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Lily et Braine

De
191 pages
Braine vient de passer trois mois dans un hôpital militaire. Il a été gravement commotionné. Il peut de nouveau dire, lire et écrire son nom. Il va rentrer à la maison. Lily l'attend. Il est de retour. Il arrive. Souhaitons-leur de vivre enfin heureux.
Lily et Braine est paru en 2010.
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Extrait de la publicationExtrait de la publicationLILY ET BRAINE
Extrait de la publicationDUMÊMEAUTEUR
DIT-IL, 1987
K. 622, 1989
L’AIR, 1991
DRING, 1992
LESFLEURS, 1993
oBE-BOP, 1995 (“double”, n 18)
oL’INCIDENT, 1996 n 63)
oLESÉVADÉS, 1997 (“double”, n 65)
LAPASSION DEMARTINFISSEL-BRANDT, 1998
oNUAGEROUGE, 2000 (“double”, n 40)
oUN SOIR AU CLUB, 2002 n 29)
DERNIER AMOUR, 2004
LESOUBLIÉS, 2007
Extrait de la publicationCHRISTIAN GAILLY
LILY ET BRAINE
LES ÉDITIONS DE MINUIT
Extrait de la publicationL’ÉDITIONORIGINALEDECETOUVRAGEAÉTÉTIRÉE
À CINQUANTE EXEMPLAIRES SUR VERGÉ DES
PAPETERIES DE VIZILLE, NUMÉROTÉS DE 1 À 50 PLUS
SEPT EXEMPLAIRES HORS COMMERCE NUMÉROTÉS
DEH.-C.IÀH.-C.VII
2010 by LES ÉDITIONS DE MINUIT
7, rue Bernard-Palissy, 75006 Paris
www.leseditionsdeminuit.fr
En application des articles L.122-10 à L.122-12 du Code de la propriété intellectuelle,
toute reproduction à usage collectif par photocopie, intégralement ou partiellement, du
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de copie (CFC, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris). Toute autre forme de
reproduction, intégrale ou partielle, est également interdite sans autorisation de l’éditeur.
Extrait de la publicationParquellevoiemystérieuseétait-elle
parvenueàcequiseprésentait
commeunpessimismegai?
MargueriteDuras
LeRavissementdeLolV.Stein
Extrait de la publicationExtrait de la publication1
Lily était venue l’attendre à la gare. Elle n’était
pas venue seule. Deux autres vivants lui tenaient
compagnie.Unenfantetunchien.Unpetitgarçon
de trois ans et un chien du même âge. Le fils de
Braine s’appelait Louis. La chienne de Lily
s’appelait Lucie.
Louisétaitunbelenfantauxcheveuxd’unblond
nordique, presque blancs, avec des yeux bleu clair
ombragés par de longs cils, et Lucie une petite
chienne, un bâtard de caniche nain femelle, toute
noire,friséecommeunmouton,unebouledepoils
avec deux petits yeux ronds marron et une langue
rose. Il faisait chaud. C’était vers le 20 juillet. En
plein soleil sur le quai.
Lilytenaitsonfilsparlamainetlachiennetirait
9
Extrait de la publicationsur sa laisse. Lily aurait pu venir seule, accueillir
seule son mari, rester seule quelque temps avec lui
avant d’être à nouveau gênée par le chien et
l’enfant.
Elle aurait pu les laisser à ses parents pour la
journée. Elle aurait pu mais elle avait préféré les
emmeneravecelle.Elleavaitpenséqu’unsurvivant
qui se souvient qu’il a une femme, un fils et un
chien, a envie de les voir tous les trois, avant toute
chose.
Ça se défend. C’est comme on le sent. Dans peu
de temps, ils seront quatre, ensemble, réunis. La
famille Braine. Lui et Lily, Louis et Lucie. Louis
avait beaucoup changé, pas Lucie. Louis avait
maintenant au moins trois ans, Lucie aussi, ils
étaient nés à peu près en même temps.
Braine n’allait pas reconnaître son fils. La
chienne,si,sûrement,ilallaitlareconnaître.Àl’âge
d’un an, quand elle a vu Braine s’en aller, Lucie
avait déjà la tête qu’elle aurait toute sa vie, pas
Louis.
