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Littérature du Niger

De
261 pages
Ce volume présente des entretiens réalisés en 1990 avec cinq auteurs du Niger : Kélétigui Mariko, écrivain appartenant à la génération des années 20 qu'on peut situer dans le sillage de Boubou Hama, Mamani Abdoulaye et Idé Oumarou, nés dans les années 30 et qui eurent un destin politique en figure opposée; Yazi Dogo, né dans les années 40, s'est fait connaître par son théâtre en haoussa, Hawad, poète provocateur né dans les années 50 où la pensée nomade est au coeur de sa réflexion et enfin Ibrahim Issa poète né en 1929 et mort en 1986.
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Littérature du NigerJ.-D. PÉNEL - A. MAÏLÉLÉ
Littérature du Niger
Rencontre, volume l
Kélétigui Mariko
Mamani Abdoulaye
Idé Oumarou
Yazi Dogo
Hawad
Ibrahim Issa
Éditions du TÉNÉRÉ L' Hlt'mattanPremière édition: Éditions du Ténéré, 1992
@ L'Harmattan, 2010, pour la nouvelle édition
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairiehannattan.com
diffusion.hannattan@wanadoo.fr
hannattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-12858-3
EAN : 9782296128583Avertissement au sujet de la réédition de 2010
Une manifestation culturelle organisée en décembre
20 I0 par M. Inoussa Ousseïni, ambassadeur représentant
permanent du Niger à l'UNESCO, donne l'opportunité, grâce au
concours actif des éditions L'Harmattan, de rééditer les trois
volumes de Rencontre, publiés au Niger par les éditions Ténéré
voici vingt ans: respectivement en 1990 (volume 1), 1992
(volume 2) et 1993 (volume 3). Cet ensemble d'entretiens avec
27 auteurs nigériens de différents horizons linguistiques
(français, haoussa, zarma, tamasheq), de différentes générations
(allant des années 1920 aux années soixante) et ayant des
préoccupations variées permet de mieux saisir la pluralité des
aspects de la littérature au Niger. Les informations qu'il contient
sont indéniablement utiles à tous ceux qui s'intéressent, d'une
manière ou d'une autre, au domaine de la littérature et de la
culture au Niger.
L'ouvrage, publié à tirage réduit, est épuisé depuis
longtemps et la possibilité de le rendre à nouveau accessible au
public est forcément satisfaisante. Cependant, les conditions
d'urgence de la réédition et les moyens techniques employés ne
donnent malheureusement la possibilité ni de corriger les
coquilles, fautes d'orthographe et bizarreries typographiques, ni
d'actualiser les données car, si plusieurs des personnes
rencontrées à l'époque sont décédées, d'autres ont continué leur
chemin en littérature, sans qu'il soit possible de faire état dans la
présente publication de leurs nouvelles productions.
On demande donc l'indulgence des lecteurs pour qu'ils
soient plus sensibles au contenu de ces rencontres qu'à la forme,
souvent défectueuse. On souhaite que, dans l'avenir, ces
entretiens puissent être complétés tant pour actualiser les
données que pour poursuivre ces rencontres avec les nouveaux
auteurs: comme pour les bibliographies, ce genre d'ouvrage
requiert, en réalité, une constante mise à jour pour mettre en
valeur le dynamisme de la littérature et sa vitalité par une
meilleure connaissance des créateurs.5
INTRODUCTION
Aussi limitées et ponctuelles que soient ses premières
réalisations, faire connaître et aimer la littérature nigérienne
constitue bien un des principaux objectifs du Mois du Livre. Cette
"institution", ou plutôt cette organisation qui voudrait
s'institutionnaliser, doit sa naissance en 1988 aux efforts conjoints
du Centre Culturel Franco-Nigérien, du Ministère de la Jeunesse,
des Arts, des Sports et de la Culture, de l'Association des Ecrivains
du Niger et de divers bonnes volontés qui ont apporté leurs
.
concours.
Outre des conférences-débats, des rencontres avec des é~rivains,
le Mois du Livre a concrétisé son objectif sous des formes plus
durables qui prolongent la portée de l'effort au-delà des quelques
semaines de février ou de mars pendant lesquelles se déroulent les
principales manifestations. En effet, des expositions ont été conçues
en ce sens: la première sur "La Littérature Nigérienne" en 1988, la
seconde sur "La Femme et la LittératuTe en 1989
toutes deux ont été présentées au Festival de la Francophonie à
Limoges, en France, en octobre 1989. D'autre part, en J988, deux
ouvrages ont été édités à Niamey: une Bibliographie de la
Littérature Nig-érienne, la première du genre, qui contient déjà plus
de trois mille informations sur les productions littéraires orales et
écrites, et un recueil Douze nouvelles du Nig-er, sélection des
meilleures nouvelles primées par le Centre Culturel
FrancoNigérien jusqu'en 1986.
