Lignes rimées, par Xavier Forneret

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Dentu (Paris). 1853. In-8° , 160 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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MGNES RIMÉES
FAI! ,
XAVIER FORNERET.
.... M .heureuse.organisation de mélan-
colie maladive qui cherche, contemple, es-
père; qui se fait quelquefois illusion... et que
la Réalité réveille du son de toutes ses écail-
les luisantes et trompeuses qui recouvrent ce
monstre qu'on nomme SOCIÉTÉ, et sous les-
-.quell.es sont amoncelés tous ces haillons du
CoeurHumain, appelés — CYNISME, AMBITION,
MENSONGE !!
PARIS
DENTU, ÉDITEUR, PALAIS-ROYAL
GALERIE D'ORtÉANS
1853
LIGNES RIMÉES
PARIS, — IMPRIMERIE D'E. DUVERGER,
RUE DE VIKNEUIL, N» 6.
LIGNES RIMÉES
PAR
XAVIER FORNERET.
.... Malheureuse organisation de mélan-
colie maladive qui cherche, contemple, es-
père;qui sefaitquelquefoisillusion... et que
la Réalité réveille du son de toutes ses écail-
les luisantes et trompeuses qui recouvrent ce
monstre qu'on nomme SOCIÉTÉ, et sous les-
quelles sont amoncelés tous ces haillons du
Coeur Humain, appelés —CÏNISHE, AMBITION,
HENSONGE !!
PARIS
DENTU, ÉDITEUR, PALAIS-ROYAL,
GALERIE D'ORLÉANS.
1853
PRÉFACE
Dans un temps, une bonne âme m'envoya les
strophes qui suivent. J'en fais ici la préface de mes
Lignes rimées, en les lui dédiant, par reconnais-
sance et non par indiscrétion, puisque ces strophes
sont sans signature, et que j'ignore absolument le
nom de leur auteur.
Puisse cette publication connue de cette bonne
âme lui plaire sur cette terre, si elle n'est point
encore arrivée au Ciel l
« Le 6 août 1846. »
« Un coeur qui souffre et comprend vos souf-
« frances vous envoie, monsieur, ces quelques vers ;
« la consolation que cette personne y a trouvée lui
a fait espérer et désirer qu'ils vous soient agréa-
« blés. »
— 8 —
Ah 1 ne vous plaignez pas, pauvres âmes brisées,
Frêles et jeunes fleurs...
Souffrez plutôt, croissez sous les folles risées,
Et comme un lis s'entr'ouvre aux célestes rosées
Entr'ouvrez vous aux pleurs.
Vous dormiez dans l'indifférence,
Dans l'oubli même du saint lieu ;
Vous n'aviez pas une espérance !
C'est l'aiguillon de la souffrance
Qui vous a fait songer à Dieu.
Ah ! saluez cette lumière!
Quels que soient vos troubles nouveaux :
N'avez-vous pas le sanctuaire,
N'avez-vous pas dans la prière
Un doux refuge à tous vos maux?
Ployez-vous, âmes délaissées
Sous la main du divin amant...
Et quand vous vous sentez blessées,
Consolez-vous dans les pensées
Que Dieu vous frappe en vous aimant.
Cachez comme un trésor
Cette sainte blessure
Dans le secret du coeur...
Et comme l'on bénit une compagne sûre
Une épouse fidèle et dont la voix rassure,
Bénissez la douleur.
Portez la croix rude et pesante
Qu'on vous impose chaque jour...
C'est un père qui la présente ;
Et l'angoisse la plus cuisante
Est un appel de son amour.
La coupe de mélancolie
. Précède la coupe de miel ;
Ne rejetez pas celte lie,
Baisez la chaîne qui vous lie
Car un des anneaux touche au ciel !
Laissez-Ià le monde et ses charmes,
C'est un bel arbre aux fruits amers ;
Videz le calice d'alarmes...
La foi se trouve au fond des larmes
Comme la perle au fond des mers.
I
EPITAPHE
POUR TOI, POUR VOUS, POUR MOI.
Vous qui voyez ma tombe, —elle estlà pourvousdire
Qu'il faut se croire RIEN, —une ombre sur les jours ;
Une petite cendre à pleurer ou pour rire...
Car tout passe, hors leTEMPS, puisqu'il passe toujours,
II
DEDICACE A NAPOLÉON III
DE LA PIECE QUI SUIT.
