Anaïs

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Érotopic flamboyant, Anaïs est un roman puissant qui allie un érotisme torride et une histoire d'amour flamboyante.





Anaïs est une escort-girl époustouflante de beauté. Elle suit une psychanalyse pour répondre aux questions existentielles qui l'empêche d'être totalement épanouie.
Le roman est le récit de ces séances où la jeune femme se raconte sans pudeur : de la troublante lolita préadolescente, aux premiers émois sexuels de l'adolescence jusqu'à la superbe femme de 20 ans initiée aux plaisirs par Pieter de Bruyne, un diplomate expérimenté.
De retour en France, Anaïs découvre l'activité d'escort où elle allie sa soif de plaisirs et de confortables revenus.
C'est lors d'une soirée libertine qu'elle retrouve Pieter de Bruyne dont elle devient éperdument amoureuse.
Mais comment être escort et amoureuse...





Publié le : jeudi 14 novembre 2013
Lecture(s) : 74
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782846284493
Nombre de pages : 135
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DU MÊME AUTEUR

Le Joyau, Éditions Blanche, 2009.

Sommaire

Les personnages de ce roman, nés de l’imagination

de l’auteur, sont absolument fictifs.

Toutes ressemblances avec des personnes vivantes

ou décédées ne seraient que pure coïncidence.

 

…Et puis ils se reprennent, redeviennent un seul,
redeviennent le feu…

Jacques Brel
Orly

Hasard et coïncidences

Claude Lelouch

 

1.

Couchée nue sur le drap, Anaïs s’interrogeait une nouvelle fois sur ce qu’elle foutait là, le visage entre les cuisses de cet inconnu qui l’écrasait de sa masse. Elle avait souvent remarqué cette curieuse propension des hommes à vouloir s’enfoncer toujours davantage dans le corps des femmes. Était-ce uniquement la quête d’une volupté exacerbée ou bien l’inconscient besoin de retrouver la chaleur et la sécurité du ventre maternel, s’interrogeait-elle, alors que celui-là poussait son sexe au fond de sa gorge jusqu’à l’étouffer. Anaïs l’aurait volontiers mordu jusqu’au sang si ce n’étaient les sensations délicieuses d’une langue invisible qui la fouillait, une bête agile qui l’incitait a emprisonner de ses jambes la tête de l’homme pour l’écraser davantage contre son sexe.

Combien en avait-elle eu dans la bouche, depuis qu’elle vivait seule à Paris ? Plus de quatre mille, indubitablement. Le calcul en était simple. Cinq par jour, cinq jours par semaine pendant quatre ans, moins les vacances et les jours de règles. Bien qu’impressionnant, ce chiffre était incontestable. Quatre mille de toutes sortes, courtes ou épaisses, oisillons fragiles, paresseuses ou spontanément agressives, ridicules lorsqu’une molle asthénie prêtait parfois à rire, mais qu’elle savait amener à enfler puis à rendre comme elle les aimait, aussi solides que du vieux bois, impatientes et obscènes, belles aussi à regarder dans leur morphologie tout en rondeurs fonctionnelles, une sorte de « vaginodynamisme » qui n’avait rien à envier à l’hydrodynamisme d’un poisson ou à l’aérodynamisme d’un oiseau.

Les yeux clos sur cet ouvrage qu’elle pratiquait avec toute l’application langoureuse d’une chatte à sa toilette, Anaïs perçut soudain sur la langue la saveur familière d’une première perle qu’elle appréciait autant pour son goût étrange que pour sa symbolique de philtre prodigieux et d’animalité tout à la fois. Anaïs prit soudain conscience que l’homme s’était mis à souffler comme un phoque. Ces prémices flagrantes, signe d’une imminente jouissance, l’incitaient à tenter d’éviter l’éjaculation prématurée de son client, ce qui arrivait quelquefois malgré sa connaissance experte de la physiologie masculine.

 

Elle s’insurgeait souvent d’en être là, avilie dans une dépravation où elle se complaisait cependant, sans connaître la réelle motivation de sa quête, hormis le plaisir d’être objet de plaisir pour son propre plaisir, saisie d’hypnose en quelque sorte malgré une part de conscience qui lui commandait de ne plus ouvrir sa porte aux hommes et de jeter celui-là à bas du lit, de lui envoyer son argent au travers de la figure non sans avoir, d’un bon coup de dents, entaillé sa virilité triomphante et lacéré des ongles la peau épaisse de ses couilles encore pleines.