Un bon départ en somme mais il faut aller plus loin et
poursuivre le travail ainsi entamé car beaucoup reste à
entreprendre pour diffuser et favoriser la connaissance et la lecture
des écrivains. C'est pourquoi la troisième édition de 1990 du Mois
du Livre propose comme réalisations durables : d'abord une
nouvelle exposition sur "Littérature et jeunesse" (dont la m:yeure
partie est consacrée au Niger) et ensuite la présente publication qui
se veut, ainsi que son titre l'indique, une rencontre avec des
écrivains (éditée par une maison nigérienne d'édition
nouvellement créée, ce qui mérite d'être souligné).6
La nécessité de cet ouvrage app.âr'aît aisément et avec évidence
quand on observe la situation locale. Car si les auteurs du pays ont
produit des livres, des recueils, des pièces de théâtre' s'Hs ont pris la
parole ici et là, répondu à divers interviews dans les journaux,à la
rad,io ou à la télévision, s'ils ont fait l'objet de quelques
présentations et études, malgré tout ils demeurent niaI cormus. et
presque étrangers au püblic tant nigérien qu'extérieur. D'oÙ T'idée
de ces "rencontres" sous forme. de longs entretiens enregistrés au
. sont en effet. ces producteUl1s de littérature aumagnétophone. Qui
Niger? Comment sont-ils venus à la littérature et pour quels motifs
impérieux? Qu'ont-ils produit? Quel est leur itinéraire personnel
et quel combat d'homme mènent-ils? etc... Autant de questions
sans réponse par manque d'information et dè'contact direct;
autant d'interrogations auxquelles même la lecture des œuvres,
(quand elles sont disponibles, ce qui n 'est pas toujours le cas) né
répond pas forcément,par suite de l'écart qui subsiste entre un
homme et son œuvre,comme entrèses inTentions et l'effet réalisé.
. Ces rencontres s'assignent donc comme objectif de combler
partiellement cette .laêune - "partiellement", -c~r une conversation
d'une h,eure ou plus ne prétend pas cerner,un auteur et son œuvre
mais elle rend possiblê' une meilleure compréhension et dOnnera,
peut-être, le désir. de lire ou de relire des textes pour mieux
percevoir les buts et apprécier la valeur des formes littéraires.
Chaque rencol1;tre étantrelative.!llentlongue, on s'est trouvé
dans l'obligation de limiter àcin~,le nombre de persorines
rencontrées. Ce ,nombre est petit au regard de l'ensemble des
écrivains, c'est poùr~oi l'ouvrage porte 'la mention "premier
volume" car il ne petit etre question de suggérer ou d'imposer des
distinctions entre auteurs ou de porter des jugements de valeur SUr
les uns et les autres. Il revient aux lecteurs de se forger une opinion
mais ils doivent disposer pour ce faire du maximum d'informations
et de textes. S'il a fallu choisir ce fut donc à regret et avec l'espoir
sinon l'assurance- de publier d'autres rencontres dans des volumes
ultérieurs.
Les cinq auteurs rencontrés sont:
Kélétégui Manko, Mamani Abdoulaye, [dé Oumarou, Yazi Dogoet
Hawad. Avant de les écouter il n'est pas inutile de les situer7
bri'èvement dap~ la littérature du p~ys. Si l'onctivise ce siècle p'ar
trapche~ d~ 10 a.nnées, les cinq auteurs présentês nç: couvrent pas
cqmplèt~ment l'ensemble puisque des écriv~ins de la premièr.e
, t:t ceux de lag~nérati~qI90q -1909, dont f~it partie Boubou Barna
. .
deu'xième génération 1910 - 1919 ne sont pas representés. Ils
illustrent cependant les quatre générations qui suivent:
I - Kéiêtegui Mariko (1921) appartient à la troisième génération
d,e 1920 ~ 1929, à côté d'autres écrivains comme Diallo Amadou
:Hassan~ (1'927) et Ibrallim Issa (1929). A propos de ce dernier, il
convient d'apporter une précision. Comme on le sait, Ibrahim Issa.
est mort depuis quatre ans déjà, ce qui rendait impossible toute
rencontre avec lui. Pendant le Mois du Livre 1989, lé premier prix
Boubou Hama, creé parle Ministère de laJeunesse, des Arts et. de lâ
Culture, lui a été décerné à titre posthume. On souhaitait donc
honorer sa mémoire dans ces "Rencontres". L'accès trop tardif à
une partie de ses archives personnelles n'a pas permis, comme on
l'avait diabord envisagé, de publier des textes inédits car la lecturé
de manuscrits exige beaucoup de patience et de prudencé. Aussi, à.
défaut de textes nouveaux, un petit article placé à la fin de
l'ouvrage se propose de montrer combien Ibrahim Issa avait une
idee exigeante de l'écriture poétique et combien il se préoccupait
de perfectionner la qualité formelle de ses pensées.
Ide. Oumarou (1937)- Mamani Abdoulaye (1932) 'et
appartiennent à la quatrième génération de 1930 - 1939 où figurent
de nombreux auteurs comme Boubou Idrissa Maiga (1932),Bania
Mahamad ou Say (1935), Mahamadou Halilou Sabbo (1937), Soli
. .'
.Abdourahamane (1938), Djibo Mayaki (1939).