SIRE,
Je n'ai jamais été du parti du délire
Si je fus contre vous, en face, en plein soleil ;
Et vous êtes trop grand pour n'oser vous le dire,
Car, votre Majesté vient du Peuple et du Ciel.
Maintenant que je vois ce que vous savez faire
Que vous pardonnez, Sire, avec un noble coeur,
On ne peut qu'admirer en vous l'amour d'un père
Qui veut, être à la fois, et homme, et Empereur.
Xavier FORNERET,
Non condamné politique
A
L'EMPEREUR MORT
ET AUX RELIQUES ENCORE VIVANTES
DE SES ARMÉES *.
J'aime à me rappeler tous mes instants d'Enfance,
J'aime les embrasser du profond de mon coeur;
J'aime à me souvenir, qu'en ce temps-là la France
Avait encore en elle un immense Empereur.
(*) Janvier 1848.
— 20 —
Mais alors, le petit brin d'herbe de mon âge
Ne pouvait mesurer le chêne des combats,
Le père du Canon, le lion du Courage,
L'étoile de l'Honneur aux si brûlants éclats !
Je ne savais comprendre et saisir ce Colosse
Qui marchait sur le Monde à pas d'une aile d'air.,,
Dont la tête n'était ni petite ni grosse,
Mais dont le vaste front portait sur double éclair,
LUI! je ne l'ai pas vu sur le sol des Batailles
Labourer des sillons avec sa gloire en feu,
Et respirer gaîment ces bouquets de mitrailles
Dont les gerbes de flamme allaient s'offrir à Dieu !
Ces drapeaux remplis d'or... ces cris de la Patrie...
Tout cela, sur le peuple étonné, ruisselait;
« Vive noire Empereur! et mort à notre vie!
« Oh ! que la Guerre est belle! »— Et chacun la voulait.
La plus grande grandeur où l'Homme puisse atteindre
IL l'eut... et bien des gens en furent les témoins ;
C'est que la pauvre mère ayant tant à LE craindre
Souvent le maudissait, et ne l'aimait pas moins,
Et ses vieux soldats donc! l'ornement de son âme
Dont les rayons vifs, brefs, étincelaient partout...
Courbés, ils l'adoraient comme une belle femme
Qu'on pense posséder — mais qui possède Tout!
Ce ruban de bonheur dont frissonnait le Brave
Quand SA main rattachait sur sa poitrine en blanc;
S'il voyait maintenant... comme il dirait : « C'est grave î »
« Vous faites donc du Faux de ce qui sonne Franc*?»
Quand sur le monde entier, reflétant sa lumière,
11 regardait un lieu qu'il ne trouvait pas pur,
Aussitôt, o« point noir voilant cette atmosphère
Son Tonnerre de bronze en faisait de l'Azur.
(*) Ceci n'a jamais concerné l'armée ; de plus, c'était écrit en
Janvier 1848.
— 22 —
Les rois assis doutaient s'ils tremblaient sur leurs trônes...
Car, ils étaient plus morts que vifs, ces pauvres rois !
Alors, ils invoquaient leurs très chères patronnes, —
Exhalant le Palais, l'Antichambre à la fois.
Le Clergé n'aimait pas cet homme, ce Despote,
Car, répétait l'Église, « il nous domine trop; »
Eux, ils l'auraient voulu prêtre dans sa Capote
Pour LUI faire revoir la Corse, au grand galop.
Et pourtant IL sauva l'Église du Désordre,
Il guérit bien du mal fait à Notre-Seigneur!
Mais, ce n'était assez; — on détestait son ordre...
Notre ne valait pas autant que Mon seigneur. —
Je m'étonne toujours lorsqu'une voix le blâme,
Qui se croit assez grand pour oser y toucher?
Il semble voir un Mât que défie une rame,
Ou bien, un grain de sable armé contre un rocher,
25
Qu'on parle donc plutôt de ce serpent fétide
Qui se tortilla noir autour d'un si haut nom...
Des consciences d'or, ce mélange livide,
Ce lâche et sec venin—qu'on nomme : TRAHISON !
Et puis... douleur profonde ! ô rage pâle, horrible !...
L'AIGLE fut becqueté par un Vautour anglais
Ayant pour coeur un bloc de ce rocher terrible...
Ohl l'Angleterre rouge a du sang que je hais l!
NOTE.
Nous n'avons jamais vu M. Victor Hugo qu'en peinture ou au
crayon; et s'il a été en notre pouvoir de parler à ses images,
nous n'avons jamais eu l'honneur d'être entendu de lui.