Question et réponse se trouvaient là sans doute, dans ces derniers vocables aussi simples que vulgaires, embusquées quelque part dans les méandres de son cerveau comme un virus informatique à l’affût de prédations ponctuelles et ravageuses. Des mots bruts qui l’excitaient, évocateurs puissants d’un homme en état de fièvre sexuelle, un mâle en rut vrillé par le besoin obsessionnel de cracher sa semence dans un corps de femme. Cette pensée triviale, même à peine effleurée, provoquait toujours en elle un étrange émoi venu du cœur et du corps, tout en apaisant la rage intérieure qui souvent la taraudait jusqu’à l’instant magique où, dans une posture de chienne, elle tendait son ventre ou ses reins. Dès lors que l’extrémité ronde d’une verge venait forcer le passage, alors que le souffle d’un homme se faisait fiévreux dans son cou, la brusque pulsion de ruer, d’échapper à la saillie programmée, s’effaçait aussi vite qu’elle était apparue. Le plaisir montait alors, inéluctable après une courte et agréable douleur, en impulsions légères d’abord, venues du plus profond de son sexe, avant que d’irradier son anus, puis ses reins et ses seins, finissant par embraser son ventre et l’entier de son corps lorsque jouissait son partenaire. Elle s’écroulait alors, apaisée pour un temps, tandis qu’affalé sur elle son client, époustouflé par ce qu’il pensait être sa propre performance, goûtait au bonheur de ressentir sa verge assoupie dans la tiède liqueur qu’il venait de répandre au fond de ce corps inouï.

Cette fois encore rien n’avait dérogé. Dès que l’homme l’avait prise, ses habituelles controverses existentielles s’étaient comme d’habitude envolées. Agenouillée le visage entre les bras, Anaïs avait senti le pénis s’appuyer à l’entrée de son sexe avant d’en atteindre le plus profond, se frayant un chemin comme un bâton que l’on insinue dans un trou afin d’y déloger quelque bestiole.

Puis l’homme avait naturellement alterné ses plaisirs, passant de l’un à l’autre sans réel ménagement pour cette fille qu’il considérait sans doute comme sa propriété, fût-elle éphémère. Après les habituels coups de boutoir, dès que la verge, se dilatant davantage, parut repousser ses parois les plus intimes, elle sut que l’instant était là, physiologiquement identique pour tous les mâles. Comme les autres, celui-là aussi allait grogner, gémir et vider en elle les jets de sa semence, primitif instinct de procréation, cause et finalité de la marche du monde. Sartre ne disait-il pas que l’univers tourne autour d’une paire de fesses, et rien d’autre ?

Comme pour entériner ses pensées, deux bras robustes ceinturèrent soudain sa taille, la chevillant plus encore au membre fiché en elle, comme si l’homme avait craint de voir la jeune femme lui échapper au moment le plus intense de sa volupté, ce qu’elle excluait tant par honnêteté – une manière de déontologie – que par satisfaction d’avoir déclenché l’éjaculation et tout le bonheur de ressentir les délices d’une apothéose, le bouquet final d’un feu d’artifice.

Anaïs n’avait jamais compris pourquoi ce moment vécu pourtant à d’innombrables reprises la bouleversait à ce point, l’exaltait toujours autant qu’une première fois et pourquoi, à cet instant, son cœur semblait vouloir la briser à coups pesants et lourds d’émotion, presque douloureux, des coups frénétiques et désespérés assénés au fond de sa poitrine à l’instar de ceux frappés contre la coque d’un navire englouti, par quelque rescapé captif d’une poche d’air.

Une nouvelle fois l’onde de choc la submergea tout entière, raz-de-marée noyant jusqu’à sa gorge ouverte sur un râle incoercible alors que l’homme la remplissait à longs traits. Elle s’envolait.