En 1985, avant sa nomination au poste de Secrétaire Général de
l'O. D.A., Idé Oumarou avait accordé un très long entretien à
Amadou Mailélé, professeur au Département de Lettres de
l'Université de Niamey. Avec l'accord de l'un et de l'autre, une
partie substantielle de cet interview est publiée ici, mais non pas la
totalité car sa dimension excédait la longueur des autres rencontres.8
- Yazi Dogo (1943) appartient à la cinquième génération de
1940 - 1949, celle où l'on relève les noms de Diado Amadou
Ousmane (1940), André Sali fou (1942), Albert Issa (1943), Ada
Boureima (1945), Abdoua Kanta (1947), Amadou Ousmane (1948)
etc...
Il a paru nécessaire et important de présenter Yazi Dogo qui est
un auteur de théâtre, en langue Haoussa, fort productif et un
acteur très apprécié du public nigérien mais ignoré à l'étranger. Il
n'est pas le seul dans ce cas : d'autres auteurs de théâtre en langues
nationales tels Hima Dama Dama, Alpha Zazy etc..., bénéficient
d'une audience et d'un succès populaires considérables et ont leur
place légitime dans la production littéraire au Niger.
- Hawad (1950) appartient à la sixième génération 1950 - 1959 à
côté d'autres écrivains comme Boubé Zoumé (1951), Idé Adamou
(1951) et de nombreux jeunes auteurs peu connus du grand public
mais qui prennent lentement la relève de leurs aînés.
Bien qu'il ait déjà à son actif quatre ouvrages publiés en France
et de nombreuses expositions de calligraphies, Hawad demeure
encore trop ignoré. Toute sa production est entièrement composéç
en Tamasheq et rédigée en Tifinar, l'écriture des Touaregs. Les
livres auxquels le public a accès ne sont que des traductions en
Français, réalisées par Hélène Claudot et l'auteur. Tous les
ouvrages sont accompagnés de superbes graphismes qui
représentent pour Hawad non pas une simple illustration du texte
mais une autre voie d'expression, plus essentielle et plus dépouillée
que la voie des mots. On ne doit pas se tromper: quelqu'un qui vit
provisoirement séparé de son espace d'origine ne lui en est pas
moins attaché et même il en ressent plus vivement que quiconque la
force et la présence.
Si restreint que soit le nombre des auteurs rencontrés, des traits
significatifs se manifestent clairement:
- d'abord la diversité des expériences, des sensibilités des modes
d'écriture et même des langues d'expression. Mais en littérature,
tout autant qu'en art, la pluralité témoigne, de manière indéniable,9
de la richesse des hommes et des milieux qu'ils reflètent. Les
différences, même si elles vont jusqu'aux divergences, ne peuvent
provoquer l'inquiétude, elles sont au contrairel.1n motif de
valorisation; c'est bi~nplutôt l'uniformité qui, à l'inverse, devrait
provoquer le doute stir la créativité des auteurs et sur la valeur
d'une littérature.
- ensuite l'importante et la qualité des sujets abordés par les uns
et les autres à partir de leurs cheminements individuels: le lien
entre l'oralité et l'écriture; la signification profonde de la
littérature; la nature du message à transmettre et le rapport de
l'auteur à son public; l'ouverture et le contact avec d'autres
cultures; le prolongement de la littérature avec d'atitres modes
d'expression comme le geste, la musique et le graphisme; etc... La
confrontation des entretiens éclaire, sous divers angles, ces
questions et révèle des concordances ou des différences de
conception entre les réponses apportées par les cinq auteurs.
Pour clore cette introduction rapide, on ajoutera deux précisions
sur la présentation de ces rencontres.
En premier lieu, on n'oubliera pas que les entretiens sont par
nature oraux et ont donc été transcrits comme tels, C'est-à-dire
qu'ils n'ont fait l'objet d'aucun aménagement ou ré-écriture. Le
style est parlé, avec toutes les implications que cela suppose;
répétitions, vocabulaire simple, pensées qui se cherchent, caractère
haché,... La lecture en est quelque peu alourdie mais l'oralité
fonctionne avec ses règles. Un entretien n'obéit pas aux mêmes
impératifs qu'un texte écrit qui est le fruit de corrections d'un
travail soutenu. Le ton d'une conversation a ses charmes et aussi
quelques inconvénients qui lui sont inhérents.
En second lieu, chaque rencontre est accompagnée d'une
bibliographie. Aucune ne prétend à l'exhaustivité mais les
bibliographies proposées sont plus fournies que toutes celles qui
ont pu être offertes auparavant. Pour un auteur comme Yazi Dogo
aucune liste n'avait même jamais été dressée! On remarquera le
souci de repérer des articles de journaux nigériens dont on ne fait
pas suffisamment usage, bien qu'ils apportent des informations10
souvent originales et utiles. Cet effort bibliographique nousparajt
indispensable pour m,ieuxappréhender la personnalité des auteur!>
dont les obligations professionnelle-s, les centres d'intérêt et leI>
activités d'écritl1Te débordent le simple cadre. de la littérature
préoccupations politiques, économiques, so~iales, ,<irtistiques etc....