Quelque temps après la révolution de 1848, il nous prit fan-
taisie de lui demander son avis sur une pièce de vers composée
ou plutôt inspirée à nous par la gloire de Napoléon I".
Nous la lui adressâmes donc, et nous publions plus loin la ré-
ponse qu'il voulut bien prendre la peine de nous faire presque
immédiatement.
Nous espérons qu'on nous pardonnera notre immodestie, en
cette circonstance, quand on saura
D'une part, —
Que la lettre de M. Victor Hugo a plus de quatre ans de date ;
qu'on ne peut, par conséquent, guère être moins pressé en fait
» d'amour-propre ou d'orgueil ; —
De l'autre, —
Quand on se rappellera toutes les attaques plus ou moins pas-
j- sionnémont échevclées qui se jetèrent si souvent à corps et esprit
perdus sur notre manière d'écrire.
Voici donc concernant la pièce de vers qui précède, cette ré-
ponse dont nous honorait, dans le temps, l'auteur des Orientales,
ce grand soleil de poésie si éclipsé par l'ombre malheureuse qu'il
s'est faite... en politique./f
A Monsieur XAVIER FORNERET, à Beaune (Côte-d'Or).
« .le suis bien sensible, monsieur, à votre cordiale et sympa-
« thique. lettre. J'ai lu avec un profond intérêt vos strophes où
« respire le sentiment national. Les nobles vers viennent aux
« nobles enthousiasmes.
° Recevez, monsieur, je vous prie, avec tous mes remercie-
« mens, l'assurance de mes sentimens distingués.
VICTOR HUGO. .
« Paris, 1" Juin 1848. »
III
A PROPOS DU SOCIALISME
11 faut que l'Un ait plus que l'Autre—.pour le BIEN;
Car, nous TOUS, ayant TOUT, TOCS nous n'aurions plus RIEN.
IV
PENSÉE UN MATIN
Le jour montre sa perle, et le Soleil la dore.
Levons-nous, levons-nous.
Laissons-la notre chambre, et admirons l'Aurore
Ce beau regard pour Tous !
Courons voir, en plein air, ce spectacle superbe
Des feuilles et des fleurs;
Ces petits médaillons en eau d'argent sur l'herbe
Fondant comme les Coeurs.
3
— 54 —
Allons respirer l'âme en joie et caressante
De la nature en Dieu ;
Dieu qui fait son essor, et qu'elle représente
Sur son trône à Ciel bleu.
Hélas I on sent si peu qu'un Être sur la Terre
Soit digne d'un beau jour,
Qu'on va se répétant qu'il faut un bien bon père
Pour donner cet amour.
Tout revient et repart pour revenir de même
Redire ses échos :
Quelque large que soit un front à diadème,
Il lui faut du repos. —
Écoutez ces chanteurs ailés qui réjouissent...
Becquetant le Chagrin ;
Ils nous rêvent un nid que bientôt ils bâtissent
De baume, brin à brin.
— 55 —
Leurs mots disent surtout: «Hommes, veuillez nous croire,
« Or, réputation,
« Tout, excepté du ciel, la volonté, la gloire,
« N'est écrit qu'au crayon ! »
N'oublions pas pourtant, qu'il reste l'amour tendre
L'amour de dévoûment,
Dont l'essence se mêle à notre pauvre cendre
Et en fait un ciment ;
Ciment contre la voix terrible d'injustices
. Des hommes et du sort ;
Qui se glissant partout, ferme les interstices
Pour retarder la Mort.
Croyons donc aussi là, et remercions Celle
Qui des bras et du coeur,
Aidant à tout pour nous, crève du bout de l'aile
Les gros yeux de la Peur.
DÉFINITION DU JÉSUITE
Le Jésuite dit Vrai pour créer un Mensonge
VI
PENSEE TRISTE
La Mort ne doit jamais effrayer, — mais c'est l'Age
Où la neige du Temps nous verse ses flocons...
Car l'oiseau n'est plus rien, quand est vieille la cage,
Dût-il avoir encore un coeur tout de bonbons.
vu
LE CIEL EST BLEU
(ROMANCE)
Le ciel est bleu, qu'il reste tendre,
Comme ma joie et mon bonheur;
Tout est donné sans rien reprendre...
Elle a mon âme, et moi son coeur!
— .58 —
Mon Dieu l mon Dieu ! dans ma prière
Soit au matin, soit pour le soir,
J'adresse à la pauvre chaumière
Triste regret, mais doux espoir.