Quand Braine est parti, Louis était un bébé de
onze mois, qui ne marchait pas, ne parlait pas, le
crâne comme un caillou, alors qu’aujourd’hui,
10après tout ce temps, peu de chance qu’il
reconnaissesonpère,autantdirepasdutout.Lucie,elle,
si, son maître, elle va le reconnaître.
Du reste, lorsqu’ils se sont trouvés face à face,
Braine d’un côté, Lily, Louis et Lucie de l’autre,
Louis n’a pas bougé, n’a pas lâché la main de sa
mère, qui pourtant lui disait : C’est papa, va, c’est
papa,alorsqueLucie,elle,oui,elleabondiaubout
de la laisse, tirant comme une folle, Lily l’a lâchée,
elleestpartieaugrandgalop,ettouslesdeux,Lily
et Louis, l’ont vue sauter dans les bras de Braine.
La scène avait beaucoup amusé Louis, qui
ému
avaitdit:C’estpapa?Oui,monchéri,avaitrépondu Lily, qui émue elle aussi s’était approchée de
son mari.
La chienne continuait de lui lécher la figure,
surtout le nez, la joue et son oreille, son haleine
sentait le chocolat, un peu le caramel, peut-être un
chocolat fourré au caramel, l’haleine de
Louis
devaitsentirlamêmechose.Braineavaitlaissétomber son sac pour saisir la chienne au vol.
Il la déposa sur le quai. La confia à Louis, lui
enroulant la laisse autour de la main. Ensuite, il
attiraLily.Ilyavaitquelquechosededouteuxdans
11
sesgestes,d’unpeususpect,peunaturel,unemécanique d’automate.
Elle avait marché jusqu’à lui. Dix bons mètres
les séparaient. Les deux mains prises, puis libres
d’enfantetdechien,puisdenouveauprises.Louis
luiavaitreprislamainetredonnélalaisseduchien
quand elle se sentit, plus qu’attirée, plutôt tirée,
happée,capturée,raptéeparlesbrasdeBrainepuis
privée d’air par la bouche de Braine.
Il ne savait pas pourquoi il faisait ça. Le jour de
sa libération approchait. Un homme en blouse
blanche souriant lui répétait qu’il allait bientôt
pouvoir serrer sa femme dans ses bras et
l’embrasser jusqu’à l’étouffer.
Il pensait que Lily le voulait. Mais oui, elle en
avait envie, mais tout ça était si soudain, si brutal.
Elle ne s’attendait pas à autant de force. Elle
s’attendait à tout le contraire. Elle pensait
trouver
unBraineencorefaible,àpeinecapabledelaprendre dans ses bras. Elle se préparait à le faire
ellemême. La dernière lettre était d’un épuisé. Une
écriture tremblée, méconnaissable, tout juste
lisible : Je reviendrai le dimanche 20 juillet.
Ill’avaitempoignée,àdemibrisée,etmaintenant
12
Extrait de la publicationil ne bougeait plus, il attendait, se disant que
peutêtre elle aussi elle avait envie de l’embrasser à sa
manière de femme. Il ne se trompait pas.
Lilysedressasurlapointedespiedsetluicouvrit
le visage, l’entier du visage et même au-delà,
d’innombrables et minuscules baisers, brefs et
musicaux, rappelant un pépiement d’oiseau.
Çaamusebeaucouplesbébésetleschiens.Louis
rigolait et Lucie jappait. Ça y était. Toute gêne
semblait avoir disparu. On allait pouvoir avancer.
On allait quitter ce quai de gare.
Louis avait peur de la locomotive. Lucie, pas du
tout. Chien au lieu d’être chienne, elle eût
volontiers levé la patte sur les grandes roues.
Lily était une femme pas chienne du tout.
Cheminant sur le quai vers la sortie, elle se demandait
si Braine avait été sensible aux efforts spéciaux
qu’elle avait faits pour lui plaire, capillaires et
vestimentaires.
Elle le regardait marcher, grand maigre flottant
dans sa tenue d’été militaire, son sac sur
l’épaule,
etellesedisait:Aumoinsj’espèrequ’illesaremarquées. Sa coiffure et sa robe.