C'est donc l'occasion de souligner la dimensionpltis large des
auteurs et de meUre en relief l'impact de leurs œuvres sur le grand
public et sur les milieux universitaires ('~tudes, mémoires, thès.es).
Pour terminer, nous adJessons tous nos vifs remerciements à tous.
ceux qui ont rendu possiblé cet ouvrage:
- Les cinq écrivains qui ont accepté de répondre à ces entretiens.
et que n'ont pas lassé nos demandes pour/la v~rification des
transcriptions et la constitution des bibliograpl(~es';'i '
- Madame Ibrahim Issa qui par J'aimable médiation de. Monsi~uf
Inoussa Ousseini a permis la consultation des manusCFits,dè son
man,
- Monsieur Amadou Mailélé qui s'est associé à la réalisation de ce
livre par la communication de son interview si intéressant avec
l'auteur de Gros Plan et du Représentant,
- Monsieur Sade, Directeur des Archives Nationales - et ,son
personnel - grâce à qui Je travail bipliograpgique a pu être effectué,
- Monsieur Munga Bailanya qui a aimablement assuré l'ingrat
travail de transcriptions de trois de c~s rencontres,
- La Direction du Centre Culturel Franco-Nigérien et.la Mission
Française d'Aide et de Coopération qui par leur appui financier
indispensable et par leur encourag.ement ont permis la publication
de ces rencontres.
J.D. PénelI
KELETIGUI ABDOURAHMANE MARIKO
Entretien du 18.11.1989
à NiameyKELitrEGUI A. MARIKO 15
J.D.P. : Dr Mariko, je voudrais m'adresser aufourd'hui,non
pas au responsable de S.O.S. Sahel,hon pas au
vétérinaire, non pas à celui qui a rédigé de nombreux
essais sur lês chasseurs traditionnels, sur, toutes les
soçiétés sahéliehnes ; je voudrais m'adresser à celui
qui est aussi ur) grand passionné de littérature, celui
qui a écrit des recueils de contes chez Nathan, aux.
Editions Karthala, à la Pensée Universelle... celui qui a
aussi produit des poèmes: les Poèmes sahéliens en
liberté; et puis celui qui a publié de nombreux
articles sur la littérature orale nigérienne et
sahélienne. DOhC je voudrai, DOfteur, que sur cette
question de la littérature vous puissiez un peu nous
éclairer et nous expliquer comment d'abord vou~
avez eu ce goût des œuvres littéraires, qu'elles soient
écrites ou orales.
K.A.M.: :Bien. Je vous remercie monsieur Pénel. Si je puis
m'exprimer ainsi c'est une longue histoire assez ancienne,
parce qu'elle remonte à une soixantaine d'années. Je
commencerai par vous dire que, dès mon plus jeune âge, à
Zinder, j'ai été attiré par la littérature orale parce que dans
l'ancienne ville de Zinder il y avait des conteurs attitrés de
grande réputation qui toutes les nuits sur les places
publiques, devant les concessions de certains responsables,
de certains notables, de certains grands commerçants, se
produisaient pour raconter à un auditoire sans âge -car il y
avait des jeunes, des enfants, des adultes et des vieillards- ,
pour raconter des contes, des mythes et l'histoire que les
Haoussa appellent "Tahid" (mot emprunté à l'arabe
"Tarik").
Donc ces conteurs attitrés, que j'ai appelé des éducateurs
publics bénévoles, parce qu'ils se produisent sur la place
publique, ils n'ont pas un auditoire déterminé, ils n'ont
pas un lieu déterminé pour se produire. Ces gens étaient
nombreux et parmi eux il y avait des marabouts qui ne
racontaient que l'histoire ancienne, l'histoire des religions
révélées; ils pouvaient tout aussi bien parler de la
confrontation de Moise et du Pharaon que parler de laGénération des années 2016
Reine de Saba, parler de tous les grands prophètes des
religions révélées, que ces prophètes s'appellent Noé ou
Moise, Abraham ou Salomon, d'Abraham, de David (qu'ils
appellent Daouda), et ils parlaient aussi beaucoup des
guerres du prophète Mohamet, le prophète de l'Islam. Et,
indépendamment de ces marabouts, il y avait les aveugles
qui aussi étaient lettrés dans le domaine du Coran, qui
animaient aussi des veillées, et là c'était même plus vivant
qu'avec les marabouts, parce qu'en général les aveugles
étaient assistés de leurs femmes qui chantaient, qui
reprenaient sous forme de mélopées et sous forme de
chants certaines parties des textes oraux accompagnant les
récits présentés par les aveugles.
Il y avait aussi les chasseurs qui, eux, avaient des récits
mythiques, des récits exaltant la chasse et la vie des grands
chasseurs. La première fois que nous avons entendu
parler de "Namarudu" c'est à dire "Nemrod", de
Zurkaleiny" ou bien "Exanderia" (Alexandre le Grand),
c'était avec des chasseurs. Il y avait encore d'autres
personnes qui faisaient des récits et dont je parlerai après.