Sous l’invasion bienfaisante de la liqueur, hoquetant inconsciemment les plus inouïs de ses fantasmes et rompant les amarres de sa conscience, son corps ondoyait jusqu’aux confins du plaisir, indépendant soudain, vaisseau ivre abandonné aux secousses de la mer. Et c’était ainsi avec chacun des cinq inconnus qui chaque jour se succédaient sur elle. Cinq clients, jamais davantage.

Cinq hommes dans leur diversité. Le nombre clé en quelque sorte, le nombre parfait et immuable qu’elle avait déterminé comme étant sa nécessaire mesure de volupté quotidienne, aussi indispensable qu’un alcool ou un opium accoutumé dont le parfait dosage apporte l’apaisement du corps et la sérénité de l’âme. Cinq hommes suffisaient. Davantage eut été trop, muant alors son plaisir en obligation si ce n’est en corvée. Cinq hommes beaux ou laids, jeunes mâles à la vigueur éclatante ou vieux messieurs à la queue mollassonne qu’il fallait ramener à la fringance de leur printemps, ou parfois à la raison lorsque la cause s’avérait perdue, l’hiver définitivement installé. Pourtant, même dans ce cas extrême, l’experte Anaïs connaissait quelques palliatifs de consolation plus intellectuels que physiques, certes, mais grâce auxquels sa mission, qu’elle considérait comme humanitaire finalement, serait tout de même accomplie.

Seul le sexe mâle, ce nerf de bœuf, cette queue obscène et sa laitance mystérieuse, dont elle savait tous les secrets, lui étaient essentiels afin d’assurer son besoin d’orgasmes journaliers ainsi – devait-elle s’en cacher ? – que de confortables revenus, ce qui n’était pas négligeable non plus, bien que cet aspect ne fût pas la finalité d’un comportement mystérieux sur lequel Anaïs s’interrogeait chaque jour.

L’émoi naissait à la seconde où résonnaient brièvement la sonnette ou les coups discrets frappés à sa porte, à l’heure toujours exacte du rendez-vous fixé au téléphone par une voix anonyme quelques jours plus tôt, une voix altérée par l’émotion, parfois même travestie afin de masquer l’embarras qui souvent étreint les hommes qui vont aux putes, fussent-elles escorts de luxe. Était-ce tellement ignominieux, finalement, que d’avoir le besoin physiologique et pressant d’une femme, fût-elle prostituée ? Anaïs tentait toujours de mettre un visage, voire un corps sur ces voix synthétisées, comme pour s’imprégner des premières ondes d’un hédonisme ambigu où se mêlaient découverte et sourde crainte, ainsi que l’émotion perverse d’abandonner ses plus intimes féminités aux luxures d’un étranger comme tout autre femme l’eut fait pour un amant avéré. Un plaisir étrange donc, lubrique, un plaisir intellectuel d’abord, sitôt mué en douce euphorie dès les premiers attouchements, puis en véritable bien-être lorsqu’au cœur de ses cuisses, dans la moiteur accueillante de son sexe, des lèvres remplaçaient une main, une langue des doigts, tandis que sa propre bouche s’ouvrait à la troublante occupation d’un pénis.

L’allégresse sensuelle enfin, la saveur ambiguë d’être fille publique, pénétrée par quelque inconnu – volupté perverse dont elle n’aurait pu se dispenser pour rien au monde –, ouverte au corps étranger qui la taraudait avec une obstination de machine avant que de ralentir, s’arrêter parfois et repartir de plus belle, comme après un élan repris. Immobile, Anaïs s’abandonnait alors au poids de l’homme sur elle, le ventre tendu au cavalier de passage afin de mieux percevoir les tressaillements de l’épieu offrant ses prémices de jouissance, quelques gouttes de liqueur apaisante qu’elle accueillait dans un murmure de bien-être, avant-goût du plaisir, promesse d’abondance d’un cadeau convoité. Le plus souvent à cet instant, des mains moites pétrissaient ses seins, des doigts fiévreux en étiraient les pointes, les pinçaient parfois jusqu’à la douleur, tandis que des lèvres venaient écraser les siennes et les forçaient au passage d’une langue qui violait sa bouche, la pénétrait, s’imposait à la succion comme une seconde queue. Le souffle court, déjà noyée dans l’inconscience d’une volupté sans nom, Anaïs accueillait alors sans protestation la chair humide et tiède qu’elle tétait, rouge et fuselée comme un phallus de chien.