Rien que du très simple qu’elle n’avait pas porté
13
Extrait de la publicationdepuis longtemps. La coiffure que Braine aimait
bien et une robe qu’il aimait bien dans le temps.
Dans ce temps-là, il le disait : J’aime bien ta
coiffure et j’aime beaucoup ta robe. Une petite
robe toute simple, disait Lily, tu vas voir, elle est
jolie, elle est blanche avec des fleurs bleu Lobélia,
je la mettrai dimanche.
Braineajoutait:Ettutecoifferascommej’aime?
On verra ça, disait Lily, et le dimanche elle arrivait
avecsesnattes,deuxtressesarrêtéespardesrubans
du même bleu que les fleurs de la robe.
Çafaisaitcommesidespapillonsauxailesbleues
s’étaient posés sur ses épaules blanches. De loin,
c’est vrai, on aurait dit «La princesse aux
papillons»,quandBrainelavoyaitarriverlesdimanches
d’été dans cette robe que le vent rendait folle et la
lumière transparente de légèreté.
Tout ça n’était pas si loin, c’était pour ainsi dire
hier, mais aujourd’hui Braine ne s’était rendu
compte de rien.
Était-ce si nécessaire? Et puis d’ailleurs se
rendre compte de quoi? Pour quoi faire? Il voyait la
couleur du ciel, il sentait la chaleur du soleil, sous
ses pieds la terre ferme, le goût de la bouche de
14
Extrait de la publicationLily, la main d’un môme qui peut-être n’était pas
le sien, la langue du chien, rose, et la douceur de
cette boule de poils frisés, noirs, pourquoi
faudrait-il qu’en plus il s’en rende compte?
Çanel’empêcherapasdetraverserlesvoiesavec
les trois autres, mère, fils présumé, chien, et d’en
éprouver un vertige qui restera non analysé.
Pourtant ce vertige vient de loin et on sait par
quels
chemins.
Traverserlesvoiescommesouventdanslespetitesgaresdecampagne.Puislamaisondesguichets,
deux portes vitrées se faisant suite, se faisant face.
D’un côté le désert ferré, de l’autre la place du
marché, la vie, le boulanger, le parc à bagnoles et
les bagnoles dedans.
La famille Braine se dirigeait vers une berline
verte. Une carte grise et un permis rouge au nom
de Lily. Braine n’aurait pas su dire si c’était la
bonne, la leur, la sienne, cette berline verte. Ou la
même que celle qu’il avait avant, avant de partir,
ilyadeça deux ans et demi, hôpital compris.
Çanonplus,çan’avaitpasd’importance.Cequi
importait c’est que la voiture, en bon état,
marchait. Lily l’avait conservée en bon état, elle l’avait
15bien conduite, pas démolie, n’avait eu avec elle
aucun accident, de sa faute ou pas de sa faute,
c’était ça l’important.
Il faut dire aussi : Le moteur a bien fonctionné,
pas la moindre panne, une bonne marque. Braine
luiavaitparlé,àLily,avantdel’abandonner:Tâche
d’être gentille avec elle, conduis-la sans faire
d’histoires, je compte sur toi, démarre.
Lily assise au volant, se soulevant et tirant sur sa
robe pour la froisser le moins possible, mais quoi
qu’on fasse, elle se froisse, plus ou moins, ça
dépend des tissus, certains pas du tout, paraît-il.
Braine à côté d’elle. Louis et Lucie à l’arrière.
Le sac, un sac de l’armée, dans le coffre, et tout à
coup plus aucune rue, plus de maisons, le ciel
s’ouvre au-dessus de la route, et là, Braine est
ébloui, bouleversé par le ciel, le soleil, la vitesse, et
le voilà qui se met à balancer son buste d’arrière
enavant,histoired’engagner,delavitesse,l’airde
dire : Plus vite, chauffeur.
Est-ce à dire que Braine a rapporté de là-bas le
cerveau d’un enfant de trois ans? C’est possible.
Pourquoi pas? Et après, même si c’était?
Il cesse de s’agiter, se retourne et regarde Louis.
16Peut-êtrevoulait-ilamuserLouis,ous’amuseravec
lui? Louis faisait comme lui. Braine le voyait se
balancerd’avantenarrière,agrippéaudossier,près
de la nuque de sa mère, comme s’il était en train
de l’étrangler.