Mais il me faut indiquer le rôle de nos instituteurs à
l'école régionale de Zinder. En général le directeur
d'école et son adjoint étaient des Français, ensuite il y avait
les soudanais, (aujourd'hui on dirait des Maliens), des
Dahoméens on dirait des Béninois), des
Voltaïques (aujourd'hui des Burkinabés), des Sénégalais,
des Guinéens donc des africains de l'Afrique de l'Ouest
affectés au Niger et à Zinder comme enseignants mais
dont aucun ne parlait la langue haoussa. Comme à
l'époque le cadre de l'enseignement des instituteurs était
un cadre fédéral s'étendant aussi bien à l'Afrique
Occidentale Française qu'à l'Afrique Equatoriale
Française, il y avait des examens professionnels, il y avait
un Bulletin de l'Ensei!rnement quia été remplacé plus
tard par l'Education Mricaine. Il y avait aussi le Bulletin
du Comité d'Etudes Historiques et Scientifiques de
l'Mrique Occidentale. remplacé àpartir de 1936-1937 par
le Bulletin de l'Institut Francais de l'Afrique Noire
(l,F.A.N.) et tous ces instituteur~ étaient obligés de passer17KEkETEGU/ A. MAR/KO
des examens professionnels pour obtenir le certificat
d'aptitude pédagogique ou le diplôme d'aptitude
pédagogique, seule condition pour leur permettre de
gravir certainsêchelons. Il y avait des travaux que tous les
candidats à ces examens professionnels devaient produire,
et parmi ces travaux il y avait des monographies, il y avait
des recueils de contes, des études historiques, des études
de légendes, des études des mythes etc... Ces instituteurs
qui ne parlaient pas la langue Haoussa utilisaient leurs
meilleurs élèves en français pour aller la nuit sur la place
publique où se produisaient les conteurs, et grâce à leurs
élèves qui leur traduisaient les dires des conteurs, ils
arrivaient à constituer des recueils, à faire des artides
publiés dans les différents bulletins de l'A..O.F., ce qui leur
permettaient d'être reconnus et en cas de candidature
pour un échelon supérieur dans la profession.
enseignante, et bien ils pouvaient bénéficier de certaines
bonnes dispositions parce qu'on savait qu'ils avaient déjà
écrit, qu'ils avaient déjà travaillé. En plus de cela, les
administrateurs coloniaux menaient aussi, outre les
recensements, de très nombreuses monographies, et dans
tous les domaines. Il y avait également des officiers de
l'armée française qui étaient en garnison à Zinder, qui
faisaient des études générales, études monographiques au
niveau de différentes populations, au niveau de
différentes régions.
Nous avions donc toutes ces possibilités de nous intéresser
à la littérature il y avait en plus les griots qui eux aussi à
leurs façons transmettaient leur savoir à travers l'histoire
des familles, la généalogie des chefs, la noblesse de
certaines professions, et il y avait également parmi ces
conteurs des hommes comme les bouchers qui étaient les
seuls à pouvoir raconter dans le moindre détail l'histoire
du "Hawan Kaho" qui est la corrida en pays haoussa car il
n'y a que les bouchers, seuls, qui la pratiquent. Il y avait
également les forgerons, considérés comme les maîtres du
feu et du fer, qui ont leurs légendes, leurs mythes, et qui
aux occasions de fêtes faisait des démonstrations pratiques
des secrets hérités de leurs ancêtres. mais les cultivateurs,18 Génération des années 20
les lutteurs, les bergers, les caravaniers, tous étaient selon
l'occasion des conteurs, des traditionistes, des
transmetteurs de leur connaissance au grand public.
Donc je suis né à Zinder, j'ai grandi dans cette ville jusqu'à
l'âge de douze ans,je suis allé à l'école coranique. A partir
de 1929 j'ai été à l'école laique avec des instituteurs
comme feu monsieur Albert Guinard qui nous poussaient
tous les matins à nous exprimer en français, à travers un
langage journal, non seulement oral mais aussi écrit.
C'està-dire chaque élève de sa classe, chaque matin devait faire
un langage journal qui pouvait être fort simple: "hier dans
notre quartier il y a eu un mariage ... Hier il y a eu une
bagarre dans notre quartier... un incendie... ou bien un
cheval s'est emballé il a désarçonné son cavalier qui a eu la
jambe cassée..." Donc tous les matins nous étions obligés
en venant à l'école d'apporter quelque chose d'écrit que
nous devions présenter à tous nos camarades. Ainsi grâce
à ces instituteurs, à leurs activités en matière de recherche
dans le domaine de la littérature orale, dans le domaine
des traditions, dans le domaine de contes, légendes,
fables, mythes et autres, nous avons appris étant très jeune
à nous intéresser aux détenteurs de ces connaissances,
comme on dit en pays haoussa, de ces connaissances
qu'on n'acquiert pas au marché, qu'on n'acquiert pas dans
une boutique, qu'on n'acquiert dans aucune bibliothèque.
Il faut aller voir le conteur qui connait et qui accepte de
parlër et retenir ce qui peut-être retenu.