Puis souvent venait une autre exigence. Son cœur cognait lorsque l’homme briguait la rançon du prodigieux. Un cul d’enfer, disaient-ils tous, immanquablement, compliment qu’elle jugeait amplement mérité. Dès l’ordre reçu, qu’il fût prière ou commandement, Anaïs se plaisait à prendre la plus luxurieuse des postures, la plus obscène, celle des chattes en chaleur. Épaules sur le drap, les bras posés le long du corps et cambrée à outrance afin d’offrir et de faciliter le chemin, son cœur s’emballait dès lors que la verge forçait les replis encore serrés, cet instant de pénétration difficile où la verge ouvrait son premier passage et semblait remonter en force jusqu’à sa gorge, mêlant douleur physique et bien-être intellectuel, imprimant en elle cette notion d’abandon total, d’étrange servilité au plaisir d’un anonyme. Elle devenait putain bien davantage encore, mâtinée de cette once de perversité qui donne, à un acte dit contre nature, la dimension surréaliste indispensable à une exultation plus âcre et plus vicieuse.

*
* *

Plusieurs semaines furent nécessaires avant qu’Anaïs ne se décidât à franchir cette porte cossue, laquée d’un carmin profond, sur laquelle était apposée la plaque de cuivre du docteur Desnoyel, un psychiatre établi non loin de son appartement du quartier de la Madeleine. Reçue par un petit monsieur entre deux âges et trois paires de lunettes, minuscule derrière un trop grand bureau à pieds torsadés, elle crut pénétrer au cœur d’un dessin de Sempé.

Après l’avoir écoutée lors d’un premier entretien où Anaïs avait longuement expliqué qu’il lui fallait absolument des éclaircissements, voire une thérapie – dont l’efficacité lui paraissait aléatoire – afin de lutter contre ces démons dont elle tentait parfois de se débarrasser, le médecin lui avait curieusement suggéré, contre toute attente, d’installer un judas optique à la porte de son appartement afin de visualiser ces fameux démons – il avait repris le terme afin d’en matérialiser l’allégorie – qui attendaient sur le palier. D’abord déconcertée par cette proposition qui lui semblait loufoque, une plaisanterie que le psychiatre aurait osée, Anaïs avait failli éclater de rire, puis en avait immédiatement repoussé l’idée sans en apporter la raison. Malgré un regard interrogateur, le praticien n’avait pas insisté dans son besoin d’explications.

Ce n’est qu’au second entretien, étendue cette fois sur le divan de consultation, alors que le médecin avait renouvelé sa proposition en indiquant que choisir ses clients pourrait être un premier pas vers l’exorcisme, qu’Anaïs s’était soudain montrée exubérante, dans une quête d’introversion, comme si le fait d’être allongée les yeux clos la libérait d’entraves invisibles lui permettant à la fois de livrer son corps aux inconnus de passage afin de satisfaire d’étranges besoins, tout comme son âme au psychiatre afin de mieux comprendre les caprices de sa chair, arguant que l’émoi voluptueux déclenché par le coup de sonnette du client se verrait de fait anéanti par la découverte subreptice – une tricherie en quelque sorte – de l’homme qui, au-delà du battant, bouillait de posséder la jeunesse d’une créature d’exception, de l’écraser enfin de son poids après avoir rêvé aux mille plaisirs que pouvaient laisser imaginer les deux photos diffusées sur le net, son propre site, superbes de romantisme et de sensualité animale parfaitement dosés, œuvre d’un jeune photographe spécialisé dans le nu qu’elle avait payé d’avance, et de toute sa volupté, afin d’exacerber l’imaginaire créatif de l’artiste. Rien de pornographique ou de racoleur dans ces clichés tout en délicatesse qui l’avaient subjuguée, au point d’être elle-même excitée à la découverte de ce message subliminal d’une incroyable sensualité associé à l’idée que d’un simple clic, tous les hommes de la planète pouvaient désormais se masturber, les yeux rivés sur son corps d’adolescente royalement nu. Quelques phrases accompagnaient ces images, de simples formules soigneusement échafaudées dans une promesse de Nirvana sans que ne s’y décèle la moindre trivialité. Anaïs avait tendu des tirages papier au praticien. Jugeait-elle cet élément indispensable à sa thérapie ou était-ce une nouvelle manifestation épicurienne ?