La route était belle. Le calme était revenu dans
la voiture. C’est elle qui tout à coup s’est mise à
fairedesbonds,secouéepardeshoquetspuissants,
des trous dans la carburation, en désaccord avec
l’allumage, et de nouveau les bustes, y compris
celui de Lily, involontaires se balançaient d’avant
en arrière.
Non, ce n’était pas une panne d’essence qui
s’annonçait, bien que les symptômes soient à peu
près les mêmes. Il s’agissait d’autre chose. Pour
ceuxqueçaintéresse:Àpartird’uncertainrégime
de rotation, et il venait de l’atteindre, ni plus haut
niplusbas,carplushautouplusbaslephénomène
n’apparaît pas, le moteur se coupe, reprend, se
coupe,reprend,ainsidesuite,ilfallaits’arrêter,ou
roulerplusvite,ouroulermoins vite,ondécidade
s’arrêter.
Braine trouva un tournevis dans le fond de la
boîte à gants et descendit de voiture. Lily
déver17rouilla le capot. Braine l’ouvrit, disparut derrière
pendanttroisminutes,puis,lecapotredescendant,
Braine reparut, ça tournait rond, en route.
Le moteur n’avait pas été arrêté. Lily n’eut pas
à le remettre en marche, elle relança la voiture sur
la route, et tandis qu’elle la relançait, Braine,
penché en avant, rangeait le tournevis dans la boîte à
gants, elle lui dit : Je vois que tu n’as pas perdu la
main. Louis s’endormait sur la banquette. La
chienne était malade en voiture.
Braine n’avait pas répondu à ça : Je vois que tu
n’as pas perdu la main, ni à ça ni à quoi que ce
soit. Pas un son, rien d’audible en tout cas, pas
même le geste de modestie, celui qui signifie :
C’était rien du tout, laisse tomber, arrête de me
faire des compliments, ça me fatigue, je déteste ça.
Lily se rendit compte alors seulement que Braine
n’avait pas prononcé un seul mot depuis sa
descente du train.
Ellesedemandas’ilavaitparlédansletrain,avec
quelqu’un, un homme, ou une femme, plutôt un
homme mais peu importe, parlé, elle lui dit : Tu
n’es pas content de nous voir? Et Braine ne
réagissant pas, elle poursuivit :
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Extrait de la publicationJ’espère au moins que les médecins m’ont dit
la vérité quand ils m’ont dit que tu avais
recommencé à parler. C’était la vérité? Oui ou non? Il
semblerait que Braine ait répondu oui. Sa voix
était floue, trouble, faussée, un peu cassée, les
cordes vocales sans doute endommagées, d’avoir trop
gueulé peut-être, quand ça tombait de tous les
côtés.
Bon, mais avait-il répondu oui? Avait-il
seulement répondu? N’était-ce pas plutôt qu’un vague
grognement? Lily eut envie d’employer avec lui la
méthodeemployéeavecLouis:Ouiqui?OuiLily.
Merci qui? Merci maman.
Puisquetureparles,paraît-il,dit-elle,jevoudrais
quetudises:Oui,mapetiteLilychériequej’aime,
va doucement, prends ton temps, prononce bien
chaque mot, je veux les entendre tous.
Elle n’osa pas. Elle eut pitié de lui. Une pitié
subite.Ellel’avaitregardépourl’interroger.Ellele
regardait de nouveau, par moments, aussi souvent
que la route et la conduite de la voiture le lui
permettaient,etellelevitenfincommeilétait,untype
mort de fatigue, tétanisé par la faim et le manque
de sommeil, rescapé d’un voyage de plus d’une
19
Extrait de la publicationsemaine, en camion, en hélicoptère, bateau,
train,
etmaintenantl’auto,letournevis,lascènedutournevis somnambulique.
De même qu’elle s’était rendu compte fort tard
que Braine n’avait pas dit un mot, de même elle se
rendait compte seulement maintenant que Braine
son mari avait terriblement maigri, oui, malgré ce
long séjour à l’hôpital, les traits creux, un visage
osseux, une tête de déporté, de cancéreux ou de
prisonnier qu’on aurait
affamé.