Donc dès mon plus jeune âge à Zinder, j'ai été intéressé à
ces problèmes de littérature orale. D'autre part, à l'école
régionale de Zinder, dès 1933 notre directeur Monsieur
Guinard avait constitué une bibliothèque scolaire, qu'on
appelait la bibliothèque "rose" et Monsieur Guinard nous
obligeait chacun à lire un livre et à en faire le résumé, sous
le titre de "lecture expliquée", à ses camarades.
J'ai eu à
lire La Guerre du feu en 1933 de Rosny Ainé (Rosny
Joseph-Henri 1856-1940), j'ai eu à lire les ouvrages
d'Erckmann-Chatrian, j'ai lu les Lettres de mon moulin
d'Alphonse Daudet, j'ai lu Tartarin de Tarascon.
Monsieur A. Guinard est provincial, il est de Grenoble, ilKELEI'EeUI A. MARIKO 19
tenait absolument à ce que nous connaissions l'histoire de
Tartarin de Tarascon. il nous a fait lire Robinson Crusoé et
beaucoup d'autres ouvrages. Le résultat, t'est que,
personnellement étant très ,curieux, j'ai été à la fois
doublement impressionné, doublement intéressé par la
littérature orale des marabouts, des griots. des. chasseurs,
des forgerons... et d'autre part, par cette littérature écrite
qui nous venait de France, qui nous v~nait du froid, ou
l'on parlait du Renard - le roman de renard,chez nous
c'est le Chacal, quand on parlait de Isengrin le Loup
cheznous c'est l'Hyène ainsi de suite. Cela a donc produit sur
moi un fait que, déjà à l'école régionale, Monsieur
Guinard vers 1934-1935, m'avait désigné comme le
bibliothécaire de la bibliothèque des élèves. Il y avait un
instituteur qui était responsable de la bibliothèque des
Maîtres.
Admis à l'école supérieure de Niamey, de 1935 à 1938,j'ai
été le bibliothécaire de la bibliothèque des professeurs.
J'avais accès à un nombre considérable d'ouvrages dans
tous les domaines. Admis en 1938 à l'école William Ponty
où j'ai étudié jusqu'en 1941, j'ai également été
bibliothécaire. Arrivé à l'école vétérinaire, entre 1941 et
1944, j'ai encore été bibliothécaire-an:hiviste. Et par la
suite dans l'exercice de mes fonctions, pendant les huit
années de profession vétérinaire que j'ai exercée à
Bamako, j'ai toujours été archiviste du Service de l'Elevage
et j'ai été chargé de tout ce qui était problème
d'abonnement aux revues scientifiques en provenance
même d'Australie, d'Afrique du Sud, du Canada, des
EtatsUnis, d'Allemagne, d'URSS... et j'ai également été chargé à
plusieurs reprises de collectes des informations orales en
particulier par Monsieur Georges Boutrossum qui a été
mon directeur d'école à l'école vétérinaire et puis chef de
service de l'élevage au Soudan français. Monsieur
Boutrossum a débuté en 1917 comme vétérinaire au
Niger. Il a fait sa thèse de doctorat en
médecinevétérinaire en 1927 étant vétérinaire à Zinder. Il m'a
'-haI ~é d'une mission auprès de certains connaisseurs dans
t.: :\omaine ésotérique. C'est ainsi que chaque fois que les20 Génération des années 20
charmeurs de serpents haoussa en ballade à travers
l'A.O.F. arrivaient à Niamey, Monsieur Boutrossum me
disait de les faire venir, nous les interrogions, nous posions
des questions que je transmettais en haoussa. Les
charmeurs de serpents répondaient, je traduisais à
Monsieur Boutrossum ou je transcrivais directement car à
ce moment il n'y avait pas de magnétophone ou autre.
Donc j'~i eu à travailler avec des chasseurs, des pêcheurs,
avec des charmeurs de serpents... en tout cas tous ceux qui
sont reputés possèder des connaissances profanes ou
secrètes dans les différentes professions exercées dans le
Soudan français, l'actuel Mali., ou au niveau des groupes
sodo-professionnels, ou bien des groupes
ethnoprofessionnels. les maîtres du fleuve, les "bozo" qui sont
les spécialistes de la pêche, les maîtres de l'eau, les maîtres
du fleuve comme on les appelle, détiennent des secrets et
au cours de leurs fêtes annuelles, quand ils parlent de leur
exode depuis la haute Egypte jusqu'au bord du fleuve
Niger, cela fait pIt's de 5.000 ans, peut-être 7.000, parce
qu'ils disent qu'en ce moment, eh bien le Sahara n'existait
pas, et qu'il y avait des cours d'eau qui partaient depuis le
Nil, qui passaient par le Tchad et qui rencontraient le
fleuve Niger. C'est ainsi qu'il y a 5.000 ans ils ont fait leur
exode et s'étant in.stallés sur le fleuve Niger, ils n'ont
jamais pu retourner vers la 5ème cataracte sur le Nil.