Je reverrai son toit de chaume
Oh ! bien souvent, oui bien des fois,
En disant — c'est là mon royaume,
C'est là que j'entendis sa voix.
Le ciel est bleu, etc.
J'avais parlé pendant une heure
Avec Elle, en un autre lieu
Que dans sa modeste demeure
Heureuse au soleil du bon Dieu. —
Mais c'est là qu'ont frémi nos âmes
Par le toucher de notre main...
Depuis, nous vivons de ces flammes
Avec toujours un lendemain.
Le ciel est bleu, etc.
•— 49 —
Ma fleur des champs, ma bien-aimée,
Amie, amante, mère, soeur...
Par toi, ma vie est embaumée,
Je me sens tout le ciel au coeur !
Que rien ne brise ce calice
Où nous puisons chaque heureux jour.,.
Qui nous brûle de son délice
Avec son nom si doux — 1'AMOUR !
Le ciel est bleu, qu'il reste tendre
Comme est ma joie et mon bonheur ;
Tout est donné sans rien reprendre;
Elle a mon âme et moi son coeur,
VIII
L'AGE
L'AGE est le plomb humain qui coule sur la vie..,
Jet de barbe du Temps que nul fil de rasoir
Ne ralentit, ne coupe avant sa dent durcie...
Goutte rose d'abord — ensuite limon noir.
IX
A LÀ MORT D'UNE JEUNE FILLE
Tes paroles étaient toutes celles d'un ange,
Tendre rose aux yeux bleus !
Tu pars, tu vas au ciel — sans des marques de fange,
Avec tes blonds cheveux.
— 58 —
Tu souris quand on pleure... et la lèvre entr'ouverte
Semble encore parler...
Tu meurs, ô pauvre enfant, quand la saison est verte,
Mais pour étinceler :
Pour dire à notre Dieu : — « Me voilà blanche et pure,
« Dieu tout-puissant et bon...
« Des vierges, des bouquets ont fait ma sépulture,
« Et chassé le Démon.
« Prenez, recevez-moi; pour consoler ma mère
« Qui s'arrache le Coeur... !
« Qu'elle me sacheà vous, pour quesoit moins amère
« Son horrible douleur !
« Je lui ferai passer, alors, de ce sourire
« Que vous me donnerez,
<t O vous si grand toujours, plus qu'on népeut !e dire,
« Pour ce que vous offre?. —
— 59 —
« Pauvre mère! un serpent est autour de son âme,
« La déchire, la tord...
« La brûle affreusement de sa langue de flamme
« Allumée en ma mort !
« Je la vois pâle et fixe, échevelée et folle...
« Son coeur n'a plus de mots ;
« Pitié, mon Dieu ! pitié ! mettez-lui l'auréole
« Du calme, du repos.
« A vous Seigneur, Sauveur, moi, votre fiancée
« Je vous dis mon cher voeu...
« Je viens vous demander pour ma mère glacée
« Un peu de votre feu,
« Et puis, je me confesse : — il existe en le monde
« Un jeune homme bien beau...
a Aussi beau que le Jour quand le Soleil J'inonde,
« A l'oeil plus pur que l'Eau,..
— 60 —
« Je l'aimais, lui m'aimait... Nos pensées caressantes
« Riaient sur notre amour;
« Car ma mère approuvait nos âmes palpitantes
« A l'approche du Jour !
« Mon tort est celui-ci : Ce fut de ne pas croire
« Qu'il ne me trompait pas...
a Quand je l'ai reconnu, je ne pouvais plus boire
« Qu'aux lèvres du Trépas !! » —
On ne doit plus te plaindre, ô belle jeune fille !
Tu vois I'ÉTERNITÉ,
Cet infini des Ans dont tout Siècle s'habille
Bravant la vétusté.
Plus riche qu'un flot d'or sous de superbes arches,
Tu montes au Saint Lieu
Par un grand escalier composé de trois marches
— L'Amour, ta Mère, et Dieu ! —
X
L'INSTANT DE MIEUX
On me disait un jour :
— Comprenez-vous le mieux de la mort, .qui
existe presque toujours ?
— Vous voulez dire le mieux de la Vie qui pré-
cède la Mort.
— Oui, soit.
— Eh bien, parfaitement, répondis-je :
La Mort recule un pas pour mieux franchir ta Vie. —
Et comme alors je m'aperçus que dans ma réponse
il y avait eu douze syllabes qui formaient un alexan-
drin et une idée, j'en ai pris note ici.

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