu’il pense à la fois la pluralité, l’historicité et la créativité littéraires à travers le thème de la guerre. Une créativité artis-tique et littéraire ne peut faire l’économie ni de la dialogie (pluralité) ni de l’insertion consciente de l’œuvre dans l’histoire (l’historicité).
Pluralité L’allemandlangue européenne modernisée pendant la Réforme par Luther et aujourd’hui respectée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, même si aucun membre permanent n’est Allemandtraduit le verbeagirparHandeln. Ce verbe implique déjà le motHand: main. Agir, c’est mettre en mouvement les mains.Main tendueavec un index nerveux pour donner des ordres aboutissant aux génocides et guerres, mains croiséesen signe d’adoration des divinités invisibles et des temps et lieux de mémoire visibles,mains suppliantesdevant le sadisme des bourreaux et l’arrogance des commandants,mains fragilesqui se don-nent et s’adonnent aux autres mains pour les relever ou les abaisser, mainsqui,ouvertesouferméesindiquent la fragilité de toute action et de tout dire humains,mainqui, enfin,est la symbolique qui ouvre ce livredeux mains . Nyela et Bleton avertissent que le livre est écrit à « ».
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