Chaque année en l'honneur des ancêtres, en l'honneur du
génie du fleuve, ils font des fêtes rituelles au cours
d~squelles, selon les différents clans, tous ces maîtres du
fltiûve arborent des masques, les uns portent des masques
âtête d'hippopotame, d'autres des masques à tête
d~éléphant, d'autres à tête de crocodile, ainsi de suite. Ils
fon.tdês danses nuit et jour, ils parlent une langue que
se\lls leurs vieillards comprennent, langue ésotérique,
tnaisrien<'}l1'à les voir imiter la démarche des animaux ou
le cornDaPdes héros légendaires contre les fauves ou
autres, dh Vitleur odyssée.
Don.c c'est 'tOÜt. ceci qui a fait que j'ai été, dès ma plus
tendre eRfànce, impressionné par la littérature orale des
griots, des']:ijatabduts ... d'une part, et par la littératureKELET/iGUI A. MARIKO 21
écrite parce que nous avons eu la chance à Zinder d'avoir
des directeurs d'école comme Monsieur Raffard (un
français), Monsieur Laffay (un Français), Monsieur
Guinard (un Français). Ce sont les trois directeurs d'école
blancs que j'ai eu à l'école régionale de Zinder entre 1929
et 1935, date de mon départ pour l'école supérieure; et
tous ces instituteurs nous poussaient à collecter auprès des
traditionnistes et des griots... des histoires, des contes... et
aussi ils nous obligeaient à lire les livres des grands
écrivains français. Je suis donc arrivé à la double
littérature, orale et écrite parce que, dès mon jeune âge
j'ai eu à écouter et à côtoyer les traditionnistes en pays
haoussa d'une part et de l'autre côté, à l'école j'ai eu des
instituteurs qui m'ont appris à aimer les livres, à lire et
surtout le fait que, de l'école régionale jusque dans ma
carrière <le vétérianire, j'ai hé bibliothécaire, archiviste,
cela m'a donné le goût des livres, le goût de lire, raison
pour laquelle je peux dire que toutes mes économies je les
ai placées dans des livres.
J.D.P. : Docteur, je voulais vous pose.r une question. Quand
vous avez été vétérinaire, il semble qu'il y a eu un
moment où il y avait des vétérinaires africains
célèbres qui s'étaient versés dans la littérature. je
pense à Birago Diop ou d'autres. Est-ce que vous les
avez rencontrés, est-ce que vous avez été.influencé
par eux, qu'est-ce qu'ils disaient de la littérature, eux
qui écrivaient?
KA.M. : Eh bien, c'est une excellente question parce que j'ai
connu le Docteur Ousmane Socé Diop, l'auteur de Karim.
de Mirages de Paris et de Contes et légendes d'Mrique
noire, qui est décédé à Rufisque en 1972 alors que j'étais
en poste diplomatique à Bruxelles. Le Dr. Ousmane Socé
était en service à Ségou quand j'étais à l'école vétérinaire.
mais chaque année il venait à plusieurs reprises à l'école
vétérinaire pour nous faire des cours et à travers des cours
par exemple, sociologie des nomades, sociologie des
pasteurs, l'ethnologie ou l'ethnographie des pa,steurs, à
travers ses cours il en profitait toujours pour nous dire:Génération des années 2022
partout où vous arriverez en tournée, dans le plus petit
village, dans le plus petit campement, commencez par
dresser la monographie de ces villages, vous y apprendrez
beaucoup de choses. Il s'est trouvé qu'après mon stage,
une partie à Dakar et une autre à Bamako, j'ai été affecté
le 18 décembre 1945 à Ouahigouya pour remplacer le
Docteur Ousmane Sucé Diop.Pendant la période de
passation de service qui a duré à peu près un mois, tous
les soirs, nos cause,ries portaient sur les contes, les
légendes, les mythes, l'histoire des populations africaines.
Et le Docteur Ousmane Socé Diop après son affectation
de Ouahigouya à Kayes m'avait laissé un long
questionnaire avec le double de certains de ses manuscrits,
les contes qu'Havait recueillis en milieu mossi, en milieu
peul, samogo, bobo et même des contes qu'il avait
recueillis auprès des haoussa soit vers Mopti, soit vers
Ouahigouya, ou ailleurs. Il m'a toujours encouragé, il m'a
toujours dit : vous avez une bonne plume, vous êtes jeune,
ce que vous avez appris à l'école vous permet d'exercer
votre profession, mais après la vie de l'école il y a l'école
de la vie. maintenant vous êtes dans l'école de la vie,
apprenez donc ce que vous n'avez pas appris à l'école.
Fréquentez les populations, les vieillards, les chasseurs, les
pêcheurs... Vous apprendrez beaucoup de choses avec eux
que vous ne trouVerez dans aucun livre. Après le départ du
Docteur Socé, de Ouahigouya pour Kayes, mon arrivée de
Bamako à Ouahigouya pour le remplacer, à la
circonscription de l'élevage et au laboratoire de
séroth'érapie, j'ai eu la chance de tomber sur de très vieux
infirmiers dont certains étaient entrés en service en 1907,
(nous étions en 1945). C'étaient des gens qui avaient 38
ans de ser',tce, qui avaient été jusqu'au Dahomey, certains
jusqu'au Tchad, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte
d'Ivoire ;ils avaient été un peu partout, étant les premiers
agents du service Zootechnique et des Epizooties. Ces
infirmiers, dont certains savaient à peine lire leur nom,
étaient des greniers d'expérience, de véri tables
bibliothèques parlantes. Ils m'ont beaucoup aidé dans la
vie, ce sont eux qui m'ont permis de côtoyer et deKELETEGUI A. MARIKO 23
pénétrer les populations Mossi, Peul, Sanogo... à
Ouahigouya.