Le premier cliché la montrait de dos, accoudée au marbre d’une cheminée dans un déhanchement sans nom, et simplement vêtue d’un bustier délacé d’où s’évadaient deux seins parfaits que l’on pouvait apercevoir dans le reflet d’un trumeau, clin d’œil destiné à quelque voyeur. Son visage dirigé vers le plafond laissait ainsi cascader les remous d’une longue chevelure pâle. La seconde photo la dévoilait dans l’inconscience d’un sommeil tranquille, posée comme une île sur les vagues d’un drap de satin blanc, les seins cette fois dressés dans toute leur arrogance. Ses cuisses à peine ouvertes dans une innocente volupté révélaient sans ostentation un sexe de fillette exempt de toute pilosité. Avec la timidité d’une langue de chat, la lisière des petites lèvres affleurait à peine l’estafilade délicatement close, soulignée par un duvet de cygne blanc que le photographe avait déposé sur le galbe du mont de Vénus, comme une réponse au mystère du sexe des anges, avait-il expliqué.

Sa chevelure jetée en travers du visage marquait d’une touche sauvage une image d’exception aux contours délicatement floutés afin de souligner plus encore la notion de rêve, et que le psychiatre manipulait en s’agitant sur son fauteuil. Qui aurait pu rester stoïque devant la magnificence d’un tel paysage ?

Le regard alternant de la photo à son divan de consultation sur lequel l’ange s’abandonnait, le médecin transpirait, reprenant l’argument sécuritaire comme s’il voulait protéger une patiente décidément bien atypique – putain de luxe comme elle-même se qualifiait ou escort d’exception pour employer la métaphore élégante en vogue – dont le niveau intellectuel et l’éducation lui paraissaient largement au-dessus de la moyenne, soulignant d’une voix effilée qu’en découvrant les visiteurs avant d’ouvrir sa porte, la jeune femme éliminerait ainsi ceux qui n’entraient pas dans les canons de ses désirs. N’accomplirait-elle pas de fait un premier tri sélectif, une sorte de florilège qui lui permettrait peu à peu de s’affranchir de ses démons ? N’était-ce pas ce qu’elle cherchait après tout, un premier pas vers la normalisation de comportements obscurs ?

Après une courte hésitation, Anaïs avait une fois encore rejeté cette idée, sa quête de volupté hors norme l’ayant spontanément emporté, outre les complications qui ne manqueraient pas d’intervenir de par la frustration d’éventuels irascibles venant buter contre sa porte à l’instant de saisir l’extase. Paradoxe linguistique, les maisons closes n’avaient-elles pas été les plus ouvertes ? Pouvait-elle d’autre part jurer qu’elle désirait vraiment cette normalisation, terrorisée à l’idée que sa vie ne soit plus qu’une existence insipide ?

– Si je comprends bien, vous prenez plaisir à vous prostituer, osons le mot, même s’il ne s’agit pas d’une forme de prostitution sordide. Et même une certaine jouissance dans l’acte lui-même.

Anaïs n’avait pu retenir un rire de gorge.

– Osez, docteur, osez ! Les mots ne mechoquent pas. Oui, je suis une pute. Une putain moderne qui tapine sur la toile en lieu et place du trottoir, mais une putain quand même. Disons aussi qu’en louant mes compétences, j’incarne en quelque sorte un service à la personne. Quant au reste, vous avez bien compris que ce n’est pas une certaine jouissance, mais une jouissance réelle que j’éprouve le plus souvent avec ces hommes de passage. Sinon je ne le ferais certainement pas, avait-elle répondu. Mon plaisir se déclenche toujours très rapidement.

– Vous souffrez d’hyperesthésie sensorielle.

– Vous appelez ça souffrir, docteur ? Moi j’appelle ça bénéficier ! Je souhaite cette maladie à toutes les femmes plutôt que la frigidité.

– Je pense que beaucoup d’entre-elles seraient d’accord.

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