Mais,luiditLily,lesgens,là-bas,lestoubibs,tes
chefs,personnenem’aditqu’ont’avaitfaitprisonnier, on m’a même dit que l’ennemi ne faisait pas
de prisonniers quand j’étais sans nouvelles de toi,
alorsjenecomprendspas,pourquoies-tudanscet
état? Tu ne veux pas répondre? Non, Braine ne
répondit pas.
Le temps passait, la route, les kilomètres. La
voiture, une jolie berline verte, intérieur beige, les
sièges en cuir, était trop luxueuse pour Braine qui
préférait les bolides sobres et simples.
Lily n’était pas une Braine. Lily était la fille de
son père et son père le propriétaire d’une grande
concession automobile, la plus importante de la
20région, et le modèle que Lily conduisait était un
cadeau de son père.
Papa, dit Lily, t’a gardé ta place au garage. Tu
vas pouvoir reprendre ton travail à l’atelier. Ou
t’occuperdesdépannages,conduireladépanneuse.
Il m’a dit que tu pouvais choisir, si tu avais une
préférence.
Après un bref silence : Il a même dit que dans
l’avenir, pas tout de suite, dans l’avenir, selon tes
capacités d’assimilation, il pourrait t’apprendre la
vente, et plus tard, pourquoi pas, faire de toi son
adjoint à la direction commerciale. C’est gentil,
non? Bien sûr que c’est gentil, laisse, mon chéri,
inutile de répondre.
Onarrivait.Ouf,tantmieux,soupiraLily,jen’en
pouvais plus de conduire. À ce propos, mon chéri,
il va falloir que tu reprennes le volant, et puis ta
place dans la maison, tes responsabilités, ton fils à
éduquer, enfin tout, quoi, maintenant que tu es là.
Brainenereconnaissaitpassamaison.Cellequ’il
avait sous les yeux réveillait quelque chose, mais
quoi? Sois doux avec ta mère, dit Lily, elle va
sûrement pleurer.
LilyavaitpromisàlamèredeBrainedes’arrêter
21cinq minutes en rentrant de la gare : Que je puisse
au moins embrasser mon fils, avait-elle dit à Lily.
Mais bien sûr, avait dit Lily, je comprends, c’est
bien naturel.
Commepromis,elles’étaitarrêtée.Çaduraplus
de cinq minutes mais elle avait prévu que ce serait
un peu plus long. Louis dormait dans la voiture.
OnlelaissadormiravecLucie.Elleavaitvomipuis
s’était endormie contre lui.
Braine n’avançait pas. Lily le poussa contre sa
mère et Braine se laissa embrasser. La peau du
visage de la vieille dame était toujours aussi douce
et comme toujours de grosses larmes se jetaient du
bord de ses yeux. Fréquentes et abondantes, qui
avaientfaittantdemalàBrainequandilétaitpetit,
elles coulaient alors qu’il grandissait et coulaient
encore quand il est parti.
Son père l’embrassa aussi, sa barbe était très
dure, presque blessante, puis il lui dit, sans même
lui demander comment il allait, ou bien comment
c’était là-bas, Braine n’aurait pas répondu mais
quand même, son père lui dit, son haleine sentait
le tabac gris : C’est pas facile de rentrer quand on
a pris comme toi une bonne raclée.
22CET OUVRAGE A ÉTÉ ACHEVÉ D’IMPRIMER LE
QUINZE FÉVRIER DEUX MILLE DIX DANS LES
ATELIERS DE NORMANDIE ROTO IMPRESSION S.A.S.
À LONRAI (61250) (FRANCE)
oN D’ÉDITEUR : 4708
oN D’IMPRIMEUR : 100627
Dépôtlégal:février2010
Extrait de la publication














Cette édition électronique du livre
Lily et Braine de Christian Gailly
a été réalisée le 28 août 2013
par les Éditions de Minuit
à partir de l ’édition papier du même ouvrage
(ISBN : 9782707320902).

© 2013 by LES ÉDITIONS DE MINUIT
pour la présente édition électronique.
www.leseditionsdeminuit.fr
ISBN : 9782707327550







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