Après donc Ouahigouya, du moins étant à Ouahigouya
quand la Haute Volta était reconstituée en 1947, le
Docteur Birago Diop qui venait de publier les Contes
d'Amadou Koumba a été affecté comme chef du service
zootechnique et des épizooties dans la Haute Volta
nouvellement restaurée à compter du 1er janvier 1948,(en
fait la loi remonte au mois de septembre 1947). Le Dr.
Birago Diop, que j'avais connu quand j'étais à l'école
vétérinaire, nommé chef de service, fait sa première
mission à' Bobo-Dioulasso, il est venu à Ouahigouya, parce
que c'était la plus importante circonscription d'élevage de
la nouvelle colonie avec un laboratoire de sérothérapie,
un personnel nombreux. De plus Ouahigouya limitrophe
du Macina, limitrophe également de la région de Dori,
limitrophe de plusieurs autres régions, en fort
peuplement de peuls, donc des pasteurs, était le plus
important centre d'élevage en Haute Volta.
Le Docteur Birago venait donc presque tous les quinze
jours, tous les mois à Ouahigouya. Quand il se déplaçait il
avait toujours une malle métalliqùe bourrée de livres et
quand il venait, quelle qu~ fut l'intensité du travail, il ne
manquait jamais de parler de monographie, de parler de
de légendes, de proverbes, derecueils, de contes,
.
mythes..., il me conseillait des livres, il me donnait des
titres de nouveaux ouvrages de langue française, pas
essentiellement des romans mais ouvrages d'ethnologie,
d'histoires, de littérature, des de grammaire,
eu donc à collaborer à partir de 1947ainsi de suite. J'ai
avec le Dr Birago pendant de très nombreuses années, il
m'a beaucoup apprécié, estimé et dans son livre, son.
autopiographie en trois volumes La plume raboutée.
Rebrousse-temps. Rebrousse,-gens, il a parlé de moi, il a dit
que, à une période donnée, il a eu pas mal de difficultés
dans le domaine du personnel, il a dû utiliser son Joker, il
a affecté Mariko à tel endroit pour s'occuper de tel
problème, que Mariko avait d'ailleurs des dons d'écrivains
etc...Génération des années 2024
BonI Déjà en ce moment beaucoup de mes chefs de.,
service, Européens et Africains, m'ont dit que j'avais une
bonne plume, ils m'ont dit: mais vous devez commencer à
écrire et comme vous avez beaucoup de documentation
vous devez commencer à mettre au point, à mettre en
forme tout ce que vous avez recueilli. Je recueillais et je
gardais dans des cahiers, je récoltais un peu partout les
mythes, les légendes... que je conservais. A partir de 1960,
avec mon affectation à Niamey, j'ai eu à travailler pendant
dix ans avec le vieux Boubou Hama, qui m'a souvent
envoyé en mission au Mali, au Burkina, au Nigéria dans le
pays Haoussa; il m'envoyait en mission à Tombouctou, à
Djenné, à Dori pour aller recueillir des manusCll'its en
lettres arabes, soit en langue peul, soit en langue
mandingue etc pour le besoin de ses propres travaux.
Déjà en ce moment j'avais trois ou quatre manuscrits que
j'avais terminés mais le Président Boubou Hama ayant déjà
à l'époque une trentaine de manuscrits achevés, se servait
de moi, comme d'autres de ses collaborateurs, pour lire
les textes dactylographiés, rédiger souvent des notes de
bas de page et quelques fois même reprendre presque
entièrement des pages et des pages de textes.
J'avais donc travaillé pendant dix ans avec le vieux Boubou
Hama qui m'a toujours encouragé, il me disait, il faut
toujours continuer à collecter et à conserver. Quand vous
serez à la retraite ou quand vous disposerez d'un poste où
vous aurez la latitude d'écrire, vous aurez la matière entre
vos mains, sous vos yeux, vous n'aurez que le choix et la
mise en forme à accomplir.
En 1970, fin 1970, j'ai été affecté à Bruxelles, j'ai fait trois
années, après je suis allé à Ouagadougou dans le cadre des
Nations Unies, de la FAO, pour la lutte contre la
sécheresse et j'ai eu l'occasion de revisiter les pays que
j'avais déjà connu: la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, le
Mali, le Burkina, le Niger, le Tchad, et j'ai même visité des
pays comme l'Ethiopie, l'Ouganda, le Kenya; ce qui m'a
permis à travers les questions que je posais, d'observer les
similitudes, la répétition de certains mythes, de certaines
légendes, des croyances anciennes et de leur survivance;